‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 132 sur 203 · Voir ci-dessus, t. XI, p · texte numérisé non relu

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français, MM. Novion et Imbert, et qu'après avoir été successivement de Marseille à Bordeaux, de Bordeaux à Tours, de Tours à Versailles, puis aux Etats-Unis. Enfin il présenta ses lettres d'excuses au gouvernement français. A la fin de 4871, la France craignit un instant de nouvelles difficultés avec la Chine au sujet des missionnaires catholiques, contre lesquels le gouvernement chinois venait de diriger un mémorandum en huit articles.

Mariage impérial et audience. — Toung-tchi, au mois d'octobre 1872, alors âgé de dix-sept ans, épousait Ha-lou-l'o; l'année suivante, le 23 février 1873, il prenait les rênes du gouvernement. Le lendemain, c'est-à-dire le 24 février 1873, les représentants des puissances européennes et des Elats-Unis à Péking adressaient au prince Kong une lettre de félicitations au jeune monarque à l'occasion de sa prise de possession du trône, en même temps qu'ils exprimaient le désir d'être reçus en audience par Toung-tchi. Après de longs et nombreux pourparlers, ils furent avertis, le 27 juin, que le jeune souverain accédait à leurs demandes et les recevrait solennellement en audience le 29 juin, à cinq heures et demie du malin. MM. Louis de Geofroy pour la France, Frederick Low pour les Etals- Unis, Thomas-Francis Wade pour la Grande-Bretagne, le général Ylangaly pour la Russie, J.-H. Ferguson pour les Pays-Bas, Bismarck, secrétaire interprète de la légation d'Âlmagne, dont le ministre, pour cause de sanié, était en congé, furent reçus officiellement à la date fixée. Une audience privée était en outre accordée à M. Louis de Geofroy et à son interprète Gabriel Devéria pour remettre la lettre du gouvernement de la République française en réponse à la mission de Tchoungheou. Ces audiences ne furent renouvelées que pour les ministres de Belgique (Serruys), de Russie (E. de Bûtzov) et du Japon. C'était la fin de la régence exercée par l'impératrice de l'Est, Tse-ngan, veuve de Hien-foung, et par l'impératrice de l'Ouest, Tse-hi, qui tenaient le pouvoir.

L'impératrice Tse-hi. — L'impératrice Tse-hi, veuve de l'empereur Hien-foung, mère de l'empereur Toung-tchi, tante de l'empereur actuel, Kouang-Siu, née le 17 novembre 1834, a

été co-régenle depuis la mort de son mari (1861) jusqu'en 1873; régente de 1881 au 4 mars 1889; de nouveau co-régente depuis le coup d*Etat du 22 septembre 1898. C'est elle qui, en réalité, en s'abritant derrière le prince de Kong, derrière Li Houngtchang, et aujourd'hui plus ouvertement, a dirigé la politique de la Chine. C'est elle qui a réglé et peut-être hâté la succession de l'empereur Toung-tchi, c'est elle encore qui, en vue d'une nouvelle régence, désigne aujourd'hui un remplaçant à Kouang- Siu sur le trône du Dragon. Trop intelligente pour ne pas se rendre compte de l'influence étrangère en Chine, elle a peur que son pays ne marche trop vite dans la voie d'un progrès qui serait peut-être la ruine d'une civilisation qui dure depuis plusieurs milliers d'années. Sans vouloir éviter des réformes aujourd'hui nécessaires, elles les voudrait, sans aucun doute, faites lentement, de façon à ce que le vieil organisme chinois ne soit pas ébranlé comme celui du Japon en 1868. Aurat-elle le temps et l'influence nécessaires pour modérer l'ardeur des novateurs et stimuler le zèle de fonctionnaires perdus par une routine qui réduit l'individu à un simple représentant d'une tradition surannée? Un avenir très rapproché nous le dira. Le principal collaborateur de l'impératrice fut Li Houngtchang.

Li Houng-tchang. — Arrêtons -nous un instant pour parler de cet homme remarquable qui joue aujourd'hui un rôle si actif dans la politique de son pays. Li n'appartient pas à la race conquérante mandchoue; c'est un Chinois de pur sang. Il est né la deuxième année du règne de l'empereur Tao-Kouang," c'est-à-dire en 1823, à Sen-Chou, district de Ho Fei, dans la province de Ngan-Houei. Il est arrivé aux hautes fonctions qu'il occupe aujourd'hui par son intelligence et ses capacités militaires. Ses débuts furent modestes. Son père, lettré pauvre et obscur, l'éleva honorablement, malgré ses cinq enfants, dont Li était le second. Le jeune homme passa ses examens avec succès et il entra à l'Académie des Han-Lin en 1848. Puis il retourna dans sa province natale, où il jouait un rôle assez effacé, lorsque la grande rébellion des T'aï-Ping éclata. Lorsque ceux-ci pénétrèrent dans le Ngan-Houei, Li se mit à la tête

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d'une petite force, et ne tarda pas à être employé comme secrétaire par le tout-puissant Tseng Kouo-fan, gouverneur général des deux Kiang et commandant militaire des quatre provinces de Kiang-Sou, Ngan-Houei, Kiang-Si et Tche-Kiang. L'appui d'un semblable personnage promettait à Li un avancement rapide : en effet, il devient juge provincial au Tche-Kiang, tout en restant officier, et en 1861, sur une proposition de Tseng, il est nommé au poste important de gouverneur (Fou-tai) de la province de Kiang-Sou. La Gazelle de Pékingy du 14 novembre 1863, renferme un décret dans lequel il est dit, entre autres choses, que « Li Houng-tchang, depuis qu'il remplit le poste de gouverneur du Kiang-Sou, a montré beaucoup de prudence et de prévoyance et que sa tactique habile a complètement réussi. Il s'est emparé à différentes reprises de plusieurs villes, et il a obtenu de grands honneurs sur le champ de bataille. Et maintenant la prise de Sou-Tchéou le rend encore plus digne de louanges. Gomme marque de son entière approbation, il est agréable à Sa Majesté de lui conférer le titre honorifique de gouverneur du Prince impérial et de lui faire cadeau d'une jaquette jaune ». A la fin de la campagne contre les T'aï-Ping et à la suite de nouveaux services rendus par lui, particulièrement avec une flotte devant Nan-king, l'Empereur conféra au Fou-taï du Kiang-Sou la noblesse héréditaire de troisième rang {Pe, comte) et la plume de paon à deux yeux {chouang yen hoa ling). Deux ans plus tard, Li remplaçait son protecteur Tseng comme gouverneur général des deux Kiang. Nous aurons à parler de lui à nouveau.

Formose. — En décembre 1871, une barque montée par des habitants des iles Lieou Kieou fit naufrage sur la côte sud-est de Formose et ceux qui la montaient furent massacrés par les tribus sauvages de la côte. Les Japonais, qui revendiquaient la possession des îles Lieou Kieou, s'adressèrent au gouvernement chinois pour obtenir réparation du dommage causé à ce sujet. Les réponses dilatoires de Peking décidèrent la cour de Tokio à intervenir directement : le général Saigo Tsugumitsu débarqua sur la côte sud-est de Formose et la guerre paraissait inévitable lorsque l'intervention du ministre

d'Angleterre à Peking, Sir Thomas-F. Wade, empêcha les hostilités d'éclater, et le prince Kong signa, le 31 octobre 1874, avec Okubo,un arrangement par lequel le Japon obtenait pleine satisfaction pour ses griefs. Un traité avait été auparavant signé par Ito pour le Japon avec la Chine, représentée par Li Houngtchang, à Tien-tsin, le 13 septembre 1871; ce traité avait été ratifié par l'empereur de la Chine le même mois et par le mikado, avec quelques modifications, le 1''^ novembre suivant.

Mort de Toung-tchl. — Kouang-Siu. — L'empereur Toung-tchi mourait prématurément le 12 janvier 1815; il était difficile de trouver un successeur à un si jeune empereur; ïaokouang avait laissé neuf fils, dont le quatrième, H'ien-foung, lui avait succède et avait été remplacé à son tour par Toungtchi. Deux candidats au trône étaient possibles : l'un, fils du sixième prince, celui de Kong, mais dont cet excès d'honneur aurait annihilé l'inQuencc; l'autre était T'sai-lien, fils du septième prince Yi-houan, prince de ïchouen, qui est mort le 1" janvier 1891. Le nouvel empereur, qui fut T'sai-lien, alors âgé de quatre ans, prit le nom de règne de Kouang-Siu. Un conseil de régence fut composé des impératrices douairières, veuves de H'ien-foung, Tse-ngan, impératrice de l'Est, qui est morte le 7 avril 1881, la véritable épouse, et Tse-hi, impératrice de l'Ouest, mère de Toung-tchi. Si l'on pense que celle-ci, outre sa maternité, était, par son frère, tante de T*sai-tien, on comprend quel rôle important elle devait continuer à jouer. C'est à elle que sont dus tous les coups d'Etat qui ont agité non seulement la capitale de l'empire, mais encore son administration entière jusqu'à ce jour même, où elle vient de faire une nouvelle manœuvre qui la place au rang des souveraines les. plus intelligentes de l'Orient, en même temps que parmi les femmes les moins scrupuleuses, par les moyens d'action qu'elle choisit. Je ne vois dans les annales de la Chine que l'impératrice Wou- Heou, au vu'' siècle de noire ère, qui puisse lui être comparée par son intelligence et ses crimes.

Mission Horace Bro^wne. — La mission de Sladen ', la

i. Voir ci-deàsuà, t. Xî, p. 769.

chule du royaume musulman de Ta-li (8 janvier 1873) avaient fait désirer aux Anglais d'étudier à nouveau les voies de communication entre la Birmanie et le Yunnan. Le colonel Horace Browne fut chargé par Lord Salisbury, de concert avec la légation de Grande-Bretagne à Peking et le gouvernement indien, d'une mission pareille à celle du capitaine Sladen. Âugustus- Raymond Margary, interprète, venu de Chang-Haï, par terre, le 23 août 1874, le rejoignait à Bhamo le 17 janvier 1875. La frontière birmane fut traversée par la mission le 17 février; mais, sur des bruits sinistres qui couraient, Margary repassa la frontière pour se rendre compte de l'état des esprits; le 21, le colonel Browne était attaqué par les Célestes, et Margary, de son côté, était assassiné à Manwyne. Browne, soutenu par ses troupes birmanes et sikh, parvint à opérer sa retraite.

Convention de Tche-fou. — Les négociations relatives à cet incident furent la plus grande difficulté du nouveau règne et elles traînèrent en longueur pendant plus d'une année; la guerre faillit même éclater. Toutefois Sir Thomas-F. Wade, ministre de Grande-Bretagne, et Li Houng-tchang, gouverneur du Tche-li, parvinrent à signer une convention le 13 septembre 1876, à Tche-fou, que l'empereur ratifia le 17 du môme mois. Celle convention,. divisée en trois sections, était extrêmement importante; la première réglait l'affaire Margary avec excuses et indemnité de 200 000 taëls; la seconde avait trait aux relations diplomatiques et consulaires, et la dernière, toute commerciale, était relative à l'ouverture des ports de I-tchang et WoU'hou sur le Kiang, de Wen-tcheou, dans le Tche-Kiang et de Pak-hoi dans le Kouang-toung. L'Angleterre était autorisée à envoyer des fonctionnaires dans le Se-tchouen, à Tchoung- King. Un article additionnel stipulait l'envoi, l'année suivante, d'une mission d'exploration anglaise de Peking au Tibet et aux Indes, soit par le Se-tchouen, soit par le Kan-sou et le Kokonor. T. Grosvenor, secrétaire de la légation anglaise à Péking, Arthur Davenport et E. Colborne Baber, consuls, partirent pour le Yun-nan, afin d'assister au jugement des assassins de Margary. Ils firent un rapport fort intéressant sur les débouchés commerciaux du sud-ouest de la Chine. De la convention de

Tche-fou date Tenvoi de légations chinoises en Europe : le premier minisire chinois à Londres et à Paris, en 1876, fut Kouo Song-tao, avec Lieou comme second ministre. Le marquis Tseng succéda à Kouo.

Une autre question fort importante allait surgir : c'était la question russe dans TAsie centrale.

Débuts des Russes. — Le 25 juillet 1851, le colonel au corps des ingénieurs des mines Kovalevski, au nom de la Russie, et IChan et Bouyantai pour la Chine, signaient, à Kouldja, c un traité de commerce qui établit un trafic dans les villes dlli (Kouldja) et de Tarbagataï (Tchougoutchak) ; je note dans ce traité en 17 articles que « des emplacements pour leurs factoreries seront assignés aux Russes à Ili et à Tarbagataï ». Plus tard, par l'article 6 du traité de Péking du 2 novembre 1860, il était convenu que, à titre d'essai, le commerce est ouvert à Kachgar, sur les mêmes bases qu'à Ili et à Tarbagataï. A Kachgar, le gouvernement chinois cède un terrain suffisant pour la construction d'une factorerie avec tous les édifices nécessaires, tels que maisons d'habitation, magasins pour le dépôt des marchandises, église, etc., etc., ainsi qu'un terrain pour le cimetière et le pâturage comme à Ili et à Tarbagataï. c Les ordres seront donnés immédiatement au gouverneur du pays de Kachgar pour la concession desdits terrains. Le gouvernement chinois ne répond pas du pillage des marchands russes commerçant i Kachgar, dans le cas où ce pillage aurait été commis par des gens venus d'au delà des lignes des postes de garde chinois ».

Rébellions *. — La mort de Djihanghir n'avait donné que quelques années de répit aux gouverneurs chinois; en 1846, un des Khodja, Katti Torah, avec ses frères, s'empara de Kachgar, mais fut bientôt battu et chassé par les Chinois à Kok Robat; en 1857, révolte d'un autre Khodja, Wali Khan, et de Kichik Khan, son frère, mais ce n'est que deux ans plus lard qu'il réussit à quitter Khokand ; il s'empara successivement de Kachgar, d'Arlosh et de Yangi-Hissar. Profitant de la rébellion

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