VI. — Les forteresses
Capitulation de Strasbourg. — Uo mois avant Metz avait succombé Strasbourg. Il ne fallut que six semaines aux Allemands pour s'emparer de la place. Elle n'avait pas de forts détachés : le génie français assurait par la bouche de Frossard que ces forts seraient un embarras plutôt qu'une aide, que Tadversaire n'occuperait pas des hauteurs dangereuses et que si son artillerie allumait des incendies, les pompiers sauraient les éteindre! Elle n'avait pas de casemates. Sur les 15 000 hommes qui composaient sa garnison, 10 000 à peine étaient des combattants réels, et dans la sortie du 16 août, cinq jours après l'apparition de l'ennemi, les troupes, prises de panique, s'enfuirent en abandonnant trois canons. Werder, qui commandait les assiégeants, voulut brusquer la reddition par un bombardement. Il ne put intimider les habitants; mais sans cesser de couvrir Strasbourg de projectiles — 193 000 tombèrent sur la ville et les remparts — il recourut au siège régulier. Il attaqua le saillant nord-ouest de la fortification du côté de la porte de Pierres. Les parallèles qu'il fit tracer furent rapidement achevées. Peu à peu son artillerie s'approcha des murs. Elle démonta la plupart des canons de l'assiégé. Elle l'obligea à évacuer successivement les lunettes 44, S2 et 53 qui protégeaient le front d'attaque. Elle ouvrit une brèche dans deux bastions dont le terre-plein, affreusement labouré, n'était plus qu'un amas informe. L'assaut allait être livré. Le général Uhrich, gouverneur de Strasbourg, capitula. Le 28 septembre, les Allemands entraient dans la cité, qui, sous la grêle des obus et des bombes, au milieu des incendies et des ruines chaque jour accumulées, malgré le nombre croissant des blessés et des morts, avait montré tant de courage, tant d'abnégation, et si bien mérité de cette patrie française à laquelle elle était arrachée. Une semaine auparavant s'était produite une action héroïque qui tient du merveilleux : un enfant de Strasbourg, Edmond Yalentin, nommé préfet du Bas-Rhin par le nouveau