Verdy du Vernois, Deutsche Rundschau, aoùl 1893, p
Régnier. Et Bazaine, sans s*indigner des proposilions de Bismarck, répondait qu*il accepterait une capitulation avec les honneurs de la guerre, pourvu que la place de Metz ne fût pas comprise dans la convention.
Combat de Belle vue. — Au milieu de ces pourparlers qui paralysaient Tarmée jusqu'à l'instant prochain, inévitable où elle serait vaincue par la famine, soldats et bourgeois s'agitaient dans le camp de Metz et dans la ville. Pour apaiser l'émotion, Bazaine livra le 7 octobre le combat de Bellevue ou de Ladon* champs. Les troupes, et notamment les voltigeurs et les chasseurs de la garde, montrèrent par leur ardeur et leur élan qu'elles étaient encore capables d'un sérieux effort. Mais cet effort fut le dernier qu'elles firent, et la pluie qui tomba dès lors sans discontinuer, la fange des bivouacs, la diminution graduelle du pain, la viande de cheval sans sel, l'ennui, le découragement, les réduisirent bientôt à l'état le plus misérable.
Mission de Boyer. — Le 10 octobre, Bazaine réunit ses chefs de corps en conseil de guerre. Tous furent d'avis de tenir sous Metz jusqu'à l'entier épuisement des vivres, de négocier avec l'ennemi, et, si la convention n'était pas honorable, de percer les lignes d'investissement. Le général Boyer, aide de camp du maréchal et son confident, fut envoyé le surlendemain au grand quartier général allemand, à Versailles. Il avait des instructions secrètes de Bazaine et il dit au roi Guillaume que la question militaire était jugée, que l'armée de Metz ne reconnaissait d'autre pouvoir que la régence, qu'elle était le noyau de tordre, la seule force qui pût maîtriser l'anarchie en France et garantir les gages que réclamerait la Prusse.
Le n octobre, Boyer revenait de Versailles, après avoir été gardé à vue, comme un parlementaire, durant tout son voyage. Il annonça le 18, dans le conseil de guerre, que la France était dans la situation la plus lamentable, et il fit connaître les conditions de Bismarck : l'armée quitterait Metz pour se rendre dans une ville ouverte où l'Empire serait restauré par le Sénat et l'ancienne Chambre des députés, mais elle devrait auparavant se prononcer en faveur de l'impéralrice-régente. Le 19, les chefs de corps décidèrent que Boyer serait envoyé à Timpéra-
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trice : TEmpire, leur avait dit Bazaine, était le seul r^ime légal, et le général Changarnier, présent à la séance, s'écriait qu'il fallait sauver la société, que la régente accepterait les propositions prussiennes pour laisser le trône à son fils, que les troupes, entraînées par une femme énergique et belle, la suivraient partout.
Boyer vit Timpéralrice à Chislehurst le 22 octobre. Mais, avant de négocier, la régente désirait que l'armée de Metz obtînt un armistice de quinze jours avec le droit de ravitaillement. Le roi Guillaume refusa, et le 24 Bismarck écrivait à Bazaine qu'il n'avait aucune garantie, que l'attitude de la nation française et de l'armée ne semblait pas favorable à la cause de l'Empire, que les propositions qui venaient d'Angleterre étaient absolument inacceptables, qu'il n'entrevoyait nulle chance d'arriver à un résultat par des négociations.
Les combinaisons politiques de Bazaine échouaient, c II se trompe grossièrement, disait l'état-major allemand, s'il croit que nous traiterons son armée et Metz sous un autre point de vue que le point de vue militaire. > Qu'importait à Bismarck la restauration de l'Empire? Dès le lendemain de Frœschwiller, avec son ordinaire sagacité, il avait prédit la République, et il se souciait peu que celte République fût rouge, bleue ou grise pourvu qu'il pût conclure avec elle une paix qui donnerait satisfaction à l'Allemagne *.
Bazaine capitula. Il avait inutilement demandé que l'armée fût envoyée en Algérie et que Metz fût exclu de la convention. Frédéric-Charles lui répondit que les conditions seraient celles de Sedan et que la place aurait le môme destin que les troupes.
La capitulation fut signée le soir du 27 octobre. Elle livrait aux Allemands, outre la forteresse de Metz et son immense matériel, une armée de 173 000 hommes.
Après son retour en France, Bazaine fut, le 10 décembre 1873, condamné à mort par un conseil de guerre pour avoir capitulé en rase campagne sans avoir épuisé ses moyens de défense, ni fait tout ce que lui prescrivaient le devoir et l'honneur. Mac-
1. L. Baml)erger, Sludien und Meditationen ans fûnf<ind-^reissig Jahreny iB9^, p. 425.
Mahon, devenu président de la République, commua la peine de son compagnon d'armes en une détention perpétuelle à File Sainte-Marguerite. Mais Bazaine put s^évader. Il mourut en 1888, à Madrid, dans la misère.
Son exemple prouve combien les auteurs du Code militaire avaient raison d'interdire les communications avec Tennemi. Bazaine parlementa, négocia, intrigua pour jouer après la guerre le rôle d*un Monk. Mais, s'il avait été soldat, et rien que soldat, il aurait peut-être changé la face des choses. Il pouvait, un mois avant la capitulation, percer vers Thionville ou Chàteau- Salins : une moitié des troupes eût succombé; Tautre passait et fournissait aux armées de la défense nationale les cadres indispensables '. Ou bien, sll se refusait à ce grand sacrifice, il pouvait simplement tenir ^ tenir bon et ferme, éviter le gaspillage des subsistances, ramasser dans les environs de Metz tout ce qu'il y avait de vivres, et, avec un peu de prévoyance, il n'aurait capitulé qu'au mois de décembre. La reddition du 27 octobre décida la victoire de l'Allemagne *. Les régiments de Frédéric-Charles devenaient disponibles : les uns allèrent sur la Loire, les autres sur la Somme,* combattre et accabler les forces que la province avait hâtivement organisées pour secourir Paris, et, avec un juste et triste pressentiment, Gambetta s'écriait que « l'avalanche descendait de Metz ».
1. Voir l'opinion du général prussien auteur de la brochure Der Krieg wn Metz citée par d'Andlau dans MetZj campagnes et négociations, p. 330.
2. La question des drapeaux a été l'objet d'un vif tiébat. Bazaine n'a pas voulu les livrer h Tennemi. Mais, au lieu de laisser aux régiments le soin de les anéantir, il avait prescrit de les envoyer à l'arsenal où ils seraient brûlés, et, avec sa finasserie couturaière, il fit dire par son chef d'étal-major, le général Jarras, au chef d'élat-major du [irince Frédéric-Charles, le général Stiehie, que c'était l'habitude en France, après une révolution, de détruire les drapeaux que les gouvernements déchus avaient donnés aux troupes, et que cet usage avait re<;u déjà un commencement d'exécution. C'était appeler sur ce point l'attention de l'ennemi. Stiehie déclara que pareil usage lui était inconnu, et il écrivit à Bazaine pour lui demander le nombre des drapeaux qui existaient encore, et le lieu où ils se trouvaient. Or, l'ordre du maréchal, transmis au général Soleille qui commandait en chef l'artillerie, n'avait pas été sur-le-champ exécuté. Bazaine, se piquant d'être fidèle à ses engagements, fit répondre à Stiehie par Jarras qu'il y avait encore à l'arsenal de Metz 41 drapeaux au moins. 56 furent remis au vainqueur. Le colonel de Girels, directeur de l'arsenal, et le colonel Melchior eurent le temps de faire incinérer, l'un huit étendards de cavalerie, l'autre les drapeaux des chasseurs et des voltigeurs de la garde. Les zouaves et les grenadiers de la garde purent eux-mêmes lacérer leurs enseignes. Laveaucoupet réduisit en cendres les drapeaux de sa division, et Lapasset, ceux de sa brigade.