‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 118 sur 176 · LES FORTERESSES · texte numérisé non relu

LES FORTERESSES

Mézières, bombardé le 31 décembre, ouvrit ses portes le 2 janvier 1871 , après avoir reçu 12 000 projectiles.

Rocroy succomba le 5 janvier à un coup de main. La petile forteresse avait été bombardée durant quatre heures par des pièces de campagne. Rebutés, les Allemands se retiraient. Mais, avant de s'éloigner, ils firent une dernière sommation qut le commandant accepta.

Longwy reçut en quatre jours 28000 obus que les assiégeants lancèrent des hauteurs voisines, de Mexy, de Romain et du mont du Chat : le 23 janvier, la place capitulait.

Langres, Besançon, Auxonne ne subirent pas de siège. Le général von der Goltz avait investi Langres le 18 décembre et allait bombarder la ville avec trente-neuf pièces de gros calibre lorsque les mouvements de Bourbaki le rappelèrent dans Test.

L'imprenable Bitche fut observé jusqu'à la fin des hostilités par deux batteries.

Organisation du pays conquis. — Au milieu de ces sièges et des mouvements des armées, l'envahisseur administrait ses conquêtes. Il créait dès le 16 septembre a Reims un gouvernement général qui régissait les pays occupés autres que la Lorraine et l'Alsace. Il instituait des préfets, des sous-préfets, des commissaires civils chargés de lever les contributions et de surveiller les hommes valides qui tenteraient de répondre à l'appel de la défense nationale. Il formait avec des bataillons de campagne et delandwehr des troupes (V étape j et ces troupes protégeaient le transport du matériel et des vivres par les voies ferrées qui reliaient le Rhin à la Seine. Des mesures de répression sévères, impitoyables, mirent les armées à l'abri de toute surprise et garantirent la sûreté de leurs communications. Les francs-tireurs étaient exclus des lois de la guerre, et les villages où ils tuaient et blessaient un Allemand, déclarés responsables et châtiés avec une extrême rigueur. Ablis, Etrépagny, Cherizy, et, aux environs de Mantes, les communes de Mézières, de Parmin, de Dannemois, de Moigny furent incendiées. Dans la nuit du 21 au 22 janvier, 250 partisans des Vosges qui étaient réunis près de Lamarche sous les ordres du commandant Bernard, firent sauter le pont de Fontenoy entre Tout et Nancy '-

Fontenoy fut br&lé et la Lorraine frappée d*une contribution de dix millions de francs. Un sous-officier avait péri dans un engagement contre des francs-tireurs près de Vaux, dans les Ardennes : les habitants du lieu, au nombre de quarante, durent s'assembler dans Téglise et désigner trois d'entre eux qui furent passés par les armes. On perfectionnait la guerre de terreur. On prenait des otages dans la population civile pour les envoyer en Allemagne. On plaçait des notables du pays, maires, conseillers municipaux, gros propriétaires, sur les locomotives pour empêcher les francs- tireurs de faire dérailler les trains. On réquisitionnait les ouvriers dans les chantiers de Nancy en les menaçant, s'ils ne se présentaient pas, de fusiller leurs surveillants.

Événements maritimes. — Les Allemands n'avaient pas alors de marine militaire, et les vaincus purent, dans la seconde partie de la guerre, recevoir impunément d'Amérique des armes et des munitions. De son côté, la France qui, dès le début des hostilités, voulait tenter un débarquement sur les rivages de la Baltique, dut, après les premiers désastres, appeler ses marins aux armées. Il n'y eut donc sur mer que des événements sans importance. Le 24 juillet, une escadre française, conduite par l'amiral Boûet-Willaumez, avait quitté Cherbourg sous les yeux de l'impératrice et aux acclamations de la foule; elle croisa dans la Baltique et revint bientôt, après avoir lancé quelques boulets aux canonnières prussiennes à la hauteur de Rûgen. Une autre escadre, sous les ordres de l'amiral Fourichon, parut dans la mer du Nord et jeta l'ancre à Héligoland : elle aussi n'entreprit rien de sérieux à cause du mauvais temps. Au mois de décembre, une flotte, commandée par l'amiral de Gueydon, se montrait dans la Baltique, dans la mer du Nord, à l'estuaire de l'Elbe, et enlevait nombre de bâtiments de commerce. En revanche, au mois de janvier 1871, la corvette prussienne Augusta coulait à l'embouchure de la Gironde deux vaisseaux marchands ainsi qu'un vapeur chargé de vivres cl, après cette action hardie, courait se réfugier dans le port espagnol de Yigo. Un combat naval avait eu lieu le 9 novembre 1870 dans les parages de la Havane entre l'aviso français le

Bouvet et la canonnière prussienne le Météore : le Bouvet eut une chaudière perforée par un boulet, le Météore eut son grand mât et son mât de misaine démontés; les deux navires gagnèrent le port neutre de la Havane pour réparer leurs avaries.

VIL — L'armée de la Loire.

Le 4 septembre, pendant que le Corps législatif délibérait sur la situation, la foule envahit la salle des séances. Pour écarter les futurs chefs de la Commune, Gambetla, Favre, Ferry se rendirent à THôlel de ville et y proclamèrent la République. Un « gouvernement de défense nationale > se constitua sur-le-champ. Il comprit tous les députés de Paris, a Texceplion de Thiers. .C'étaient Emmanuel Arago, Crémieux, Favre, Ferry, Gambetla, Garnier-Pagès, Glais-Bizoin, Pelletan, Picard, Rochefort — qu*on aimait mieux c avoir dedans que dehors », — Jules Simon et le général Trochu. Nommé récemment gouverneur de Paris, Trochu, pour amener et rallier l'armée, demanda la présidence, et il l'eut sans discussion. Gambetla fut ministre de l'Intérieur; Picard, des Finances; Crémieux, de la Juslice; Simon, de Tlnstruclion publique; Favre, des Affaires étrangères. Le général Le Flô et l'amiral Fourichon eurent, l'un le porlefeuille de la Guerre, l'autre le portefeuille de la Marine. Ëlienne Arago était maire de Paris et avait pour adjoints Brisson et Floquet. Ferry exerçait, sous le litre de délégué, les fonctions de préfet de la Seine.

I . Un des premiers actes du nouveau gouvernement avait été de convoquer une Constituante pour le 16 octobre. Mais les élections ne pouvaient se faire que durant une trêve. Elles furent ajournées après l'entrevue de Favre et de Bismarck à Ferrières (20 septembre). Le ministre des Affaires étrangères déclarait que

la France ne céderait ni un pouce de son territoire ni une pierre de ses forteresses; Bismarck lui répondit que rAUemagne voulait Strasbourg, la clef de sa maison, et il ne consentit à l'armistice que s*il obtenait la reddition de Bilche, de Toul et de Strasbourg, la continuation de la guerre autour de Metz et Toccupation du Mont Valérien. Le gouvernement de la Défense nationale refusa de poser les armes, c L*ennemi, disait-il, nous place entre le déshonneur et le devoir; notre choix est fait. Paris résistera jusqu'à la dernière extrémité; les départements viendront à son secours, et, Dieu aidant, la France sera sauvée. »

Le gouvernement resta dans Paris. Bien que la ville, en état de siège et de guerre, ne pût être regardée désormais comme le centre de l'administration, elle était le point essentiel de la défense, et Ton croyait que Fautorilé devait être là où le danger serait le plus grand.

Pourtant, trois membres du gouvernement, le vieux Crémieux, le bizarre Glais-Bizoin et l'amiral Fourichon capable, prudent, mais trop réservé et trop peu connu, se rendirent à Tours pour organiser les forces de la province. Fourichon dirigeait la Guerre. Dès le 17 septembre, lorsque ses deux collègues subordonnèrent à des commissaires civils les généraux qui commandaient les divisions territoriales, il donnait sa démission.

Artenay et première prise d'Orléans. — Mais un nouveau corps d'armée, le 1S% s'était formé à Bourges sous les ordres du général de laMotterouge. Il comptait 60000 hommes. Le 10 octobre, à Artenay, son avant-garde essaya d'arrêter les troupes prussiennes et bavaroises que Von der Tann et Wittich menaient sur Orléans. Elle fut repoussée et le lendemain les Allemands prenaient possession d'Orléans, après un combat obstiné dans les environs et les faubourgs.

Ch&teaudun. — Huit jours plus tard (18 octobre), tandis que le général de Tann restait à Orléans, Wittich marchait sur Ghâteaudun. Il se heurta contre les francs-tireurs de Lipowski et les gardes nationaux de la ville, qui, durant plusieurs heures et jusqu'au milieu de la nuit, luttèrent opiniâtrement dans les rues et les maisons. La vaillante cité fut à moitié brûlée; mais sa résistance est demeurée justement célèbre.

Gambetta et Freycinet. — La défense de la province devenait plus vigoureuse. Elle élait animée par Gambelta, le plus jeune, le plus hardi, le plus bouillant des membres du gouvernement. Le 8 octobre, l'ardent tribun, ignorant des choses militaires, mais plein d*énergie et de patriotisme, plein du désir de la revanche, avait quilté Paris en ballon pour descendre près de Montdidier. Le lendemain, il élait à Tours. Il avait voix prépondérante et il prit aussitôt les deux ministères de rinlérieur et de la Guerre.

Il avait besoin au ministère de la Guerre d'un adjoint, d'un délégué. L'homme qu'il choisit fut un ingénieur des mines, ancien chef de l'exploitation des chemins de fer du Midi, nommé au lendemain du 4 septembre préfet du Tarn-et« Garonne, Charles de Freycinet. Très intelligent, sagace, laborieux, décidé, flegmatique, faisant parfois et sur le ton de l'autorité des recommandations utiles, Freycinet n'était nullement stratégiste; il croyait que les mouvements s'exécutent sur le terrain avec autant de promptitude et de facilité que dans le cabinet; il ne sut pas donner à la défense l'impulsion, la direction d'ensemble; il ne comprit pas que le meilleur système de résistance c'était la guerre de partisans, une guerre où il y aurait, non des batailles rangées et des belles manœuvres, mais de petits combats qui finiraient par fatiguer et user l'ennemi, non de grandes tentatives pour débloquer Paris, mais des escarmouches, des coups de main, des opérations de détail destinées à couper les communications de l'adversaire. Gambetta le tenait pour un second Carnot. Comme tous les Français depuis Frœschwiller et Sedan, il voyait dans les militaires des gens bornés, uniquement propres à réaliser les conceptions des hommes d'étude. Il s'imaginait, « en rompant avec la tradition, renouveler les prodiges légendaires de 1792 et de 1793. Selon lui, la France, régénérée par la République, repousserait l'envahisseur, ainsi qu'à la fin du siècle dernier, par un élan sublime, et il jurait que le peuple ferait reculer le despote. Il oubliait que les volontaires avaient causé les revers de la Révolution par leur indiscipline et leur lâcheté, que la première République avait été sauvée, non par le courage de ses levées.

mais par les discordes de la coalition; que les Allemands de 1793, indécis et peu nombreux, piétinaient sur place à quelques lieues de la frontière, et que ceux de 1870, unis, victorieux, innombrables, étaient non pas sur la Sauer et sur TEscaut, mais sur la Seine, sur la Loire, au sein du territoire ^ »

Gambetta et Freycinet, aidés des directeurs du ministère, Loverdo, Haca, Thoumas, firent cependant des prodiges d'activité. Ils sauvèrent Thonneur du nom français. Les généraux qu*ils employèrent ont pour la plupart reconnu que la Délégation avait su par de rapides et vigoureuses mesures renforcer les effectifs, et malgré les rigueurs de la saison et Tencombremenl des voies ferrées, pourvoir aux besoins du soldat. 238 batteries nouvelles entrèrent en ligne et onze corps d'armée, formant ensemble 600000 hommes, surgirent comme du sol. C'étaient 2 batteries et 5000 hommes par jour 1

On avait appelé sous les drapeaux ce qui restait des réservistes, les anciens militaires au-dessous de trente-cinq ans, les jeunes gens de la classe de 1870, tous les gardes mobiles, et ceux qu'on nomma les mobilisés ou les vieux garçons, tous les gardes nationaux célibataires ou veufs sans enfants au-dessous de quarante ans. Mais les cadres manquaient. Le nouveau corps d'officiers avait presque autant d'inexpérience que les soldats et ne parvint pas à leur imposer l'obéissance. Et que pouvaient contre un adversaire alerte, manœuvrier, plein d'aplomb et d'endurance, excité par le succès, que pouvaient ces régimenls de marche, ces bataillons de la mobile, ces mobilisés, troupes neuves, inexercées, indisciplinées, braves par élan, incapables néanmoins de supporter longtemps les fatigues, de subir les privations avec constance et de faire un effort sérieux et persistant, découragées, rebutées, méfiantes, et, au rebours de ce qui se produit d'ordinaire, n'arrivant pas à s'aguerrir tout en guerroyant? « Quel que soit le patriotisme d'une nation, disait Bismarck à Jules Favre, elle ne peut improviser des armées, et s'il suffisait de donner un fusil à un citoyen pour le faire soldat, ce serait une duperie que de dépenser le plus clair de la richesse publique à entretenir des armées permanentes. »

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