‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 87 sur 203 · Voir ci-dessus, l. XI, p · texte numérisé non relu

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rière. Ce ne fut qu'en 1877, après des recherches sur le charbon et le choléra des poules, qu'il fut en mesure de publier son immortelle découverte, la possibilité d'atténuer le virus des microbes par des cultures successives et d'obtenir ainsi des vaccins inoculables et capables de rendre les organismes réfractaires à l'invasion de telle maladie déterminée. En 1882, un de ses élèves, Thuillier, découvrait le microbe du rouget du porc, un an avant de succomber en Egypte, victime du choléra, qu'il était allé étudier.

Ces premières découvertes ne concernaient encore que les maladies des animaux; mais, tandis que les vétérinaires s'engageaient avec ardeur dans la voie nouvelle, tandis qu'en parliculier l'école de Lyon se signalait à cet égard par l'importance de ses travaux, et que notamment l'emploi du vaccin préventif du charbon se propageait rapidement dans tout le monde civilisé, Pasteur poursuivait, depuis 1880, avec Chaniberland et Roux, l'étude de la rage; après de nombreuses épreuves sur les animaux, il se décida, on juillet 1885, à tenter l'inoculation du virus atténué sur des sujets humains, mordus par des chiens enragés (Meister et Jupille). Le succès de celle tentative eut un immense retentissement, et en 1888 on inaugurait rinslitut Pasleur, fondé par souscription internationale, pour l'application et l'étude des vaccins préventifs.

Depuis celte époque, les travaux des élèves de Pasleur et de leurs émules à l'étranger, en particulier sur le choléra, le croup, la luberculose, ont commencé à jeter quelque jour sur le rôle pathologique des microbes, des virus et des vaccins; ils ont montré les difficultés auxquells se heurte, pour certaines maladies infectieuses, la recherche des moyens préventifs ou curatifs, mais en même temps ils ont fait ressortir l'utilité immédiate que n'en présente pas moins l'élude bacléiHologiipie de ces maladies. Bref, une nouvelle science s'est fondée, indépendante de la médecine, dont elle se rapproche par son but, comme elle l'est des autres sciences naturelles, dont elle imite les procédés d'observation et d'expérimentation, que le médecin pratiquant doit s'interdire. L'histoire de celte nouvelle science, qui est encore à l'âge héroïque, doit être réservée au siècle à

venir. Bornons-nous donc pour le moment à résumer en quelques mots la conception générale qui paraît aujourd'hui ressortir des travaux accomplis.

Le microbe infectieux introduit dans l'organisme ne s'y propage heureusement pas toujours; d'un côté il rencontre dans les globules blancs du sang (leucocytes) comme un ennemi qui peut l'absorber et le rendre inoffensif; d'autre part certains milieux lui sont réfraclaires, en particulier ceux qui ont déjà triomphé d'une infection analogue. L'infection n'est pas d'ailleurs directement due aux microbes, mais bien à des produits qu'ils sécrèlent (toxines), lesquels empoisonnent les cellules, mais leur sont mortels à eux-mêmes; l'immunité, dont le mécanisme reste encore obscur, peut en tout cas s'obtenir non seulement en inoculant des cultures de microbes atténués (vaccins), mais aussi en injectant des toxines à doses graduées (sérums). Enfin ces injections mêmes, à une certaine période d'évolution de la maladie, peuvent être employées comme moyen curalif. La sérothérapie, inaugurée par Roux et Martin, en 1894, pour la diphlhérie, appliquée depuis à la peste bubonique, est donc une iransformation de l'idée de Pasteur; mais elle semble promettre, actuellement, des résultais encore plus considérables.

Cependant c'est la chirurgie qui a surtout été rapidement et radicalement transformée par les découvertes bactériologiques. Le grave danger de l'infection septicémique des plaies résultant des opérations était depuis longtemps reconnu comme le principal obstacle au succès définitif. Le microbe de la septicémie fut isolé par Pasteur, mais il ne pouvait être question d'employer un vaccin, et il suffisait d'empêcher l'accès sur la plaie des germes infectieux. L'emploi des antiseptiques, et surtout la méthode du pansement aseptique, due au chirurgien anglais Lister, ont abaissé dans des proportions inespérées le chiffre de la mortalité à la suite des opérations graves, et ont dès lors donné aux chirurgiens la hardiesse d'en entreprendre auxquelles ils n'osaient songer auparavant.

La Biologie. — En face des découvertes de la bactériologie, l'histoire des autres sciences naturelles, pendant ces

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trente dernières années, perd pour ainsi dire tout intérêt. Contentons-nous donc d*en rappeler brièvement les événements les plus saillants.

L'expédition du Challengef* (1873-1876), sur lequel les naturalistes anglais Wywile Thompson, Moseley, Murray, Wild, firent le tour du monde en draguant les abîmes de l'Océan jusqu'à 8000 mètres de profondeur, prouva, contre Topinion courante, que la vie y était aussi uniformément répandue que sur la terre et révéla nombre de types bizarres d'animaux adaptés à la vie dans l'obscurité et sous des pressions énormes.

Le perfectionnement des instruments d'optique et la technique des colorants électifs ont permis d'aborder l'élude des phénomènes qui se passent dans le noyau et le protoplasma, au moment où se divise une cellule (Strassburgcr, en 1877); celle des circonstances de la fécondation au sein même de l'œuf (Hermann Fol, en 1879, sur les œufs d'étoiles de mer, puis Guignard, Hertwig, Ed. van Beueden, etc.) Les mêmes études microscopiques, avec les procédés de Golgi et de Bamon de Cajal, nous ont montré les cellules nerveuses comme isolées entre elles et entrant en communication par les mouvements d'appendices susceptibles de s'allonger et de se rétrécir.

En 1877 parut la Gastrea d'Heckcl, exposé de sa doctrine embryologique. Tout animal, au cours de son développement, a dû passer par la forme d'un simple sac à double paroi {gaslrula); la différenciation ne se fait que par des reploiements de surfaces en lames ou feuillets. A cette théorie s'oppose la conception des cellules comme primitivement libres, susceptibles de se mouvoir, de s'associer et même de lutter entre elles et de s'entre-détruire {phagoci/tose^ découverte par Melchnikoff).

En 1885 a paru le premier volume d'un ouvrage désormais classique en géologie, Das Antlitz der E7'de\ œuvre de l'Autrichien SuesSy qui y a fait la synthèse des travaux provoqués par les polémiques entre les partisans de la théorie des causes actuelles de Lyell et ceux des doctrines de Cuvier.

i. Une traduction française des deux volumes parus a élé publiée sous la direction de M, Kmm. de Margcrie : Jm Face de la Terre (librairie Armand Colin).

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Enfin, au milieu des querelles entre darwiiii»te» et néolamarkiens, s'est fait récemment joar nn essai théorique» dont on ne peut encore mesurer toute la portée, mais que mène en tout cas un esprit d'une rare vigueur, Le Dantec, pour constituer une conception de la vie sur une base purement chimique.

D'autre part, lea travaux de Gharcot, de ses disciples et de

leurs contradicteurs (Ecole de la Salpètrière, Ecole de Nancy) ont fourni une base scientifique définitive pour l'étude des phénomènes de l'hypnolisme et de la suggestion, et pour leur application au traitement des maladies dépendant de l'hystérie; ils ont en même temps établi l'existence, entre la psychologie et la physiologie, de relations longtemps considérées comme fabuleuses. Les recherches dans la même voie continuent avec ardeur, sans que l'on puisse encore prévoir à quoi elles aboutiront.

Résumé. — Ainsi le xix* siècle s'achève en pleine activité scientifique; sa (in ne sera certainement pas pour le futur historien la clôture d'une période comme sans doute on en marquera une vers le déclin du xvm* siècle. Alors s'achevait le mouvement intellectuel qui, commencé a la Renaissance, et après quelques oscillations au début, avait pris sous l'impulsion de Descartes et de Newton une direction surtout mathématique, mais que l'on peut aussi caractériser comme essentiellement simpliste et rationaliste. L'astronomie fut ainsi achevée autant qu'une science peut l'être; mais la véritable méthode expérimentale pour l'étude de la nature avait à peine conscience de son pouvoir. De la physique à la biologie, tout a été renouvelé depuis un siècle, et l'œuvre théorique s'accélère si rapidement que les points qui semblaient définitivement acquis se trouvent presque immédiatement dépassés et transformés, et que le terme de l'efTort actuel ne peut se prévoir. L'importance des applications pratiques de la science grandit peut-être encore plus vite et amène dans les conditions de la vie civilisée une révolution dont les répercussions sociales restent le secret de Tavenir. Et cependant, comme nous l'avons dit, le domaine des mathématiques est toujours cultivé avec une ardeur qui ne faiblit pas. Seules, la philosophie et les sciences sociales, après un magnifique élan pendant la première partie du siècle, sont

retombées dans une période de tâtonnements et d'incertitudes; elles attendent leur heure et le génie qui les sauvera de la banqueroute dont on ne s'est pas fait faute de parler.

BIBLIOGRAPHIE

Voir ci-dessus, t. XI, la Bibliographie du chapitre xxv.

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