‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 129 sur 203 · SIBÉRIE · texte numérisé non relu

SIBÉRIE

imposée le Congrès de Berlin, à Tinstigalion des Anglais, de ne pas fortifier Batoum. La répression sanglante du mouvement arménien par les Turcs a été un autre échec pour les Anglais, qui l'avaient encouragé sous main. Il est vrai que Tinfluence russe n'a pas gagné tout ce qu'a pu perdre Tinfluence anglaise. Le rôle prédominant pris par les Allemands dans toutes les grandes entreprises de travaux publics, dans la Turquie d'Asie, fait prévoir que de ce côté (sa région nord-est exceptée), les progrès des Russes ne s'accentueront plus.

Dans la Perse, si longtemps disputée entre les influences russe et anglaise, les Russes ont définitivement pris le dessus. Nous avons dit plus haut comment ils ont fait rectifier, à leur avantage, la frontière du Khorassan. Un peu plus tard, les Anglais ont réussi à s'assurer le monopole de la navigation du Karoun, ce qui assurait à leurs marchandises l'accès des provinces intérieures de la Perse. Mais les Russes ont immédiatement obtenu, par compensation, une situation prépondérante pour les chemins de fer à construire en Perse, et môme pour celui qui aboutira sur le golfe Persiquc, et donnera ainsi, à ses constructeurs, l'accès direct des mers du Sud. Enfin une récente convention, en janvier 1900, entre le gouvernement persan et la « Banque des prêts de Perse », qui est aux mains des Russes, a fait entrer la Perse, pour longtemps, dans la clientèle financière de la Russie.

L'Afghanistan appartient à la zone d'influence anglaise ; son émir est pensionné par le gouvernement des Indes; la frontière dite « scientifique » de l'Indoustan met les régiments angloindiens à deux marches de Kandahar ; les Anglais ont occupé récemment le Tchitral, dans lequel auraient pu déboucher des Russes venant du haut Oxus; les passes de l'Hindoukouch sont formidablement fortifiées. Mais si les Anglais ont pour eux le gouvernement de Kaboul, rien ne prouve que les Afghans, en masse, s'armeraient pour interdire l'approche de l'Inde aux armées russes. Si les Anglais, avec leur chemin de fer de Quetta, sont aux portes de Kandahar, les Russes, avec leur ligne transcaspienne et son embranchement sur Kouchk, récemment terminé, sont à celles de Ilérat. Tout compte fait.

Histoire oénArale. XU. oi

il semble bien, qu'en cas de conflit dans TÂfghanistan, les chances seraient pour les armées du « Tsar Blanc », plus solides, plus nombreuses — avec leur réserve illimitée — que l'armée anglo-indienne. La principale défense de Tlnde est encore, aujourd'hui comme jadis, dans les énormes difficultés de transport et de ravitaillement que rencontrerait une armée d'invasion.

Dans l'Extrême-Orient, la situation des Russes est devenue plutôt moins favorable, par suite de l'apparition d'une nouvelle puissance militaire, le Japon.

Les relations des Russes et des Japonais ont d'abord été bonnes. En 1875, ils ont pu déterminer à l'amiable leurs possessions dans le Pacifique, les Japonais renonçant à leur moitié de la grande île Sakaline en échange des Kouriles. La situation changea quand surgit la question coréenne. Avec ses nombreux ports, qui ne gèlent jamais, sa situation avancée à l'entrée du golfe de Petchili, la Corée eût été une acquisition précieuse pour les Russes. Les Japonais, de leur côté, la considéraient comme leur colonie continentale, leur poste avancé; et ils ne pouvaient admettre, en tout cas, que des côtes si rapprochées des leurs fussent occupées par une grande puissance militaire. De bonne heure donc, les prétentions rivales des Japonais et des Russes commencèrent à agiter la Corée, où il se forma, autour d'une cour faible et anarchique, deux partis, l'un, se disant conservateur, appuyé par les Russes, Tautre, progressiste, appuyé par les Japonais : telle, autrefois, en Suède, la rivalité des Chapeaux et des Bonnets. Une telle situation, aggravée périodiquement par les troubles de Séoul, pouvait conduire les deux pays à un conQit armé. Jusqu'à présent la diplomatie a réussi à l'éviter. Un accord de 1896, complété en 1898, a établi sur la Corée une sorte de condominium russo-japonais. D'ailleurs, malgré ces accords, la rivalité des deux protecteurs de la Corée n'a pas cessé. En mai 1900, la Russie a obtenu du gouvernement coréen le droit de fonder des établissements militaires dans le port de Mozampo, droit qui ne semble guère en harmonie avec les accords antérieurs.

De la question coréenne est sorti un conflit entre la Chine

et le Japon, et une guerre à la suite de laquelle les Chinois battus ont dû faire aux Japonais de larges concessions (traité de Simonosaki). L'intervention des Russes, appuyés par la France et l'Allemagne, a forcé les Japonais à renoncer à la plupart de leur bénéfice. Ils se sont trouvés, en définitive, avoir Uré les marrons du feu pour les Russes, que les Chinois récompensèrwil largement de leur intervention. Ils obtinrent le droit de faire passer leur Transsibérien à travers la Mandchourie, et celui d'occuper militairement, pour protéger les travaux des chemins de fer, un certain nombre de villes mandchoues. Puis, par l'intermédiaire de la Banque russo-chinoise, ils s'assurèrent une part avantageuse dans les emprunts chinois, et enfin, après l'occupation de Kiao-Tcheou par les Allemands, ils se firent donner à bail — et, en réalité, céder pour toujours — Port-Arthur et Ta-Lien-Ouan. Ils atteignaient ainsi le but constant de leur ambition, la possession d'un port en eau libre sur le Pacifique. D'autre part, la Mandchourie, que leurs lignes doivent traverser en tous sens, devenait virtuellement leur province. Et ces résultats ont été obtenus sans guerre, sans difficultés sérieuses avec la Chine, sans conflit avec le Japon ou les autres puissances européennes, qui n'ont pas obtenu des Chinois, malgré leurs efforts, l'équivalent des concessions faites aux Russes. A l'heure qu'il est, malgré la situation embrouillée qui résulte des derniers troubles de Chine, on peut dire que le nord de la Chine est passé sous l'influence russe.

BIBLIOGRAPHIE

L Pour le chapitre XI (la Russie de 1870 à nos jours *) : !•* Fin du règne d'Alexandre III : A. de Cardonne, UEmpereur Alexandre II y 1883; y on Nicolas Izu Alexander 1//, et Rmsische Wandlungen, Leipzig, 188:2. — Amaudo, Le nihilisme et tes nihilistes^ Paris (s. d.). — Thikomirof, La Russie souteirame, — Anatole Leroy-Beaulieu, LEmpire des Tsars et les Russes (particulièrement Je tome F'*).

2° Règne d'Alexandre lïl : E. Flourens, Alexandre IIL 189t. — A. Rambaud, Alexandre 111 et l'armée du tsar Alexandre III {Revue Bleue des 7 octobre 1893 et 10 novembre 1894). — Samson Himmelstlenia, Russland unter Alexander III, Leipzig, 1891. — Combes de Lestrade, La Russie

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