‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 43 sur 176 · Voir ci-dessus, p. 432 et suiv · texte numérisé non relu

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daient impossible la continuation de Tancien système. Bruck insistait depuis longtemps pour un changement complet; les demi-mesures ne suffisaient plus. Il avait toujours eu de nombreux ennemis : ceux-ci redoublèrent d'ardeur dans leurs attaques. On venait d'apprendre, grâce à un instant d'inattention des bureaux des finances, que l'emprunt national, autorisé pour 500 millions, avait été en réalité émis pour 611 ; ce dépassement avait été approuvé par le souverain : les ennemis du ministre n'en parlèrent pas moins de manœuvres et de tripotages. Ils réussirent à le faire impliquer comme témoin dans le procès des fournitures militaires, et l'empereur lui fit demander sa démission. Bruck n'avait rien à se reprocher, comme une enquête officielle le prouva bientôt; mais, affolé, il se tua (23 avril 1860).

L'ancien régime avait légué au nouveau un corps — le Reichsrath (Conseil de l'Empire) — dont les attributions étaient à peu près celles du Conseil d'Etat français en matière législative. Il comprenait une douzaine de membres ordinaires : on le renforça de membres extraordinaires, une dizaine nommés à vie par l'empereur, trente-huit qui devaient être élus par les représentations provinciales, mais qui, comme celles-ci étaient encore à naître, furent pour cette fois choisis aussi par le souverain : et ce Reichsrath renforcé fut invité à donner son avis sur la situation politique en général. Il comprenait une forte majorité de seigneurs, princes et comtes, quelques rares roturiers, industriels, commerçants, avocats, et un certain nombre d'anciens fonctionnaires. Pour obtenir des membres hongrois leur simple présence), le gouvernement avait dû promettre, par la Patente du 19 avril, la restauration des Comitats et de la Diète hongroise, et s'engager à ne point attribuer au Reichsrath de compétence législative. Il devait avoir uniquement voix consultative en matière de finances; aucune initiative, mais le droit de signaler à l'attention du monarque les lacunes de la législation qui lui apparaîtraient au cours de ses travaux. Quelques semaines après sa réunion, l'empereur lui conféra des pouvoirs financiers qu'il n'eut pas d'ailleurs l'occasion d'exercer.

L'unique session du Reichsrath renforcé — mai-septembre 1860

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— fut consacrée à 1 examen du bùdgel de TEtat et des principes de l'administration. Les Hongrois, à leur tète les comtes Szécsen et Apponyi et Georges de Majlâlh, s'opposèrent à toute autre discussion : ils ne voulaient pas laisser le Reichsralh empiéter sur les attributions législatives qui, selon eux, appartenaient pour la Hongrie uniquement à la Diète .constitutionnelle. Dès la première séance, dans une déclaration lue par Apponyi, ils indiquèrentleur point de vue : « La création d'une représentation centrale de TEmpire innove dans les rapports de la Hongrie avec la monarchie : nous n'avons accepté d'y paraître que pour faire preuve d'esprit de conciliation, et démontrer aux autres parties de la monarchie que nos prétentions n'ont rien de contraire à leurs droits et intérêts, non plus qu'à ceux de la couronne et de la monarchie. » Les Hongrois prirent du premier jour la direction des débats : seuls, ils avaient un programme précis et l'habitude de la discussion parlementaire. A leur suite ils entraînaient les conservateurs féodaux de toutes les provinces, qui espéraient bien gagner au triomphe du droit historique la restauration de quelques privilèges; l'opposition ne comprenait guère, avec les anciens fonctionnaires autrichiens, centralistes par habitude d'esprit, que les roturiers allemands, centralistes par intérêt. L'un d'eux, Maager, osa prononcer le mot de Constitution représentative; il fut désavoué par son |)arti. Des deux côtés on voulait rester dans le vague. Sans réformes, pas de crédit : tout le monde était d'accord sur ce point — mais non sur les réformes à faire. Le seul résultat de la longue discussion politique qui termina la session fut de montrer en présence l'une de l'autre deux tendances irréductibles : la féodale, qui au nom du droit historique réclamait la reconnaissance des droits de la Hongrie, l'autonomie législative et administrative de chaque province comme c individualité historico-politique », et entendait fonder la force de l'Empire sur son unité morale, sur le contentement des peuples; — la bureaucratique, qui, au nom du droit primordial de l'Etat, prétendait continuer le régime de Bach, en le transposant simplement de l'absolutisme au constitutionnalisme. L'ordre du jour fédéraliste fut adopté à une forte majorité, et l'empereur promit

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de peser mûrement les avis du Reichsralh et de faire connaître bientôt sa décision.

Le Diplôme d'octobre. — Elle fut publiée dans le Diplôme du 20 octobre 1860. Celte loi fondamentale, « permanente et irrévocable » se rattache directement à la Pragmatique Sanction : elle slnspire en outre de la nécessité de modifier les institutions politiques en tenant compte des changements survenus dans Tordre politique et social depuis la publication de la Pragmatique. L*empereur se déclare résolu à partager dorénavant le pouvoir législatif avec des assemblées élues par les sujets : le Reichsrath, pour les affaires, limitativement énumérées, qui sont communes à toute la monarchie ; les Diètes provinciales, pour tout le reste; et, le cas échéant, le Reichsrath réduit aux membres non hongrois, pour les affaires qui par tradition sont communes à toutes les provinces excepté la Hongrie. Le nombre des membres élus du Reichsrath est porté à cent : ils sont choisis par Tempereur sur des listes de présentations dressées par les Diètes, à raison de trois candidats par siège. — Des ordonnances impériales du même jour abolirent les ministères de l'Intérieur, des Cultes et de l'Instruction, de la Justice. Goluchowski fut nommé ministre d'État, c'est-à-dire ministre de l'Intérieur pour la Cisleilhanie ; le baron Vay, qui avait servi le gouvernement hongrois légal de 1848, devint chancelier aulique de Hongrie, c'est-à-dire ministre de l'Intérieur transleithan, et Szécsen ministre sans portefeuille.

Mais les vieux conservateurs se faisaient illusion sur leur influence en Hongrie. La masse de la nation exigeait avant toute entente la reconnaissance formelle des lois de 1848. Deàk, devenu le chef du parti libéral modéré, reçut l'offre des fonctions de Judex ciiriœ, la plus haute dignité judiciaire du pays, c Impossible 9, répondit- il; < je n'ai pas encore en mains Tacceplation régulièrement contresignée de ma démission de ministre de la Justice en 1848. » Il pensait avec raison que laisser toucher à une seule loi légalement votée et sanctionnée — comme étaient les lois de 1848 — c'était exposer toute la constitution aux coups d'Elat. Les vieux-conservateurs, au contraire, arrêtaient l'histoire de la Hongrie en 1847, et ne

voulaient point reconnaître les lois < révolutionnaires » de 1848. Mais les comitats, où dominait la petite noblesse, réunis en vertu de la patente du 19 avril, chassèrent les fonctionnaires de Bach, arrachèrent des édifices publics les armes impériales, suspendirent Fexécution des lois autrichiennes, élurent aux emplois municipaux les titulaires de 1848. Malgré les instruc* tions de Vay, le mot d'ordre courut tout le pays : ni impôts ni soldats, tant qu'un Parlement constitutionnel — élu d*après les lois de 1848 — ne les aura pas consentis. Les années de 1849 à 1859 étaient purement et simplement rayées de Thistoire de la Hongrie.

De son côlé, Goluchowski semblait i*ayer 1848 de Thistoire de rAulriche, tant paraissaient surannés et antiques les statuts provinciaux qu'il élaborait. Les Diètes devaient se diviser en ordres; les députés des villes et des campagnes être élus par un sufTrage à deux et à trois degrés; les députés nobles porter Tancien uniforme des Etats. Moyen efficace assurément de rétablir le crédit public ! Au premier rang des mécontents se trouvait la bourgeoisie allemande : ses intérêts matériels, son orgueil national, son ambition politique étaient également blessés. Plusieurs conseils municipaux de grandes villes démissionnèrent en guise de protestation. Or, à ce moment, les événements extérieurs prenaient une tournure qui rendait dangereuse pour la monarchie l'opposition des Allemands. La restauration du duc de Modène et du grand-duc de Toscane, prévue au traité de Zurich, devenait impossible, par suite des annexions du Piémont, que l'Autriche, manque de forces et surtout faute d'argent, ne pouvait empêcher. Les progrès de Tunité italienne rendaient vain l'espoir jusque-là gardé de rétablir l'influence autrichienne en Italie. Venise cessait d'être une base d'opérations pour devenir un poste avancé que le point d'honneqr seul commandait de conserver. Il fallait à la dynastie une compensation, et elle ne pouvait la trouver qu'en Allemagne. Le but de la politique extérieure devait être désormais de fortifier les liens qui unissaient l'Autriche à l'Allemagne, de préparer la voie à une union plus étroite. But impossible à atteindre, si l'Autriche n'offrait en échange que sa faiblesse intérieure, et ne

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se recommandait devant l*Allemagne que du mécontentement de ses sujets allemands. — Le 13 décembre 1860, Goluchowski fut relevé de ses fonctions, et remplacé au ministère d'Etat par Schmerling.

Le système de Schmerling. La Constitution de février. — Grâce aux fautes de Goluchowski, la nomination de Schmerling fut accueillie avec faveur même par les Slaves, même par les Hongrois, qui devaient bientôt devenir ses ennemis irréconciliables. Aux uns il apparaissait comme l'homme de l'ordre et de Taulorité : les vieux conservateurs l'avaient signalé à l'empereur, comme seul capable de mettre un terme à l'anarchie déchaînée par le Diplôme d'octobre ; les libéraux de toutes nationalités rappelaient que, ministre de la Justice sous Schwarzenberg, il avait donné sa démission pour ne pas souscrire à l'abrogation de la constitution ; les Allemands, en particulier, se souvenaient avec reconnaissance du rôle qu'il avait joué à Francfort en 1848-1849, de son dévouement à l'unité allemande, mais faite avec le concours et sous la conduite do TAutriche. En réalité, il y avait entre l'opinion et Schmerling un malentendu, qui dura tout le temps de son ministère. La cour ne l'avait appelé que pour reprendre, sous des formes constitutionnelles, la politique de Bach. Imbu de l'esprit du joséphinisme, qui dominait toujours dans la bureaucratie autrichienne, il prenait pour but l'unité de l'Etat; les institutions libérales n'étaient pour lui que des moyens. Son système devait forcément soulever bientôt l'opposition de toutes les nationalités non allemandes, et, parmi les Allemands, de tous ceux qui avaient pris au sérieux la promesse d'un régime vraiment constitutionnel.

« La Patente du 26 février 1861 prit la place du Diplôme d'octobre. Mais ce n'est pas ainsi qu'on présenta officiellement le rapport de ces deux statuts : abroger purement et simplement, après quelques mois d'existence, une loi fondamentale solennellement garantie, cela n'allait pas. » On présenta donc la Patente comme le complément du Diplôme. Elle en était exactement le contraire : car elle mettait au premier rang l'État aii lieu des provinces; elle créait présomption de compétence en

faveur du Keichsralh, au lieu des Diètes; elle faisait du Reichsrath élroit, prévu dans le Diplôme comme occasionnel, une institution permanente, qui enlevait aux Diètes la plupart de leurs attributions ; elle donnait enfin au Reichsrath une composition, et par là une importance, toute nouvelle. Elle le divisait en deux Chambres. L'une, la Chambre des seigneurs, était toute à la disposition de l'empereur : sauf des pairs-nés — les archiducs majeurs, les archevêques, les évèques ayant rang de princes — elle ne comprenait que des membres nommés, à titre hérédilaire, parmi les grandes familles de laristocralie, à titre viager parmi tous les sujets signalés par leurs mérites. La seconde Chambre, dite Chambre des Députés, se composait de représentants élus par les Diètes des diverses provinces : 203 Cisleilhans, d'une part, qui formaient le Reichsrath étroit; 120 Transleithans — 85 Hongrois, 9 Croates, 20 Transylvain» — et 20 Vénitiens, d'autre part, dont la présence transformait le Reichsrath étroit en Reichsrath plénier. Des ordonnances du 26 février constituaient à nouveau les Diètes cisleithanes, sur le principe de la représentation des intérêts. Les électeurs, censitaires ou capacitaires, étaient rangés en deux collèges, celui des villes et celui des campagnes : en outre, dans chaque province, les grands propriétaires fonciers constituaient un collège à pari, et certaines Chambres de commerce recevaient le droit de nommer un ou plusieurs députés. Ces quatre corps électoraux, ou cimes, nommaient séparément leurs représentants à la Dièle; et la Diète elle-même choisissait dans chaque curie un nombre déterminé de délégués pour le Reichsrath. Le cens était variable suivant les provinces; les villes avantagées au détriment des campagnes; la représentation proportionnelle moins au chiffre de la population qu'à la richesse de la province. Ce système compliqué devait assurer aux Allemands, minorité du peuple cisleithan, mais plus riche et plus instruite que les autres nationalités, une majorité artificielle dans les curies des Chambres de commerce, des villes et des campagnes — et en effet, à la première réunion de l'assemblée, i30 des 203 députés cisleithans étaient ministériels, alors que les Allemands ne formaient guère qu'un tiers de la popu-

lation autrichienne; — et d'autre part, par la création de la curie de la grande propriété, où dominait Taristocratie autrichienne avant tout loyaliste, assurer Tinfluence prépondérante de la cour et de la politique dynastique dans la Chambre basse. Au surplus, pour le cas improbable d'une surprise, la Patente contenait un article 13 qui, en autorisant le ministère en Tabsence du Parlement à gouverner par ordonnances, sauf à € en faire connaître au Parlement à sa prochaine réunion les motifs et les efTels », suffisait à annuler toutes les autres dispo* sitions de la constitution. — Schmerling ne mérite pas seul tous les reproches qu'on a faits à son œuvre. Il subit souvent, au moment de prendre une décision importante, Tinfluence directe de la cour, et eût sans doute, laissé à lui-même, adoplé certaines dispositions plus libérales. Mais, telle qu'elle se présentait aux peuples de l'Autriche, la Patente de février méritait les reproches, qu'on lui fit bientôt, d'être « hypocrite et immorale », et d'escamoter au profit d'une minorité les droits de la majorité.

La politique allemande. Schmerling et Rechberg. — Le programme de Schmerling comprenait deux parties indissolublement liées : un plan d'organisation de l'Autriche, un plan de campagne en Allemagne. L'ancien ministre de l'empire allemand de 1848, le représentant le plus en vue de la politique de la € Grande Allemagne », avait gardé foi dans son idéal d'autrefois. La transformation de l'Autriche en Etat constitutionnel, au moins d'apparence, la faveur témoignée aux Allemands, n'étaient dans sa politique que des moyens : le but, c'était de reprendre en Allemagne une action réformatrice de grand style, d'éclipser la Prusse par l'éclat du constitutionnalisme nouveau, de réveiller les sympathies pour l'Autriche qui n'avaient jamais disparu dans les petits Etats, d^oiTrir pour appât au sentiment allemand l'unité législative et commerciale, et, comme couronnement de l'œuvre, un Parlement allemand. Pour servir les intérêts autrichiens, Schmerling ne reculait donc pas devant un appel en Allemagne à la puissance révolutionnaire, à l'opinion. Mais la politique allemande de l'Autriche ne relevait pas que de lui. Ministre d'Etat, il était, par la nature même des choses,

ministre des Affaires étrangères, mais pour partie seulement. En arrivant au pouvoir, il avait trouvé installé comme titulaire du portefeuille le comte Rechberg, qui avait succédé en 1859 à Buol. De Rechbei^ à Schmerling, il y avait toute la différence d'un bon diplomate de carrière à un homme d'EUt. Schmerling comptait avec et sur le sentiment national allemand; Rechberg ne connaissait que les cours. Il était strictement conservateur dans son programme, d*allures toutes metternichiennes. Il croyait que TAutriche, occupée en Hongrie et en Italie, n*avait pas la force nécessaire pour enlamer en Allemagne une lutlc avec la Prusse, et eût préféré établir avec cette puissance une entente qui, laissant reposer la question allemande, eût donné à la monarchie un allié dans les affaires européennes. Le calcul élait peut-être mauvais, et le plan de Schmerling d*autre | art peut-èlre trop risqué ; la pire des politiques, en tout cas, cY'lait d'hésiter sans cesse entre Tun et Tautre. C'est précisément ce qu'on lit.

Schmerling l'emporta d'abord. La note du 2 février 1862, le plan du congrès des princes de Francfort en 1863, furent des succès de sa politique, soutenue jusque dans le ministère des Affaires étrangères par les plus influents des subordonnes de Rechberg. Mais pour l'exécution c'était à Rechberg que s'adressait l'empereur. Seul, il accompagna François-Joseph à Francfort : Schmerling déplaisait au souverain par sa raideur et ses airs de supériorité. Rechberg, comme de juste, ne fut pas outre mesure marri de l'échec du congrès. A son tour, il fut mis à même d'appliquer ses idées : elles conduisirent l'Autriche à se lancer de concert avec la Prusse dans l'aventure des duchés. L'opinion au Reichsrath élait ouvertement hostile à cette politique; le gouvernement de Bismarck, à ce moment en plein conflit, ne lui inspirait ni sympathie ni confiance. Schmerling dut intervenir à plusieurs reprises pour défendre un collègue dont il ne partageait pas les idées. Mais leur collaboration était devenue impossible, et Rechberg se retira le 27 octobre 186i. Il fut remplacé par le général comte de Mensdorff-Pouilly, sans autre titre que sa naissance et son alliance avec des maisons souveraines, sans autre programme

qu*unc obéissance passive aux ordres de son souverain. Mensdorifeût été plutôt partisan de la politique de Schmerling; mais il n'était qu'un instrument dans la main du comte Maurice Eszterhàzy, ministre sans portefeuille, le plus influent des couseillers de lempereur. € Je n'entendais rien à la politique », dit-il plus tard, < et je l'avais dit à l'empereur. Mais j'étais général de cavalerie, mon souverain m'avait commandé do me chai'ger du ministère, il me fallait bien bon gré mal gré me laisser flanquer d'un diplomate de mélier, à qui manquait le courage d'accepter la pleine responsabilité. » Or Eszlerhàzy n'était entré au ministère que pour renverser Schmerling; et

l'échec de la politique allemande du ministre d'Etat lui rendait la tâche facile, autant que ses fautes dans la question hongroise.

La Hongrie et la Constitution de février. — La Patente du 26 février dénotait la résolution du gouvernement de ne pas tenir compte des résistances des Hongrois, et d'en venir à bout par la force. Vay essaya en vain de détourner ce coup, en cherchant à rétablir un peu d'ordre dans le pays. Par un rescrit du 16 janvier, il rappela les comitats au respect des lois existantes; mais une conférence politique, tenue sous sa présidence à Pest le 14 février, ne donna aucun résultat. Son échec laissa le champ libre aux centralistes purs, et à Szécsen, dont l'influence réactionnaire contrecarrait dans le conseil celle de Vay : la Patente fut promulguée. Elle portait la signature de Szécsen; Vay avait refusé la sienne. Bientôt d'ailleurs tous deux quittèrent le ministère. Sans appui en Hongrie, trop bureaucrate pour s'entendre avec les vieux-conservateurs, trop centraliste pour pactiser avec les libéraux, Schmerling, par entêtement et par .orgueil, inaugura en Hongrie une politique de résistance stérile. Peut-être y était-il condamné par son système : car, si les Hongrois étaient venus occuper leurs sièges au Reichsralh, ils auraient pu, de concert avec l'opposition fédéraliste autrichienne, mettre le gouvernement en minorité. Ce danger parut écarté dès que la Diète de Hongrie se réunit, pour la première fois depuis l'écrasement de la révolution, le 6 avril 1864.

A peine lecture donnée du décret qui nommait le président de la Chambre des députés, un membre protesta contre l'ab-

sence du contreseing d'un minislrc hongrois responsable : dès le premier pas, TAssemblée se plaçait ainsi sur le terrain de 1848. A peine si, dans son discours d'ouverture, Apponyi osa faire allusion à la Patente de février, tandis que le président d'âge célébrait Louis Balthyàny, le premier président du conseil hongrois et Tune des victimes de Haynau, comme un martyr et le modèle du patriotisme hongrois. Les magnats vieux-conservateurs, instruits par Texpérience de la dernière année, avaient reconnu qu'ils n'avaient quelque espoir de rétablir leur influence dans le pays qu'en rivalisant d'exigences avec le parti libéral ; la cour cependant continuait à prendre leurs avis, et à les tenir pour une puissance. En réalité, dans la Chambre des députés, le parti extrême dominait; et c'est grâce a son abstention seulement que Deàk réussit à faire adopter par la Chambre une adresse au roi ; les extrêmes, conduits par Ghyczy et Tisza, auraient voulu une simple résolutiouy énonçant les droits, les griefs et les conditions du pays, mais sans s'adresser à François-Joseph, roi illégilime puisqu'il n'avait pas été couronné. L'adresse elle-même ne contenait pas le titre de roi, et n^appelait le souverain de fait que c sérénissime seigneur 9. Mais il ne consentit à la recevoir que quand les Chambres se furent résignées à le traiter en roi. Pour le fond, elle proclamait que la Hongrie s'en tenait à sa constitution dont la Pragmatique Sanction est une partie; qu'elle était prête même à aller sur certains points au delà de ses engagements légaux et à s'inspirer surtout de raisons d'équité et de politique ; mais qu'en tout cas rien ne pourrait la décider à recevoir des lois d'un Parlement central, à partager ses droits législatifs avec une autre puissance que le roi de Hongrie; or il n'y a de roi de Hongrie que le roi couronné, et la condition du couronnement est l'acceptation de la constitution dans toutes ses parties. Le roi répondit en invitant la Diète à envoyer ses représentants au Reichsrath, pour y exercer l'influence légitime de la Hongrie sur les affaires communes et en ajournant toute entente avec la nation jusqu'au moment où une revision aurait mis les lois de 1848 en harmonie avec les intérêts de la monarchie. La Diète riposta en refusant de

nommer des députés au Reichsrath, en déniant à ce corps toute compétence à Tégard de la Hongrie, en maintenant la pleine validité des lois de 1848, et en déclarant qu'elle considérait les négociations comme désormais sans objet, < Sa Majesté rendant impossible toute entente ». Le 21 août, elle fut dissoute.

Le Reichsralh, sollicité par Schmerling, prit parti par une adresse contre les Hongrois, et tout en déplorant Tinlerruption en Hongrie de la vie constitutionnelle, proclama la dissolution delà Diète « fondée en droit et commandée par la nécessité », Il déclara d'autre part que l'abstention d'un des peuples de l'Empire ne pouvait avoir pour efTet de priver les autres de l'exercice de leurs droits; et, passant oulre à la protestation de la Diète, le Reichsrath étroit, sous quelques réserves de pure forme, vota un budget qui engageait la Hongrie. Mais les Hongrois reprirent leur tactique de grève flnancière ; le gouvernement se ruina inutilement en frais pour faire {entrer les impôts par l'exécution militaire. La résistance était unanime parmi les Magyars, et prenait des formes dangereuses : le 5 novembre 1861, le gouvernement militaire et l'élat de siège furent rétablis en Hongrie. Le pays, suivant la doctrine ofûcielle, avait par la révolution c forfait » sa constitution; l'empereur pouvait consentir à lui en rendre une partie, mais il avait le droit de mettre à cela des conditions : reconnaissance de la Patente, participation au Reichsrath. Chaque année, lors de la discussion du budget à Vienne, un groupe de députés libéraux allemands des plus avancés et des plus clairvoyants interpellait le gouvernement sur sa politique hongroise et sur les dangers qu'elle faisait courir à l'Autriche. « Nous pouvons attendre », répondait dédaigneusement Schmerling. Mais Topinion se lassa vite de ce jeu; parmi les Allemands, l'opposition à celte politique passive grandit, et, dans le conseil, le silencieux comte Maurice Eszterhàzy attendait le moment de faire triompher la politique des vieux-conservateurs.

Schmerling ne pouvait, comme Bach, jouer contre les Magyars des nationalités slaves. A amener au Reichsralh les Croates et les Serbes, il eût mis en question sa majorité aile* mande. Il se borna donc à attirer à Vienne les députés de Tran-

sylvanie. Les représentants des Saxons, par sentiment allemand, ceux des Roumains par rancune contre les Magyars, lui procurèrent une majorité à la Diète de Hermannstadt, et celle-ci procéda aux élections pour le Reichsrath. L*entrée des députés transylvains dans rassemblée, le 20 octobre 1863, fut saluée des applaudissements de la majorité. Le président de la Chambre célébra, dans une allocution, le triomphe de la constitution; complété désormais par des Transleithans, si petit que fût leur nombre, le Reichsrath devenait plénier, et le gouvernement lui reconnut en effet bientôt cette qualité. A diverses reprises les nouveaux arrivés remirent les choses au point : ils parlaient avec éloquence de la fidélité de la Transylvanie à TEmpire et à la constitution, mais surtout des vœux du pays en ce qui concernait ses impôts et ses chemins de fer. Au total, .c*était un triomphe fort peu triomphal que Schmerling* offrait à la cour» tandis que les magnats hongrois, qu*Ëszterhàzy représentait dans le ministère, en fêtaient un autrement grand. Deàk, instruit des progrès de Tinfluence d^Eszterhàzy, avait publié, à Pâques 1864, dans le Naplé, un programme de conciliation : renonçant à l'union personnelle pure et simple, il convenait de Texistence d'affaires communes à régler d'accord entre l'Autriche et la Hongrie. En juin 1865, Eszterhàzy, qui, à rinsu de Schmerling et sur Tordre exprès de l'empereur, était tenu au courant de tous les actes du gouvernement en Hongrie, décida le souverain à faire un voyage à Pest. L'accueil enthousiaste de la noblesse et du peuple, qui savaient que la crise était proche, ne manqua pas son effet : l'empereur, dans une allocution, parla de sa volonté de donner aux peuples de la couronne de Hongrie toutes les satisfactions possibles. Le 26 juin, les ministres apprenaient, en même temps que le public, que Georges de Majl&th était nommé chancelier aulique hongrois; c'était un désaveu formel de leur politique ; ils y répondirent par leur démission.

Le Reichsrath de 1861 à 1865. — Les Tchèques, les Polonais, les Slovènes, les Croates avaient protesté dans leure Diètes contre la Patente de février, comme contraire a Tesprit et à la lettre du Diplôme d'octobre. Ils parurent pourtant au

Rcichsraih, mais en renouvelant leurs réserves. Quand il devint évident que les Hongrois ne s'y laisseraient pas attirer, les Tchèques s'en retirèrent à leur tour. Leurs partis politiques se transformaient à ce moment. La noblesse historique et la bourgeoisie, brouillées depuis Tannée de la révolution — M. Rieger, à Kremsier, avait proposé l'abolition des titres de noblesse — faisaient la paix. Dans les premiers jours de 1861, le comte Clam Martinitz et M. Rieger conclurent l'entente. La bourgeoisie s'engagea à faire sien le programme du droit historique, et la noblesse — qui n'est en vérité ni tchèque ni allemande — à soutenir les revendications des Tchèques en faveur de leur langue. Mais, par contre-coup, une rupture se produisit parmi les Tchèques. Les Jeunes-Tchèques, conduits par Sladkovsky, reprochèrent à M. Rieger d'avoir trahi l'esprit démocratique et hussite de leur nation, en s'alliant à la noblesse féodale et cléricale. Les choses en vinrent ail point qu'ils songèrent un moment à se fondre en un parti avec les Allemands. — Privés au Reichsrath de l'appui des voix tchèques, les Polonais et les Slaves du Sud avaient fort à faire pour défendre les droits des nationalités contre les empiétements du gouvernement : à chaque budget, et dans toute occasion favorable, ils énuméraient leurs griefs contre le régime de Schmerling qui, dans les mêmes termes exactement que celui de Bach, germanisait, non point au nom de la supériorité des Allemands, mais au nom de l'intérêt de l'Etat. Les plaintes contre la violence faite aux populations slaves dans l'instruction, dans la justice, dans l'administration, ne prenaient pas de fin.

La majorité allemande couvrait sur ce point le gouvernement : sur d'autres , elle se séparait de lui . Impossible pour elle d'obtenir des lois vraiment libérales, en particulier sur la responsabilité des ministres et sur les rapports des con-

fessions entre elles et avec l'Etat, comme premier pas vers 1 abrogation du Concordat. La cour n'en voulait point entendre parler : entre l'assemblée, jalouse de ses droits, et l'empereur, jaloux de son autorité, Schmerling se trouvait sans cesse entre deux feux. Les choses se gâtèrent tout à fait dans la troisième session du Reichsrath, en 1864-1865. La Chambre adopta une

4t)i ÉTABLISSEMENT DU DUALISME AUSTRO-HONGÏIOIS

motion du député Berger, tendant à modifier Tarticle 13 de la Patente, quoique Schmerling eût affirmé que cet article ne serait jamais « Tenfant qui dévore sa mère ». Schmerling et son collègue des Finances Plener, sans cesse plus vivement attaqués, se montraient irritables, et les députés les payaient de la même monnaie. Le déficit croissait; malgré les protestations du cabinet, la Chambre raya des millions dans les dépenses de la guerre et de la marine, émit la prétention — inouïe en Autriche — de se faire faire chaque année un exposé diplomatique par le ministre des Affaires étrangère», et ajourna son consentement à un emprunt jusqu'à ce qu'on lui donnât la certitude de réformes. Cela était sortir de Thypothèse même du système de Schmerling, qui n'avait voulu sur une pseudomajorité fonder qu'un pseudo-constitutionnalisme. Les ministres étaient de fait démissionnaires depuis un mois, et la crise était publique. La session du Reichsrath fut close à Timproviste, le 24 juillet. < Je n'étais pas préparé à cette communication soudaine », dit le président Hasner; et le député baron Pratobevera, après avoir, suivant l'usage, adressé les remerciements de l'assemblée à son bureau, ajoutait : « Nous retrouverons-nous dans cette Chambre, et comment? Cela est aujourd'hui pour nous une énigme. » Chacun savait qu'un changement de régime se préparait.

//. — Le dualisme.

Le « ministère des trois comtes » . Suspension de la Constitution. — Comme à la chute de Bach, les magnats hongrois étaient au premier rang des vainqueurs. Mais leur représentant dans le conseil, Eszterhàzy, était trop irrésolu et trop paresseuxpour accepter le pouvoir, et d'ailleurs il valait peut-être mieux que la Hongrie ne parût pas trop dicter sa loi à l'Empire. Un haut fonctionnaire cisleithan, de naissance allemande, mais •d'attaches féodales, et par suite réputé favorable aux Slaves, le ^omte Richard Belcredi, devint ministre d'État» Supérieur à sa <îa8te par Tintelligence et l'instruction, il en avait malheureu-

sèment les préjugés : TËtat, pour lui, se résumait dans la cour et la noblesse. Maurice Eszterhàzy, au moment de la chute de Schmerling, devait au Trésor des droits de succession considérables, qu*il s*obstinait à ne pas acquitter. Plener avait donné Tordre de procéder contre lui; mais le nouveau ministre des Finances, le comte Larisch, avait d*autres façons que son roturier prédécesseur : Eszterhàzy, dont la fortune était énorme, obtint remise d*une bonne partie de sa dette, et terme pour le paiement du reste. Ce fait, qui ne fut connu que plus tard, montre comment les féodaux entendent Tégalité devant la loi. Toute l'administration de Larisch tendit d'ailleurs à favoriser par des mesures législatives ou administratives la grande propriété, la grande exploitation agricole, qui étaient partout aux mains des nobles. Fort riche lui-même, et très bon administrateur de sa fortune, il traita les finances publiques si cavalièrement que Fagio du métal sur le papier, de deux pour cent sous Plener, remonta très vite à cinquante pour cent.

Le programme du ministère des trois comtes — surnom qu'il devait à la collaboration de Belcredi, Larisch et MensdorfT — était celui des féodaux : absolutisme dans les affaires extérieures — par conséquent, la diplomatie, l'armée et les finances remises sans contrôle à la disposition du souverain; — à l'intérieur, autonomie provinciale profilant surtout à l'aristocratie. En Hongrie, Eszterhàzy voulait restaurer le régime de 1847; les nouveautés de 1848 lui étaient odieuses, parce qu'elles établissaient un régime démocratique et parlementaire. Belcredi niait l'existence même d'une Gisleithanie : à cette création de la bureaucratie centralisatrice, il opposait les provinces avec leurs droits historiques. Il ne s'agissait donc pas de restaurer le dualisme, mais de créer une sorte de fédéralisme féodal, où, par la force même des choses, l'inQuence de la Hongrie eût été dominante. — Le 1" septembre 1865, la Diète de Transylvanie qui avait élu les députés au Reichsrath fut dissoute. Une nou* velle Diète, convoquée dans la ville magyare de Kolozsvar, vota sous la pression populaire l'union complète du grand-duché avec la Hongrie, qui avait été une des conquêtes de 1848. Le 20 septembre, la constitution de février, au mépris des en^a-

HlSTOIRE oéKiRALB. XI. 30

gements formels qu*elle contenait, fut c suspendue », et Tabsolutism'e rétabli à titre provisoire. La rupture avec le centralisme était complète : la Patente du 20 septembre promettait aux provinces cisleithanes que le projet d*accord avec la Hongrie, une fois arrêté, serait soumis à leurs représentants légaux — ce qui voulait dire aux Diètes. Les Slaves accueillirent la suspension avec enthousiasme, les Allemands par de violentes protestations. Il était assurément difficile de maintenir la constitution pour une moitié de TEmpire, en même temps qu'on la revisait dans Tautre. En tout cas, le chaos était complet : la constitution centraliste, suspendue en fait, existait toujours en droit; la constitution hongroise, qui en était la négation absolue, était reconnue « en principe », sous réserve de revision; les Diètes cisleithanes, élues sous Tempire de la Patente de février, devaient se prononcer sur cette revision; et le gouvernement, en vertu de la Patente de septembre, exerçait un pouvoir absolu. La Diète hongroise de 1865. Sadovra. Conclusion du Compromis austro-hongrois. — Les élections pour la Diète hongroise donnèrent au parti de Deàk une majorité d*une centaine de voix. Les vieux-conservateurs, les seuls partisans du ministère, étaient en nombre infime : à gauche, au contraire, les résolutionnistes de 1861 et le parti de Tindépendance étaient en force. Leur présence donnait à Deàk une arme contre le ministère, si celui-ci se montrait trop récalcitrant ou trop exigeant. Le discours du trône et Tadresse de la Diète firent paraître clairement combien on était encore loin de s'entendre. Le gouvernement reconnaissait que les lois de 1848, légalement votées et sanctionnées, faisaient partie de la constitution ; mais il prétendait que la Diète les revisât d*abord, de façon à les rendre compatibles avec les droits de l'autorité royale et T uni té nécessaire de la monarchie : le couronnement ne pourrait venir qu'après. La Dièle au contraire, à la suite de Deàk, réclamait la nomination préalable d'un ministère hongrois responsable, la reconnaissance non pas seulement en paroles, mais par un acte, des lois de 1848; la revision suivrait, le couronnement achèverait l'entente. Deàk se refusait obstinément àquitter le terrain du droit, à se laisser entraîner par la cour sur celui

de Topportunité. Le jeu des adresses et des rescrits recommença donc, comme en 1861. Il n'aurait pas pris fin de sitôt, si a la source bien connue des constitutions autrichiennes », comme dit rhistorien Springer, ne s'était ouverte. Cette source, c'est la défaite.

La perspective du conflit menaçant avec la Prusse retardait ie cours des négociations, loin de le hâter. Le gouvernement escomptait une victoire, qui eût fortement augmenté les chances de Tabsolutisme; les deàkisies, une défaite de TAutriche, qui les ferait maîtres de la situation. La propagande révolutionnaire travaillait le pays, comme en 1859, et il ne manquait pas de Hongrois décidés à profiter de l'occasion pour reprendre le plan deKossuth, et en finir une fois pour toutes avec les Habsbourg. Deàk, pour parer à toutes les éventualités, rédigea en hâte un projet de loi qui réglait les rapports entre l'Autriche et la Hongrie, et le fit adopter en principe par la commission de la Chambre. Si Tabsolutisme triomphait, ce projet resterait comme la base de négociations futures, qui seraient reprises dans des temps meilleurs; si l'Autriche était vaincue, il constituait l'ultimatum de la Hongrie. Deàk avait raison de se hâter. Le 24 juin, l'armée du Sud triomphait des Italiens à Custozza; le 27, le ministère, enhardi par la victoire, prorogeait la Diète. Mais Sadowa suivit de près Custozza. Benedek, qui n'avait accepté le commandement qu'à regret, et qui, effrayé des défauts de ses troupes et de l'incapacité de ses lieutenants, avait jusqu'au dernier moment déconseillé de risquer la bataille, fut défait par les Prussiens le 9 juillet. Le 17, Deàk était mandé à Vienne; le 19, la décision de l'empereur était prise. Adoptant les vues de Deàk et son projet, il résolut d'attendre jusqu'à la conclusion de la paix, et à ce moment de charger, au refus de Deàk lui-môme, le comte Andràssy, condamné à mort en 1849 comme complice de Kossuth, de former le premier ministère parlementaire hongrois.

Les féodaux se préparaient à la résistance; mais une influence plus forte vint contrecarrer la leur. La guerre de 1866 avait chassé définitivement l'Autriche, non seulement de l'Italie — à laquelle elle avait virtuellement renoncé depuis 1860, — mais aussi de l'Allemagne. La politique extérieure de la monarchie

était désormais désorientée. Mais trop de liens attachaient à TÂUemagne la dynastie de Habsbourg pour qu'elle consentit à céder le champ aux Hohenzollern après une seule passe. La nomination au ministère des Affaires étrangères du baron de Beust, jusqu'en 1866 premier ministre du roi de Saxe, annonça au contraire l'inauguration d'une politique de revanche. Mais celle-ci était impossible tant que l'Autriche ne serait pas sortie des provisoires constitutionnels. Eszlerhàzy, à son grand étonnement, fut invité à donner sa démission, et Beust se mit d'accord avec les chefs du parti libéral. Us s'engagèrent à faire adopter définitivement par la commission de la Chambre le projet de Deàk, quelque peu amendé dans l'intérêt de l'unité de la monarchie. Dès qu'ils eurent tenu parole, le ministère Andrâssy fut formé, le 18 février 1867. Le 8 juin, François- Joseph fut couronné, dans les formes traditionnelles, roi de Hongrie, après avoir juré fidélité à la Constitution. Ainsi le programme de Deàk était réalisé ; la continuité du droit de la Hongrie avait triomphé.

Beust eut moins facilement raison de Belcredi que d'Eszterhâzy, car le souverain voyait avec faveur une tentative dont il espérait la réconciliation des nationalités cisleithanes toujours en lutte. Belcredi avait dû renoncer à soumettre le Compromis aux Dictes; car une seule d'enlre elles, par son opposition, eût pu remettre en question l'accord si péniblement obtenu. Par la Patente du 2 janvier 1868, le Reichsrath étroit fut convoqué, mais sous forme de Reichsrath « extraordinaire »; c'est-à-dire que les Diètes, renouvelées dans l'intervalle, pouvaient élire leurs délégués sans avoir égard au système des curies. Par cette seule disposition, toutes les combinaisons de Schmerling étaient renversées; et, le ministère mettant ouvertement son influence au service des féodaux, une majorité anti-allemande était assurée- Le Compromis volé, le gouvernement aurait eu les mains libres. Mais Deàk et ses amis s'opposèrent à ce projet, de crainte que le triomphe des Slaves d'Autriche sur les Allemands n'excitât les Slaves de Hongrie contre les Magyars; Beust fît observer qu'une politique extérieure allemande était inconciliable avec une poli-

tique intérieure slave. Belcredi fut congédié le 7 février, Beust le remplaça et convoqua le Reichsrath ordinaire. Les Allemands triomphaient en Cisleiihanic.

Li6 Compromis austro-hongrois. — Le Compromis de 1867 a constitué, à la place de Tancien empire d'Autriche, la monarchie austro-hongroise. Il est la charte du dualisme qu*il a, non pas créé, mais organisé à nouveau. Il y avait déjà, sous Tancien régime, et malgré Tunion indissoluble proclamée par la Pragmatique Sanction, dualisme entre la Hongrie constitutionnelle et les Etats héréditaires soumis au gouvernement absolu. Depuis 1867, au contraire, deux Etats constitutionnels sont en présence avec droits égaux. L'histoire de trois siècles et l'expérience de 1848 à 1866 enseignaient à Deàk et à ses amis qu'il n'y a pas de sécurité pour la constitution hongroise tant que l'absolutisme, insatiable dans ses ambitions, règne à Vienne; et l'article XII de 1867 — la loi hongroise du Compromis — stipule en termes exprès que la Hongrie ne traite avec les autres pays de Sa Majesté que s'ils sont et pour aussi longtemps qu'ils seront en possession d'une représentation constitutionnelle. Mais par là même il devenait nécessaire de donner au dualisme une forme nouvelle.

L'Autriche et la Hongrie — Cisleithanie et Transleithanie — ne sont pas deux parties d'un Etat, mais deux Etats. La monarchie ne possède pas certains attributs de souveraineté dont ils sont privés; elle exerce pour eux, par délégation, ceux qu'ils ont mis en commun, et uniquement au regard de l'étranger. L'étranger seul a affaire à l'Aulriche-Hongrie ; les citoyens sont ou Autrichiens ou Hongrois. Les moyens d'action au dehors, diplomatie, politique commerciale extérieure, armée, marine, sont communs aux deux Etals. A l'intérieur, ils ont réservé leur pleine souveraineté, s'engageant seulement à suivre les mêmes principes en certaines matières d'ordre économique : le maintien de l'union douanière et commerciale, établie en 1850, rend nécessaire l'unité du système des impôts indirects, au moins dans ses grandes lignes. Pour subvenir aux frais de leur union, ils affectent aux dépenses communes les recettes des douanes, et, si elles ne suffisent pas, alimentent les caisses

communes par des subventions directes. L'union politique, en vertu de la Pragmatique Sanction, durera autant que la dynastie de Habsbourg. Les accords commerciaux et douaniers sont décennaux; la convention financière qui fixe la contributioa de chacun des deux Etats aux dépenses communes, est décennale également. Si les deux Parlements ne s'accordent pas pour la renouveler, le souverain est arbitre entre eux : sa sentence ne vaut que pour un an, mais est renouvelable.

Le souverain représente la monarchie au dehors, commande l'armée, dirige la politique extérieure. Il est assisté de trois ministres communs, ou ministres d'Empire, pour les Affaires étrangères, la Guerre et les Finances communes (qui ne comprennent que des dépenses). Le contrôle parlementaire sur ces ministres est exercé par les Délégations. Chaque année, les deux Parlements élisent, chacun de son côté, une grande commission de soixante membres, vingt de la Chambre haute, quarante de la Chambre basse. Ce sont les Délégations : elles siègent alternativement à Vienne et à Pest, sans se réunir, et ne communiquent en règle que par écrit. Leur compétence est uniquement budgétaire : la monarchie comme telle n'a point de pouvoir législatif. Elles votent les dépenses communes ; du chiffre admis, une soustraction retranche le montant des recettes des douanes : la somme des contributions à verser par les deux

Etats apparaît aussitôt, et est répartie entre eux, à raison du taux décennal qui depuis 1867 n'a pas varié : 70 p. 100 pour l'Autriche, 30 p. 100 pour la Hongrie. Ces contributions constituent pour les deux Parlements une dépense obligatoire, qu'ils n'ont plus à discuter, mais simplement à couvrir. Parité des droits, disparité des charges, voilà donc le principe du dualisme. La Hongrie, au momentdu grand règlement de comptes de 1867, était moins peuplée, moins développée économiquement, moins prospère que l'Autriche. Avec plus ou moins de raison et de sincérité, elle rendait responsable de son infériorité le régime de compression qui pesait sur elle depuis dix-huit ans — au profit, disait-elle, et avec la complicité de l'Autriche, en tout cas sans opposition de sa part. Peu importe que l'Autriche ait souffert tout autant sous ce régime : la Hongrie avait des

LE DUALISME 47i

arguments de droit à faire valoir, l'Autriche seulement des faits à alléguer. Cela faisait une grande différence, et il y parut lorsque les deux Etats eurent à traiter la question de la Dette. Les Hongrois déclarèrent péremptoirement que tous les emprunts contractés sans le concours de leurs Diètes étaient nuls à leur égard, comme inconstitutionnels, et qu*ils faisaient une grande concession à Téquité en acceptant d'en prendre à leur charge une partie. Les Autrichiens remontrèrent en vain que la plupart des emprunts avaient été contractés pour les besoins de la défense commune, et qu'en particulier les frais de la lutte contre la révolution de 1849 avaient été imposés à la monarchie par les Hongrois seuls. Le Compromis ne venait-il pas de légitimer presque la révolution? Il fallut bien en passer par les volontés des Hongrois : ils ne consentirent qu'à contribuer pour une somme Oxe d'environ 30 millions de florins au service des intérêts ; l'amortissement, l'unification des innombrables emprunts, un préciput annuel de 25 millions de florins restèrent à la charge de l'Autriche. Elle avait l'habitude des déficits, et l'ère constitutionnelle pouvait bien s'accommoder de ce legs de l'absolutisme. Les Hongrois, au contraire, ils ne s'en caclièrent pas, se refusaient à commencer avec un déficit leur gestion financière autonome. Pour leurs grands projets d'essor national, il leur fallait un crédit vierge.

Le Compromis a été conclu par le gouvernement impérial sous la pression de la nécessité. Les Hongrois étaient maîtres de la situation; ils pouvaient dicter leurs volontés; la sage modération de Deak leur rendit le triomphe plus facile, sans l'amoindrir. Après que la cour et le Parlement hongrois se furent mis d'accord, et après qu'un acte décisif, la nomination du ministère responsable, eut sanctionné l'entente, le Reichsrath cisleilhan fut appelé à l'approuver. De la modifier, il ne pouvait plus être question. Les récriminations des centralistes impénitents, les plaintes des autonomistes allemands, qui avaient sous Schmerling lutté pour un compromis dont les conditions à ce moment eussent certes été moins onéreuses, étaient justifiées, mais ne pouvaient être qu'infructueuses. Il est Qertain q«e l'Autriche fut sacrifiée à la Hongrie ; ce sort lui'

aurait été évité, si elle avait su, à temps, montrer autant d*énergie, de patience, d'obstination raisonnée que les Magyars. Mais elle s'était absorbée depuis longtemps dans des luttes stériles, et, divisée, elle avait succombé devant un adversaire uni. De même que les Magyars, au moment de la conclusion du Compromis, avaient pris le rôle dominant et paru faire les concessions alors qu'ils les recevaient, de même, et pour les mêmes causes, ils l'ont gardé depuis : le Compromis de 1861 entraînait nécessairement leur prépondérance dans la monarchie, et l'histoire des trente dernières années n'a qu'à en enregistrer les progrès.

La Constitution de décembre. Le « ministère des roturiers » . Lutte contre le Concordat. — Libre de son choix, le Reichsrath eût sûrement rejeté le Compromis. Mais on savait que, faute d'être accepté de gré, il serait octroyé de force : et Beust, pour prix de l'acceptation, promettait le rélablissement de la constitution en Autriche. Aux lois qui organisaient le dualisme, le Reichsrath en ajouta de sa propre initiative qui instituaient en Cisleilhanie un régime vraiment constitutionnel, et il les présenta en bloc à la sanction impériale. Celle-ci fut donnée le 21 décembre 1867, et la Patente de février ainsi amendée devint la Constitution de décembre. Le fameux article 13 — transformé en article 14 — était modiCé de façon à empêcher désormais, semblait-il, toute nouvelle suspension de la constitution; la responsabilité ministérielle, vainement réclamée sous Schmerling, était établie; les citoyens recevaient la garantie de leurs libertés fondamentales, les juges de leur indépendance, le Parlement de ses droits. L'Autriche eût été désormais en possession d'un régime constitutionnel, s'il ne lui avait manqué un Parlement qui représentât le pays. La majorité allemande n'avait pas osé toucher aux lois électorales de Schmerling, auxquelles elle devait d'exister. Elle n'avait pas vu ou pas voulu voir la contradiction qu'il y a entre ces deux termes : une majorité frelatée, et un régime sincèrement constitutionnel.

Aussitôt constitué, le nouvel Etat cisleithan reçut un ministère parlementaire. La bourgeoisie célébra son triomphe.

qu'elle croyait définitif : car les collègues du prince Carlos Auersperg, « le premier cavalier de TEmpire », étaient en majorité de simples bourgeois, avocats ou professeurs. Au ministère des trois comtes succédait le ministère des roturiers, Breslel, ministre des Finances, Giskra, ministre de Tlntérieur, Berger, ministre sans portefeuille, sorte de ministre de Topinion, étaient des parlementaires de 1848. Brestel remit de Tordre dans les finances embrouillées à nouveau par Larisch : mais il dut recourir à une conversion forcée qui avait tout Taspect d'une banqueroute partielle. Giskra et Herbst, ministre de la Justice, réorganisèrent l'administration et la justice, en les séparant Tune de l'autre à tous les degrés. La presse redevint justiciable du jury. Une loi militaire, élaborée d'accord avec le gouvernement hongrois, fixa pour dix ans le contingent et élablit le service obligatoire. Hasner, ministre des Cultes et de l'Instruction, fît triompher par la loi du 14 mai 4868 le principe de l'instruction obligatoire. Mais le « ministère des roturiers » a attaché son nom surtout aux lois de mai 1868, qui, en abolissant les concessions faites à TEglise en ce qui concerne le mariage et l'enseignement, et en restaurant les droits du pouvoir civil, portaient le premier coup au Concordat. Le pape, dans une allocution célèbre, les déclara nulles et de nul efTet : le ministère au contraire et les tribunaux professaient que le Concordat était sans valeur partout où il était en contradiction avec la constitution. L'opinion réclamait une dénonciation pure et simple. Mais les négociateurs que Beust envoyait à Rome se faisaient les porte-paroles delà Curie plus que de leur ministre, lisse sentaient soutenus par une plus haute influence. L'évèque de Linz, champion fougueux de la domination de TEglise, fut, pour avoir par une lettre pastorale compromis la paix publique, condamné par le jury à douze jours de prison : sans attendre sa supplî^lH^ sans prendre l'avis des ministres, le souverain le gracia, avec remise des suites de la peine.

L'empereur n'avait pas accepté sans répugnance la nécessité du c ministère des roturiers ». La politique anti-concordataire n*était pas de nature à le mieux disposer. Une violente agitation cléricale vint seconder l'agitation fédéraliste déjà très

vive. Les Tchèques, précipités par la chute de Belcredi du haut de leurs espérances, publiaient — 22 août 1868 — leur Dëclaration, qui déniait à la Cisleithanie tout fondement historique ou légal, tout droit à Texistence : la couronne de Bohème a mêmes privilèges que celle de Hongrie, et les rapports entre elle et les autres Etats de la dynastie ne peuvent être réglés à nouveau que par une entente entre le souverain et la nation politique bohème. La Déclaration remise, les Tchèques instituèrent la grève parlementaire : jusqu*en 4870, ils ne parurent ni à la Diète ni au Reichsrath ; déchus de leurs mandats, ils furent réélus. Le peuple prenait parti peureux, avec une ardeur telle que Tétat de siège dut être proclamé à Prague. A Lemberg, la fraction démocratique dirigée par Smolka adoptait un programme analogue; soutenue aussi par le peuple, elle eut raison des hésitations de la noblesse, des résistances du groupe gouvernemental qui obéissait à Ziemialkowski, et fit adopter Idi Résolution de septembre 4868, qui demandait la restriction de la compétence du Reichsrath aux seules affaires communes, rinstitution en Galicie d*une justice autonome et d'un gouvernement responsable. Les Slovènes s*agilaient de leur côlé; les Italiens de Trieste provoquaient des émeutes, et les Serbes des bouches de Cattaro, pour échapper à Tapplicalion de la nouvelle loi militaire, commençaient une insurrection armée. C*était bien contre la Cisleithanie elle-même qu'était dirigé le mouvement des nationalités; et il était assez grave pour faire réfléchir le gouvernement et ses partisans. « Sauvons du centralisme ce qu'on en peut encore sauver », disait Giskra. On amadoua les Polonais par la concession, faite à contre-cœur, de l'emploi de leur langue comme langue officielle en Galicie, et d'une exlen* sion de la compétence législative de leur Diète ; ils prirent cela, et continuèrent de réclamer le reste. On offrit à peu près la même chose aux Tchèques (sauf en ce qui concerne la iangue)^ et de plus un portefeuille : ils ne daignèrent même pas répondre. Le ministère était divisé : Beust travaillait sous main à une entente avec les Tchèques, et ses menées avaient déjà eu pour conséquence la démission de Auerspei^. Une minorité dans le cabinet, Berger, Taaffe, ministre de la Police, Potocki, ministre

de rAgricultul'e, soumit à l'empereur un programme de conciliation; la majorité présenta un contre-mémoire qui préconisait la résistance : Tempereur décida en sa faveur, et la minorilé se retira. Hasner devint président du conseil, le l*"*" février 1870. Mais les vainqueurs n'avaient pas confiance en leur triomphe. Giskra, ayant échoué dans ses tentatives de négociations avec les Tchèques, démissionna le 22 mars. Le Reichsrath avait, au début de Tère nouvelle, voté une loi qui autorisait le gouvernement, dans les provinces où les Diètes se refuseraient à élire les députés au Reichsralh, à faire procéder à des élections directes. Le cabinet présenta une loi qui permettait les élections directes, non pas seulement dans une province entière, mais dans tout arrondissement dont le député refusait d'occuper son siège. Le coup, dirigé contre les déck^ rantSy menaçait en même temps les Polonais, dont la résolution venait d'être rejetée par une commission du Reichsrath. Un exode général fut la réponse des Slaves. Le Parlement se trouva réduit à une centaine de membres allemands. Sans majorité sérieuse, contraint au même moment de traiter avec les insurgés dalmates, qu'il n'avait pu réduire, le ministère était dans une situation intenable. Il démissionna le 4 avril, pour faire place à la minorité sous la présidence de Potocki.

La Hon^e sous le ministère Andrâssy. — La reconnaissance du dualisme dans sa forme nouvelle imposait à la Hongrie une tâche de réorganisation nationale et politique. En vertu du Compromis, la Transylvanie et la Croatie étaient définitivement réunies à la couronne de Saint-Etienne : mais il

fallait déterminer quelle serait leur situation dans l'Etat hongrois. La Transylvanie fut purement et simplement annexée à la Hongrie : elle comptait un demi-million de Magyars, que leurs compatriotes ne voulaient pas abandonner à la domination de la majorité roumaine. Le grand-duché perdit son ancienne autonomie, les Saxons leurs antiques franchises municipales : la Transylvanie ne fut plus qu'une expression géographique. En Croatie, le souvenir de 1848 commandait aux hommes d'Etat de Pest la prudence : une Croatie mécontente pouvait devenir dangereuse, si quelque jour la cour, par un revirement toujours

possible, essayait d*un retour au centralisme ou à l'absolutisme. D'ailleurs, il n*y a que peu de Magyars dans la population de la Croatie, presque entièrement slave. Un compromis fut conclu en 1868. Dans toutes ses affaires intérieures, la Croatie devait être entièrement autonome, ne recevoir ses lois que de la Diète d'Agram : le pouvoir exécutif était confié au ban, responsable devant la Diète, et nommé par le roi sur la présentation du ministère hongrois; le cabinet de Pest comprendrait toujours un ministre croate, chargé uniquement des affaires de la Croatie. Les questions militaires, financières et commerciales sont seules communes entre la Hongrie et la Croatie : elles ressortissent du Parlement hongrois, renforcé spécialement pour ces occasions de délégués de la Diète croate, 29 dans la Chambre basse, 2 dans la Chambre haute; 4 des premiers et Tun des seconds doivent faire partie de la Délégation hongroise. 45 pour 100 des recettes de la Croatie — avec un minimum garanti de 2 200000 florins — sont affectés à ses dépenses intérieures. La majorité de la population était contre toute union avec la Hongrie; il fallut pas mal de pression, d'arbitraire et d'illégalités pour faire voter ce compromis; et la Diète suivante, élue en 1871, se composa en grande majorité de « nationalistes » déclarés, qui en réclamèrent l'abolition. Mais même celle qui l'avait voté éleva à plusieurs reprises des protestations contre la façon injuste dont il était appliqué, et des manifestations anti-hongroises d'un caractère assez grave eurent lieu à Agram. L'agitation nationale croate aboutit à un soulèvement, d'ailleurs vite réprimé, dans les Confins, alors en pleine désorganisation. Ce cordon établi contre la peste et contre les Turcs n'avait plus de raison d'être : entre 1870 et 1872, Tadminislration militaire fut successivement remplacée par l'admi. nistration civile, une partie des Confins incorporée à la Hongrie, l'autre à la Croatie ; en compensation de cet accroissement de territoire, la Transleithanie consentit à augmenter d*environ 2 pour 100 sa quote-part dans les dépenses de la monarchie. La loi des nationalités (1868) établit définilivement la prépondérance de la langue magyare, seule langue d*Ëtat en Hongrie (la Croatie exceptée) : les autres langues doivent se contenter

d'être admises dans la vie municipale. Les Magyars jugent leur loi très libérale ; les nationalités, depuis trente ans, dénoncent sans relâche la tyrannie magyare.

L'institution déflnitive d'un régime parlementaire rendait nécessaire de grandes réformes organiques, destinées à assurer plus d'unité à l'Etat et plus d'autorité à ses organes : en particulier, il importait de restreindre la liberté presque illimitée des comitats, qui prêtait à de grands abus aux dépens de l'ordre et de la légalité. Mais d'autre part la petite noblesse, qui dominait dans les assemblées des comitats et tirait profit de ces abus, était résolue à les défendre; et par tous les moyens elle favorisa les candidats de gauche, opposés aux réformes moins par amour des institutions anciennes que par haine de la droite et du gouvernement. La majorité deàkisle sortit diminuée des élections de 1869, mais assez forte encore pour faire triompher son programme. Elle adopta successivement les projets de réformes du ministre de la justice et ceux du ministre de Tintérieur. Les premiers retiraient aux comitats le pouvoir d'élire les juges, et instituaient une magistrature nommée, dont les membres, qui devaient avoir fait preuve de leurs capacités juridiques, étaient entourés de toutes les garanties désirables d'indépendance; les seconds réorganisaient l'administration des comitats, augmentaient quelque peu les attributions des représentants du pouvoir exécutif, restreignaient le droit de remontrances, dont il avait été fait sous Tancien régime un usage si immodéré. Sur plusieurs points, le ministère échoua devant l'opposition des magnats, et la question de la réforme de la Chambre haute commença dès lors à se poser. Mais il n'était pas encore temps de la soulever : le gouvernement avait assez d'autres embarras. La gauche attaquait à toute occasion le Compromis : elle chercha à exploiter contre lui les souvenirs de 4848, et contre l'influence de Deàk celle de Kossuth. Mais d'anciens partisans du gouverneur prirent la défense de Deàk ; Perczel, Klapka, d'autres généraux de la révolution étaient ralliés au gouvernement : ils acceptaient des commandements dans l'armée territoriale des Honvéd, qui en vertu du Compromis ne relevait que du gouvernement et du Parlement hon-

grois. La cour d*ailleurs rendait à Andràssy la défense facile. Les souverains affichaient leur sympathie pour la Hongrie, au point de blesser quelquefois les Autrichiens. 1848 paraissait oublié, et presque plus : les ministres assistaient au service célébré en mémoire de Louis Batthyàny, la victime de Haynau. Quelques conflits s'élevèrent, les premiers temps, entre les généraux autrichiens et les autorités hongroises; le dernier mot resta à celles-ci. La Hongrie avait décidément le vent en poupe : on le vit bien à la tournure que prirent les affaires de la monarchie austro-hongroise.

Le dualisme de 1867 & 1871. La politique extérieure de Beust. — En conseillant à son souverain d*accepter le dualisme, Beust avait songé surtout à s*assurer toute liberté de mouvements en Allemagne. Il avait une revanche à prendre sur Bismarck. 11 arrivait à la chancellerie plein d'idées et de projets : alliance avec la France, collaboration avec Tltalie, -réconciliation, au moins apparente, avec la Russie, protection des chrétiens d'Orient. Le renversement complet des traditions de la politique étrangère autrichienne n'était pas à ses yeux un prix trop haut, s'il permettait d'obtenir, soit une victoire sur la Prusse et la restauration de l'Allemagne d'avant 1866, soit au moins la formation, entre l'Autriche et les trois Etats du Sud, d'une union qui pût faire contrepoids à la Confédération du Nord. Beust conduisit son maitre à Salzbourg, pour tâcher d'établir la collaboration de l'Autriche et de la France ; il négocia avec Florence, pour s'assurer, au cas d'une guerre, contre toute surprise du côté de l'Italie; il offrit à la Russie la liberté de la mer Noire, en vain, puisque la Russie était sùrc de l'obtenir bientôt à moindres frais grâce à son entente avec la Prusse; il décida la Porte à évacuer la citadelle de Belgrade, et se posa en bienfaiteur de la Serbie. En Allemagne, il prenait â l'égard de la Prusse une altitude presque provocante. Il tolérait les menées de la cour de Hanovre, réfugiée à Hietzing, près de Vienne, d'où, sous l'œil bienveillant de la police autrichienne, elle lançait des émissaires et des pamphlets. Les relations de Vienne avec Berlin étaient par moments très tendues; entre les tîfficieux des deux parts c'était une guerre continuelle. Il était

clair que Beust spéculait sur le prochain conflit franco-prussien, et qu'il se préparait à la lutte. Mais la Hongrie, loin de s'intéresser à ses plans de politique allemande, les combattait sous main. Peu lui importaient les souvenirs qui attiraient les Habsbourg vers TAllemagne. Elle ne considérait que son intérêt, et celui-ci commandait au contraire de rompre les liens qui unissaient encore la maison d'Autriche à son ancien empire. Un triomphe en Allemagne eût pu trop facilement tourner la tête aux « noir et jaune », et mettre en péril la jeune indépendance de la Hongrie. Supposé même que la cour n'eût point de ces arrière-pensées, c'était déjà trop pour la Hongrie que la politique de Beust regardât vers l'Occident, tandis que les intérêts ■hongrois sont concentrés en Orient. Mais le dualisme lui ofl'rait <les moyens de défense. Andràssy sut jouer de la Délégation -hongroise, et se retrancher derrière ses prétendues volontés, que lui-même dictait. La composition des Délégations donne un grand avantage à la Hongrie : les quarante délégués de la Chambre basse transleithane sont élus — sauf les quatre -Croates — sur une seule liste par la Chambre entière, et constituent une majorité homogène. Du côté autrichien, au contraire, les délégués sont élus isolément par les députés de chaque province. La Délégation comprend ainsi nécessairement des opposants, non point seulement sur le terrain politique mais sur le terrain national, et se trouve par là même en état d'infériorité. Quand les deux Délégations ne peuvent se mettre d'accord, elles doivent, en vertu des lois du Compromis, se réunir en une séance commune, pour voter, sans aucune discussion, sur les chifl'res proposés. Tandis que la délégation hongroise reste compacte, la cour peut toujours détacher de l'autrichienne quelques grands propriétaires ou quelques Slaves qui ont besoin de sa bienveillance, et déterminer ainsi une majorité. L'expérience en fut faite dès 1869. Contre la volonté de la majorité des délégués autrichiens, le budget militaire fut voté tel que le demandait le ministère. Les Hongrois se donnaient ainsi les gants du plus pur loyalisme; ils remplissaient de leurs compatriotes, au nom de la parité, les administrations communes, contrecarraient en même temps

les intentions belliqueuses du chancelier, et mettaient la main peu à peu sur la politique extérieure de la monarchie. Les éyénements de 1870 assurèrent leur triomphe. Déconcerté par Tattaque trop prompte de la France, tenu en respect par les menaces de la Russie, Beust, après Sedan, n*avait plus à espérer de succès en Allemagne. La question allemande définitivement réglée au profit de la Prusse, il ne restait a l*Autriche qu'à se retourner vers TOrient : la Prusse avait tout intérêt désormais à Tappuyer de ce côté. Du coup, la Hongrie devenait le facteur dominant de la politique extérieure, et la crise intérieure de l'Autriche, en 1871, ne fit que précipiter un dénoùment inévitable.

Le ministère Hohen^wart. Triomphe du dualisme. — Le ministère Potocki n'était qu'un cabinet de transition destiné à préparer les voies à un essai plus complet de fédéralisme. Il ne savait point au juste ce qu'il voulait : il rêvait, semble- t-il, d'un essai de réconciliation des nationalités sur la base d'une application loyale de la Constitution. Des négociations furent entamées avec le parti autonomiste allemand, la seule fraction de la gauche qui fût sincèrement libé* raie. Des pourparlers eurent lieu entre Potocki et les chefs des Tchèques; mais ceux-ci élevèrent des prétentions trop hautes : la noblesse historique, en ce moment même, accédait à la Déclaration, qui devenait ainsi le programme de tout ce qui en Bohême n'était pas allemand. En Galicie aussi, les propositions du ministre furent jugées insuffisantes. Il échouait partout. Comme dernière ressource, il tenta la chance d'une dissolution de toutes les Diètes : les élections furent favorables, en Bohême aux déclarants, en Galicie aux révolutionnistes. Sur 203 sièges du Reichsralh, 75, ceux des Tchèques et de quelques autres Slaves, restèrent vides. Potocki fit place le 7 février 1871 au comte Charles Hohenwart. Son ministère n'aurait point laissé de trace dans l'histoire d'Autriche, si le hasard n'avait attaché son nom à un grand acte : la dénonciation du Concordat. Les décrets du concile du Vatican en fournirent l'occasion. Sous le prétexte que la proclamation de l'infaillibilité pontificale modifiait la condition de l'un des contractants au point d'en faire

une personne autre que celle avec laquelle le traité avait été conclu, l'empereur, sur le rapport du ministre des Cultes Stremayr, ordonna le 30 juillet que le Concordat fût dénoncé à Rome. Il avait pesé quinze ans sur TAutriche.

Le comte Hohenwart, gouverneur de la Haute-Autriche, était, comme Belcredi, un excellent fonctionnaire, d*après Giskra « le modèle des gouverneurs j> ; mais, comme Belcredi^ il était dominé par ses préjugés de caste. Il était Allemand d'origine, mais son ministère fut surnommé par le peuple de Vienne ministère des Bohémiens, parce que deux Tchèques, Jiretchek et Habietinek, reçurent les portefeuilles de llnstruclion et de la Justice : les journaux allemands tonnèrent contre cette audace inouïe de mettre un Tchèque à la tète de Tadminis; tration de Tlnstruclion en Autriche, comme si de droit divin le poste revenait à un Allemand, et Jiretchek, en pleine solennité universitaire , fut sifflé par les étudiants. L'homme à idées du cabinet était le ministre du Commerce, Schâffle, un pro-. fesseur de Tûbingen à qui son zèle anti-prussien avait coûté sa place en Wurtemberg, et qui avait été bientôt dédommagé par une chaire à Vienne. Il fut, dans son court ministère, rinitiateur d'une politique depuis reprise avec succès. Le parti libéral allemand a sa force dans la bourgeoisie, dans les classes moyennes : pour l'atteindre, il faut ouvrir l'accès du corps électoral à la petite bourgeoisie, aux artisans, dociles à la direction démagogique que ne dédaignent pas de leur donner noblesse et clei^é. Noblesse et clergé eussent été les bénéficiaires du nouveau système, comme ils devaient l'être du système de Belcredi; les nationalités slaves n'étaient là que pour masquer leurs ambitions.

Le Reichsrath, en majorité allemand, témoigna au nouveau cabinet la méfiance la moins déguisée : Schmerling, en prenant possession de la présidence de la Chambre des seigneurs, l'attaqua ouvertement ; à la Chambre des députés, on lui prédit L'échec de sa tentative ou la ruine de l'Autriche. Il déposa un projet de loi qui étendait la compétence des Diètes : la question préalable y fut opposée. Un autre projet accordait à la , Galicie la plupart des concessions réclamées dans la Résolu^

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lion : toute la législation intérieure devait relever de la Diète» un ministre galicien siéger toujours dans le cabinet autrichien, les délégués de la Diète au Reichsrath avoir droit de vote en toute affaire même qui ne concernait pas la province. Cette dernière disposition surtout provoqua les critiques des Allemands : il semblait que le ministère voulût se constituer ainsi une majorité toujours dévouée. Sur une interpellation, Ilohenwart se déclara prêt à accorder à la Bohème les mêmes concessions, si elle voulait s*en contenter. La Chambre, par une adresse, dénonça à Tempereur la pernicieuse politique de ses ministres : l'empereur prit parti pour eux. La gauche voulut refuser le budget : mais les grands propriétaires, dans leur loyalisme toujours inquiet, refusèrent de s'associer à un acte aussi révolutionnaire. A peine en possession de son budget, le ministère prorogea le Reichsrath. Il avait désormais les mains libres. Le programme du compromis bohème fut arrêté : on voulait donner satisfaction au peuple tchèque, pour garantir contre la propagande toujours redoutée de la Prusse la frontière du nord. Le 10 août, le Reichsrath fut dissous, de même que les Diètes des provinces allemandes, de Moravie et de Silésie; la dissolution n'épargna que les Diètes fédéralistes. Les élections, comme toujours, donnèrent la majorité au gouvernement : il était certain désormais d'avoir au Reichsrath les deux tiers des voix, et de pouvoir ainsi reviser à son gré la Constitution. Les minorités allemandes protestèrent et se retirèrent. L'intérêt de la session se concentrait sur la Bohême. Le rescrit impérial lu a l'ouverture de la Diète contenait la reconnaissance des droits de la couronne de Saint- Venceslas et la promesse de les conûrmer par l'acte du couronnement. Mais l'empereur avait des engagements déjà pris vis-à-^vis des autres provinces — le Compromis et la Constitution — : il demandait donc à la Diète d'adopter telles mesures qui pussent lui en faciliter l'exécution. La majorité tchèque, restée seule après l'exode des Allemands, adopta sous la conduite de Clam-Marlinitz une adresse à l'empereur qui devait accompagner les Articles fondamentaux. Ceuxci réclamaient pour la Bohême une situation identique à celle

de la Hongrie : ses représentants dans la Délégation cisleithane devaient être élus par la Diète et non par le Reichsrath ; un congrès de délégués des Diètes cisleithanes devait légiférer en matière de commerce et de communications; un Sénat, nommé par Tempereur, exercer les fonctions de gardien et d'interprète de la nouvelle Constitution. Une loi spéciale devait garantir les droits égaux des nationalités, et le règlement électoral de la Diète de Bohème être revisé de façon à assurer leur égalité. La Moravie adhéra aux articles fondamentaux. L'empereur reçut l'adresse avec bienveillance. Il exprima à la députation qui la lui présentait le souhait que la Diète se décidât à élire les député» au Reichsrath : les partis fédéralistes y auraient la majorité» et pourraient légalement modifier la Constitution ; seulement, dit-il, < je ne veux plus rien octroyer ». Mais la noblesse historique ne voulait pas entendre parler du Reichsrath ; dans rinlérêt de sa domination, il fallait que la Bohème dût la satisfaction de ses vœux, non à un Parlement, mais à la cour et à Varistocralie seules. Le grand , maréchal de la Diète, comte Nostitz, décida les députés à quitter Vienne sans entrer en négociations avec le gouvernement. Au même moment, Beust, dans un mémoire à Tempereur, déclarait que la politique de Hohenwart ébranlait dans ses fondements la monarchie austro-hongroise, et remettait en question le Compromis de 1867. Depuis plusieurs mois, les libéraux allemands travaillaient à obtenir l'intervention des Hongrois. Andràssy, mandé à Vienne par l'empereur, confirma que la Hongrie ne consentirait pas à ce que le Compromis fût soumis, même pour une isimple formalité d'enregistrement, à la Diète de Bohême : ayant traité avec la Cîsleithanie, elle ne voulait connaître que la Cisleithanie. Les hommes d'État hongrois craignaient surtout le contre-coup du triomphe des Slaves d'Autriche sur ceux de Hongrie. Un grand conseil de la couronne réunit les trois ministres communs et les deux présidents du conseil, le 20 octobre 1871 : le résultat en fut que les Tchèques devaient avant tout reconnaître la Constitution de décembre. Clam-Martinitz e.t Rieger, appelés i Vienne, s'y refusèrent; le 30 octobre, le ministère démissionna. Beust l'emportait. Huit jours après, l'empereur lui faisait demander sa

démission : son triomphe était trop complet. Le 14 novembre, Andrâssy était nommé ministre des Affaires étrangères : la Hongrie prenait la direction de la politique extérieure de la monarchie, la période d'essai et de transition était close, le dualisme définitivement établi et reconnu en Autriche, avec toutes ses conséquences.

BIBLIOGRAPHIE

A Taide des histoires de MM. de Krones et Léger, on pourra compléter la bibliographie sommaire que voici :

Docuinento ofHelels. — Les comptes rendus sténographiques des diverses assemblées : Reichsralh renforcé, Reichsrath 1861-65 et 1867-71;* Diètes de Bohème et de Galicie; en magyar, Parlements hongrois de 1861 et depuis 1865. — Supplément au Staatsarchiv de Âegidi et Klauhold, 1862.

Joui*iiaux et revue*. — Wiener Zeitung (officiel); Presse (officieux); Neiie Freie Presse (allemand libéral), Vaterland (clérical féodal), de Vienne ; Narodni Listy et Pokrok, de Prague; Pester Lloyd, de Pest; Unsere Zeit, de Leipzig.

Mémoire!» et corref»poiid&iices. — Mémoires de Beust. — Hasner, Denkwiirdigkeiten, 1892. — Arneth, Ans meinem Leben, 1891. — Mémoires de B. V. Meyer. — Dreissig Jahre ai/S dem Leben eines Jourtialisten, 1895. — Discours de Deâk, publiés par K6nyi (en magyar); Correspondance entre A. Grthi et L. Frankl, publiée par B. v. Frankl-Hochwart; Tentrevue de Deàk et de Beust, racontée par Csengery dans la Ungarisohe Bevue^ 4887; les articles de E. Kônyi et Okolicsanyi, sur Andrâssy, dans la Deutsche Revue (avril et mai 1890.)

Écrits de polémique politique. *— Zur Lôsung der ung. Frage, 1860.

— L. Perthaler, Palingenesis et Neun Briefe ûber Verfassungsreform in CEsterreich, 1860. — A. v. Keskemôthy, Ein Jahr aus der Gesehichte Ungarns, 1862. — Drei Jahre Verfassungsstreit, écrit sous la dictée de Szécsen, 1864. — Palacky, L'idée de VÈtat autrichien (allemand et tchèque), 1865.

— Lustkandl, Ungarisch-ôsterreichisches Staatsrecht, 1863; Abhandlungen nus dem ôsterreichischen Staatsrecht, 1866. — Deak, Ein Beitrag zum ung, Staatsrecht, 1865. — Fischhof, OEsterreich und die Bùrgschaften seines Bestandes, 1869.

Ouvrages ultériewns. — Ceux de Luschin v. Ebengreuth, Béer, Rogge (t. 1! et III), Andrâssy, cités ci-dessus au chapitre IV. — Ulbrich, Die rechtliche Natur des ôst.-ung. Monarchie, 1879; (Est, Staatsrecht, 1883.

— Tezner, Der ôsterr. Kaiserlitel, dans la Zeitschrift fur dos Privat-und ôffentl. Recht der Gegenwart, 1898. — Beksics, Der Dualismus.,., dans la Zeitschrift fur ung. ôff, u. Privât Recht, 1895. — Friedjuxig, Der Kampf um die Vorherrschaft in Deutschland, 1897. — Bidermaim, La loi hongroise des nationalités, dans Revue de droit international, 1869 et 1870. — F. ▼. KronoB, Moritz von Kaiser feld,iSSS. — B. Auerbach, Les races et les nationalités en Autriche-Hongrie, 1898.

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