‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 51 sur 176 · Barbier de Meynard, Dictionnaire iurc-françai · texte numérisé non relu

Barbier de Meynard, Dictionnaire iurc-françai

les sociétés musulmanes, est représenté exactement par celui de l'université d'El Azhar, au Caire : 1. Sciences rationnelles : Syntaxe. Grammaire. Rhétorique. Versification. Logique. Droit canon. Terminologie de la tradition. — 2. Sciences imposées : les leçons et Torthoépie du Coran. Les traditions. Exégèse du Coran. Droit, jurisprudence. Succession. — 3. Sciences tenant des deux : Dogmatique.

Bien d'autres obstacles s'opposaient à l'organisation d'un enseignement secondaire en Turquie. Les deux bases sur lesquelles le nôtre est fondé en France, l'internat et la rétribution scolaire, sont contraires à l'esprit et aux usages des musulmans '. A ces difficultés s'ajoutait l'obstacle des distances et des voies de communication. D'autre part, il était plus facile aux familles rurales et aux petites gens de procurer à leurs enfants le bénéfice de l'exemption du service militaire et un gagne-pain à peu près assuré, par l'instruction à la mosquée, que d'en faire des fonctionnaires, en cherchant à les placer dans les Ecoles du gouvernement. Enfin, le premier de tous les éléments, un corps enseignant indigène, faisait absolument défaut. Ce sont des autodidactes, élevés à l'ancienne manière, puis, curieux des choses de l'Occident, les ayant apprises par fragments, qui ont d'abord formé les esprits, en Turquie, jusqu'à 1870. Le nombre des jeunes fonctionnaires élevés en Europe a été trop petit, et ils ont été trop vite absorbés par leurs fonctions, pour qu'ils aient exercé une action sur les esprits des jeunes gens. Ceux qui ont exercé celle action, comme Chinasi Efendi, Soubhi Bey, Zia Bey, Tahsin Efendi, Djevdet Pacha, Kemal Bey, etc., ne sont jamais venus en Occident, ou, quand ils y sont allés, avaient déjà des idées arrêtées jusqu'au parti pris.

L'éducation comportant des programmes occidentaux était

1. Kncore aujourd'hui un musulman de Turquie fort instruit, esprit des plus distingués, M. F... Bey, m'écrit, au sujet d'un projet de fondation de collège dans sa province : « Par collège, je n'entends pas un colicge à la façon française; la vie de pensionnat est teUement incompatible avec nos habitudes qu'on l'a déjà essayée plusieurs fois sans succès; mais les élèves externes n'en travaillent pas moins... Les gens, chez nous, sont si i>eu faits à V dée qu'il faut payer pour apprendre, qu'il est difficile, même lorsqu'ils ont de l'argent, de leur faire donner. »

o40 LE MONDE ISLAMIQUE

d'autant pluB difficile à organiser que toute a partie littéraire, celle qui est représentée, chez nous, par le grec, le latin, Thiâtoire etTesthétique classique, était occupée, pourdes Turcs, par l'arabe, le persan, Thistoire et la littérature musulmanes. Les Turcs devaient donc, bon gré mal gré, rester attachés à leur éducation classique orientale, islamique par les textes litté* raires, parTesprit, par la méthode, et en acquérir les éléments^ ce que nous appelons chez nous c les humanités », avant de s'initier aux études occidentales. D'ailleurs, les gouvernements musulmans n'ont jamais eu l'idée de fonder des universités distribuant une instruction occidentale. Ce qu'ils ont voulu» c'est former, par les méthodes occidentales, un personnel pour les services publics; ils n'ont pas conçu autre chose que des espèces d'écoles professionnelles, techniques.

< L'enseignement, dépendance directe de l'institution ecclé* siastique, se partageait en deux branches : les écoles primaires dites çibiân et ruchdiyés donnaient l'instruction aux deux degrés inférieurs. L'on apprenait dans les unes l'alphabet turc et la lecture du Coran en langue arabe, dans les autres la lecture et l'écriture turques, quelques notions de calcul et de géométrie, l'histoire et la géographie de l'empire*. »

Cette organisation a donné les « écoles pour les commençants, Mekiatib i iptidayièi^^ les « écoles pour les jeunes garçons, Mekiatit i çibianyiè », et les écoles primaires supérieures dilea « de bonne direction », Mekiatibi rtichdyiè. Chaque village, ou bourg d'au moins 600 maisons devait ôlre pourvu d'une école de Ce genre, où l'instruction se donnerait gratuitement. On y enseignait, outre les trois langues musulmanes, arabe, persan et turc, les éléments d'histoire, de géographie et des sciences, et la tenue des livres.

Le môme programme un peu simjplifié régit les écoles de filles, qui n'ont jamais rencontré d'opposition sérieuse en Turquie. La durée de l'enseignement dans les écoles ruchdyiè était de quatre ans. Dans les ruchdyiè spéciales qui servent d'écoles primaires militaires, « ruchdyiè i askeryè » , on enseignait en plus le français.

i. Engelhardt, La Turquie et le Tanzimal,

L'enseignement secondaire a été organisé sur le papier. Théoriquement, dans toutes les villes au-dessus de 1000 maisons, il devait y avoir un collège, idadyiè^ « préparatoire », et dans les chefs-lieux de vilayelSy un lycée impérial, chahanè ou suUanyiè, En réalité, renseignement secondaire se réduisait aux écoles préparatoires à la bureaucratie, aux emplois civils et aux écoles du gouvernement civiles et militaires. L'enseignement supérieur a été, avant tout, technique. C'est, d'abord, TEcole navale fondée en 1852, réorganisée en 1868, et l'École forestière créée en 1878 sous la direction de deux inspecteurs français des forêts (MM. Tassy et Ithème), l'Ecole télégraphique fondée en 1861,

l'Ecole des arts et métiers (420 élèves garçons, et 152 filles en 1874), TEcole des mines; l'Ecole impériale recrutée au moyen <ies ruchdyiès i askeryiè élémentaires, et d^s idadyiè i harhyè préparatoires, qui représentent, en réalité, l'enseignement secondaire en Turquie. Aux écoles militaires se rattachait l'Ecole de médecine militaire (33 élèves sortant en 1873), l'Ecole de l'artillerie et du génie. L'école qui a certainement le plus contribué à former les esprits en Turquie a été l'Ecole impériale de médecine, Mekteb'i-thibbyi-i-Chahané, créée à l'état rudimentaire en 4826.

Celle école est considérée à juste titre comme le meilleur établissement d'instruction publique que possède la Turquie et celui qui a produit jusqu'ici les meilleurs résultats. Elle forme deux sections : la section préparatoire {idadyé), qui peut être assimilée à un établissement secondaire de premier ordre, et la section médicale proprement dite. Les deux sections réunies comptaient 1189 élèves en 1873, savoir, pour la première 887, et pour la seconde 302.

En résumé, dans celte organisation faite de pièces et de morreauXy l'enseignement secondaire était donné dans les écoles préparatoires aux écoles techniques et dans le Lycée français fondé en 1868 à Galata-Seraï, sous l'inspiration de Duruy, Malgré l'opposition du clergé orthodoxe et catholique, ce lycée, dirigé par un Français, M, de Salves, comptait, en 1869, €22 élèves, dont 277 musulmans, 28 Arméniens catholiques, 85 Grecs, 65 catholiques latins,. 29 Israélites, 40. Bulgares,

5^2 LE 3li»NDE ISLAMlglE

7 protestants. Après 1870, le directeur français se retira. On le remplaça par un directeur grec» sous la gestion duquel Técole, déjà réduite, depuis la guerre, i 471 élèTes, en jierdit 109.

Livres. — La bibliographie des livres publiés en turc depuis 1856 donne une idée de la manière dont s*est opérée révolution des esprits musulmans, et du caractère de cette évolution ^ Sur 317 ouvrages imprimés à Constantinople de 1856 à 1869 (117 de i856 à 4860), bien peu sortent de la vieille routine théologique, scolastique, philosophique à la manière du moyen âge, ou de Tamusement littéraire en prose et en vers. Ce sont des essais d'histoire nationale, bien timides d*abord {y Histoire de F empire ottoman y de Khaîroullah Efendi), puis plus hardis (les premiers volumes de VHistoire de Tempire ottoman^ de Djevdet Pacha). Le premier livre pouvant servir a apprendre le français est de 4857; il avait déjà été imprimé en 4849, mais à un très petit nombre d'exemplaires) : c La clef du langage j vocabulaire rimé turc-français, mise à Tusage de ceux qui veulent apprendre avec facilité la langue française, par Kercour Efendi, professeur de grammaire française à TEcole impériale de médecine, traducteur du Bureau des langues étrangères au ministère de la Guerre, et employé du Cabinet des traducteurs ».

Ce premier manuel coûtait encore 50 piastres (12 fr.). Peu de temps après parut un livre de Tuléma Chinasi, les Morceaux choisis (principalement de Racine, de Lamartine, de La Fon* laine et de Fénelon), traduits du français en turc. C'est par ce livre que les Turcs ont commencé à se familiariser avec la pensée occidentale. A partir de cette date, les traductions du français et de l'anglais se suivent rapidement, celle de Molière par Ahmed Yéfyk Pacha, des fragments de J.-J. Rousseau et de Lamartine par Kémal, des pièces de Shakespeare vendues en édition populaire à 40 paras (deux sous); puis on se met i

t. Les élémenls pour faire celte bibliographie entre 1728, date de TinlrocluctioD de rimprimerie en Turquie, et 1856, manquent. De 1822, date de lafondalion de riniprimerie de Boulâq en Eg} pie, à 1843, la plupart des li\Tes turcs proviennent d'Egypte. De 1843, date de la fondation du journal le Djeridé à Constantinople, à 1856, les Turcs ont d'ailleurs imprimé un nombre insigoifiant de livres.

LA TURQUIE 5i3

traduire au hasard, à tort et à travers, depuis les romans dû Voltaire jusqu'à ceux de Xavier de Montépin.

La publication de livres destinés a renseignement et à la vulgarisation scientifique a suivi la même marche lente et désordonnée; le plus ancien traité d'Arithmétique est de 1857. A la même date, et succesrâvement, viennent un « Traité relatif à la découverte de l'Amérique », une « Carte des contrées d'Allemagne », une « Traduction des traités de télégraphie », puis un plan de Smyrne, et un traité de cosmographie, puis le premier Atlas ^ a contenant une mappemonde, les dessins de quelques contrées célèbres et les cartes des cinq parties du monde ». M"' Fatma Aliia parlant des livres turcs avec lesquels elle a commencé, toute seule, son éducation à l'occidentale, les appelle « un magasin de bric-à-brac ».

Le théâtre n'a pas manqué, dans ce renouvellement confus de la pensée orientale. En 1858, au théâtre Naoum, à Péra, un Arménien, Hekimian, fait représenter*, pour la première foisj^ une pièce en turc, le Boun^u bienfaisant^ adaptée de Goldoni. Le gouvernement et les gens de i*eligion essayèrent, à plusieurs reprises, d'étoufTer le goût du théâtre naissant en Turquie. En 1859, les représentations du théâtre Naoum furent interrompues, < faute de l'appui de l'autorité supérieure », dit un journal de Constantinople, en réalité à la requête des ulémas.

La « Jeune Turquie ». — C'est de la presse, et en parti- Tîulier de la presse d'opposition, qu'est sortie la nouvelle littérature turque. Les jeunes gens (presque tous exilés ou réfugiés en France à cetlo époque) qui l'ont transformée, vers 1867'- 1868, écrivaient dans des journaux poursuivis et supprimés, ou clandestins, comme Ylitihad, « l'Union », le Uurriiety « la Liberté », ce dernier publié en turc à Paris, et en traduction arabe au Caire. A leur tète il convient de placer Zia Bey, poète, pamphlétaire, polémiste, et surtout Kemal, dont l'action a été considérable; son roman, Nazmiy ses livres d'histoire patrio-

1. Après TAlIas du Sullaù Sélim Hî, avec la préface de Tacir Efendi.

2. Par des acteurs arméniens. Il existe, actuellement, une littérature drama- -tiqiie turque; les auteurs sont Osm^inlis, mais les acteurs sont Arméniens. . >

tique, conçus à peu près à la manière de V Histoire des Girondins de Lamartine : Kanisza (guerres de Hongrie en 1604), Sultan Fatih (prise de Conslantinople par Mahomet II), ses essais de critique, d^esthétique , de philosophie politique, ont renouvelé la langue turque.

Ce mouvement des esprits se concentre dans la capitale et dans quelques rares villes do province, Salonique, Smyrne, Alep, Bagdad. Il n'y a pas de vie provinciale turque en Turquie. La vie provinciale à Alep, à Bagdad, est arabe, anliturque; en Albanie, où elle cherche à naître, à Elbassan, à Bérat, elle est albanaise. Le mouvement intellectuel, en Turquie, a bien été créé par des provinciaux jusqu'à 1870 et après, mais il s'est produit à Constantinople, et il ne pouvait pas se produire ailleurs.

A ce mouvement laïque a correspondu un mouvement religieux parallèle, mais d'origine différente. LTslamisme, de nos jours, est loin de ressembler à l'Islamisme idéal (non réel), que les théologiens se figurent avoir existé au temps des quatre premiers khalifes. Envahi par les doctrines persanes du Soufisme, la religion de l'Islam n'a cessé, depuis. longtemps, d'évoluer vers le mysticisme. Théoriquement, dogmatiquement, elle n'a pas changé; en fait, elle n'est plus qu'un voile jeté sur les anciennes croyances populaires déformées, et sur des doctrines hétérodoxes qui aboutissent à un véritable panthéisme. Los 4oux grands ordres religieux les plus influents en Turquie, les Derviches Bektachis et les Mevlevis, sont des libertaires panthéistes, « des libertins, au double sens dans lequel on l'entendait au xvu"* siècle », m'écrit un bon observateur. Mes observations personnelles me permettent d'ajouter que ces ordres ont des .tendances révolutionnaires qui vont jusqu'au républicanisme socialiste.

En frappant les Janissaires, Sultan Mahmoud, frappait l'ordre des Bektachis, auquel ils étaient affiliés ; l'approbation des doc* 4eurs en théologie officielle,, de ce .qui représente l'Église dans l'Islamisme, lui était acquise, mais il s'aliénait les sectes mystiques et panthéistes qui professent officiellement l'orthodoxie, €t qui se comportent, depuis cinquante, ans, comme de vérir

tables sociétés secrètes. La doctrine des Bektachis est le panr théisme, avec une trinité composée d'Ali, de Mahomet, et de saint Bektach (saint Haralambos, chez les Grecs d'Asie), troisième incarnation messianique. L esprit révolutionnaire que le contact avec TEurope a développé chez les « Jeunes Turcs », et celui qui a ses racines dans Flslamisme (soit dans le puritanisme islamique, républicain et collectiviste, soit dans le mysticisme panthéiste et anarchiste), se sont côtoyés pendant quelque temps; c'est vers 1868 qu'ils ont pris contact; à cette date quelques « Jeunes Turcs » sont entrés en rapport avec les Bektachis, et avec les Babisy dont nous parlerons plus loin.

Les Turcs s'étaient imaginé sérieusement qu'un certain nombre de réformes à l'européenne, décrétées sur le papier par leur gouvernement, allait ramener l'abondance dans leurs pays, mettre l'ordre dans leur administration, arrêter les projets malveillants des puissances et les velléités d'indépendance des sujets chrétiens de l'empire. Quand ils s'aperçurent que la misère économique allait en augmentant, que l'hostilité de l'étranger n'était pas enrayée, que les réformes aboutissaient aux emprunts et à la guerre de Crimée, c'est à leur gouvernement qu'ils s'en prirent. Le parti d'opposition se forma contre les ministres de la réforme, Ali Pacha et Fuad Pacha, les uns les accusant d'avoir mal réformé, les autres de ne pas avoir assez réformé, et tous ensemble, de rompre avec la tradition nationale, de ne pas être patriotes. Quelques habiles, conseillés par des aventuriers occidentaux, jugèrent qu'ils pouvaient tirer avantage du mouvement, en se donnant en Occident pour des libéraux et pour les initiateurs de ce mouvement qu'ils dénaturaient devant les Occidentaux aQn de l'exploiter à leur profit; ce furent eux qui représentèrent le parti avancé dans l'opinion occidentale. Quand on se trouva en présence de la véritable « Jeune Turquie », les Européens furent tout surpris d'avoir affaire à des Turcs, très turcs, très nationaux, très anti-européens parce qu'ils étaient nationaux, et les accusèrent de fanatisme.

Le sentiment constant des « Jeunes Turcs » a été que l'Europe détestait leur pays, et ne cherchait qu'à le duper. Ils ont

niVrOmB O^liRALB. XI. 35

fidmiré l'œuvre scientifique et littéraire de TEurope, sanâ réserve; ils se sont, àMtons rompus, individuellement, chacun •suivant son tempérament, enthousiasmés de bonne foi pour des systèmes, ou plutôt pour des révolutions politiques, pour Gromwell, pour Rousseau, pour Robespierre, pour Lamartine; mais ils n'ont jamais songé à adapter telles quelles des institutions politiques européennes à leur pays, et ils ont fait une opposition constante aux copies que leur gouvernement faisait semblant d*introduire chez eux.

Cependant leur éducation se faisait peu à peu, à leur manière, décousue — mais originale. Dès 1864, Topposition avait acquis assez de force en Turquie pour que le gouvernement crût nécessaire de modifier la loi sur la presse, par des dispositions autoritaires empruntées à la législation française de la même époque (autorisation préalable, signature obligatoire, communiqués, avertissements, suspension, interdiction du territoire aux journaux d'opposition, etc.). On vit, pour la première fois, dans un pays musulman, où vingt ans auparavant il n*y avait ni journaux, ni livres, où toutes ces choses pernicieuses étaient considérées comme bida, < innovation réprouvée par la religion », on vit des musulmans réclamer la liberté de la presse. En même temps que, dans la capitale, cette opposition, d*apparence européenne, d'allures libérales, prenait corps chez des jeunes gens exaltés par la lecture des livres occidentaux, elle se manifestait en province sous une autre forme, tout à fait orientale. Les sectes mystiques, et avec elles très probablement les Bektachis, sûrement les Babis, prêchaient la réforme religieuse en Anatolie, notamment à Koniah et à Scutari d*Asie. A cette date commence la série des prises d*armes arabes sur TEuphrate, et des sectaires Ansariés et Druscs, au nord et au sud de la Syrie, qui ont plus d'une fois nécessité de la part des Turcs de sérieux efTorls militaires. Les. jeunes gens dsinanlis de l'opposition, mêlant dans leurs rêveries le romantisme révolutionnaire européen et les souvenirs des grandes agitations arabes dont leur éducation classique musulmane les avait imprégnés, bâtirent le. roman d'une révolution turque initiée pav dés Ai^abès«

. la: TURQUIE 64t?

C'est ainsi que leur enthousiasme arabophile les conduisit à entrer en relçitions avec le prince égyptien Moustafa Fazyl, un intrigant à petit cerveau, sec et égoïste, qui vit dans leurs offres une affaire, et dirigea la spéculation comme une com* binaison propre à lui faire donner Tinvestiture de TEgyple. Assisté d'une camarilla d'intrigants européens, il projeta de se faire passer, en Europe, pour le chef en Orient d'un parti libéral à la manière européenne. Ce fut ainsi que se forma la première « Jeune Turquie », parti de commande, où tout le monde se dupait, à commencer par les vrais « Jeunes Turcs »^ qui ne voyaient en Moustafa qu'un homme de paille et un bailleur de fonds. C'est ce parti-là que l'Occident a connu.

L'enthousiasme des a Jeunes Turcs j> pour les souvenirs arabes les avait amenés à faire entrer, dans le monde fermé de VOsmanliliq^ de « l'osmanlité », un certain nombre de Syriens, gens à l'esprit plus ouvert et surtout plus souple que les vrais Osmanlis, toujours un peu gourmés. Pour la première fois, le monde arabe et le monde turc se rapprochaient, dans une pensée à la fois nationale et libérale. Pendant que le prince Moustafa Fazyl subventionnait dçs journaux en Europe, et amusait les « Jeunes Turcs \ avec des projets de constitution, les impatients du parti, les sincères, formaient un complot à Constantinople; leur projet était de s'emparer du sultan, de le remplacer par un autre membre de la famille impériale, sous le nom duquel ils auraient établi un gouvernement constitutionnel d'abord, une république plus tard. Les Arabes, sur lesquels ils comptaient, auraient élu dans les formes un vrai khalife, un pape musulman, qui aurait siégé à la Mecque et donné l'investiture à la République ottomane. Tel était le programme, du moins tel il m'a été communiqué en 1868 par les exilés du parti qui se réfugièrent à Paris, et qui iFormaient deux groupes : l'un constitutionnel et modéré, dirige par Zia Bey ; l'autre répùblicain et révolutionnaire, formé de Mehemed Bey, Osmanli de vieille famille aristocratique, des Turcs d'Anatolie Réchad Bey et Nouri Bey, de l'écrivain albanais Kémal, de Tuléma albanais Tahsin, de l'uléma Ali Suavi, du Syrien Anis El Bittar, d'un Arménien que je ne puis pas nommer, etc. Un général de

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brigade de la garde, Hussein Pacha, vint rejoindre les exilés, avec un colonel d'origine polonaise. Moustafa Fazyl fournissait les subsides avec lesquels furent fondés successivement VlUihad (rUnion) et la Hurriiet (la Liberté). En somme, le parti n*avail pas de racines profondes dans le pays.

Parallèlement a Fidée, encore rudimentaire , <I*une nationalité basée sur la race, la conception d*un Islamisme capable de s*adapter aux circonstances de race, de temps et de milieu, s*est récemment formée en Turquie. Dès 4860, on peut distinguer des traces d*une interprétation rationaliste du Coran, dans des publications turques ; nous citerons, à cette date, un petit livre très répandu, écrit d ailleurs avec Tintention de glorifier rislamisme, et dont le titre indique suffisamment Tesprit rationaliste; c'est la € Médecine du Prophète^ traité des préceptes hygiéniques qui sont contenus dans le Coran ». A celle même époque se sont développées les doctrines du libre examen renouvelées des Molazélites, des libres penseurs persécutés sous les Abbasides.

IL — U Egypte.

Lorsque le Turc macédonien Méhémet-Ali conçut le projet d'organiser l'Egypte à l'aide des méthodes européennes, il ne pensa pas un instant à se servir, pour cette organisation, des véritables indigènes, autochtones parlant arabe, ou assimilés aux autochtones. Il remplaça simplement la classe dirigeante des Mamelouks par une aulre classe dirigeante composée de colons turcs, albanais, kurdes, arméniens, grecs, syriens, auxquels il incorpora les esclaves circassiens et géorgiens que possédait la société des Mamelouks. Les souverains de l'Egyple se préoccupaient très peu de former un esprit public parmi les fonclionnaires — c'est-à-dire, dans leur idée, parmi les serviteurs qu'ils employaient pour régir leurs domaines; ils voulaient simplement leur donner des aptitudes égales à celles des fonctionnaires européens, et assurer leur recrutement; ils voulaient créer une classe de Musulmans capables d'administrer et

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