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L'AUSTRALASIE DÉMOCRATIQUE

détails sont très compliqués et dont les dispositions principales peuvent se résumer comme il suit :

l°On a conservé la libre sélection, en diminuant l'étendue des lots et en augmentant les obligations imposées aux concessionnaires, savoir construire une maison, cultiver une partie du sol, élever des clôtures, résider dans sa concession, etc. Ces concessions ne peuvent en aucun cas dépasser une étendue maximum qui est fixée assez largement (de 200 à 800 hectares environ, suivant la fertilité du sol). La Tasmanie, la Nouvelle- Zélande, pour attirer les émigrants, ont fini par donner des concessions gratuites, moins étendues que les autres (5 à 20 hectares). Mais la règle reste la vente des terres publiques en lots relativement petits. Ces dispositions ne sont que la suite de celles de Tépoque précédente et ont pour but de créer une classe de moyens et de petits propriétaires.

2'' Une nouvelle méthode a été inaugurée par la Nouvelle- Zélande. Cette colonie, tout en continuant de vendre des terres, s'est mise à faire des concessions de neuf cent quatre-vingt-dixneuf ans moyennant une rente annuelle équivalant à 4 pour 100 de la valeur du sol (1892). Ainsi TElat ne perd pas à tout jamais la propriété des terres, et il s'assure un revenu moins élevé, mais plus régulier.

3*" La Nouvelle-Zélande encore a imaginé d'appliquer l'expropriation pour cause d'utilité publique aux propriétés trop grandes (1894). JUne Cour spéciale en fixe la valeur; le gouvernement les rachète et les vend ou les loue en morceaux plus petits. Dans le môme esprit, l'Etat néo-zélandais s'est fait donner le droit d'intervenir pour imposer aux grands propriétaires des conditions raisonnables pour leurs fermiers, et de leur reprendre, contre indemnité, leurs propriétés s'ils ne veulent faire aucune diminution (1895). — La Nouvelle-Galles a imité le système de concession à longue échéance et l'expropriation forcée des grands propriétaires.

Ces mesures tendent toujours, comme les anciennes, à rendre les propriétés plus petites pour accroître le nombre des propriétaires, mais elles ont un caractère original et révolutionnaire. Elles ne s'attaquent plus seulement au squatlery locataire de

territoires étendus, comme la libre sélection, mais elles sont dirigées contre la gvdinde propriété que la législation précédenle n'avait pas osé attaquer. En outre, par l'emploi de la concession de neuf cent quatre-vingt-dix-neuf ans, elles tendent à habituer une partie des nouveaux concessionnaires à se considérer simplement comme les locataires de TÉtat. Il faut y voir sans doute Tinfluence des théories de Henry George, le propagandiste américain de la nationalisation du sol, dont les écrits ont eu en Australasie autant de succès qu'en Angleterre. Les « georgistes » anglais ou américains louent beaucoup la nouvelle législation foncière néo-zélandaise et en recommandent l'introduction dans leurs pays comme un acheminement à la nationalisation déQni-

tive. L'Etat devrait, d'après eux, avoir le monopole de la propriété et concéder à chaque individu la possession de l'étendue nécessaire à son existence et à celle des siens, à condition qu'il la travaille lui-même. Si c'est là le but de l'Etat néo-zélandais, il y marche par une série de mesures légales à très longue échéance. On a cru trouver des tentatives plus révolutionnaires, des essais de communisme dans certains types de colonies agricoles créés par la Nouvelle-Zélande, la Victoria, l'Australie du Sud et plus tard par le Queensland. Dans les plus originales de ces installations, la terre était concédée à une association de cultivateurs qui devaient la cultiver en commun, se partager les fruits de leur travail après avoir prélevé sur eux une rente pour le gouvernement et le prix des premières avances faites par lui. Ces colonies comprenaient de 20 à 300 personnes. Celles de l'Australie du Sud ont complètement échoué et se sont presque toutes dispersées. Il ne s'agissait là que d'un expédient pour transformer en paysans les sans-travail qu'on ne pouvait plus employer dans les villes.

Les fonctions de l'État en Australasie. — Les colonies australasiennes ont créé plus de services publics que les pays européens. Elles n'ont rejeté qu'une seule des charges de ces derniers, le budget des cultes. Les Eglises et les Etals sont séparés partout, sauf en Tasmanie. Il faut ajouter que le budget de la guerre est, relativement à ceux de l'Europe, presque insignifiant en Australasie. Mais aucun autre pays ne

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dépense autant pour Tinstruction, pour les travaux d*utililé publique, ne prend autant d*initiatives que les principales colonies australasiennes.

Partout, sauf en Tasmanie, on a abandonné le système anglais d*ayant 1870 qui consistait à laisser renseignement à Tinitiative privée en le secondant par des subventions : les colonies australiennesontunministërederinstruction primaire, desécoles nationales obligatoires pour les enfants de six à quatorze ans, laïques et gratuites, tout au moins pour les pauvres. L'enseignement confessionnel est libre, mais n'est pas subventionné. Les colonies australasiennes dépensent un dixième de leurs revenus pour Tinstruction publique. Victoria a consacré à ce service un tiers des siens dans les premières années. En France, la part de l'instruction publique est à peine un seizième du budget.

ti'alcoolisme a été combattu dans toutes les colonies. Des mesures ont été prises pour ne pas augmenter le nombre des débits d'alcool et pour les fermer de bonne heure en semaine et toute la journée le dimanche. Les défenseurs de la tempérance en Nouvelle-Zélande sont constitués en parti politique. Ils réclament, comme en Angleterre, le droit pour les administrations locales de réglementer et même d'interdire le débit de l'alcool.

Nulle part l'intervention de l'Etat n'a été aussi importante que dans l'exécution des travaux publics; la plupart des chemins de fer ont été achetés ou construits par les Etats. Victoria possède tout son réseau ferré; dans les autres colonies les lignes appartenant à des particuliers représentent une faible longueur par rapport aux lignes nationales. Les routes, les ports, jusqu'à des usines à congeler la viande ont été construits aux frais des États; les entreprises de ce genre sont devenues considérables pendant la crise de 1893, alors que beaucoup d'ouvriers étaient sans travail ; mais ce ne sont pas de simples expédients comme les colonies agricoles. Les Etats australiens ont voulu, presque en chaque matière, faire mieux que l'initiative privée, devenir soit des patrons modèles, soit des entrepreneurs et des fournisseurs modèles. Pour faire connaître la multiplicité de leurs fonctions, il suffira d'énumérer celles du

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plus avancé et du plus entreprenant, celui de la Nouvelle- Zélande.

Il est le plus grand propriétaire foncier de la colonie et possède des terres pour plus de 30 millions. Il a les trois quarts des écoles primaires et instruit le dixième des enfants : il est le seul entrepreneur des chemins de fer (2022 milles contre 167 à des particuliers); il est le plus grand patron et occupe près de la moitié des ouvriers; il a créé une banque nationale qui prête à un taux plus bas que les banques particulières; il prépare un projet d*assurances sur la vieillesse, analogue au projet Escuyer tant discuté en France, et assurant à chaque habitant 650 francs de rente annuelle à partir de soixantecinq ans, et il a depuis plusieurs années Toffice le plus important d*assurance sur la vie. Ainsi se réalise la profession de foi faite, le 25 mars 1895, à New-Plymouth par M. Heeves, alors membre du ministère populaire et maintenant agent général de la colonie à Londres : « Plus TElat fait pour les citoyens, plus il remplit sa fonction... Les attributions de TEtat doivent être étendues le plus possible... La vraie démocratie consiste dans Textension des attributions de TEtat. » C'est le principe de ce qu'on appelle en Angleterre socialisme municipal. La diCFérence est dans Tapplication : les services publics sont créés en Australasie par le gouvernement central, dans la métropole par les administrations locales.

Le déficit ; les emprunts ; les impôts progressifs. — L'intervention de l'Etat en matière de travaux publics et d'entreprises de tout genre a chargé les budgets d'autant plus lourdément que l'Etat ne cherche pas à réaliser des bénéfices immédiats, mais à satisfaire les électeurs. Si beaucoup de lignes ferrées donnent des revenus, d'autres, construites pour des intérêts locaux ou des sans-travail, sont loin de faire leurs frais. Chacune des colonies, sauf l'Australie méridionale, l'Australie occidentale et la Tasmanie, a un réseau ferré plus étendu que celui de l'Algérie (presque le double dans Victoria, grande comme les 4/9 de noire colonie); mais les revenus ordinaires n'ont pas suffi aux dépenses d'établissement; il a fallu recourir aux emprunts, si bien que les colonies australasiennes sont les

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Etats les plus lourdement endettés du monde. La proportion de la dette par habitant y est en moyenne de i 300 francs, contre 800 en France; elle atteint 1800 francs au Queensland. Près d'un quart des ressources est employé au service de la dette. Le déficit a apparu depuis une dizaine d'années dans presque tous les budgets coloniaux. Sa révélation a causé des crises ministérielles; les mesures proposées pour le combler sont les mômes que chez nous, avec cette différence qu'elles ont été appliquées plus vite et plus résolument. D'un côté, les conservateurs ont recommando les économies, les suppressions de fonctionnaires et ils les ont pratiquées, renvoyant des employés, des ouvriers de chemin de fer, abaissant l'indemnité parlementaire. D'autre part les démocrates ont proposé des impôts progressifs sur les successions, sur le revenu mobilier, sur la propriété foncière. L'impôt sur les successions a été établi dans presque toutes les colonies et imité d'elles, comme tant d'autres réformes, par l'Angleterre. L'impôt progressif sur le revenu mobilier existe en Victoria et en Australie méridionale avec exemption au-dessous de 5 000 francs; en Nouvelle-Zélande et Nouvelle-Galles, avec exemption au-dessous de 7 500. L'impôt progressif sur la propriété foncière a fait l'objet de débats très vifs dans les différents parlements. Il n'est établi que dans les deux colonies où la législation foncière semble s'inspirer des théories de la nationalisation du sol; la Nouvelle-Zélande a établi une taxe progressive sur les grandes propriétés valant plus de 125 000 francs; dans ce pays, sur 90 000 propriétaires fonciers, seuls les 12000 plus importants payent la taxe. La Nouvelle-Galles, sous le ministère Reid, a institué elle aussi une taxe foncière progressive. Pour 1 300 000 Néo-Gallois, on ne compte que 60 000 contribuables pjour les impôts progressifs sur le revenu mobilier et sur les biens-fonds.

Li'or, rimmigration et le régime parlementaire en Australie occidentale. — L'Australie occidentale est près de cinq fois plus grande que la France ; sa superflcie dépasse même celle de l'Australie du Sud plus le territoire Nord. Mais l'Australie occidentale, dépourvue de pluies, était restée de beaucoup la plus pauvre et la moins peuplée des sept colonies.

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Les habitants, manquant de travailleurs, avaient réclamé des convicts alors que toutes les autres colonies refusaient d'en recevoir, et on leur en avait envoyé jusqu'en 1863. En 1810, toute la colonie ne possédait pas 25 000 habitants. Elle n'avait pas obtenu le gouvernement responsable et était administrée par un gouverneur et un conseil de fonctionnaires. La situation a changé récemment après la découverte de Tor. En 1886, on a trouvé des pépites et de la poudre d'or dans des alluvions; aussitôt s'est produit un rush de diggers armés de pioches et de cribles; il fallait s'enfoncer dans l'intérieur à près de 1 000 kilomètres, vivre dans un pays sans arbres, sans eau, où les objets nécessaires à la vie sont d'un prix extraordinaire à cause des frais de transport. Ces obstacles n'ont pas arrêté les immigrants. Au milieu des champs s'est dressée en 1893 une ville de tôle ondulée et de toile, Coolgardie, où l'eau est si rare et si chère que Ton en manque pour se laver, mais qui possède déjà le télégraphe, une gare et plusieurs journaux. Entre 1881 et 1891 , la population de la colonie a passé de 30 000 à SO 000 habitanjs. Une partie des nouveaux venus se sont mis à l'élevage du mouton et du bétail, à la culture des céréales pour la nourriture de la population minière. Le gouvernement a augmenté son réseau télégraphique et a fait construire des chemins de fer, au moyen d'emprunts et du produit des douanes. La colonie pouvait enfin se suffire à elle-même. Le gouvernement impérial résolut de l'abandonner à ses propres ressources et de lui donner en échange un gouvernement responsable. Celle réforme a été hâtée par un mouvement en faveur de l'autonomie de la colonie occidentale qui eet parti de la Nouvelle- Galles et dont l'initiateur a été sir Henry Parkes; le mouvement avait pris pour formule : < l'Australie aux Australiens ». Le gouvernement anglais accorda sans difficulté la concession qu'on lui demandait. En 1890, il a donné à l'Australie occidentale une constitution sur le modèle de celles de 1855. La colonie a deux Chambres. La Chambre haute a été d'abord nommée par la couronne ; elle est élue pour six ans par des censitaires depuis que la population a dépassé 60 000 habitants. La seconde Chambre est élue pour quatre ans au suffrage à

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