‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 128 sur 203 · SIBERIE · texte numérisé non relu

SIBERIE

le Pacifique, à Vladivostok, etc. En 1899, les deux sections extrêmes exécutées, de Vladivostok à Khabarovka d'une part, de Zlatooust à Irkoutsk de Tautre, étaient exécutées, de façon sommaire, mais suffisante. Restait la partie centrale, et déjà les difficultés apparaissaient plus grandes qu'on ne les avait supposées. Dans la vallée de TAmour, des inondations avaient démoli plusieurs centaines de verstes à peu près terminées; il a fallu changer plusieurs fois de plan pour la traversée du Baïkal. Les choses en étaient là quand est intervenu Taccord russo-chinois qui a permis aux Russes de terminer leur chemin de fer en abandonnant la vallée de TÂmour et en traversant la Mandchourie du nord-ouest au sud-ouest, vers Vladivostok. On peut compter sur son achèvement pour 1904 ou 1905 : il est bien entendu, du reste, que beaucoup de parties de la ligne, construites trop sommairement, seront à refaire.

Progrès de la colonisation sibérienne. — Gréé dans une pensée plus stratégique que colonisatrice, le Transsibérien adonné des résultats sur lesquels ses promoteurs ne comptaient guère. Grâce à lui, le peuplement de la Sibérie, jusqu'alors si lent, a reçu une impulsion formidable. Alors que, de 1887 à 1892, il n'était guère entré en Sibérie, par an, qu'une quarantaine de milliers de colons, en 1894 il y en a eu 80000; en 1895, 400 000; en 1896, près de 200000. Depuis, ce chiffre a été dépassé, et, même en tenant compte de la mortalité, très grande parmi les immigrants, et des déceptions qui en font retourner, chaque année, quelques milliers dans leur pays d'origine, on peut considérer qu'au prochain recensement la Sibérie aura quelque dix millions d'habitants; c'est-à-dire que sa population aura plus que doublé, depuis le jour où Alexandre III a ordonné la construction du Transsibérien.

Le peuplement plus actif a eu pour conséquence, à son tour, un développement économique intense. A la vérité, l'exportation des fourrures et des métaux précieux, si longtemps les seuls produits de la Sibérie, ne parait pas s'être beaucoup accrue dans ces dernières années ; mais des explorations récentes ont révélé l'existence, dans l'Altaï ou même dans la plaine, à proximité de la voie ferrée, de riches gisements de houille, de fer,

de cuivre; la Sibérie deviendra, à bref délai, un pays de grande métallurgie; d'autre part, la zone fertile placée entre la forêt vierge du Nord, la taïga^ et les montagnes des frontières chinoises, produit une quantité de blé toujours croissante. Des cargaisons de blé sibérien ont déjà pu être expédiées en Europe par la voie des grands fleuves et de Tocéan Glacial; il est hors de doute que, le jour où cette voie aura été mieux reconnue, l'exportation deviendra considérable. Il est du reste question de la construction d'un nouveau chemin de fer qui unirait la Sibérie au bassin de la mer Blanche, et ferait d'Arkhangel son port européen.

Le progrès économique de la Sibérie a forcé le gouvernement à s'occuper des lacunes de son administration, de ses besoins intellectuels et moraux. Dans ces dernières années, des décrets ont paru, instituant des banques d'Etat, remaniant les circonscriptions territoriales, modifiant les procédés de perception des impôts, etc. On a renoncé à y envoyer des forçais. L'année 1897 a été marquée par une réforme des institutions judiciaires, sur le modèle de celles de la mère patrie. On parle de la ciéalion prochaine, dans la Sibérie occidentale, du zemstvos, de conseils provinciaux, semblables à ceux de la Russie d'Europe. D'autre part, les établissements d'instruction ont été multipliés; le plus important est l'Université de Tomsk, fondée en 1892, et somptueusement dotée, dès le jour de sa fondalion, par les magnats du commerce sibérien, qui se piquent d'être les Yankees de l'Asie, et rêvent, pour leur Sibérie, en Asie, un avenir semblable à celui des États-Unis en Amérique.

Ce sont là des espérances téméraires. On ne peut encore prévoir qui l'emportera en Asie des deux rivales aujourd'hui en présence : de la Russie ou de l'Angleterre.

La rivalité des Russes et des Anglais. — Dans ces trente dernières années elle s'est manifestée à peu près dans tous les pays d'Asie, de plus en plus aiguë, au fur et à mesure des progrès des Russes.

Nous avons déjà dit comment, sur la frontière de Turquie, les Russes s'étaient affranchis de l'obligation que leur avait

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