VI. — Le commerce
Le commerce intérieur. — Le commerce devait naturellement bénéficier de la continuation et de l'augmentation d'intensité de l'essor industriel et agricole. Il se trouvait aussi grandement facilité par le développement rapide des voies ferrées et la création des nouveaux établissements de crédit.
Le montant des escomptes annuels à la Banque de France dépasse, pendant les années voisines de 1870, la somme de 6 milliards de francs.
Le trafic commercial augmente d'une manière considérable. En 1869, les chemins de fer, dont le réseau avait décuplé depuis vingt ans, transportaient 111 millions de voyageurs et 44 millions de tonnes de marchandises à toutes distances» représentant 6 270 millions de tonnes kilométriques. Les transports par eau n'avaient pas été affectés par la construction des voies ferrées ; à la même époque, le tonnage kilométrique sur les rivières et canaux dépassait 1 900 millions de tonnes.
Ce développement subit cependant plusieurs temps d'arrêt.
La crise de 1847, aggravée par la révolution, fut semblable à une tourmente. Sa violence fut telle que le Gouvernement provisoire dut décréter, le 15 mars 1848, le cours forcé des billets de la Banque de France, et prendre des mesures spéciales pour limiter le remboursement des sommes réclamées par les déposants des caisses d*épargne. A la fin de 1849, la reprise des affaires s'annonçait, et, le 6 août 1850, le cours forcé était aboli. L'année 1857 vit une crise plus violente encore, qui frappa à la fois toutes les grandes nations commerciales. Le cours forcé put cependant être évité, mais la Banque de France dut élever le taux de son escompte jusqu'à 10 p. 100, chiffre qui n'avait pas encore été vu. Malgré sa gravité, la crise de 1857 fut rapidement liquidée, et l'élan donné au commerce par la nouvelle politique douanière amena très vite une recrudescence des transactions. La guerre de Sécession aux Etats-Unis, qui eut pour contre-coup un embarras sérieux pour l'industrie cotonniëre, une de nos industrie les plus importantes, produisit une légère crise en 1864, la dernière d'ailleurs jusqu'en 1870.
L'essor commercial fut favorisé et excité même par un accroissement considérable du métal-or, dû à la découverte et à la mise en exploitation rapide, avec les moyens industriels nouveaux, des mines de Californie et d'Australie. En vingt ans, de 1850 à 1870, les extractions d'or s'élevèrent à près de 4 millions de kilogrammes, représentant plus de 82 p. 100 du total des extractions antérieures à 1850. Cette véritable révolution dans la production des métaux précieux eut son contrecoup sur la composition de notre circulation monétaire. La loi de l'an XI mettait l'or et l'argent sur le même pied. Par suite de son abondance relative, l'or baissa de prix, le métal-argent légalement déprécié fut exporté, et notre circulation monétaire devint presque exclusivement une circulation d'or. L'exportation de l'argent amena des inconvénients pour les petites transactions journalières, les monnaies divisionnaires ayant fui comme les autres; pour y mettre un terme, une loi de 1864 réduisit de 0.900 à 0.835 le titre des pièces d'argent de 50 et de 20 centimes, réduction qui annulait l'effet de la prime du métal. Le même inconvénient se fit sentir également en Belgique,