SEDAN
Mac-Mahoa fit une marche prompte et hardie pour dégager Bazaine. Traverser l'Argonne, écraser le prince royal de Saxe avant que le prince royal de Prusse eût le temps de lui prêter main-forte, mettre Frédéric-Charles entre deux feux, tel était le plan, assurément téméraire et très dangereux, de Palikao.
Mac-Mahon n^osait risquer Taventure. Il croyait que la véritable destination de son armée était d*appuyer et de prolonger la résistance de Paris, et s'il vint s'établir à Reims le 21 août, ce fut plutôt pour rétrograder sur la capitale par la vallée de TOise que pour secourir Bazaine. Mais le 22, Tempereur recevait une lettre de Palikao et une dépèche de Bazaine : le ministre écrivait qu'il était impossible d'abandonner Bazaine, et le généralissime mandait de Metz à la date du 19 qu'il allait prendre la direction du nord. Mac-Mahon résolut de marcher sur Metz par Montmédy.
Marche de Mac-Mahpn. — Mais, tant à cause de ses incertitudes que de Tirrégularité des distributions et parce que SCS régiments, en grande partie découragés et indisciplinés, manquaient de cohésion, il marcha lentement et perdit bientôt toute l'avance qu'il pouvait avoir. Le 23, son armée est sur la Suippe. Le 24, elle fait un détour vers Rethel. Le 25, pendant que Failly et Lebrun demeurent à Rethel, Ducrot et Douay gagnent Attigny et Vouziers. Le 26, sur l'Aire, à Marcq, à Apremont, à Senuc, la cavalerie allemande rencontre la cavalerie française et pousse des hurrahs en reprenant le contact qu'elle avait abandonné depuis le soir de Frœschwiller.
Averti par les journaux de Paris, devinant que l'adversaire s'acheminait vers le nord-est, Moltke s'était rabattu dans la même direction. Le 27 août, les Saxons qui formaient le XIP corps allemand, arrivaient à Dun et à Stenay sur la Meuse, barraient déjà la route de Metz à Mac-Mahon.
Pourtant, le reste des Allemands était loin encore, et le maréchal pouvait se jeter sur les Saxons et les accabler. Mais il ne songeait qu'à son propre péril. Le 27 août, du Chesne, il écrivait à Paris qu'il n'avait pas de nouvelles de Bazaine, que, s'il continuait sa marche vers l'est, il serait pris entre deux armées, et il annonçait le dessein de se rapprocher de Mézières. Palikao
répondit que le retour de l'empereur déchaioerait la révolution à Paris, qu*il fallait à tout prix délivrer Metz, et, au nom du conseil des ministres, au nom du conseil privé, il somma Mac- Mahon de secourir Bazaine ; pour mieux le décider, il promit de lui envoyer un corps tout frais et récent, le 13*, commandé par Vinoy.
Mac-Mahon obéit. Il reprit vers Montmédy le mouvement qu*il avait interrompu. Mais, le 29 août, les Français sentirent monter Torage. Si Lebrun passait la Meuse à Mouzon, si Ducrot s*apprêlait à la passer le lendemain, Douay, harcelé, perdait un temps précieux, et Failly, attaqué à Nouart et à Bois-des-Dames, n'atteignait Beaumont qu'en pleine nuit, avec des troupes recrues de fatigue.
Beaumont. — Le 30 août, Ducrot traversait la Meuse à Remilly et arrivait à Carignan. Pareillement, Douay, bien que talonné par les Bavarois, franchissait la rivière. Mais le même jour, à midi, à Beaumont, dans un fond dominé de trois côtés par des bois épais, Failly, qui ne se gardait pas et ne prenait aucune précaution, était soudainement assailli par Tarmée d'Albert de Saxe et l'aile droite de l'armée du prince royal de Prusse. Ses troupes résistèrent vaillamment; malgré le premier effarement, malgré le désordre qu'avait provoqué d'abord cette brusque agression, elles défendirent pendant quelques heures les fermes de la Thibaudine et de la Harnoterie, le plateau de Yonck, les fourrés du bois de Givodeau et les alentours de Yillemonlry ; elles durent toutefois reculer vers Mouzon et ne gagnèrent l'autre rive de la Meuse que sous la protection de l'artillerie de Lebrun.
Sedan. — Il fallait après cet échec se rejeter en arrière, et le 31 août, à une heure du malin, Mac-Mahon annonçait sèchement à Palikao qu'il était forcé de se porter sur Sedan.
Mais, comme à Frœschwiller, le maréchal croyait qu'il ne serait attaqué que le surlendemain et il resta sur les hauteurs autour de Sedan, au lieu de se diriger en toute hâte vers Mézières. A droite, Lebrun occupait Bazeilles et la Moncelle; au centre, Ducrot tenait Daigny etGivonne; à gauche, Douay s'établit au calvaire d'Illy. Le 5' corps, désormais commandé