Cf. A. Chuquet, La Guerre de 1810-71, p
Goulmiers. — Gambetta débuta par un brillant succès. La Mollerouge avait, après l'abandon d'Orléans, conduit le IS"" corps débandé à La Ferté Saint-Aubin, sur la rive gauche de la Loire. Il fut remercié pour n'avoir engagé qu'une partie de ses forces à l'affaire d'Artenay. D'Aurelle de Paladines lui succéda : homme ferme et rigide, qui réunit les troupes à Salbris et tâcha, non sans résultat, de les instruire, de relever leur moral et, comme disait Freycinet, de les façonner à son austère discipline. Bientôt d'Aurèlle eut sous son commandement, outre le IS* corps, un 16* corps qui s'était formé à Blois et qui fut confié d'abord à Pourcet, puis à Chanzy. Ces deux corps durent, sur Tordre de la délégation, reprendre Orléans.
Ils y réussirent. Le 9 novembre, l'armée de la Loire — la première armée de la Loire, ainsi qu'on la nomme d'ordinaire, — après avoir livré l'avant-veille le combat de Vallière, remportait la seule victoire franche, entière, incontestable, qu'ait eue la France dans cette campagne.
Le général de Tann, averti, avait évacué Orléans et concentré ses 15000 hommes autour de Goulmiers. Mais il ne put soutenir le choc des 60 000 Français qui, dans celte grande plaine nue et à peine accidentée, marchaient à lui sur deux lignes, en très bon ordre, de même qu'à une revue. Electrisés par l'exemple de leurs généraux qui s'étaient mis à leur tète, nos jeunes soldats enlevèrent d'assaut les villages que les Bavarois avaient crénelés et fortifiés, Baccon, Goulmiers, Géminy, Rosières, Ghamps, Ormeteau. A quatre heures de l'après-midi, Tann recula sur Artenay. Il était défait, mais non complètement, comme l'avait espéré la Délégation de Tours. Un général de cavalerie S chargé de le tourner, l'avait inutilement canonné, et Martin des Pallières qui s'avançait par Gien pour lui barrer le chemin, arriva trop tard : on croyait que l'ennemi résisterait plus longtemps et Martin des Pallières ne devait déboucher que le 10 au soir ou le 11 au malin.
i. Le général Reyau, tiré du cadre de réserve, parfail cavalier du resle et qui savait manœuvrer selon les principes de Saumur; à la vue d'une colonne qui s'avançait par la route de Châteaudun, et qui n'était autre que le corps des francs-tireurs de Lipo\vski, il fit demi-tour : le gouvernement le remplaça surle-champ.
D*Aurelle fut nommé général en chef de Farmée de la Loire, et certains esprits impatients crurent qu*il allait pousser sur Paris et rompre les lignes d'investissement. Mais le prudent d*Âurelle comprenait que ses bataillons n'étaient encore ni assez aguerris ni assez outillés pour risquer cette offensive téméraire, et il les installa dans la forêt d'Orléans en un vaste camp retranché qui, par Gidy et Chevilly, s'étendait de la Chapelle à la Loire. Il savait d'ailleurs que le prince Frédéric-Charles, libre de ses mouvements après la capitulation de Metz, amenait de Metz à marches forcées trois de ses corps, le IIP de Constantin d'Alvensleben, le IX' de Manstein et le X* de Voigts- Bhetz, et il voulait, avec des troupes concentrées et qu'il aurait sous la main, attendre l'attaque des Allemands dans des positions bien étudiées, armées avec grand soin, pourvues de tranchées-abris et défendues par des pièces de marine a longue portée.
Beaune-larRolande. — Mais la Délégation, fiévreuse, préoccupée avant tout de débloquer Paris qu'elle regardait comme le c suprême objectif », pressait d'Aurelle de sortir des boqueteaux de la forêt. Elle lui avait donné, outre le ^l• corps de Chanzy, trois nouveaux corps, le 17', le 18* et le 20', commandés par Sonis, Billot et Crouzat. Pourquoi ne pas aller de l'avant avec toutes ces forces qui montaient à 250 000 hommes? Elle ne songeait pas que la plupart de ces hommes n'étaient pas soldats et que ces nombreux régiments, dénués d'organisation et d'instruction, mal équipés, mal vêtus, mal armés, nullement prêts à combattre, ne pourraient tenir devant les Allemands.
Dans sa hâte d'agir, et, comme elle disait, de faire quelque chose, la Délégation prit sur elle de diriger les opérations des deux ailes de l'armée. Elle lança le 24 novembre sur Pithiviers la 1*^' division du 16^ corps, celle de Martin des Pallières, et les deux corps de Crouzat et de Billot. Mais Martin des Pallières s'embourba dans les mauvais chemins de Chilien rs-aux-Bois à Loury, et les rencontres de Ladon et de Maizières où trois brigades de Voigts-Bhetz se heurtèrent aux troupes de Billot et de Crouzat, n'eurent d'autre résultat que de mettre Frédéric- Charles sur ses gardes.
Quatre jours après, le 28 novembre, sur Tordre de la Délégation, le 18** et le 20'' corps, réunis sous le commandement de Grouzat, se portaient derechef en avant pour ne livrer que de stériles et sanglants combats. Grouzat enleva Saint-Loup, Nancray, Batilly, mais trouva devant Beaune-la-Rolande une très vive résistance. Billot se rendit maître de Maiziëres, de Juranville, de Lorcy, des Gôtellcs, mais ne vint qu'à la nuit au secours de Grouzat qui battait en retraite. Dans cette journée, comme plus tard sur les bords de la Lisaine, les Allemands, confiants dans leur solidité, s'étaient considérablement étendus; leur ligne de bataille, si mince qu'elle fût, avait victorieusement soutenu l'efTort des Français, et Yoigts-Rhetz, qui luttait seul avec son X"" corps, qui déployait toutes ses troupes jusqu'au dernier homme, qui n'avait plus de réserve à sa disposition, Voigts-Rhelz avait fait front partout jusqu'à l'arrivée de deux divisions de cavalerie que lui envoyait Alvensleben.
LiOlgny-Poupry. — A cet instant une dépèche partie de Paris par ballon annonçait qu'une armée sortait de la capitale et s'avançait au-devant de l'armée de la Loire. Le ballon était allé tomber en Norvège, et la dépèche venait tardivement, le jour même où avait lieu la sortie. La Délégation ordonna de marcher sans délai sur Fontainebleau par Pithiviers et Beaunela-Rolande. Mais les troupes, dispersées sur une ligne de soixante kilomètres, ne pouvaient s'entr'aider. A gauche, l'un à Saint-Péravy, l'autre dans la forêt de Marchenoir, étaient le 16® corps de Ghanzy et le 17* corps de Sonis, accouru de Ghateaudun où le gouvernement l'avait, sur de faux bruits, inutilement envoyé; au centre, en avant d'Orléans, le 15" corps que d'Aurelle commandait en personne et qui comprenait les trois divisions Martin des Pallières, Martineau et Peytavin; à droite, à Bellegarde, du côté de Gien, le 18« et le 20* corps de Billot et de Grouzat.
Ghanzy avait le plus de chemin à faire. Il s'ébranla d'abord, et le 1" décembre il chassait les Bavarois du général de Tann de plusieurs villages, de Guillonville, de Gommiers, de Terminiers, de FaveroUes et de Villepion.
Mais le 2 décembre, toutes les forces du grand-duc de Mec-
klemboui^ que Moltke avait chargé de couvrir la route de Paris, étaient en face de Chanzy : deux divisions d'infanterie et trois divisions de cavalerie avaient rejoint les Bavarois. Malgré son énergie et celle de ses lieutenants, Barry et Jauréguiberry, Chanzy échoua contre Lumeau et le château de Goury. Il avait perdu Loigny lorsque Sonis, qui lui servait de réserve, arriva de Patay. Sonis n'avait avec lui que de Tarlillerie, une brigade, les mobiles des Côtes-du-Nord et les zouaves pontiGcaux ou volontaires de TOuest. Il plaça ses batteries à Yillepion et envoya le 51' régiment de marche sur Loigny. Ce régiment s'enfuit. Sonis, hors de lui, se mit à la tète des 300 zouaves pontificaux et s'élança vers le village sous une grêle effroyable d*obus; il prit une ferme, la ferme de Yillours, mais il ne put atteindre Loigny ; lui-même tomba, gravement blessé, et avec lui, son chef d'élat-major Bouille ainsi que le colonel Charette; 60 zouaves seulement échappèrent.
Deux divisions du 15" corps, Martineau et Peytavin, appuyaient la droite de Chanzy; elles furent repoussées au moulin de Morale et devant le village de Poupry.
Seconde prise d'Orléans. — Cette défaite de Loigny- Poupry obligeait Tarmée de la Loire à la retraite. A son aile gauche, une des trois divisions de Chanzy, la division Morandy, s*était sauvée à Huétre, derrière les lignes de la forêt d'Orléans, et les lieutenants de Sonis assuraient que le 17" corps était harassé, incapable d'opérer un mouvement. A son aile droite, les troupes de Billot et de Crouzat, que Freycinet avait jusqu'alors dirigées et qu'il rendait trop tard à d'Aurelle, ne se trouvaient pas assez près pour être d'aucune utilité, et, rompues par la bataille de Beaune-la-Rolande, se laissaient mettre en échec par le général de Hartmann, qui n'avait qu'une division de cavalerie, quatre bataillons, et six pièces de canon. Restait le centre formé par le 15"" corps et déjà sensiblement atteint par l'affaire de Poupry. Il fut aisément accablé par une attaque concentrique de Frédéric-Charles. Chassé le 3 décembre de Chilleurs-aux-* Bois et de Chevilly, il dut battre en retraite dans le plus grand désordre et ne put même tenir derrière les épaulements et les tranchées-abris construits avec tant de peine en avant d'Orléans .
Soldats et officiers étaient démoralisés. Us remplissaient les cabarets et les cafés. En vain d'Aurelle et son état-major tentèrent de rallier ces bandes éparses et de les ramener au combat. Des Pallières réussil quelque temps, avec ce qu'il réunit des trois divisions du 15" corps et grâce à l'artillerie de marine que commandait le capitaine de vaisseau Ribourt, à couvrir les abords de la ville. Mais le 4 décembre, à onze heures et demie du soir, il évacuait Orléans. La Délégation rejeta sur d'Aurelle la responsabilité du désastre : elle Taccusa de n'avoir pas concentré ses troupes, de n'avoir pas « opposé la simultanéité de ses forces aux attaques de l'ennemi », — bien que d'Aurelle n'eût cessé, dans ses dépèches, de protester contre la dissémination de son armée, — et lui enleva le commandement*
Josnes. — La première armée de la Loire n'était plus. Chanzy, qui n'avait pu, selon l'ordre de d'Aurelle, marcher vers Orléans, demeurait sur la rive droite du fleuve avec le 16' et le 17' corps. Le reste, 15% IS*" et 20*^ corps, avait passé sur la rive gauche : le 15« par le pont de pierre d'Orléans, qu'il ne fit pas sauter, faute de poudre; le 18% par le pont suspendu de Sully; le 20% par le pont de Jargeau.
Le gouvernement, menacé, quitta Tours le 8 décembre et alla s'installer à Bordeaux. Mais il ne se décourageait pas et Gambetta se disait inaccessible au désespoir. Il forma deux armées : l'une, la deuxième armée. de la Loire, commandée par Chanzy et composée du 16"* et du 17" corps; l'autre, la future armée de l'Est, commandée par Bourbaki et composée des 15', 18' et 20' corps, qui se rabattirent sur Bourges pour se remettre de l'état de misère et de marasme où ils étaient.
Chanzy était un véritable homme de guerre, ferme, inébranlable, animé jusqu'au bout par l'espérance du succès, s'efforçanl par l'idée d'une offensive d'exciter et de maintenir la confiance des troupes, résolu de délivrer Paris et, suivant sa propre expression, se cramponnant à cette pensée.
Après avoir reculé derrière les bois de Montpipeau, il avait couvert la trouée par où doit passer un ennemi qui se dirige d'Orléans sur Tours, et le 5 décembre au soir il s'établissait à Josnes, sur le terrain accidenté qui s'étend de Lorges à Beau*
Histoire oêhébalb. XI. ^'-^
gency, la gauche appuyée à la forêt de MarcheDoîr et la droite à la Loire. Trois corps constituèrent dorénavant son armée : le ^6'^y conduit par Tamiral Jauréguiberry ; le 17*, mené par le général de Colomb; le 21" qui venait d'être organisé au Mans et qui avait à sa tète le capitaine de vaisseau Jaurès.
Dès le 1 décembre, le grand-duc de Mecklenbourg attaquait Chanzy. La lutte fut indécise : si les Français plièrent à Messas, ils forcèrent l'adversaire d'abandonner Gravant et Beaumont, ils maintinrent leurs lignes, ils couchèrent sur leurs positions.
Le 8, Tann et le grand-duc engageaient la bataille dite de Beaugency ou de Yillorceau. Leurs troupes souffrirent beaucoup du feu des chassepots et des mitrailleuses ; elles laissèrent aux mains des Français Beaumont et Le Hée; le général de Tann fut un instant dans une situation très critique, et à la fin de Faction il n'avait plus de munitions, ne disposait plus que de deux faibles compagnies qu'il n'osait lancer c dans cet enfer où elles se seraient évaporées comme une goutte d'eau sur le feu brûlant >. Mais à l'extrême droite de Chanzy, la colonne Camô avait dû évacuer Yernon, Messas et Beaugency.
Chanzy ne se relira pas. Il mit sa droite sur les hauteurs de Tavers et résista dans la journée du 9 décembre avec la même vigueur : il lâcha Villejouan et Origny, mais refoula les bataillons prussiens au delà du ravin de Tavers.
Le 10, il ressaisit Origny et si les Allemands reconquirent Villejouan, il s'empara du ch&teau du Coudray.
Vendôme. — On a dit que ces quatre journées étaient peutêtre les moments les plus glorieux de la défense nationale. Tann avouait l'épuisement absolu de l'infanterie du l"** corps bavarois, qui depuis le 1*' décembre avait perdu sur le champ de bataille le tiers de ses hommes et plus de la moitié de ses officiers. Mais Frédéric-Charles venait à l'aide du grand-duc. Les troupes de son IX* corps s'avançaient par la rive gauche de la Loire; elles avaient enlevé le château de Chambord par un coup de main; elles se présentaient devant Blois. Chanzy allait être tourné, et, dans cette position si périlleuse, il appela Bourbaki à son secours, le pria de marcher aussitôt sur Orléans, et d'arrêter, de retenir Frédéric-Charles. Mais Bourbaki répondit
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qu*il ne pouvait imposer roffensive à son armée délabrée. Ghanzy insista, et le g-ouvernement joignit ses ordres aux sollicitations du général. De nouveau, et avec raison, Bourbaki objecta la détresse profonde de ses hommes qui manquaient de vêtements et de vivres, objecta Tétat lamentable de ses chevaux amaigris et écorchés sur tout le corps, objecta Textrème lassitude de ses troupes qui tomberaient en dissolution dès qu'elles se porteraient en avant. Chanzy se replia le il décembre sur Vendôme, et le 13 il était le long du Loir.
Frédéric-Charles le suivit avec toutes ses forces. Il prit Frète val le 14 décembre et Bel-Essort le lendemain. Chanzy dut reculer encore. Il se dirigea sur le Mans par une pluie incessante et un froid rigoureux. Des bataillons entiers se débandaient. Une foule d*hommes se traînaient derrière les colonnes ou s'éparpillaient dans les fermes. Quelques-uns s'attardaient ou s*écartaient exprès pour se faire capturer par les uhlans. D'autres, prenant l'avance, se hâtaient de se rendre au Mans où ils croyaient trouver le repos et la fin de leurs souffrances. Mais Chanzy fut à peine harcelé. Frédéric-Charles, trompé par un mouvement de Bourbaki, qui chassait de Gien un détachement bavarois, avait couru vers Orléans.
Le Mans. — Le 19 décembre, Chanzy était au Mans et se pressait de réorganiser son armée si rudement éprouvée. Quatre jours plus tard, deux colonnes mobiles, commandées par Rousseau et Jouffroy, allaient tàter l'adversaire, l'une vers Nogentle-Rotrou, l'autre vers Vendôme, et masquer le mouvement que le tenace général méditait d'opérer sur Paris. Ces deux colonnes curent d'abord de petits succès, et celle de Jouffroy perça jusqu'aux faubourgs de Vendôme; mais elles durent bientôt céder à des forces supérieures. Le grand-duc de Mecklenbourg et Frédéric-Charles arrivaient, le premier par Nogent-le-Rotrou et la vallée de THuisne, le second avec ses trois corps, le IIP, le IX* et le X% Alvensleben, Maustein et Voigts-Rhelz, par les routes de Saint-Calais, de Vendôme et de Tours. C'étaient 58 000 fantassins, 15 000 cavaliers et 300 canons qui s'ébranlaient contre Chanzy.
Le 6 janvier commençait une série de combats que les Aile-
mands comprennent sous le nom de bataille du Mans ou des € sept jours devant le Mans ». La lutte était vive dans ce pays ondulé, accidenté, coupé de haies et de .talus, propre à la guerre défensive, et les rigueurs du temps se joignaient aux obstacles du terrain : des tourbillons de neige empêchaient de voir au loin; le dégel produisait une boue épaisse qui ralentissait les marches; le froid, succédant au dégel, formait un verglas qui rendait les chemins glissants et très diffîciles. Hais les Allemands avançaient avec une lenteur sûre, et, comme ils disaient, les troupes qu*ils employaient contre l'énergique résistance de Ghanzy, étaient des troupes d'élite, des troupes expérimentées et vigoureuses, des Kemiruppeii.
Le 9 janvier, à leur droite, le grand-duc de Mecklembourg enlevait au général Rousseau les villages de Connerré et de Thorigné ; au centre, Âlvensleben s'emparait d'Ardenay et derrière lui venait Manstein; à gauche, se montrait Yoigts-Rhetz.
Le 10, les Allemands étaient maîtres de Parigné-l'Evêque et de Changé. Sur plusieurs points, les Français se battaient avec héroïsme. Mais leurs généraux assuraient unanimement que les hommes n'en pouvaient plus, qu'ils ne sauraient que défendre les positions, et Chanzy était seul à prononcer le mot d'offensive.
L'affaire décisive eut lieu le 11 janvier sur un sol couvert de neige, par un temps froid et clair. Jaurès, qui tenait tète au grand-duc de Mecklembourg entre la Sarthe et l'Huisne, sur le plateau de Sargé, au nord du Mans, eut les honneurs de la journée comme des journées suivantes. Il garda Pont-de-Gennes, et Mecklembourg ne put opérer sa jonction avec Frédéric- Charles.
Au centre, entre l'Huisne et la route de Saint-Calais, Colomb était engagé contre Alvensleben et Manstein. S'il perdit le village de Champagne et, malgré la bravoure du capitaine de frégate Gougeard, la plus grande partie du plateau d'Auvours, il
conserva les hauteurs d'Yvré-l'Evèque.
Chanzy croyait donc au succès et se disait satisfait de l'attitude de son armée. Mais à la tombée de la nuit, la droite des Français où Jauréguiberry, aidé de Jouffroy et de Roquebrune,
l'armée de la LOIRE 821
ne s^étaU pas laissé entamer, fut soudain compromise. A la faveur de Tobscurilé, Tavant-garde de Voigls-Rhelz qui débouchait par la route de Tours, surprit les mobilisés dlUe-et- Vilaine sur le tertre de la Tuilerie. On tenta de réoccuper la position. Mais les troupes se débandèrent, et il fut impossible, et dans la nuit, et aux premières lueurs du jour, de les rallier et de les ramener : elles refusaient de marcher et se couchaient dans la neige. Sur tous les points, même débâcle. Pas un général ne répondait de ses soldats. La division Paris, saisie de panique, évacuait dans la matinée le plateau d'Auvours.
Le i2 janvier, Chanzy qui Tavant-veille défendait formellement toute retraite et déclarait qu'il fallait résister à outrance, Chanzy, pleurant de rage, quittait Le Mans. Il voulait d'abord se retirer sur Alençon, afin de rester plus près de Paris. Sur Tordre du gouvernement, il recula vers Laval pour s'établir derrière la Mayenne. Le 21® corps de Jaurès avait encore bonne contenance : il couvrit la retraite et refoula le 13 janvier, à Sillé-le-Guillaume, par une vive fusillade et par des salves de mitrailleuses , une colonne allemande qui poursuivait les vaincus du Mans. Mais une autre colonne, conduite par le général de Schmidt, fut plus heureuse, le 14 et le 15 janvier, aux combats de Chassillé et de SaintJean-sur-Erve, où elle enleva de nombreux bagages et fit un millier de prisonniers au 16*' corps : ce corps, ainsi que le 17% n'offrait plus, selon le mot de Jauréguiberry, qu'une cohue inimaginable de fuyards.
Il est vrai que les ennemis étaient, de leur côté, presque entièrement épuisés. Certains de leurs régiments avaient perdu les deux tiers de leurs officiers. Des sergents-majors commandaient des compagnies. Les soldats, déguenillés, mettaient les pantalons de toile des paysans ou les pantalons bleus des mobiles dont ils arrachaient la bande rouge. Quelques-uns marchaient en sabots. D'autres n'avaient pour chaussure que des jambières de linge. Mais l'armée de la Loire était à bout de forces, et avec elle s'évanouissait la grande et suprême ressource de la défense nationale. L'invasion allemande ne cessait de s'étendre : le 17 janvier, après un court combat avec les
francs-tireurs de Lipowski, le grand-duc de Mecklembourg entrait à Alençon, et le 19, une colonne, sous les ordres du général de Hartmann, occupait Tours.
VI IL — L'armée de l'Est et Belfort.
La défense des Vosges. — Dès la seconde quinzaine de septembre, des bataillons de mobiles et des corps francs s*élaient rassemblés dans les Vosges. Le général Cambriels fut chargé de les réunir sous le nom de « corps de l'Est >. Mais le XIV* corps allemand, commandé par Werder, marcha contre lui par les routes du Donon. Malgré la bravoure des gardes nationaux qui défendirent Raon-rÉtape et Rambervillers, malgré l'énergie du général Dupré qui livra le 9 octobre au général Degenfeld le malheureux combat de la Burgonce, malgré les engagements de Brovelieures et de Bruyères, les Allemands entrèrent a Epinal, à Lure, à Luxeuil.
Cambriels, craignant d'être cerné dans la montagne, s'était replié sur Besançon. Il fut poursuivi par Werder. Mais il prit une belle position qu'il est difficile d'aborder et presque impos* sible de tourner, celle de Châtillon-le-Duc et d'Âuxon-Dessus, sur la rive gauche de l'Ognon. Soutenu par la garnison de Besançon, le corps de l'Est refoula le 22 et le 23 octobre les Allemands, qui se rejetèrent sur Dijon.
Prise de Di^on. — Trois armées ou simulacres d'armée pouvaient protéger Dijon : le corps de l'Est, aux ordres de Cambriels; l'armée des Vosges, qui s'organisait à DôIe sous le commandement de Garibaldi ; l'armée de la Côte-d'Or, dont le chef était alors le colonel Fauconnet. Mais Cambriels refusa de courir à un désastre. Garibaldi, qui n'avait encore que deux brigades, ne bougea pas. Fauconnet lutta seul : il fut mortellelement blessé, et Werder occupa Dijon le 30 octobre : c'était pour les Allemands un nouveau centre do ravitaillement.
La délégation remplaça Cambriels par Crouzat, et le corps de l'Est, qui forma désormais le 20"" corps, vint grossir l'armée delà Loire. Il ne resta dans la région de la Saône et du Rhône que
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Tarmée des Vosges et une armée qui se consliluait tant bien que mal à Lyon, au milieu des émeutes, grâce aux efforts du préfet Challemel-Lacour et du général Bressolies.
L armée des Vosges, que Garibaldi avait menée de Dôle à Autun, avait fini par compter 46000 hommes. Mais elle ne faisait que parader et son général, malade, vieilli, entièrement dominé par Tancien pharmacien Bordone, son chef d*élat-major, n'agissait qu*à sa guise, sans souci des ordres du gouvernement, et, comme disait Bordone, en dehors de toute ingérence, dans une indépendance absolue. Pourtant Ricciolti, un des fils de Garibaldi, surprit le 17 novembre à GhàlilIon-sur-Seineun détachement de troupes d'étape. Huit jours plus tard, Tarmée des Vosges marchait sur Dijon et s'emparait de Pasques et de Prénois. Mais à Hauteville elle fut saisie de panique et le 27 novembre elle regagnait précipitamment Autun. Le général de Keller se mit à ses trousses avec une brigade ; le 1®' décembre, il poussait audacieusement sur Autun, et sans les mobiles qui soutinrent le choc avec bravoure, sans un intrépide Polonais, Bossak-Hauké, la ville tombait dans les mains de Tennemi.
Combats de Nuits. — Le capitaine d*élat-major Cremer, à qui Bressolies avait donné le commandement d'un petit corps de 6000 hommes, répara cet échec des garibaldiens. Il défit le 20 novembre à Nuits une reconnaissance dirigée par Tétatmajor de Werder et, le 3 décembre, il se jetait au devant de la brigade Keller qui venait d'Autun et lui tuait à Ghâteauneuf plus de 200 hommes.
Moltke prescrivit de refouler Grcmcr pour isoler Besançon et couvrir le siège de Belfort. Le 18 décembre, la division badoise de Glumer attaquait Cremer a Nuits et sur le plateau de Chaux. Les Badois perdirent 900 des leurs; mais, si les mobiles de la Gironde se battirent avec vaillance, les mobilisés du Rhône refusèrent de marcher; Cremer se replia sur Beaune et de là sur Chagny.
Campagne de l'Est ^ — C'est alors qu'eut lieu celte mémorable diversion qu'on nomma l'expédition de l'Est et qui
1. Quelques délaiis sur celle campagne de l'Est sont tirés d'un mémoire inédit du colonel de Bigot.
se faisait trop tard ou trop tôt : trop tard, car il eût mieux valu déboucher de Besançon en octobre, et, la droite appuyée à Belfort et la gauche à Langres, entrer en Lorraine par les vallées de la Meuse et de la Moselle, réoccuper les cols des Vosges, couper l'adversaire de TAlsace et tenter le débloquement de Metz; trop tôt, car il eût fallu ne se mettre en mouvement qu*après avoir laissé passer les plus grands froids et pris le temps de réunir à Besançon et sur le plateau jurassique auiant d'hommes et de matériel que possible.
La Délégation avait décidé de chasser Werder qui cantonnait à Dijon, de délivrer Belfort assiégé, d'intercepter les communications des Allemands. Une armée qui comptait plus de 100 000 hommes était chargée de l'opération. Elle comprenait quatre corps : le IS** corps, de Martineau ; le 18% de Billot; le 20% de Clinchant; le 24", de Bressolles, et, en outre, la division Cremer ainsi qu'une réserve commandée par le capitaine de frégate Fallu de la Barrière. Son général en chef fut Bourbaki. Mais Bourbaki n'avait plus l'ardeur de jadis; il répétait qu'il ne faut pas jouer son va-tout qu'à bon escient; il se défiait de ses troupes et ne sut pas les entraîner; il craignait d'être soupçonné : « Je vois d'ici, avait-il dit, ce qui se passera; dès qu'il pleuvra ou que la neige tombera, les soldats crieront à la trahison, et comment ne trahirais-je pas, puisque j'étais aide de camp de l'empereur! »
D'incroyables lenteurs compromirent le début de l'expédition. Les brigades, les divisions n'arrivèrent que peu à peu, par une ligne ferrée a une seule voie. Pas de magasins préparés d'avance. Pas de convois organisés.
Villersezel. — Cependant la supériorité numérique de Bourbaki était telle qu'il obligea, sans coup férir, le général de Werder à reculer de Dijon à Vesoul, et le 9 janvier il le battait à Yillersexel. La lutte fut obstinée, non seulement à Marat, à Moimay, mais dans le village de Yillersexel, et notamment dans le vaste château de Grammont, ou les Allemands occupaient le rez-de-chaussée et les Français le premier étage et les caves. Bourbaki se montra le brillant soldat d'autrefois.
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• A moi Tinfanlerie! s'écriail-il au fort de la mêlée; est-ce que rinfanterie française ne sait plus charger? »
Héricourt. — Mais le vainqueur, au lieu de se hâler et de suivre Werder sans relard, hésita, perdit du temps, se laissa durant trois à quatre jours amuser par des démonstrations d'avant-postes. Werder put concentrer son armée sur la ligne de la Lisaine, la gauche à Montbéliard, le centre à Héricourt, la droite à Chenebier, et sa position, défendue par des canons de gros calibre que lui envoyèrent les assiégeants de Belfort, était formidable.
Peut-être aurait-il dû Tabandonner, si Bourbaki avait exécuté la manœuvre qui lui fut proposée par le lieutenant-colonel de Bigot, chef d'état-major du général Rolland, gouverneur de Besançon. Qu'un corps de 20000 hommes débouche des plateaux de Blamont et de Croix, qui s'abaissent en étages successifs jusque dans la vallée de TAllaine entre Montbéliard et Délie, et que Bigot a fait garnir de redoutes et d'épaulements ; que ce corps, dont les flancs sont assurés à droite par le territoire suisse et à gauche par la vallée du Doubs, descende dans la vallée de l'Allaine presque enlièreraent dépourvue de troupes; qu'il occupe le plateau de Dambenois sur la rive gauche de la Savoureuse, et Werder, tourné, coupé en partie, abandonne le siège de Belfort. Mais après avoir promis à Bigot de lui fournir pour celle opération la première division du 15" corps, Bourbaki lui envoya seulement la brigade Minot, et lorsque cette brigade atteignit Pont-de-Roide el Blamont, il la rappela sur la rive droite du Doubs; Bigot ne disposait plus que de 7000 hommes, et le mouvement décisif qu'il voulait entreprendre sur les derrières de Werder ne put s'accomplir.
Pendant trois jours, du 15 au 18 janvier, 130 000 Français assaillirent 45 000 Allemands sur les bords de la Lisaine. Partout l'artillerie allemande flt reculer les Français, qui bataillaient sur son front et ne lenlaient que des attaques décousues et trop distantes les unes des autres, au lieu de diriger la plus grande partie de leurs forces sur un seul point, sur l'extrémité de sa droite. Pourtant, le 16 janvier, Cremer et l'amiral Penhoat s'emparèrent de Chenebier, qui n'était qu'à neuf kilomètres de
Belfort et le lendemain matin, malgré les assauts réitérés des Badois, ils conservèrent ce village.
Il était trop lard. Les Français s'épuisaient. Tous n entraient pas en ligne : le tiers des compagnies allait au feu, et le reste se dérobait. Le froid sévissait, et sur des roules difficiles les subsistances n'arrivaient que très lentement. Dès le 8 janvier, dans une lettre à Chanzy, Bourbaki prévoyait de quel préjudice seraient à Texpédition « la difficulté de faire vivre des troupes, lorsqu'elles s'éloignent des voies ferrées, et le mauvais état des chemins qu'une couche de verglas rendait peu praticables >. Il se relira sur Besançon.
Retraite sur Besancon. — Le danger que couraient ses communications le déterminait autant que l'épuisement de ses troupes. Une armée dite du Sud, commandée par ManleuiTel, marchait au secours de Werder. Elle se composait de deux corps prussiens, le II* de Fransecky et le VIP de Zastrow, qui couvraient jusqu'alors le blocus de Paris aux environs de Montargis et d'Auxerre. Les garibaldiens auraient pu la retarder dans les défilés delà Côte-d'Or; ils ne bougèrent pas, abusés par une vigoureuse démonstration de la brigade Keltler, qui les tint en respect durant quatre jours, du 20 au 24 janvier, et leur livra deux combats, à Talant, et à Pouilly, où elle eut l'avantage. Cependant, Manteuffel, passant presque sous les yeux de Garibaldi, tournant Dijon par le nord, débouchait dans la région du Doubs et de l'Ognon, pour couper à Bourbaki le chemin de Lyon et ne lui laisser d'autre retraite que les routes malaisées du Jura.
Bourbaki avait fait occuper par le 24° corps de BrcssoUes la ligne du haut Doubs et les plateaux du Lomont : il se couvrait ainsi contre Werder, qu'il prenait en flanc et immobilisait sur la rive droite du Doubs. Mais il ne put rien contre ManteulTel. L'armée du Sud ne fut arrêtée nulle part, sauf au pont d'Osselle et au défilé de Salins : elle passa le Doubs à Fraisans, à Dampierre, à Dôle; elle arriva par la forêt de Chaux sur les positions de Byans et d'Abbans-Dessus, ainsi que dans la vallée de la Loue; elle prit possession de la route et du chemin de fer de Besançon à Lyon.
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Sur le conseil de son chef d*étaUmajor Borel et du lieutenantcolonel de Bigot, Bourbaki résolut alors de rester à Besançon. S*adossant à la Suisse, recevant ses approvisionnements par les deux voies ferrées de Pontarlier et des Brenets, il tiendrait les plateaux du Jura qui forment une immense forteresse naturelle par leurs escarpements presque partout inexpugnables et par leurs déOlés de facile défense. Le 24° corps de BressoUes s'établirait au Lomont, la droite au plateau de Blamont et la gauche au défilé de Ponl-les-Moulins, en face de Baume-les- Dames; la garnison mobile de Besançon, dans la vallée du Doubs, entre Pont-les-Moulins et le plateau de Busy; le IS"" corps de Martineau, entre le plateau de Busy et Salins, sur les positions qui dominent les défilés du Lizon; la division Cremer, aux défilés entre Pont-d'Héry et Andelot-en-Montagne, où passent la roule et la voie ferrée de Pontarlier; le 20*= corps de Clinchant, au mont Rivet et dans les vallées de l'Ain et de la Saône; le 18* corps de Billot et la réserve, au centre du plateau, pour se porter partout où besoin serait et assurer les communications. Les instructions furent envoyées. Déjà le 15* corps de Martineau atteignait les emplacements qui lui étaient assignés et sa deuxième division repoussait deux attaques successives tentées par les Prussiens contre Busy qui forme l'entrée du plateau entre le Doubs et la Loue. Déjà la division Cremer était dans la vallée de la Loue et s'approchait de Salins.
Mais les mobilisés du Doubs abandonnèrent les défilés du Lomont et BressoUes négligea de les réoccuper sur-le-champ. Le 24 janvier, les troupes de Werder, jetant des ponts en face de Baume-les-Dames, s'engageaient hardiment dans ces défilés et apparaissaient sur le plateau de la rive gauche du Doubs en face du ravin de Pont-les-Moulins. On pouvait les écraser en garnissant les hauteurs, les mettre entre deux feux. BressoUes reçut ordre de reprendre possession du Lomont et de se porter avec la gauche du 24® corps vers le ravin de Pont-les-Moulins pour assaillir les Prussiens sur leurs derrières. Billot dut, avec son 18*" corps qui se reposait depuis deux jours dans des cantonnements, traverser Besançon, s'établir dans la soirée même du 25 janvier sur le plateau en arrière de la ville et aborder les
Prussiens le 26, au matin : sa droite occuperait le point dominant de Côte-Brune, d*où elle pourrait battre toute la position de l'ennemi ; sa gauche, poussant sur Dannemarie, se saisirait de Silley, qui commande le défilé de Pont-les-Moulins, et couperait ainsi toute retraite aux Allemands.
Malheureusement, Billot ne traversa Besançon que le 26 à trois heures du matin, et Bourbaki, qui comptait trouver les troupes du 18* corps aux prises avec l'adversaire dès le jour naissant, les rencontra à Montfaucon, à Gennes, à Saône, à Nancray, à trois lieues en arrière des positions où elles devaient être. Affligé, inquiet, mécontent, il rentra le soir à Besançon. Là, il reçut coup sur coup trois dépèches qui mirent le comble à son désespoir : Tune, de Freycinet, lui reprochait sa lenteur et l'accusait de recommencer Metz ou Sedan; l'autre l'informait que le 24"" corps de BressoUes abandonnait sans retour le Lomont pour se replier vers Morteau et Poniarlier; la troisième lui annonçait que Cremer se retirait également sur Pontarlier au lieu de défendre les défilés de Salins parce qu'il avait entendu le canon des forts. Le général tenta de se brûler la cervelle : la balle du revolver dévia sur l'os temporal.
Un conseil de guerre auquel assistaient Martineau, Clinchant, Borel, Uolland, et Bigot, délibéra sur la situation. Marlineau et Borel refusèrent le commandement; Clinchant l'accepta, à condition de battre en retraite sur Poniarlier pour prendre ensuite les routes du Sud.
Retraite de Pontarller. — Deux divisions demeurèrent aux alentours de Besançon. Le reste de l'armée de l'Est gagna sans obstacle le premier plateau entre Besançon et la vallée de la Loue ; mais sa marche devint désastreuse lorsqu'elle atteignit le deuxième, puis le troisième plateau. Les canons et les convois ne pouvaient plus suivre les colonnes. Les hommes et les chevaux tombaient harassés, transis, allâmes. Les Prussiens, venant d'Arbois par les routes que Cremer aurait dû défendre, tournant le fort de Salins, barraient les issues, et le 29 janvier, à Sombacourt, une division française de 4000 hommes se laislait capturer avec deux généraux et toutes ses pièces d'artillerie. Clinchant se crut sauvé lorsqu'il apprit l'armistice. Mais l'ar-
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mistice Texceptait. Il signa la convention des Verrières avec Hans Herzog, général des troupes de la Confédération helvétique, et pénétra le V^ février sur le territoire suisse où son armée, qui comptait encore 80 000 hommes, fut internée. La résistance énei^ique que fit au défilé de la Cluse une arrièregarde d*infanterie commandée par Fallu de la Barrière ainsi que la canonnade des forts de Joux et de Larmont avaient protégé le passage.
Reprise de Dijon. — Dijon et Belfort succombaient en même temps. A la nouvelle de Tarmistice qui ne s'étendait pas à la Côte-d'Or, Garibaldi avait reculé sur Lyon, et le 1" février, le général Hann de Weyhern qui venait de rejoindre Kettler avec deux brigades badoises, entrait dans Dijon sans combat.
Siège de Belfort. — La place de Belfort, cernée depuis le 3 novembre, avait longtemps bravé Teffort des assiégeants et subi un bombardement de soixante-treize jours. Non que sa garnison fût solide : elle comptait 16 000 hommes dont 3000 seulement avaient une valeur sérieuse. Mais elle avait eu le temps de se préparer aux épreuves qui Tatlendaient et d'établir pour sa défense des ouvrages avancés d'un bon profil. D'excellents chefs animèrent les troupes de leur énergie : le capitaine Thiers qui tenait le fort de Bellevue, le capitaine La Laurencie qui dirigeait les batteries du Château, le colonel Denfert qui commandait la ville après y avoir commandé le génie et qui sut imposer à tous, aux bourgeois et aux soldats, son inflexible vouloir. Pourtant, sous les ordres de Treskow, les Allemands faisaient de jour en jour des progrès; ils s'emparèrent peu à peu de tous les villages environnants; ils ouvrirent la tranchée contre les Hautes et les Basses-Perches. Le 8 février, Denfert dut abandonner ces deux mamelons, et de là, cinq jours plus tard, à mille mètres de distance, Treskow braquait sur le Château une centaine de pièces. Mais le 15 février, l'armistice était étendu à toute la région de l'Est. Le 18, Denfert sortait de Belfort avec armes et bagages, après avoir tiré le dernier coup de canon et avec la satisfaction de sauver à la France la seule ville qui lui reste de l'Alsace.