‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 20 sur 203 · L AUSTRALASIE DÉMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

L AUSTRALASIE DÉMOCRATIQUE

peu près universel. Les membres ne sont pas rétribués. Le ministère est pris dans la majorité parlementaire. La vente des terres publiques est abandonnée par la métropole au gouvernement colonial. En 1897 la population de l'Australie occidentale s*élait élevée à 160 000 habitants (y compris près de 6 000 indigènes civilisés). L*année précédente, le nombre des immigrants avait dépassé 55 000. Celte colonie, si longtemps morte, est aujourd'hui celle où la population s*accrolt le plus vite.

Annexions et intervention dans le Pacifique. — Quoique les colonies australiennes renferment encore bien des terres vacantes, elles ont depuis longtemps demandé au gouvernement anglais de leur annexer des îles océaniennes. Elles désiraient : 1"* agrandir le domaine propre aux cultures tropicales, et prendre des pays peuplés d'indigènes qu'on puisse employer au travail des plantations et qui ne menacent pas, comme les Chinois, de devenir immédiatement des concurrents pour les ouvriers européens ; 2** placer sous la domination britannique les archipels où pourraient s'établir des puissances navales dont les flottes seraient redoutables pour l'Australasie. La première des annexions océaniennes a été celle des iles Fidji. Cet archipel se trouve à dix jours de navigation de Sydney; il comprend environ 200 îles dont la plus importante a la grandeur de la Jamaïque. Sa principale production est le sucre. Il a été annexé en 1874, sous le ministère Disraeli. L'archipel est devenu une colonie de la Couronne, administrée par un gouverneur assisté d'un conseil exécutif et d'un conseil législatif non élu. Il renferme environ 105000 indigènes et métis, lOmilliers d'Indouset plus de 3 000 Européens, planteurs de canne, négociants ou missionnaires.

Les annexions ou les interventions suivantes sont dues aux demandes pressantes des Australasiens. Dès l'année 1875 une députation se rendait à Londres pour prier Disraeli d'annexer la Nouvelle-Guinée où les colons du Queensland ont des plantations et de laquelle ils tirent des coolies. En même temps, une société de colonisation préparait en Angleterre une expédition pour ce pays. Mais la Société contre l'esclavage priait

le ministre d*empêcher cette tentative, en disant que les blancs maltraitaient les Néo-Guinéens et les forçaient à travailler. Le ministre ne fit rien ni dans un sens ni dans l'autre. Le gouvernement du Queensland attendit quelques années, puis il se décida à prendre de sa propre autorité possession do la Nouvelle-Guinée et envoya dans Tîle un délégué à cet effet (1883). Le ministère libéral désapprouva cette intervenlion; mais le parlement de la Nouvelle-Galles déclara qu'il regrettait que le gouvernement impérial n'eût pas secondé l'action du Queensland. Celui de Victoria s'associa aux protentions du Queensland et fit parvenir à la reine une adresse pour la prier d'annexer les Nouvelles-Hébrides et les lies Salomon, sous prétexte que la France allait les prendre pour y déporter ses condamnés. Enfin la première conférence fédérale réunie en septembre 1883 afin de pourvoir à la défense de l'Australie déclara que désormais aucune puissance étrangère ne devait s'établir dans le Pacifique à l'ouest de l'Australie. C'était comme une doctrine de Monroë auslralasienne : le gouvernement impérial donna une demi-satisfaction aux Australiens en annexant la partie sud-est de la Nouvelle-Guinée. 11 a été convenu que cette nouvelle possession serait placée sous l'autorité d'un lieutenantgouverneur et que ses dépenses seraient payées par le Queensland, la Nouvelle-Galles et Victoria (1887-88). Les Etats australiens ont pris des mesures pour surveiller dans l'intérêt des indigènes le recrutement des travailleurs indigènes aux Fidji et en Nouvelle-Guinée.

Ce sont les colonies australasiennes qui ont empêché la France d'annexer les Nouvelles-Hébrides. Le gouvernement impérial ne paraissait pas vouloir s'opposer à l'annexion (1886). Mais les Australiens envoyèrent à Londres une députation, qui parla, s'il faut en croire sir Charles Dilke, à lord Salisbury avec une franchise tout exotique. Un délégué aurait dit au ministre que l'Australie était d'humeur a chasser les Français même de la Nouvelle-Calédonie, s'il le fallait; puis lord, Salisbury ayant imputé la lenteur des négociations au « chaos » où les crises ministérielles jetaient la France, un autre délégué aurait répliqué : « C'est ici qu'il nous faudrait un peu de

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chaos. » EnfiQ les Australiens se firent écouler de la métropole, et les Nouvelles-Hébrides furent neutralisées sous le contrôle mixte de TAnglelerre et de la France. Les archipels Samoa et Tonga, sur la route de Nouvelle-Zélande en Amérique, ont été déclarés indépendants sous la garantie de TAngleterre, des Etats-Unis et de TAUemagne (1889 et 1891). La Nouvelle-Zélande avait demandé qu'on lui annexât ces îles.

L'entente commune pour la défense. — Les tentatives de fédération. — L'un des prétextes invoqués pour réclamer des annexions est la nécessité d'assurer la. défense de l'Australasie. Cette préoccupation a pris une grande place depuis quinze ans dans les délibérations des gouvernements coloniaux, et elle est une des grandes causes des essais de fédération. Les colonies se sont intéressées surtout aux défenses navales qu'elles estiment les plus importantes, à l'exemple de la métropole. A leur sujet, Victoria a proposé la réunion d'une conférence intercoloniale à Hobart en 1883. La Nouvelle- Zélande se retira plus lard, et l'Australie méridionale ne prit point part à toutes les réunions suivantes ; mais la Nouvelle- Galles fut la seule à refuser dès le début de se faire représenter. Fidji avait envoyé une délégation. La réunion de Hobart a fondé le premier corps commun à toutes les colonies, le Fedei'al Council chargé de régler les mesures de défense, mais sans pouvoir exécutif. Le Fédéral Council s'est réuni, à partir de 1886, a peu près tous les ans dans une des capitales auslraliennes. Dans le temps où il s'organisait, le gouvernement métropolitain faisait dresser par des officiers de terre et de mer des plans de défense de ses possessions du Pacifique. Les projets australasiens et les projets métropolitains furent discutés à Londres entre les délégués des colonies et des ministres compétents; celle conférence aboutit à VAustralian naval force Act de 1887. Par cet arrangement, l'Angleterre ajoute à son escadre australienne cinq croiseurs et deux torpilleurs de haute mer; ils seront construits par elle et resteront sa propriété; les colonies payeront les frais de l'entretien de ces bâtiments; elles reçoivent en retour l'assurance qu'ils resteront toujours dans leurs ports. La contribulion aux dépenses

navales fut volée par tous les parlements, sauf celui de Queensland, que le gouverneur dut dissoudre pour obtenir les subsides. Après TActe de 1887, les ministères mélropolilains et le Fédéral Council ont continué à se concerter pour la défense navale de TAustralie. En 1892 et 1893 des dispositions collectives ont été prises pour la protection de deux dépôts de charbon à Albany (sud-ouest) et aux îles Thursday dans le détroit de Torrès.

Une entente fédérale s'est donc faite pour la défense de l'Australie. Un projet bien plus large de fédération politique, analogue à celle du Canada, a été proposé en 1889 par la Nouvelle-Galles, qui avait refusé de prendre part à la formation et aux délibérations du Fédéral CoMnciY; le nouveau projet d'union proposé par elle paraît avoir été l'œuvre de son premier ministre, sir Henry Parkes, qui désirait terminer sa longue carrière à la tète d'un Dominion océanien. Sir Henry Parkes provoqua la réunion à Melbourne en 1890 d'une Fédération-conférence où les sept colonies étaient représentées. Il y fit voter une résolution approuvant la conférence de 1883 qui avait créé le Fédéral Council, et il déclara que sept années d'expérience avaient montré la nécessité d'une union plus forte. Son projet comportait la création d'un parlement et d'un ministère fédéraux; il fut froidement accueilli. Un des représentants de l'Australie méridionale déclara que « c'était là une invention de politiciens ». Néanmoins une deuxième réunion eut lieu l'année suivante à Melbourne et rédigea un projet de constitution qui ne satisfit pas les colonies. On ne put s'entendre sur le tarif douanier fédéral, que la Nouvelle-Galles voulait modéré, les autres élevé. La Nouvelle-Zélande déclara qu'elle était trop éloignée et se retira définitivement des conférences. Pendant la crise économique de 1892-1894, ce projet parut abandonné. Il fut repris en 1895 par une conférence des premiers ministres de Tasmanie et des colonies australiennes, sauf le Queensland; on décida qu'une convention serait formée par les parlements des différents Etats pour discuter le plan d'une fédération sous le nom de Coynmonweallh, Après deux années de délibérations, la convention, ayant enfin reçu des délégués du Queensland, ter-

mina ses travaux à Adélaïde (mars 1898). Elle proposait un Sénat avec un nombre égal de représentants pour chaque colonie (comme aux États-Unis), élu au suffrage universel pour six ans et renouvelé par moitié; une Chambre des députés élue pour trois ans au suffrage universel et proportionnellement à la popuiation ; Tabolition des douanes entre les Etats, le tarif douanier et la défense attribués au pouvoir fédéral représenté par un ministère responsable et un gouverneur général (nommé par la reine). Le référendum^ qui manquait jusque-là à FAustralie démocratique, devait être employé pour les amendements constitutionnels : le projet de constitution même devait lui être immédiatement soumis. Le vote populaire eut lieu en juin 1898, dans quatre colonies dont les parlements respectifs avaient adopté le Fédération Bill. En voici les résultats :

Suffrages Oai Non

NouYelle-Galles du Sud 137366 71412 65 954

Victoria 117 800 96 600 21 200

Sud-Australie 52 490 35 317 17 731

Tasmanie 13 241 10 709 2 532

Soit en tout 320897 suffrages exprimés, dont 214 038 en faveur de la Fédération et 106 859 contre.

Malgré Ténorme proportion des oui^ le bill n*est pas adopté, parce que le parlement de Nouvelle-Galles, sur la demande du ministre Reid, a fixé à 80 000 le nombre des suffrages favorables nécessaires pour l'adoption définitive. C'est la question des tarifs douaniers qui parait avoir causé cette mesure et la proportion relativement grande des non en Nouvelle-Galles. La réalisation de la Commonweallh est donc en suspens, sur une question de détail; mais le principe de la fédération a pour lui la majorité des Australiens et des Tasmaniens.

///. — Le Cap, Natal et l'expansion de l'Angleterre en Afrique.

Les colonies anglaises de l'Afrique australe se partagent en trois groupes : 1* Le Cap^ pays de laine, de blé et de vigne, avec la population la plus nombreuse (un million d'habitants, dont

un tiers de blancs, dans la colonie propre), avec un parlement élu et un gouvernement responsable; c*est la seule colonie qui ait une vie politique. Son gouverneur est en même temps c haut commissaire » du Royaume-Uni en Afrique australe. Aucune expédition, aucune annexion ne doit se faire en dehors de lui; — 2° Natale pays de canne à sucre et peuplé de 455 000 Cafres et de 41000 Indous contre 46000 blancs. Ceux-ci ont refusé le régime parlementaire et ont demandé à rester sous l'administration directe de la métropole, par crainte des indigènes ; — 3** La Zambezia ou Rkodesia, ensemble de territoires immenses, déserts ou peuplés de nègres, placés sous Tadministration d*une compagnie de colonisation à monopole. Toutes les dépendances britanniques ont été rattachées à Tun de ces trois groupes, sauf le Basoufoland, séparé du Gap en 1884. En dehors des possessions anglaises, les deux Etats boers sont restés indépendants sous le gouvernement d'un parlement ( Volksraad) et d'un président, élus directement. Les descendants des anciens colons hollandais sont nombreux dans la colonie du Cap. La question boer et la question indigène dominent Thistoire de l'Afrique australe. Elles ont pris une couleur particulière à la suite de la découverte des diamants et de Tor, qui a fait affluer les blancs dans le pays.

Le Transvaal annexé, puis évacué par les Anglais. — Avant la découverte de Tor, la République sud-africaine (Transvaal) était considérée comme beaucoup moins importante que celle d'Orange. Les blancs étaient à peine 50 000 en face de 800 000 indigènes ; il n'y avait pas de routes ; les étrangers trouvaient mauvais accueil au Transvaal. Livingstone, suspect comme missionnaire d'être favorable aux indigènes, y fut très mal reçu. Quand l'or fut découvert en 1854, le gouvernement essaya de tenir la nouvelle secrète aGn de ne pas attirer d'émigrants, puis il autorisa l'exploitation, qui s'établit d'abord à l'est, dans les monts Drakenberg. Un ancien pasteur, élu président en 1872, Burgers, contracta un emprunt pour construire un chemin de fer entre la baie Delagoa et les mines. Les Boers du Transvaal, qui ne payaient presque pas d'impôts et qui élaient hostiles à l'immigration, se prononcèrent en majorité

contre le président. Alors le gouvernement anglais intervint ; le ministre des Colonies du cabinet Disraeli proposa d*abord une fédération des Etats sud-africains sur le modèle du Dominion, et il envoya Froude au Cap pour plaider en faveur de ce projet. Fronde fut mal accueilli par le gouverneur, qui n'avait pas élé prévenu; il fit aux Boers des conférences où il citait Horace, et ne réussit pas à les convaincre. Alors le minisire augmenta la garnison de Natal, et envoya dans la colonie un commissaire extraordinaire avec pouvoir de faire des annexions d*accord avec le gouverneur. Le commissaire, accompagné d'un détachement de police à cheval, se rendit a Pretoria, où il fut accueilli par un parti favorable à l'annexion. Il proposa au Yolksraad l'ultimatum suivant : « Un gouvernement plus fort ou l'annexion. » Le Yolksraad s'étant séparé sans répondre, le commissaire proclama l'annexion (12 avril 1877); le gouvernement anglais l'approuva et refusa de recevoir deux délégations qui vinrent, l'une de la part de l'ancien pouvoir exécutif, l'autre avec une pétition signée de 6 000 Boers, protester en faveur de l'indépendance transvaalienne. Ils étaient en majorité hostiles à l'annexion, mais ils craignaient Tintervenlion de l'armée anglaise opérant tout près de leur frontière, contre les Zoulous. Le gouvernement anglais crut sa domination plus assurée qu'elle ne l'était. Il ne convoqua pas le Yolksraad. Wolseley, vainqueur des Zoulous, vint après la guerre installer à Pretoria un gouvernement de fonctionnaires anglais, sans institutions représentatives, et il déclara que la souveraineté britannique durerait aussi longtemps que le soleil brillerait et que les fleuves iraient se perdre dans la mer. Alors le parti de l'autonomie se souleva. Les membres de l'ancien Yolksraad, qui n'avait plus été convoqué depuis 1877, se réunirent le 13 décembre 1880 dans un village, nommèrent Krûger, Joubert et Pretorius (fils d'André) triumvirs pour restaurer la république, et firent un appel aux armes. Les Boers arrivèrent achevai et en armes, bloquèrent toutes les garnisons anglaises et repoussèrent un régiment anglais qui marchait de la frontière natalienne sur Pretoria. A ces nouvelles le gouverneur de Natal réunit toutes les forces dont il disposait, 1 000 hommes et six canons, et s'engagea dans les défilés qui

montent vers le Transvaal. Les Boers, postés sur les montagnes, Tarrêtèrent pendant quinze jours et finirent par repousser un assaut désespéré des Anglais en leur tuant six ofGciers et le gouverneur (Majuba Hill, 27 février 1881). « Nos hommes, écrivait le général transvaalien Joubert, ont combattu en héros et Dieu nous a donné la victoire. 9 Le gouvernement anglais parut d*abord disposé à recommencer l'expédition; des forces furent concentrées à Natal. Mais le pouvoir passa aux mains de Gladstone, qui s*était déclaré contre l'annexion ; le cabinet libéral offrit auxBoers un arrangement provisoire qui leur promettait un Yolksraad et l'autonomie sous la suzeraineté de la reine. Les Boers acceptèrent (1881) et la convention définitive négociée à Londres ne laissa à l'Angleterre qu'un droit de veto sur les traités conclus par la République sud-africaine avec des puissances étrangères autres que l'Orange. Le commissaire anglais à Pretoria était remplacé par un agent diplomatique, l'autonomie rétablie avec l'ancienne constitution. Les Boers promettaient de ne pas maltraiter les indigènes (1884).

La guerre des Zoulous. Annexion de la côte est Jusqu'au Mozambique. — Les Zoulous sont les tribus cafres établies entre le Transvaal et la côte Est; leurs guerriers armés de boucliers et de sagaies avaient été réunis en une seule armée sous Dingaan, puis sous son frère Panda, au commencement de ce siècle; ils combattaient en phalanges serrées, dangereuses par leur masse et par l'élan et la rapidité de leur attaque. Les Zoulous s'étaient battus longtemps contre les Boers du Transvaal, à propos de territoires et de vol de bestiaux. Ils venaient aussi piller la frontière nord de Natal. Le cabinet conservateur se décida à détruire leur armée en même temps qu'il intervenait au Transvaal. Un gouverneur énergique pris dans le service indien, Sir Bartle Frère (1877), se rendit à Natal, fît tracer la frontière d'une manière précise et somma le roi des Zoulous, Cettiwayo, fils de Panda, de livrer les Zoulous meurtriers d'Européens, de recevoir les missionnaires qu'il avait expulsés et d'accepter un résident britannique dont l'autorisation lui serait indispensable pour faire la guerre (1878). Cettiwayo n'ayant pas répondu, une colonne anglaise entra sur

son territoire en janvier 1879; elle ne rencontra d'abord aucune résistance, mais, pendant que son chef faisait une reconnaissance, 700 Européens et 600 auxiliaires noirs, qui gardaient le camp à Isandlhawna et qui n'avaient pas pris la précaution de se retrancher derrière leurs chariots, à la manière boer, furent surpris par 14 000 Zoulous qui s'avançaient en rampant dans la brousse, et presque tous tués à coups de lance; en même temps une phalange de Zoulous essayait d'envahir Natal, mais était arrêtée par le feu d'un détachement anglais. L'armée anglaise recula, se reforma à Natal et marcha en une seule masse de 4 000 hommes sur la capitale Ulundi, devant laquelle elle tailla en pièces les guerriers zoulous (4 juillet 1879). Cettîwayo fut fait prisonnier et déporté en Angleterre. Le Zoulouland fut déclaré territoire anglais et organisé comme la Cafrerie; on y laissa les chefs indigènes sous le contrôle d'un petit nombre de fonctionnaires blancs. En 1883, le gouvernement libéral crut pouvoir rétablir Gettiwayo sous le protectorat britannique; mais à peine était-il revenu que son frère et plusieurs chefs lui firent une guerre acharnée où périrent 6 000 guerriers. Gettiwayo s'enfuit auprès des Anglais et mourut en exil. Pendant ces troubles, des aventuriers boers étaient intervenus; ils avaient fondé aux dépens du Zoulouland la petite république de Vrijheid, qui fut bientôt annexée au Transvaal. Le reste du Zoulouland, sous la royauté de Dissizoulou, fils de Gettiwayo, resta une possession britannique troublée par des émeutes et des brigandages. En 1888, Dissizoulou et plusieurs chefs ont été arrêtés par les autorités anglaises et déportés à Sainte-Hélène. En 1897 ïe Zoulouland britannique, avec 179 000 indigènes et 1 100 blancs, a été incorporé à la colonie de Natal.

Au nord des Zoulous, d'autres tribus cafres habitent deux territoires : le Tongaland ou Àmatongoland avec 38 000 indigènes; sur la côte, le Souaziland (80 000 indigènes), pays de vallées adossées aux monts Drakenberg, où les Boers viennent pendant une partie de l'année faire paître leurs troupeaux. L'Amatongoland est devenu anglais en 1887 et a été incorporé à Natal en même temps que le Zoulouland. Le Souaziland, déclaré indépendant par la convention anglo-transvaalienne

de 1884, a été, après la mort Je son principal chef, placé sous le contrôle commun des Boers et des Anglais (1889), puis sous Tadminislration de la République sud-africaine seule (1894-95). Tous ces territoires sont gouvernés par les chefs indigènes sous le contrôle européen. Les Cafres paient une taxe des huttes; le gouvernement leur garantit les droits de chasse et de pâture, interdit de leur vendre de Falcool et protège les missionnaires. Le Pondoland (ancienne Cafrerie indépendante), qui séparait le Cap de Natal, ayant été incorporé à la première de ces deux colonies (1894), toute la côte Estjusqu'à Mozambique et presque tout Tancien territoire des diverses tribus ont passé sous Tadministration directe de TÂngleterre.

Entre les plaines du Pondoland et TElat d*Orange se trouvent les pays montagneux des Griquas de TEst et des Basoutos. Les Basoutos, annexés au Cap depuis 1871 , se sont révoltés, avec Taide des Griquas, quand on a voulu les désarmer en 1880, et ont tué un résident, mais ils ont été soumis par les volontaires. Le Griqualand Est a été incorporé au Cap. Le Basoutoland, que la colonie avait pris malgré elle et dont elle ne voulait pas payer les frais d'occupation, est devenu une colonie à part (1884), administrée à peu près comme les pays zoulous. Ainsi les deux Etats boers se sont trouvés bloqués du côté de la mer par les possessions anglaises.

Du Bechouanaland au Tanganyka. — M. Rhodes et la Compagnie à charte. — Vers Touest, les Anglais ont également réussi a empêcher l'expansion des États boers. De ce côté vivaient, au nord de la colonie du Cap, les tribus peu nombreuses des Bechouanas, pasteurs paisibles. Leur pays a été disputé entre les Anglais et les Boers, depuis la convention de 1852. Au moment où fut conclu le traité de 1884, des Voorlrekkers boers avaient fondé chez les Bechouanas de petites républiques, le Stellaland, l'Eugenia, le Goschen. On décida que le territoire contesté serait partagé entre la République Sud-Africaine et TAnglelerre, qui voulait s'assurer une route vers l'Afrique centrale. Les deux pays prétendirent à la possession de la principale agglomération, Mafeking; la bourgade fut occupée par les volontaires anglais et la police à

cheval et resla britannique (1884). Tout le terriloire au sud du Molopo devint le Bechouanaland britannique (1885), d'abord colonie de la Couronne, puis incorporée au Gap (1895). La suzeraineté de l'Angleterre avait été dès 1885 proclamée d'une façon générale jusqu'au Zambëse. C'est ce qu'on appela le protectorat de Bechouanaland : ce nom s'est réduit actuellement à la région la plus déserte (Kalahari), qui renferme à peine 200 000 habitants sur un espace grand comme la France. Ces solitudes ont été occupées pour empêcher les Allemands établis sur la côte atlantique (1885) de fermer aux Anglais le chemin de l'intérieur : la frontière anglo-allemande a été tracée en 1890. Le protectorat de Bechouanaland est administré par des chefs indigènes, dont le principal est Khama, sous un résident britannique dépendant du haut commissaire.

Plus au nord se trouvent d'immenses régions plus fertiles et plus peuplées; leur occupation par les Anglais a soulevé les réclamations du Portugal, qui se croyait possesseur de l'intérieur de l'Afrique entre ses colonies d'Angola et de Mozambique, mais qui a fini par reconnaître à l'Angleterre la possession de la zone contestée (1889-91). Ces nouvelles annexions sont devenues le domaine de la Compagnie à charte du Sud de l'Afrique. La compagnie administre : 1° au nord du Kalahari les plateaux habités par les nègres machouas, i*ace indigène, et par les Matabélés, conquérants cafres venus de la côte (1889); — 2" au nord du Z»ambèse toute l'Afrique centrale anglaise (1891), moins le Nyassaland, qui forme un protectorat à part : en tout plus de deux fois l'étendue de la France. La compagnie a été fondée par un Anglais, M. Cecil Rhodes, venu d'abord au Cap pour rétablir sa santé, et retenu ensuite par les mines de diamants. M. Rhodes eut l'idée de syndiquer ces mines qui se faisaient concurrence, de manière à régler la production sur la demande; les diamants épuisés, il fonda un syndicat analogue de mines d'or à Johannesburg. En même temps il prenait parti pour la politique d'annexion; c'est lui qui en 1884 avait réclamé et obtenu l'occupation de Mafeking. A peine le protectorat anglais était-il proclamé jusqu'au Zambèse que M. Rhodes fondait une comapgnie pour exploiter

les mines des montagnes du Matabéléland, l*ancien Ophyi\ où se dressent les ruines peut-être phéniciennes de Zymbabey (1888). Le gouvernement anglais venait alors de conclure avec le principal chef malabélé, Lobengula, un pacte d*amilié par lequel le chef promettait de ne pas traiter avec les étrangers sans Tassentiment du haut commissaire. Pour mettre en valeur ce pays éloigné, le gouvernement anglais accepta les propositions de la compagnie Rhodes; le 29 octobre 1889 il lui donna une charte (monopole), et les droits de souveraineté (administration, justice, armée, vente de concessions) à condition qu'elle prolongerait le chemin de fer arrêté à Kimberley, le télégraphe arrêté à Mafeking, qu'elle encouragerait Témigration, le commerce et Texploitation des mines. Immédiatement la compagnie réunit une équipe de pionniers, leur lit construire une route de plus de 600 kilomètres pour pénétrer dans les montagnes, élever à Textrémilé de cette route les constructions du fort Salisbury, capitale de la Rhodesia, puis les employa aux travaux des mines (1890). La colonisation fut bientôt troublée par les Matabélés, gens de guerre et de pillage comme les Cafres. En 1893, ils arrêtèrent le courrier et dévalisèrent plusieurs négociants : le haut commissaire permit alors à la compagnie de faire la guerre à leur chef Lobengula. La compagnie a 670 blancs et 570 noirs à cheval, commandés par un ancien médecin, le docteur Jameson; les expéditions sont des raids do cavalerie d'un kraal à un autre ou d'une bande de guerriers à une autre; on tue beaucoup d'indigènes, plusieurs sont enfumés dans des grottes : enfin le village fortifié de Lobengula, Boulouwayo, est pris, et le chef disparait. La guerre a recommencé en 1896, après que l'expédition de Jameson au Transvaal eut dégarni le pays d'une partie de la police à cheval. Cette fois ce fut une insurrection générale; il fallut demander des volontaires au Cap, organiser des corps irréguliers. La compagnie dépensa plus de 50 millions. Les blancs pénétrèrent de différents côtés dans les montagnes et firent une sorte de chasse à l'homme. Un des épisodes les plus curieux de cette campagne est celui de deux volontaires qui réussirent à gagner à travers les rochers une grotte où vivait le

sorcier le plus célèbre du pays et qui le tuèrent d*une balle pendant qu'il se livrait à des danses magiques. La guerre se termina par le désarmement général des indigènes; elle eut pour conséquence une famine qui a réduit leur nombre déjà diminué par les batailles et les massacres.

Malgré les deux guerres et les dépenses qu'elles ont occasionnées, la compagnie a fort avancé l'exécution des travaux publics. Le chemin de fer de pénétration dans l'Afrique centrale a été prolongé, toujours en territoire anglais, de Kimberley à Mafeking; le télégraphe de Mafeking à Fort-Salisbury, et de là, par la Compagnie du télégraphe africain transcontinental, jusqu'au lac Nyanza; il doit atteindre l'Ouganda, puis le Nil. Le service des postes est fait assez rapidement et sur une route assez bonne pour qu'on puisse aller en vingt-quatre jours de Londres à Fort-Salisbury. Enfin on a commencé la construction d'un chemin de fer entre cette dernière ville et Beira sur la côte portugaise; c'est la future roule d'Europe en Rhodesia. Celle du Cap est trop longue et traverse des pays trop pauvres.

Les projets de fédération; l'Afrikander Bond; Tinvasion du TransvaaL — Après la soumission à peu près complète des indigènes, l'Afrique australe a été de nouveau agitée par la question boer, qui se pose en même temps au Cap et dans les deux républiques autonomes. Les Hollandais du Cap, qui sont les plus ouverts, se sont organisées politiquement; ils ont fondé en 1880 V Afrikander Bond, dont le but est de réaliser l'ancien projet de fédération sud-africaine sous la suzeraineté de l'Angleterre, les droits des Hollandais étant sauvegardés. Ceux-ci réclamaient notamment l'autorisation de parler leur langue au Parlement; ils Tobtinrent du gouvernement libéral en 1882. Dix ans après, la moitié des représentants leur élait acquise. M. Cecil Rhodes, devenu premier ministre du Cap, réussit à réconcilier cinglais et Afrikanders. Il fit voter la loi électorale de 1892 qui exigeait pour être électeur aux deux Chambres la faculté de signer son nom, et une propriété de 75 livres ou un salaire de 50; c'était, pratiquement, ôterle droit de vote aux indigènes, ce qui satisfaisait tous les colons blancs,

M. Rhodes déclara publiquement à Kimberley (1891) qu*il voulait une fédération, mais qu^il Tattendait du libre consentement des Étals : c'était le progva.mme des Afrikanders. Ils s'agissait de le faire accepter aux deux républiques. L*Orange (77 000 blancs, 130000 indigènes), faisant presque tout son commerce avec le Cap, avait laissé prolonger à travers son territoire les chemins de fer de cette colonie; il avait conclu avec elle (1890) une union douanière. L'influence anglaise n'y rencontrait pas d*opposition sérieuse. Au contraire le président de la République sud-africaine, M. Paul Krûger, ancien insurgé de 1880, était hostile à l'immigration étrangère et à la fédération, et la majo* rite du Yolksraad partageait son avis. L'opposition entre ses vues et celles de M. Rhodes n'aurait peut-être pas amené de conflit, sans l'intervention des étrangers occupés aux mines d'or duTransvaal.

Ces mines étaient de nouveaux gisements découverts en 1884 dans le sud de la République et dont la richesse était inouïe. En quelques années la prospérité du Transvaal, tombée après l'épuisement des anciennes mines, se releva. Les gisements riches sont presque tous concentrés dans le district du Witwatersrand.

L'or se trouve dans le quartz, qu'il faut faire sauter à la dynamite, puis broyer avec des machines à vapeur. Le travail est fait par des Cafres sous la direction d'un état-major blanc dont les chefs sont des personnages riches et influents. La capitale de l'or, Johannesburg, fondée en 1886 sur une lande déserte, est aujourd'hui une grande ville de 102 000 habitants, avec l'éclairage électrique des rues, des magasins, une bourse, des journaux, enfin tout ce qui caractérise une ville européenne, moins l'eau qu'on n'a pas encore pu lui amener. De toutes les « cités champignons », c'est peut-être celle dont la croissance a été lé plus rapide. Les chemins de fer ont pénétré dans le Transvaal, qui n'avait connu jusque-là d'autres moyens de transport que les chariots à plusieurs paires de bœufs. Pretoria et Johannesburg sont reliés au Cap à travers l'Orange, et à Lourenço Marquez sur la côte portugaise. Le revenu du Transvaal passait de 30000 livres (1870) à 1250000 (1892).

Néanmoins le président Kriiger et le Volksraad étaient mécontents de Tafflux des étrangers. Quand on lui demanda lautorisation de prolonger le chemin de fer vers le nord, où Ton avait découvert de nouvelles mines, le président refusa en disant : « C*est assez d*un Johannesburg, nous n*en voulons pas deux. » Johannesburg, exclusivement peuplé d'étrangers, écrasait la capitale, Pretoria, qui comptait à peine 10 000 habitants et n*était qu'une sorte de grand village. Les Boers et les étrangers (uitlanders) formaient deux populations ennemies. Les uitlanders n'avaient pas de droits politiques : ils se plaignaient d'être exploités par un gouvernement auquel ils n'avaient aucune part. La République prélevait sur les concessions minières, sur les exportations et les importations (sauf pour les marchandises portugaises) des droits élevés; c'étaient là ses principales recettes. Elle avait concédé le monopole de la vente de la dynamite à une compagnie qui majorait les prix de 40 p. 100, l'exploitation du chemin de fer à une compagnie néerlandaise dont les tarifs doublaient le prix de la houille. Elle refusait de résoudre la question du travail indigène selon les vœux des uitlanders, qui réclamaient l'interdiction de l'importation de l'alcool par le territoire portugais, l'élévation de la taxe des huttes de 12 fr. 50 à 125, sauf dans le cas où l'indigène était occupé aux mines; enfin l'obligation pour tout indigène de porter un numéro qui lui tiendrait lieu d'état civil et permeltrait de le reprendre s'il s'enfuyait après s'ôlre engagé au service d'un blanc. Les uitlanders n'avaient obtenu aucune concession, mais ils en prenaient leur parti, pensant que la couche de quartz aurifère serait épuisée en quelques années et qu'alors ils abandonneraient Johannesburg, la ville sans eau et sans culture, comme les chercheurs de diamants avaient délaissé Kimberley. Mais on découvrit près de Johannesburg de nouvelles couches aurifères au-dessous des anciennes et dans d'autres parties du Transvaal de nouveaux champs d'or. Les uitlanders se considérèrent comme fixés pour longtemps dans la République et voulurent absolument oblenir des droits politiques pour les employer au profit de leur industrie (1894). Les Anglais de Johannesburg fondèrent une Union nationale

HiSTOIRK OéNiRALB. XII. iO

SOUS la direction de H. Charles Léonard : l'Union réclama, sans succès, des écoles anglaises et le droit de cité pour les étrangers. Elle s'entendit avec la Chambre des mines, c'est-à-dire avec le syndicat de toutes les compagnies, dont le président était M. Lionel Philipps. Le syndicat s'était borné jusque-là à acheter des membres du Volsksraad; il avait dépensé de la sorte 75 000 francs pour empêcher le vote de la loi sur le repos du dimanche. Cette fois il s'agissait d'obtenir des droits politiques. MM. Léonard, Philipps et plusieurs industriels, dont un Américain, s'entendirent pour faire à ce sujet une agitation à Johannesburg; on allait jusqu'à prévoir un soulèvement; des armes, des munitions, des vivres furent introduits en secret dans des magasins. M. Rhodes, premier ministre du Cap, personnage important de la compagnie à charte et du principal syndicat de mines d'or, était au courant du mouvement et l'approuvait. Les meneurs pensaient que Johannesburg serait investi par les Boers; ils s'étaient assurés, dans cette éventualité, le concours d'un agent de la compagnie, le D' Jameson, vainqueur des Matabélés, qui devait venir délivrer la ville à la tête de sa police à cheval. Tout était prêt vers la fin de i895. Dans un meeting à Johannesburg, les partisans du mouvement exposèrent leurs demandes de réformes avec des menaces contre le gouvernement boer, s'il ne cédait pas ; mais les uitlanders allemands, hollandais et français répliquèrent par une manifestation loyaliste à la Bourse. Les étrangers étaient coupés en deux factions et les chances de succès fort diminuées. M. Léonard se rendit en toute hâte à Capetown auprès de M. Rhodes pour le prier de télégraphier au D"" Jameson de ne pas intervenir avec ses soldats. Mais Jameson t prit le mors aux dents », il envahit le territoire transvaalien après avoir coupé le (il télégraphique qui le mettait en communication avec le Cap. Abandonné à lui-même, sana vivres, il fut cerné et pris par les miliciens boers. Ceux-ci se tournèrent ensuite contre Johannesburg, où le comité des réformes avait dominé pendant quelques jours, et y prirent les chefs du mouvement. L'agression de Jameson, l'intervention évidente de la compagnie de M. Rhodes ont éveillé la défiance des Hollandais contre

les Anglais. La République sud-africaine a acheté des canons et des fusils pour défendre son indépendance. L*Orange s'est rapproché d*elle par un traité. Enfin les Àfrikanders du Cap ont pris position contre leur ancien allié, M. Rhodes, et les élections de 1898 leur ont donné une majorité de quelques voix, à TAssemblée législative du Gap. La fédération de l'Afrique australe semble retardée pour longtemps.

L'Angleterre dans les autres parties de l'Afrique. — L'Afrique australe anglaise et l'Afrique centrale anglaise qui la prolonge ne sont qu'un des morceaux obtenus par l'Angleterre dans le partage de l'Afrique. Ce partage est un des plus grands événements coloniaux de l'époque contemporaine. Il a été préparé par des missions militaires chargées de traiter avec les chefs indigènes, obligées parfois de s'ouvrir un chemin par les armes, en butte à l'hostilité des représentants des autres nations; il a été opéré en Europe par des congrès de diplomates qui ont tracé sur des cartes parfois insuffisantes les zones d'influence des différentes nations. Chaque traité est suivi d'une délimitation de frontières sur le terrain ; aucun ne règle toutes les difficultés. Une fois établis sur la côte, les Européens sont obligés de détruire les Etats militaires indigènes au moyen d'expéditions meurtrières et coûteuses. Celles des Anglais, surtout la première expédition contre les Achantis (1873-1874), sont réputées comme les plus soigneusement préparées au point de vue du ravitaillement et de l'hygiène. On ne peut ici entrer dans les détails des annexions en Afrique. Voici d'une façon générale les positions occupées par les Anglais, l"* A l'ouest, leurs établissements de la côte de Guinée ont été tournés et coupés de l'intérieur par des colonies françaises; mais la convention de 1890 a donné aux Anglais le cours inférieur du Niger, la Bénoué, tous deux navigables, et la partie fertile et peuplée du Soudan jusqu'au lac Tchad (Lagos, colonie de la Couronne; protectorat de la côte du Niger). La convention de 1898 a partagé une région contestée entre France et Angleterre en décidant que la colonie du Dahomey rejoindrait les territoires français de la bouche du Niger. — 2^ A l'est, la côte et la région des lacs ont été partagées entre l'Allemagne et

rAnglelerre à la suite de plusieurs conventions (1886-1890). Le territoire anglais comprend : le protectorat de Zanzibar; ri. B. E. A. {Impérial British East Africa) concédée jusqu'en 1895 à une compagnie, puis administrée directement; le protectorat de rOuganda (1894). 3^* L'Egypte est occupée par une armée anglaise qui reprend au nom du khédive et avec le concours des troupes égyptiennes la partie du Soudan occupée par les Derviches. La question de savoir à qui appartiendront les pays du Haut-Nil, égyptiens avant l'insurrection mahdiste, a été réglée par les victoires de l'expédition anglaise et la convention franco-anglaise de 1899. En somme, sans TAfrique orientale allemande, et le Nil, du lac Victoria à Khartoum, redevenu égyptien, — les pays placés sous Tinfluence ou sous Tadministralion anglaise en Afrique s'étendraient < du Gap au Nil », suivant le mot de M. Rhodes. La plus grande partie de l'Afrique anglaise se compose d'annexions nouvelles dont l'organisation est à peine commencée. Deux morceaux très importants [Niger et Rhodesia) ont été abandonnés à des compagnies. La seule colonie qui ressemble à un Etat européen est le Cap, qui doit son récent développement aux mines de diamants et qui pourra devenir le centre d'une fédération de l'Afrique australe.

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