‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 70 sur 203 · L EUROPE APRÈS LE TRAITÉ DE BERLIN · texte numérisé non relu

L EUROPE APRÈS LE TRAITÉ DE BERLIN

en dehors du prestige justement remporté par ses armes, elle semblait, après le traité, avoir autant et plus perdu que gagné.

Elle se trouvait séparée de la Méditerranée non plus par la Turquie seule, mais par un double cordon de petits Etats jeunes, remuants, paraissant devoir se montrer, ce qui était leur droit, fort jaloux de leur indépendance et fort disposés, sauf le Monténégro, à oublier le puissant protecteur qu'ils invoquaient naguère. De plus, sur le seul point où s'interrompait ce cordon de petits Etats, un Etat voisin et rival, sachant avoir, lui aussi, une politique habile à prévoir et tenace à réaliser, capable, lui aussi, d*appuyer ses conceptions par la force d*une armée brave et disciplinée, avait pour ainsi dire établi ses avant-postes, prêt à la devancer dans ces fertiles plaines du AVardar et de la Maritza, sorte de champ clos fîxé par la nature aux hommes pour y décider le sort de la péninsule balkanique.

L'Angleterre et l'Autriche. — Ainsi donc aucun des pays qui avaient pris part à la guerre ne semblait en avoir profilé. Seules TAngleterre et TAutriche paraissaient sortir victorieuses du grand tournoi diplomatique par lequel elle avait pris fin. L'Angleterre y avait gagné de se poser en protectrice du sultan et d'ajouter une sûreté de plus à sa situation déjà si forte dans la Méditerranée ; nous venons de voir quels avaient été les bénéfices de TAu triche.

Mais, à côté des belligérants, à côté de l'Angleterre et de TAutriche, à côté de l'Italie, qui avait su observer et attendre, et de la France qui, réservée sans être effacée, s'était bornée à défendre des traditions aussi désintéressées que séculaires, une autre puissance avait joué un rôle de tout premier ordre au congrès de Berlin. C'était celle-là même qui, après avoir lancé les invitations, avait donné l'hospitalité à ses membres, celle-là dont le principal homme d'Etat avait présidé et dirigé les délibérations, c'était l'Allemagne.

L'Allemagne. — Sans contrecarrer en rien la politique de l'Angleterre, tout en assurant le succès de l'Autriche, elle avait su, en affectant à l'égard des Ottomans un désintéressement complet, poser les fondements d'une influence qui pouvait

devenir, à Conslanlinople, la rivale heureuse de celles de toutes les autres puissances européennes. Elle avait vraiment été au congrès Tarbitre des Etats intéressés, un arbitre d*autant plus écouté et respecté qu'elle avait eu lart de paraître tour à tour vouloir sauvegarder Tamour-propre ou les intérêts de chacun.

Au sortir du congrès de Berlin, TAUemagne, ayant pour amie l'Angleterre triomphante, et pour obligée TAulriche satisfaite, restait pleinement maîtresse de la politique qu'elle entendait suivre, à l'apogée de sa puissance diplomatique.

Mais, de l'Acte même de Berlin, et le réaliste homme d'Etat qui dirigeait alors la politique allemande ne s'y méprenait pas, pouvaient sortir des difficultés nouvelles, un groupement nouveau des intérêts et des forces qui mettrait peut-être avant peu en péril l'œuvre si patiemment et si péniblement achevée. La vie des peuples comme celle des individus est un perpétuel recommencement.

Si pour l'instant, en etTet, la Russie se repliait dans un recueillement qui ne pouvait durer toujours; si la France était retournée, silencieusement et dignement, à la tâche patriotique de son relèvement, dans la péninsule des Balkans déjà les ambitions, les intérêts, les passions menaçaient l'œuvre récente et fragile des diplomates. Ce n'était pas tout d'avoir conclu et signé le traite de Berlin; il allait falloir l'exécuter.

//. — L'exécution du traité de Berlin.

La question grecque. — Sur la proposition des représentants de la France et de l'Italie, le congrès de Berlin avait inséré dans son XIII'' protocole la résolution suivante : « Le congrès invite la Sublime Porte à s'entendre avec la Grèce pour une rectification de frontières en Thessalie et en Epire, et est d'avis que cette rectification pourrait suivre la vallée du Salamyrias (ancien Peneus), sur le versant de la mer Egée, et celle du Kalamas, du côté de la mer Ionienne.

« Le Congrès a la confiance que les parties intéressées réussi-

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