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L'EXÉCUTION DU TRAITÉ DE BERLIN

envahi la principauté. II reçut des assurances favorables de l'Angleterre et peut-être de bonnes paroles de l'Allemagne et de l'Italie, mais l'Aulriche et la France, avec des arrière-pensées bien différentes, se maintenaient sur le terrain de l'observation stricte du traité de Berlin, et la Russie fut nettement hostile. Une fois la paix conclue avec la Serbie à Bucarest (8 mars 1886), le prince Alexandre avait cru, après l'échec de la conférence de Gonstantinople, résoudre la question par un accord direct avec le sultan. Aux termes de cet accord, il était reconnu comme gouverneur de la Roumélie Orientale pour un terme renouvelable de cinq ans. Mais la Russie ne voulut pas entendre parler d'autre chose que de l'exécution stricte et intégrale du traité de Berlin. A la suite d'une révolution militaire faite par les partisans de cette puissance, le prince Alexandre fut arrêté pendant la nuit et conduit hors de Bulgarie. Il n'y rentra que pour en ressortir aussitôt volontairement, sur l'assurance que l'empereur Alexandre III ne le reconnaîtrait jamais. Après cette véritable abdication, la' Bulgarie ne revint pas pour cela sous l'influence russe. La mission du général Kaulbars n'eut pas de résultats et le Sobranié bulgare élut, le 8 juillet 1887, le prince Ferdinand de Saxe-Cobourg, qui, sans être reconnu par aucune des puissances, n'en prit pas moins en main le pouvoir.

La Grèce avait, au moment de la réunion des deux Bulgaries qu'elle jugeait nuisible aux intérêts de l'hellénisme, manifesté l'intention d'imiter la Serbie et fait des préparatifs de guerre. Le blocus de ses côtes par les flottes combinées des puissances les rendit inutiles. Sur les conseils de la France, qui n'avait pas voulu participer à cette mesure de coercition, elle se résigna au fait accompli.

Les événements de Bulgarie ont eu, dans les conséquences du traité de Berlin, une influence capitale. Ils ont été la cause occasionnelle la plus importante, parmi toutes celles qui ont amené un nouveau groupement des puissances européennes et substitué à l'alliance des trois empereurs la triple alliance de l'Allemagne, de l'Autriche et de l'Italie d'une part, l'alliance franco-russe de l'autre.

512 LA POLITIQUE EUROPÉExNNE DEPUIS LE TRAITÉ DE BERLIN

///. — La Triple Alliance.

Fin de ralliance des trois empereurs. — Celle alliance (les trois empereurs (1872), dont nous venons de prononcer le nom, avait été plutôt une entente qu*une alliance. Les trois souverains s'étaient engagés réciproquement à maintenir le statu qiio territorial créé par les événements de 1866 et de 1870, ; à résoudre par un accord amiable les difficultés qui pouri*aient

' surgir en Orient, et enfin à combattre les menées révolution-

naires.

L'empereur François-Joseph se résignant aux conséquences de Sadowa, ce ne pouvait guère être que de l'Orient que devaient surgir des difficultés de nature à troubler cet accord. Ce fut en effet de là qu'elles vinrent.

La Russie était sortie mécontente du congrès de Berlin. Elle avait espéré que l'Allemagne l'y soutiendrait énergiquement, que, grâce a cet appui, elle pourrait reprendre quelques-unes des concessions qu'elle avait faites à l'Angleterre cl l'Autriche dans les négociations qui avaient suivi le traité de San Stéfano et précédé le congrès. Il n'en fut rien. Le prince de Bismarck appuya officiellement toutes les propositions des plénipotentiaires russes, mais sans se départir de l'impartialité et de la correction qu'il affectait d'apporter aux séances. Le résultat final fut que la Russie perdit une partie importante des bénéfices acquis au traité de San Stéfano et que l'Autriche, sans avoir pris part à la guerre, se trouva jouir d'une situation au moins égale à la sienne dans la péninsule des Balkans.

Sous l'empire de ces sentiments, en présence surtout des pertes cruelles subies par l'armée russe autour de Plevna et de Chipka, le mécontentement fut extrême en Russie. Le vieux chancelier Gortchakoff déclarait que le congrès de Berlin était « la plus sombre page » de sa carrière; la presse menait une campagne d'amères récriminations conlre l'Allemagne et l'Autriche; l'empereur Alexandre II lui-même trouvait que « M. de Bismarck avait oublié ses engagements de 1870 ».

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