‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 12 sur 176 · LES INSURRECTIONS ET LES CONSTITUTIONS · texte numérisé non relu

LES INSURRECTIONS ET LES CONSTITUTIONS

dont le souverain n*eût pas cédé au mouvement réformiste. Les Napolitains, habitués au despotisme, semblaient résignés aux maux qu'il entraine; les Siciliens le supportaient plus impatiemment parce qu'il heurtait chez eux, non seulement les aspirations libérales de la bourgeoisie, mais encore le vigoureux esprit d'indépendance locale dont étaient animées toutes les classes de la société. Le signal de la révolution partit de Palerme, où elle fut préparée de longue main et presque annoncée. Dans la première semaine de janvier 4848, un placard anonyme est affiché sur les murs de la ville qui menace le gouvernement d'une insurrection si, le 12 du mois, il n'a pas accordé des réformes. Au jour dit, un jeune homme, nommé La Masa, parcourt les rues, un drapeau tricolore à la main, réunit un groupe de libéraux et engage quelques escarmouches avec les troupes royales, qui ripostent mollement. Le lendemain, la bataille continue, les habitants des campagnes s'y mêlent, et un comité d'insurrection se forme sous la présidence du vieil amiral Ruggiero Settimo; le 27 enfin, la ville, après avoir été vainement bombardée par la flotte napolitaine, est définitivement évacuée, le mouvement s'étend à Ttle tout entière, et les Siciliens déclarent qu'ils ne poseront pas les armes avant qu'un parlement sicilien, réuni à Palerme, rétablisse, en la modifiant, la constitution de i8i2.

Il était difficile que les événements de Sicile, en montrant la faiblesse réelle du gouvernement absolutiste, n'eussent pas un contre-coup à Naples. Dans le cours de l'année précédente, des manifestations y avaient eu lieu en l'honneur de Pie IX, et l'une d'elles s'était terminée par une collision sanglante (14 décembre 1847). A la nouvelle du soulèvement de Palerme, l'attitude des libéraux devint presque menaçante et la concession de quelques réformes de détail ne put les désarmer. Enfin, le 27 janvier 1848, eut lieu dans les rues de Naples une grande manifestation qui effraya le roi et le décida, sur les conseils de ses généraux, à se rendre aux vœux de ses sujets. Il leur donna une première satisfaction en leur sacrifiant son ministre de la Police, l'odieux Delcaretto, et en formant un nouveau ministère sous la direction des chefs libéraux Bozzelli et Polrio; puis, se

rappelant avec quelle facilité son aïeul avait endormi les défiances de son peuple par Toctroi d'une constitution, il en promit une, le 29 janvier, et la promulgua le 10 février. Cette constitution, modelée sur le type qui avait prévalu en France ei en Europe depuis 181S, confiait le pouvoir législatif à un parlement composé de deux Chambres, Tune viagère, l'autre élective, consacrait la liberté de la presse, Tégalité devant la loi, l'amnistie pour les délits politiques et remplaçait, en vue de prévenir une réaction absolutiste, les troupes étrangères par une garde nationale.

Les constitutions piémontaise, toscane et romaine. — En se décidant à des concessions dont l'étendue était si peu en rapport avec ses idées absolutistes, Ferdinand II n'avait pas seulement cédé à la crainte d'être débordé par le mouvement libéral, il désirait se venger des souverains réformateurs dont on lui avait opposé l'exemple, en les forçant à suivre le sien. Les événements montrèrent la justesse de ses prévisions. — A Turin, un groupe de libéraux, à la tète desquels se trouvait le jeune comte de Cavour, avait déjà fondé un journal appelé le Risorgimento et destiné à demander l'établissement d'un régime représentatif. Quand on sut qu'une constitution avait été proclamée à Naples, leurs instances devinrent plus pressantes, et les magistrats municipaux allèrent, sur le conseil de Cavour, prier le roi d'imiter Ferdinand IL Charles-Albert, qui n'était monté sur le trône qu'en promettant à l'Autriche de maintenir le régime absolutiste, hésitait à violer son serment et ne s'y décida qu'après avoir consulté son confesseur et demandé conseil à ses ministres réunis en séance extraordinaire; il publia la fameuse proclamation du 8 février, dans laquelle il jetait les bases d'un statut constitutionnel analogue dans ses dispositions principales à la constitution napolitaine. Ce statut parut un mois après (4 mars 1848) et régit encore l'Italie actuelle. — Quelques jours avant sa promulgation, le régime représentatif avait été étendu à la Toscane, où Léopold II, effrayé par les troubles de Livourne, accorda à ses sujets une constitution semblable à celle de la France (17 février).

Un seul État italien restait^ à ce moment, privé des formes

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conslitutionnelles : celui d*où était autrefois parti le signal des réformes. Pie IX, partagé entre ses scrupules religieux et ses intérêts politiques, répugnait à opérer dans le gouvernement de ses Etats un changement qui devait enlever au pouvoir spirituel une partie de sa souveraineté; quand les demandes impérieuses des libéraux le forcèrent à accorder une constitution, il s'eflbrça du moins d'en rendre la préparation insuffisante, l'octroi tardif, les dispositions illusoires. Elaboré par une commission d'ecclésiastiques peu familiers avec la science de l'Etat, le Statut fondamental pour le gouvernement temporel des Etats du Saint-Siège ne fut publié que le 14 mars 1848. 11 instituait, comme dans les autres statuts italiens, deux Chambres, l'une viagère, l'autre élective pour voter les lois, un conseil d'Etat pour les préparer, un ministère pour répondre de leur exécution; mais il interdisait aux Chambres toute proposition relative aux questions spirituelles, ou simplement mixtes, et soumettait leurs décisions au veto du Sacré Collège, érigé ainsi en cour suprême. Quelqu'incomplètes qu'elles fussent, ces concessions paraissaient extrêmes à Pie IX, qui déclarait ne pouvoir accorder davantage.

La promulgation du statut pontifical terminait en Italie la période des constitutions, comme l'édit piémontais du 30 octobre 1847 avait terminé la période des réformes. Le mouvement d'opinion qu'avait suscité l'avènement de Pie IX était arrivé désormais à son terme logique : l'absolutisme avait fait place au régime représentatif et la souveraineté était passée des princes aux peuples.

Les insurrections de Milan et de Venise. — Dans la Lombardo-Vénétie, les sujets de l'Autriche, convaincus par son attitude que le maintien de sa domination était incompatible avec l'établissement des libertés nécessaires, étaient également persuadés que toute tentative d'insurrection ne pouvait qu'aboutir à un désastre. Du jour où ce sentiment de crainte et d'impuissance disparut de leurs cœurs, ils se levèrent pour conquérir leur indépendance.

Ce moment arriva lorsqu'on connut à Milan la révolution de Vienne. A cette nouvelle, le vice-roi, épouvanté, s'enfuit à Vérone et les Milanais, résolus à profiter du désarroi gouverne-

mental, se formèrent en cortège pour aller demander à son remplaçant, 0*Donnell, la création d*une garde civique. Un coup de fusil tiré sur eux par une sentinelle transforma cette manifestation pacifique en démonstration violente; le palais royal est envahi, 0*Donnell fait prisonnier, et la ville se hérisse de barricades où flotte le drapeau tricolore italien et où retentit le cri de « Vive Pie IX! > La lutte s'engagea entre le peuple et les troupes de Radetzki, concentrées autour du château. Elle dura cinq jours (18-22 mars 1848), fut dirigée par quelques jeunes gens intrépides, Cattaneo, Cernuschi et Correnti, marquée par Tassant des principaux établissements publics et la conquête de Tune des portes, et terminée par la retraite de Radetzki. Manquant de vivres, et craignant d*6tre bloqué dans Milan par le soulèvement des villes et des campagnes lombardes, le vieux maréchal regagna avec son armée les places du quadrilatère.

Il y arriva pour apprendre le soulèvement de la Yénétie. Les nouvelles de Vienne avaient produit à Venise le même effet qu'à Milan, et provoqué une révolution moins sanglante, mais aussi complète. Les principaux épisodes en furent : le 13 mars, la délivrance de Manin, jeune avocat qui prit la direction du mouvement; le 18 et le 19, la formation d'une garde civique, malgré la résistance du gouverneur; le 22, l'occupation de l'arsenal, que Manin réussit à faire évacuer sans effusion de sang par les troupes autrichiennes, et la signature d'une capitulation qui les éloignait définitivement de la ville; le 23, enfin, l'institution d'un gouvernement provisoire, et la proclamation de la République vénitienne, à laquelle se rallièrent peu à peu toutes les villes de la Terre-Ferme. Les ducs de Parme et de Modène ayant au même moment pris la fuite, les possessions, directes ou indirectes, de l'Autriche en Italie se trouvèrent réduites au territoire qu'occupait son armée, concentrée autour de Vérone et de Mantoue.

L'intervention piémontaise. — Elle allait y subir l'assaut de l'Italie tout entière coalisée sous la conduite du roi de Piémont. Charles-Albert hésitait à intervenir dans la lutte engagée en Lombardie, quand de pressantes sollicitations vinrent lui rendre l'abstention impossible; c'étaient les Milanais qui, aus-

sitôt après leur victoire, lui envoyaient une' députation pouf le conjurer de passer la frontière avec son armée; c'étaient les étudiante de Turin, les habitants de Gènes, les < mazzinisles » de tout le royaume qui demandaient la guerre à grands cris; <)*élaient enfin les modérés qui, trouvant Toccasion unique d'agrandir ses Etats et de remplir là mission historique de sa maison, le suppliaient d'en profiter. L'un d'eux, Cavour, résumait la situation lorsqu'il écrivait dans leRUorgimento : « L'heure suprême a sonné pour la monarchie sarde... En présence des événements de Lombardie et de Vienne, l'hésitation n'est plus possible... Nous, gens de froide raison habitués à écouter plutôt les commandements de la raison que les mouvements du cœur» nous le disons hautement, il n'y a qu'une voie ouverte pour le gouvernement, la nation, le roi : la guerre immédiate. » Charles- Albert le comprit, et, le 26 mars 1848, il parlait pour l'armée. L'ère des insurrections était close, la guerre nationale commençait.

///. — La guerre royale.

La lutte que Charles- Albert engageait ainsi contre l'Autriche allait durer jusqu'au mois d'août. Toute l'Italie devait y prendre part; mais elle fut jusqu'au bout conduite par le roi de Piémont, soutenu par le parti monarchique constitutionnel; elle se divisa en trois phases : heureuse au début (avril), elle devint indécise en mai et se termina en juillet par un désastre.

Première phase de la guerre (24 mars-6 mai 1848), Succès politiques. — Au début de la guerre, Charles-Albert fut récompensé de son initiative par une série de succès politiques et militaires plus rapides et plus complets qu'il n*avait osé l'espérer. A Rome, Pie IX, intimidé par de tumultueuses démonstrations populaires, dut envoyer sur la frontière du Pô une division, dé 17 000 hommes comrtiandée par Durando. A Florence, le grand-duc Lébpold, malgré ses attaches autrichiennes, appelait ses sujets à prendre les armes pour la cause

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italienne. A Xaples enGn, le roi, après aroir vainement tenté de résister au mouTement national, était forcé de céder, d'appeler au ministère rhistorien Carlo Troja, et de publier une proclamation où il disait : c Chaque prince et chaque peuple sont tenus de s'associer à une lutte qui doit assurer l'indépendance, la liberté, la gloire. Nous entendons y concourir avec toutes nos forces de terre et de mer... »; et il promettait d'envoyer contre l'Autriche un corps de 40 000 hommes sous le commandement de Pepe, un des vétérans du premier Empire. Dans toutes les grandes villes se formaient des bataillons de volontaires, recrutés parmi les étudiants et dans la classe moyenne, et qui apportaient à la cause nationale, sinon leur expérience, au moins leur enthousiasme. 11 semblait que Charles-Albert fût destiné à mener lltalie tout entière à l'assaut de la puissance autrichienne.

Succès militaires. — Il montra au début de la campagne qu'il était a lui seul capable au moins de l'ébranler. Bien qu'il ne disposât d'abord que de 25 000 hommes, il remporta une série d'avantages partiels qui semblèrent lui présager pour l'avenir un triomphe complet. Après avoir suivi, avec plus de prudence peut-être qu'il n'était nécessaire, l'armée autrichienne dans sa retraite, il arrivait devant le quadrilatère et forçait le passage du Mincio à Goïto, dans une brillante affaire d'avantgarde (8 avril). Puis il s'établissait entre Peschiera et Mantoue et envoyait des détachements reconnaître ces deux places (13 et 19 avril). Résolu à aborder la ligne de l'Adige, il s'élançait, le 30, à l'assaut de la position de Pastrengo, qui, située au nord de Vérone, commandait la roule du Tyrol; il s'en emparait après une lutte acharnée, qui eût pu être décisive s'il eût osé la prolonger pendant la nuit. Le 6 mai enfin, il emportait Santa Lucia, une des positions avancées de Vérone, mais ne pouvait forcer le corps de la place. A cette date, il jugea prudent de s'arrêter et de faire à l'ennemi une guerre de position, Radetzki lui paraissant trop fortement retranché dans le quadi*ilatère pour qu'on pût l'en déloger avant de s'être emparé des places sur lesquelles il s'appuyait.

Il arrêta donc le mouvement offensif et en profita pour réor-

ganiser les troupes dont il avait le commandement suprême. Elles occupaient à ce moment les positions suivantes : au nord, 5000 volontaires lombards, sous les ordres d'Âllemandi, bloquaient les passages du Tyrol, du Tonale au Stelvio, et menaçaient la haute vallée de TAdige; au centre, l'armée piémontaise, qui avait été portée à 55 000 hommes, faisait le siège de Peschiera et de Mantoue ; elle était renforcée sur sa droite par une division toscane de 5000 hommes, campée devant Mantoue ; Durando, avec 7 000 pontificaux, avait franchi la frontière sans ordre et était venu prendre position au sud du quadrilatère, entre le Pô et le bas Adige; 15 000 volontaires vénitiens occupaient les défilés du Frioul et les principales villes de la Terre-Ferme; enfin 14 000 Napolitains étaient parvenus sur le bas Pô. La position de Radetzki, bloqué dans le quadrilatère, semblait désespérée, et le prince Eugène de Savoie, régent du Piémont, se faisait Técho des espérances italiennes quand il inaugurait les séances du premier Parlement (8 mai), en disant : c Nous avons le ferme espoir qu*un commun accord liera bientôt des peuples destinés par la nature à former une seule nation. »

Seconde phase de la guerre (6 mai-30 mai). Défection de Pie IX. — Les événements qui se déroulèrent en Italie pendant le mois de mai allaient donner un démenti à ces prévisions optimistes : ils marquèrent pour Charles-Albert, sinon le terme de sa gloire, au moins Tarrèt de sa fortune ; pour la cause italienne, sinon la fin des succès, au moins le début de Tère des difficultés. Elle fut en effet compromise par une série d'échecs qui changeait à son désavantage les forces respectives des belligérants ; ce furent la défection de Pie IX, la révolution de Naples et la perte de la Yénétie.

La guerre contre T Au triche avait rendu fort délicate la position de Pie IX, placé entre ses intérêts de prince italien et ses devoirs de pontife. Le prince italien avait cédé aux vœux dese^ peuples en envoyant une armée sur la frontière; le pontife, alarmé des menaces de Tambassadeur d'Autriche, qui lui faisait craindre un schisme dans lempire, lui avait défendu de la franchir. Le moment vint de choisir entre les adversaires et les défenseurs de ITtalie, sous peine de s'aliéner les uns et les

autres; et les ministres de Pie IX le lui firent comprendre dans une note qu'ils lui remirent le 25 ayril. La réponse ne se fit pas attendre : c'était une allocution prononcée le 29 dans un consistoire secret, et presque aussitôt rendue publique; elle contenait ces mots : c Nous n'avons confié à nos soldats d'autre mission que de défendre Tintégrité des Etats pontificaux... Nous déclarons clairement et ouvertement que la guerre contre TAutriche est tout à fait éloignée de notre pensée, étant, quoique indigne, le vicaire de Celui qui est auteur de toute paix et principe d'amour. » Aussitôt un mouvement éclata à Rome, où la garde nationale bloqua le château Saint-Ange. Pie IX, effrayé, dut céder, constituer un nouveau ministère, dont il confia la direction à un patriote éprouvé, Mamiani, et écrire à l'empereur d'Autriche pour le supplier de renoncer à ses provinces italiennes (3 mai). 11 ne put ni effacer l'impression produite par sa déclaration, ni retrouver la popularité que lui avaient value ses premiers actes.

Révolution de Naples (15 mai 1848). — Au moment même où la cause italienne perdait ainsi le prestige moral qu'elle devait aux sympathies de Pie IX, la défection de Ferdinand II lui enlevait la supériorité matérielle qui seule eût pu la rendre triomphante. La réunion du Parlement napolitain devint, en effet, le signal d'une révolution absolutiste. Le roi, qui avait juré d'observer la constitution, voulait imposer la même obligation aux députés; ceux-ci s'y refusaient, afin de pouvoir la changer, une fois réunis,et voyaient dans la formalité qu'on exigeait d'eux une limitation à leur toute-puissance législative. Ce conflit constitutionnel dégénéra en lutte armée le jour de la convocation des Chambres (15 mai). Dans la nuit, les chefs libéraux élevèrent des barricades dans les principales rues, et le roi répondit à ces menaces en faisant occuper par ses troupes les points stratégiques. Bien qu'il leur eût ordonné de ne tirer qu'à la dernière extrémité, elles perdirent patience en face des provocations dont elles étaient l'objet, marchèrent à l'assaut des barricades, et s'en emparèrent après un combat sanglant auquel succédèrent des scènes de pillage. La Chambre fut dissoute, la garde nationale licenciée et le roi acclamé par les

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lazzaroni, restés absolutistes. Ferdinand II usa d'ailleurs de sa victoire avec modération : il conserva la constitution et décréta de nouvelles élections pour le 15 juin. Mais il jugea indispensable la présence à Naples de toutes les forces militaires dont il pouvait disposer. 20000 hommes étaient prêts à partir pour la Lombardie : ils restèrent dans la capitale. L'escadre napolitaine était allée opérer de concert avec Tescadre sarde le blocus de Trieste : elle fut rappelée, et le blocus dut être levé (27 mai). Enfin une division de 13 000 hommes, sous les généraux Pepe et Statella, était parvenue à Ferrare; elle reçut, le 22 mai, Tordre de revenir. Pepe, qui aimait mieux désobéir que trahir la cause nationale, ne parvint à en conduire à Venise qu'une faible partie.

Perte de la Vénétie. — La détermination du roi de Naples permit à Radetzki de dégager ses derrières, de recouvrer la Yénétie et de rétablir ses communications directes avec Vienne. A la nouvelle de ses désastres, une armée de secours de 20000 hommes s'était en effet formée en Istrie pour aller le délivrer. Nugent, qui en avait le commandement, franchit risonzo le 16 avril, envahit le Frioul, entra dans Udine le 23, après un violent bombardement, enleva la forteresse de Palmanova, défendue par Zucchi, laissa Trévise et Venise à sa gauche, essaya de tourner par le nord la ligne de la Piave et la força, le 9 mai, à la Cornuda, malgré la résistance des volontaires romains de Ferrari. Le 20 mai, il apparaissait devant Vicence, qu'il ne pouvait enlever, mais il contournait la place, et, le 23 mai, il réussissait à opérer sa jonction avec Radetzki, auquel il amenait 15000 hommes, 30 canons et un énorme convoi de vivres. Cette courte campagne avait été conduite avec une vigueur et une rapidité qui contrastaient avec la lenteur des opérations italiennes.

Les dernières victoires. Grolto. — Deux succès importants, l'un d'ordre militaire, l'autre d'ordre politique, vinrent heureusement rendre confiance à Charles-Albert et retarder le désastre qu'il commençait à prévoir. Il dut le premier à une tentative prématurée de son adversaire pour reprendre l'ofTensivé. Le 28 mai, Radetzki sortait de Vérone et se portait à

Mantoue avec- 15 000 hommes, afin de tourner par sa gauche Fermée italienne. Le 29, il surprenait les 6 000 Toscans et Napolitains campés devant cette place, à Gurtatone et à Montanara, et les écrasait à la suite d une lutte acharnée, puis il marchait ie 30 sur Goïto, où il se heurtait au gros des .troupes pîémontaises accourues pour le repousser. Le soir venu, elles le contraignaient à la retraite, apprenaient la prise de Pesehiera et saluaient Charles-Albert roi dltalie sur le champ de bataille.

Les annexions. — Presque, en même temps une heureuse nouvelle parvenait à ce dernier : celle du vote d'annexion de la Lombardie au Piémont Une importante question s*était en effet posée le jour où il avait pris les. armes. Les populations qu*il allait secourir se constitueraient-ell«s en Etats indépendants ou préféreraient-elles s'adjoindre aux siens? Seràit-il pour elles un chef militaire ou un chef politique, un libérateur ou un souverain? Il sembla tout d^abord ne poursuivre d*autre but que l'expulsion de rAutriche. Mais bientôt l'arrivée et la propagande républicaine de Mazzini à Milan,, le danger de laisser derrière lui un dangereux foyer d'agitation, la nécessité de pouvoir disposer en maître de toutes les ressources militaires que présentait la Lombardie, enfin l'ambition de devenir, le souverain d'un grand royaume de la Haute Italie, le déter^^nèrent à adopter une politique moins désintéressée et à provoquer un mouvement annexionniste dans les provinces affranchies de la çlomination autrichienne. Les habitants des duchés, trop faibles pour constituer un Etat indépendant, déférèrent les premiers, à ses désirs, et, dès le début de mai, Plaisance, Parme^ Modène et Reggio votèrent leur réunion sans conditions au Piémont. La Lombardie, où le parti républicain était plus nombreux et l'esprit fédéraliste plus vivace, montra d'abord une certaine répugnance à sja laisser absorber dans la. monarchie sarde; il fallut pour l'y déterminer lui promettre qu'à la paix ;elle nommerait de concert avec le Piémont une constituante chaînée d'établir un régime noUveau commun aux deux prorvinces; à/ cette condition seulement elle consentit à abdiquer entre lesmains de Charles-Albert l'indépendance qu'elle- avait conquise.

et vota, à la presque unanimité des voix, sinon Tannexion, du moins la fusion avec le Piémont (29 mai).

A la suite de ce vote, le mouvement annexionniste se com^ muniqua à la Yénétie. Il gagna d^abord les villes de la Terres Ferme. Padoue, Trévise, Vicence, Rovigo menacèrent la métropole d*une sécession si elle ne suivait pas Texemple donné par Milan. Après de longues hésitations, Manin finit par comprendre qu*en persistant à vouloir conserver à sa patrie une existence indépendante il lui enlèverait les sympathies de lltalie et perdrait lui-même sa popularité. Il laissa donc TAssemblée constituante de la République vénitienne voter dès sa première séance, par 127 voix sur 133, Tannexion au Piémont (4 juillet)*

Toutes les provinces de Tltalie du Nord avaient ainsi successivement fixé la forme de leur existence future et décrété leur fusion en un seul royaume sous le sceptre de la maison . de Savoie. Mais si elles avaient résolu la question politique qui les divisait, la question militaire restait indécise et le sort de lltalie dépendait de la lutte suprême que Charles-Albert allait soutenir contre Tarmée autrichienne.

Troisième phase de la guerre (30 inai-9 août 1848). •—La bataille de Goïto devait être la dernière victoire des armes italiennes. La première phase de la guerre avait été pour elle celle des succès, la seconde celle des difficultés, la troisième devait être celle des erreurs et des désastres. Charles-Albert, après avoir marché en avril de triomphe en triomphe, après avoir cessé en mai, sinon de vaincre, au moins d^avancer, fut forcé en août de reculer jusqu'à la frontière de ses Etats. Il commit en effet pendant les mois de juin et de juillet quelques fautes assez graves pour rendre une catastrophe inévitable.

La première fut de ne pas tirer parti de sa victoire de Goïto* Au lieu de poursuivre hardiment Radetzkiavec ce qu'il avait de troupes sous la main, il perdit quatre jours à les rassembler toutes, et se mit en mouvement trop tard pour joindre son adversaire (4 juin) et occuper à son extrême gauche la position redoutable, mais excentrique, de Rivoli, qui commandait le cours de TAdige (10 juin); au lieu de rester en observation devaat iarmée autrichienne pour Timmobiliser dans Vérone, illa laissa

s*éloigner pour aller . s'emparer de licence. Cette place, dont Nugent n*avait pu s'emparer, pouvait être considérée comme la clef de la Yénétie ; Radetzki, sorti de Vérone avec 25 000 hommes et 60 canons, vint surprendre la division romaine de Durando qui la défendait, et après Tavoir écrasée sous les feux de son artillerie, la contraignit à capituler (11 juin). Désormais la Vénétie était privée de ses meilleurs défenseurs et Radetzki n'avait plus aucun danger à redouter sur ses derrières; il revint avec la même rapidité réoccuper ses positions primitives (13 juin). Charles-Albert n'avait donc su ni remporter de nouveaux avantages, ni mettre obstacle aux entreprises de son adversaire, et les manœuvres stériles qu'il venait d'ordonner n'avaient eu d'autre résultat que de briser l'élan et d'épuiser les forces de ses troupes.

A cette première faute il en ajouta une seconde. Passant d'un extrême à l'autre, il fit succéder à cette activité désordonnée un mois de funeste inaction. Trente jours se passèrent (14 juin-13 juillet) sans qu'il entreprit aucune opération importante. Il les employa à se demander s'il ferait une guerre défensive en se fortifiant sur le Mincio, ou une guerre offensive en attaquant la ligne de l'Adige. Il adopta un moyen terme en mettant le siège devant Manloue (13 juillet).

Cette brusque immobilité lui devint aussi funeste qu'une bataille perdue. Elle mit en lumière toutes les causes de désorganisation et tous les éléments de faiblesse qui devaient empêcher la cause italienne de triompher. Ces faiblesses étaient nombreuses : elles tenaient surtout au caractère du roi et à la composition de son armée.

Charles-Albert était, au témoignage de l'un de ses admirateurs, aussi incertain dans le conseil que brave dans le combat : portant dans la conduite de la guerre les mêmes tendances spéculatives et le même esprit d'indécision que dans le gouvernement de ses Etats, il se perdait en d'interminables considérations quand il eût fallu prendre rapidement un parti, ne voyait que le mauvais côté des combinaisons qui lui étaient proposées, même quand il les adoptait, et, après les avoir acceptées sans confiance, les mettait à exécution sans vigueur : sa lenteur à

se décider Tempèchait de profiter des occasions favorables, sa timidité à agir de transformer en victoires complètes les avantages qu*il remportait. — Les qualités de larmée pouvaient-elles au moins suppléer aux défaillances du chef? On pouvait y distinguer deux éléments : les troupes piémontaises et les volontaires. Dans les troupes piémontaises, les soldats étaient braves, solides, obéissants, résistants aux fatigues, les officiers valeureux et énergiques ; mais les généraux, aCTaiblis par Tâge, ignorants en stratégie, manquaient d'activité et de résolution. Quant aux volontaires qui s'étaient levés au début de la guerre pour chasser rAutriche du sol de lltalie, ils étaient également insuffisants par leur nombre et par leurs qualités militaires; d'une part, ils n'avaient pas dépassé le chiffre de 20000, alors qu'il en aurait fallu 100000 pour décider du sort de la guerre; d'autre part, s'ils possédaient des qualités d'enthousiasme et d*élan, précieuses dans une insurrection, ils étaient dépourvus de l'expérience militaire et de la force de résistance nécessaires dans une longue campagne.

La désastre (juillet-août 1848). — L'armée autrichienne au contraire ne pouvait que gagner à la prolongation de la guerre; des renforts successifs la portèrent à 120 000 hommes et, en juillet, son chef jugea le moment venu de justifier les espérances qui reposaient sur lui. Profitant de l'état de dissémination où se trouvaient les Piémontais, échelonnés de Mantoue jusqu'à Rivoli, il attira leur attention vers leur droite par une démonstration vers Ferrare (14 juillet), les força sur leur gauche d'évacuer le plateau de Rivoli, et se mit en marche avec le gros de ses forces pour tourner leur centre et gagner avant eux le Mincio. Il y réussit le 23, mais dut s'arrêter le 24 et repousser l'attaque de Charles-Albert accouru de Mantoue pour lui couper la retraite. La lutte suprême se livra autour de Custozza et de Somma-Campagna et dura deux jours (24-25 juillet); elle se termina par la défaite de Charles-Albert, qui dut battre en retraite en toute hâte, abandonner sans combattre les lignes de l'Oglio et de l'Adda et gagner Milan à la tête àe 25 000 hommes de troupes , démoralisées. Il espérait d'abord défendre cetle ville : ily. trouva des. ressources et des fortifications insuffisantes, des

milices indisciplinées et put se convaincre, dans un combat d'arrière-garde, que toute tentative de résistance n'aurait d'autre résultat que de Texposer au bombardement et au pillage. Il signa donc le soir même (4 août) une capitulation qui lui permettait de l'évacuer pacifiquement. Le lendemain (5 août) il eut à se défendre contre les menaces et les violences d'une partie de la population milanaise, indignée de ce qu'elle considérait comme une trahison, et dut recourir à la force pour recouvrer sa liberté. Le 6 août eniin, il abandonnait définitivement la ville et reculait jusqu'au Tessin, limite de ses Etats. A ce moment, jugeant que la guerre était désormais sans objet, il fit signer par son aide de camp» Salasco, un armistice dont les conditions étaient aussi favorables qu'il pouvait l'espérer : il stipulait l'évacuation par les troupes piémontaises des places qu'elles occupaient encore en Lombardie et le rétablissement du Biaiu quo ante bellum (9 août).

Ainsi se terminait la première guerre de l'indépendance italienne : par une déception proportionnée à l'ardeur des espérances qu'elle avait éveillées. La Lombardo-Vénétie, un instant délivrée, retombait sous le joug de l'Autriche ; les anciennes frontières étaient relevées et l'ancien régime était rétabli. Mais si la guerre nationale avait cessé, les passions politiques qu'elle avait soulevées n'étaient pas éteintes et allaient prolonger pendant huit mois encore l'ère de troubles et d'agitations ouverte en Italie par le soulèvement de Palerme.

Nouvelle orientation de la politique italienne. —

L'armistice du 9 août 1848 ouvre une nouvelle période dans l'histoire des révolutions italiennes. Il marque le moment où le parti modéré perd la direction du mouvement national et où le parti avancé cherche à s'en emparer. Le premier, monarchique et fédéraliste, avait jusqu'alors fait prévaloir son influence et poursuivi d'abord l'expulsion de l'Autriche, puis la formation d'une union italienne sous l'égide du roi de Piémont

et du Pape; il avait failli à toutes ses promesses, Chartes-Albert 8*élant montré incapable, Pie IX hésitant, les autres princeà réfractaires à T union, et TAu triche invincible. Le parti républicain et unitaire, qui était resté dans Tombre pendant leâ derniers événements, et n*en acceptait pas la responsabilité^ devait naturellement profiter du discrédit qu'ils avaient jeté sur les programmes et sur les chefs des modérés. Il entra alors en scène, en proclamant que Tindépendance serait obtenue, non par des demi-mesures que l'expérience avait démontrées insuffisantes mais par des moyens radicaux. Il fallait, suivant lui, résoudre la question politique avant la question nationale^ et ne marcher contre TAutriche qu'après avoir renversé les princes, abattu les frontières, et fait de tous les Etats italiens une république unitaire. A la fin de Tannée 1848 une évolution s'accomplit donc dans l'histoire intérieure de l'Italie, que tous les contemporains prévirent et annoncèrent. « Quiconque, s'écriait Mazzini, se livrerait encore aux illusions dynastiques, n'aurait ni intelligence, ni cœur, ni amour véritable dé l'Italie, ni aucune espérance d'avenir. » c Le parti libéral, écrivait à son gouvernement lord Napier, ministre d'Angleterre à Naples, qui comprend la plus grande partie des personnes honnêtes et éclairées des haute et moyenne classes, semble n'avoir plus tout l'appui, tout l'espoir qui le soutenait encore pour prendre part à la conduite des affaires publiques. » D'Azeglio enfin résumait les changements qui allaient s'opérer en Italie lorsqu'il disait : « La guerre des princes est finie, celle du peuple comiAence. »

Les prenoiières conséquences de la défaite du Piémont. — Cette évolution se dessina au lendemain même de Custozza. La nouvelle de la défaite avait, dans toute l'Italie, surexcité des esprits mal préparés à la recevoir et provoqué les explosions d'un patriotisme que les meneurs mazziniens cherchèrent à. égarer. Ils ne purent y réussir à Venise et à Turin, mais furent plus heureux à Fk)rence et à Bonie. Venise, qui avait été abandonnée par Charles-Albert, se borna à rétablir la république, sous le pouvoir diètatorial de* Mapin (13 août), à iienvander lé secours de la France et à faire de.s prépai^tifs de

défenise contre l'armée autrichienne. A Turin, le Parlement, agité par les mêmes passions que la population, restait fidèle au principe monarchique, mais ne pouvait se résigner à la paix; il renversa successivement les cabinets Casati et Revel, qu*il ne trouvait pas assez belliqueux. En Toscane, la situation était plus grave encore; une révolte, fomentée par le romancier Guerrazzi, éclata à Livourne et prit en quelques jours de telles proportions que le grand-duc dut recourir pour Tapaiser à Thomme même q|ii la dirigeait (29-30 août) ; bientôt après, Léopold II se voyait forcé par de nouvelles manifestations d'appeler au ministère les deux chefs du parti radical, Guerrazzi etMontanelli, qui réclamaient la réunion d'une constituante.

Les mêmes idées commençaient à se faire jour à Rome. Les rapports du Pape avec son gouvernement et avec la population y étaient devenus plus tendus à mesure que les événements se précipitaient. La nouvelle de Custozza amena la démission de Mamiani (2 août). Quelques jours après, on apprit que le général Welden avait passé la frontière ponliflcale et attaqué inutilement la ville de Bologne^ défendue par le courage de ses habitants. Le Pape, pressé de répondre a cette provocation par une déclaration de guerre, se contenta de protester contre la violation de son territoire. Cette attitude pacifique n'ayant eu d'autre résultat que d'augmenter encore Firritation des esprits et l'impopularité de son nom, il chercha a satisfaire l'opinion en appelant au ministère l'homme qu'il jugeait le plus propre à le réconcilier avec ses sujets; c'était, le comte Rossi, ancien ambassadeur de France auprès du Saint-Siège,* administrateur de talent el libéral convaincu (6 septembre).

Dans le royaume de Naples. Ferdinand II profita de la défaite du Piémont pour proroger deux fois le parlement et pour revenir au gouvernement personnel. Puis il tourna ses forces contre la Sicile, qui avait maintenu son indépendance et élu comme roi le duc de Gênes, second fils de Charles-Albert. Par ses ordres , une armée sous le commandement de Filangieri débarqua devant Messine, écrasa la ville sous une pluie de bombes et l'emporta d'assaut (8 septembre). Mais les hostilités furent arrêtées par la médiation du gouvernement français, qui

fit conclure un armistice entre le roi et ses sujets (16 sep* tembre). Les Deux-Siciies n*en étaient pas moins soustraites au mouvement qui entraînait le reste de l'Italie.

La République romaine et la République toscane. — Ce mouvement démocratique, que les princes avaient cru pouvoir arrêter ou ralenlir parleurs concessions, allait au contraire être précipité, à Rome, par un événement tragique : ce fut le meurtre de Rossi. A peine arrivé au pouvoir, le nouveau ministre de Pie IX Tavait exercé en administrateur habile et en politique prudent. Comme administrateur, il travailla à la réorganisation civile de TËtat romain, en réformant les principaux abus, en restaurant les finances, en obtenant du clergé un prêt de 4 millions d'écus. Comme politique, il annonça et négocia à Turin, à Florence et à Naples, la formation d'une confédération qui unissait les Etats italiens, fixait leurs rapports en temps de paix et déterminait leurs contingents militaires en temps de guerre; il espérait ainsi prouver qu'il n'était besoin ni de la république pour établir un régime libéral dans les Etats pontificaux, ni de l'unité pour rendre à l'Italie son indépendance. Tandis qu'il déplaisait aux modérés par sa raideur doctrinaire et ses manières hautaines, il s'attirait par là la haine des exaltés; ils se débarrassèrent de lui par un crime. Le 15 novembre 1848, il devait exposer ses projets à la Chambre des députés romaine. Malgré les lettres de menaces qu'il avait reçues, il se rendit sans escorte au palais du Capitole, dans lequel elle se réunissait, et fut frappé par le poignard d'un inconnu au moment où il en franchissait le seuil. Ce crime, auquel la: garde civique assista sans l'empêcher, et que les députés apprirent sans s'émouvoir, devint le signal de désordres plus graves encore. Le lendemain, une démonstration tumultueuse parcourt les rues de Rome, puis va assiéger le Pape dans le Quirinal, en lui demandant un ministère démo^ cratique, la convocation d'une constituante italienne, et la guerre contre l'Autriche. Sur son refus, un combat sanglant s'engage entre les Suisses de garde et le peuple ; vers le soir Pie IX céda, en prenant à témoin les ambassadeurs étrangers de la violence qu'il subissait, consentit à appeler au pouvoir les

agitateurs Galetti et Stéribini. Mais à partir de ce jour, il oe chercha plus qu*à s'échapper d*une rilie où il jugeait sa liberté compromise et sa position intenable; il y réussit le 24 novembre et se réfugia à Gaête.

La rupture était désormais complète entre le Pape et ses sujets ; elle devint bientôt irréparable. De Gaëte, il écrivit qu*il ne renonçait pas à ses droits, nomma par deux fois une commission executive qui refusa d'entrer en fonctions, et ne consentit pas à recevoir une délégation venue pour lui demander de rentrer dans sa capitale. La Chambre des députés lui répondit en nommant une junte d'Etat chaînée provisoirement du pouvoir exécutif : un bref pontifical traita aussitôt d'attentat sacrilège la création dé celle junte. Cette attitude intransigeante, en tendant inutile toute tentative d'arrangement, enleva aux modérés l'autorité morale qu'ils avaient jusqu'alors possédée et permit aux républicains avancés, dont l'influence était désormais prépondérante, de réclamer la convocation d'une assemblée nommée par le suffrage universel. Le parlement romain, déférant à leurs vœux, se déclara dissous et .fixa les élections pour une constituante au 21 janvier 1849. Le 8 février, la nouvelle assemblée se réunit : composée presque uniquement de mazziniens, elle comptait même dans son sein les principaux chefs du parti démocratique étrangers à l'État romain. Son premier acte fut de voter après une longue discussion, et par 143 voix contre' 11, la déchéance temporelle du Pape, avec garantie de son indépendance spirituelle, et de proclamer la République romaine (9 février). La première partie du programme de Mazzini était désormais réalisée à Rome : le régime théocratique avait fait place à la République.

Après la république, restait à fonder l'unité. Ce furent les démocrates toscans qui en comprirent les premiers la nécessité. Us reconnaissaient en effet pour chef l'auteur même du projet de constituante italienne; depuis la malheureues issue de ta guerre royale, Montanelli ne cessait de répéter que le seul moyen de sauver la cause nationale était de réunira Rome une assemblée unique élue au suffrage universel par tons les habitants de la Péninsule. Il ne se servit du ' pouvoir que

pour faire triompher son idée favorite : de nouvelles élections lui permirent de compter sur une majorité complaisante, des manifestations populaires intimidèrent le grand^duc, et, lé 10 janvier 1849, le parlement décidait que la Toscane.nommerait 39 députés chargés de la représenter à la constituante italienne qui se réunirait à Rome. Le grand-duc, comprenant quels dangers une pareille décision pouvait faire courir à sa couronne, s'enfuit à Sienne. Aussitôt Mazzini accourt à Florence, où il est reçu en triomphe; un gouvernement provisoire est formé, proclame la république et convoque une constituante (18 février). Deux républiques étroitement unies par la communauté des principes et des espérances étaient donc nées au centre de lltalie, entre Tarmée autrichienne et Tarmée napolitaine. •

La seconde guerre d'indépendance. — Les événements de Rome et de Florence avaient eu dans toute Tltalie un reteur tissement trop profond pour qu'on n'en ressentît pas le contrecoup à Turin. Mais les passions qu'ils soulevèrent en Piémont prirent une forme nationale et y provoquèrent, au lieu d'une révolution politique, une guerre contre l'Autriche.

Cette guerre, les chefs du parti avancé et les réfugiés lombards n'avaient cessé de la réclamer depuis la conclusion de l'armistice. Ils obtinrent une première satisfaction (15 décembre 1848) en portant au ministère Gioberti, dont le nom signifiait à la fois la reprise des hostilités contre l'Autriche et l'établissement d'un pacte fédératif entre tous les Etats italiens. A la nouvelle de la déchéance du Pape et de l'intervention probable de l'Autriche, leurs demandes devinrent tellement pressantes que Charles- Albert craignit de perdre sa popularité et sa couronne s'il résistait plus longtemps à leurs vœux. Le 12 mars 1849, il dénonça l'armistice ; le 20, il franchit la frontière à la tête de 65 000 hommes dont il avait confié le commandement au général Cbrzanowski, renommé comme stratégiste. Cbrzanowski passa le Tessin à BuQalora et se dirigea sur Milan. Il dut dès le lendemain arrêter sa marche en avant, opérer un changement de front et faire face à Râdetzki, qui avait forcé le passage du Tessin 4 Pavie, grâce à la négligence de Ramorino, et ren\ontait la rivç droite du fleuve pour couper la retraite à l'armée. La lutte

suprême se livra en avant de Novare, le 23 mars; elle sembla d'abord tourner à l'avantage des Piémontais; mais, à quatre heures du soir, un furieux assaut leur enleva le hameau de la Bicocca,.qui était la clef de leurs positions et, à la nuit, ils se repliaient en désordre sur Novare, après avoir perdu 5 000 hommes. La démoralisation de l'armée ne permettant plus à Charles-Albert de continuer la guerre, et les conditions que Radetzki mettait à la conclusion de la paix lui paraissant inacceptables, il pensa que sa personne était un obstacle au salut du Piémont, abdiqua le soir de la bataille en faveur de son Gis, et partit pour Oporto, où il comptait terminer ses jours. Le nouveau roi Yictor-Emmanuel II signa, le 26 mars, un armistice avec Radetzki.

La seconde guerre d'indépendance avait duré cinq jours. Elle eut un épilogue sanglant à Brescia et à Gènes. A Brescia, la population se souleva en apprenant la reprise des hostilités, et résista pendant dix jours aux troupes de flaynau envoyées pour reprendre la ville (23 mars-2 avril). A Gènes éclata, à la nouvelle de Novare, une insurrection républicaine qui dut être reprimée par la force (11 avril). La paix était désormais rétablie dans le nord de l'Italie.

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