‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 67 sur 203 · Mirai Gazette, 21 septembre 1861, cité par G. de T · texte numérisé non relu

Mirai Gazette, 21 septembre 1861, cité par G. de T

Sans doute la plupart de ces sociétés affichent leurs sentiments de loyalisme pour le gouvernement anglais, et. le libéralisme religieux de beaucoup d'entre elles, qui admettent leurs membres saDs distinction de culte, est absolument sincère; mais, dans ces trente dernières années, leur tendance à devenir des groupements d'opposition politique et sociale s'est graduellement développée.

L'action des sociétés s'est surtout produite sur les journaux dont un certain nombre, comme VAligarh Akhbar, par exemple, ne sont plus que l'organe de la société établie dans la ville où ils sont publiés.

La presse. — Il ne s'est pas produit, parmi les musulmans de l'Inde, un mouvement littéraire comme celui de Turquie; leur activité intellectuelle ne s'est montrée que dans l'apologétique religieuse, à laquelle les amenait le zèle aggressif des missionnaires chrétiens, et dans le journalisme. Bien que les musulmans soient une minorité dans la péninsule, leurs jour* naux y sont en majorité. La plus ancienne statistique que j'aie sous la main date de 1852, et donne pour les provinces du nord-ouest vingt et un journaux musulmans sur trente et un ; trois de ces journaux sont exclusivement religieux. En 1853, le nombre des journaux a presque doublé (plus de cinquante). La crise de l'insurrection arrêta court ce mouvement de la presse; beaucoup de journaux disparurent, mais, dès 1862, le mouvement avait si bien repris que le gouvernement du Bengale nomma un < rapporteur de la presse indigène » chargé d'en faire connaître les opinions à l'autorité par un rapport hebdomadaire. Dès celle époque, la liberté de la presse indigène, attaquée par les ultra^ouvernementaux anglais, était défendue par les journaux musulmans, qui se sentaient particulièrement menacés : « II n'y a pas longtemps, Aille Pendjabi du 7 juin 1876, que l'flindoustan, qui est un pays immense, et qui fut jadis le berceau de toutes les sciences et de tous les arts, était appelé « contrée ténébreuse ». Mais maintenant que depuis un certain temps les journaux y sont en circulation, le progrès qui éclaire le monde s'y manifeste. Ainsi, bien que la lumière primitive et l'éclat antérieur ne lui soient pas revenus, néanmoins ces tempsci valent mieux que les temps dernièrement écoulés.

« Maintenant des journaux de toute espèce, hindoustanis, anglais, persans et arabes sont répandus dans ce pays; les journaux peuvent faire Toffice d*un conseiller bienveillant; par leur moyen, la réforme du pays est possible. Celte contrée jouit de la sécurité et de la tranquillité dans laquelle la liberté de la presse existe; dans les pays où il n*y a pas de journaux, les sujets ne sont jamais tranquilles ».

Cependant l'opposition des journaux musulmans allait s*accentuant, à mesure que la presse anglaise accentuait elle-même ses attaques contre le journalisme indigène. Un journal musulman de Mirât, le Djam i Djamchidy « la Coupe de Djamchid », reproduit par ÏAligarh Akhbar, est le premier à mettre de la vivacité dans sa polémique. « Les journaux anglais, dit-il, se flattent d'être le véritable thermomètre du progrès et de la décadence; ils dénient cet honneur aux journaux indiens; mais lesjournauxindiens se moquent de leurs railleries. Ilsontsecoué leur insouciance et leur paresse, et ils profitent de la liberté que le gouvernement leur laisse; ils disent franchement ce qu'ils pensent. Les journaux anglais font entendre des menaces; les indiens useront de représailles, et on ne pourra les en blâmer ». Les ultra-conservateurs furent les plus forts, et la censure fut établie pour la presse indigène de Tlnde en 1877. Cette même année, les musulmans de Tlnde, tout en protestant de leur loyalisme, jetèrent les yeux hors de la péninsule, vers le Padichah de Conslantinople, Alem penah « Refuge du monde ». Â l'occasion de la guerre russo-turque, ils organisèrent des souscriptions, et affirmèrent hautement leur solidarité avec leurs coreligionnaires d'Occident. Sans prendre de caractère révolutionnaire, ni de programme, une sourde agitation islamique n'a cessé, depuis cette époque, de se manifester, tantôt par des articles de journaux, tantôt par des manifestations populaires. Sans doute, les musulmans de l'Inde sont attachés au gouvernement anglais, dont ils ne peuvent après tout se passer, mais comme à un pis-aller; leurs sympathies, sinon leurs espérances, sont hors de l'Inde, à Constantinoplc et à la Mekke. Cette agitation a entraîné le gouvernement anglais à une suite de mesures réactionnaires contre la presse

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musulmane. On remarquera que toutes les manifestations islamiques ont immédiatement suivi les mouvements de ce genre qui se sont produits en Turquie; dès 1876, le correspondant de Constantinople de la Revue britannique^ Tun des journaux européens les mieux informés de ce que pense le monde musulman, écrivait : « J'exprime certainement en ce moment des idées assez nouvelles, mais elles me sont suggérées par le caractère de plus en plus religieux que prend en Turquie le mouvement révolutionnaire, dont on peut constater le rapide développement. Sous peine de périr, il faut absolument que Tislam trouve le moyen de se rattacher tous les non musulmans vivant dans son sein par les liens de l'égalité civile, et ce but, il ne pourra vraisemblablement l'atteindre qu'à la suite de cruelles défaites; mais, une fois ce redoutable problème résolu, Tislamisme reprendra certainement sa force d'expansion en Asie et menacera de plus en plus la domination anglaise dans les Indes. Attirer à soi tous les déshérités du brahmanisme, devenir la religion de la majorité des Indiens el supplanter les Anglais, c'était le rêve d'Abd-ul-Aziz, c'est celui de tous les musulmans intelligents et instruits que j'ai connus i».

Ces articles de journaux sont d'ailleurs généralement suivis d'un résultat positif. Après la campagne commencée dans le Pendjabi et reproduite dans les journaux turcs, notamment dans le Baciret, des souscriptions s'ouvraient un peu partout en faveur des nouveaux musulmans; on s'ingéniait à quêter. A Bombay, on décidait, à la fête du Barât ou purification (c'est le jour des morts dans l'Islam) de mettre des troncs dans les cimetières pour l'œuvre de la conversion des infidèles.

Ces manœuvres servaient de thème aux missionnaires et aux ultra-conservateurs anglais de l'Inde pour demander des mesures de répression contre la presse et les sociétés musulmanes de rinde ; ils ont fini par les obtenir, à la suite des émeutes musulmanes qui éclatèrent à Calcutta et à Pouna, en 1897, au moment de la guerre turco -grecque. Nombre de journaux musulmans furent supprimés, de journalistes arrêtés, de sociétés

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