Voir t. X
HiSTOIMB OftniRALI. XI. "*"
les Conseils législatifs des quatre grandes colonies firent préparer par des commissions des projets défînitifs que le Parlement métropolitain et la reine approuvèrent et qui furent promulgués en 1853. Les premières élections sous le nouveau régime eurent lieu en 1855-56.
L'initiative de la réforme était venue du vieux parti libéral formé sous les gouverneurs absolus (1820-1842). Les constitutions furent mises en vigueur au moment où la nouvelle population ouvrière et démocratique, arrivée depuis 1851, avait le droit de suffrage : parmi les nouveaux venus se trouvaient des républicains irlandais, des chartistes qui avaient fui TÂngleterre aristocratique et qui conservaient leur programme de réformes radicales. Ils en firent entrer une partie dans les nouvelles constitutions, soit dès le début, soit au bout de quelques années, malgré les conservateurs et môme malgré Wentworth et ses amis, qui se séparaient prudemment des « chartistes » et des « socialistes rouges )».
Dans la première forme des constitutions australiennes on trouve un compromis entre la démocratie etle libéralisme modéré. Les législatures de Victoria, Nouvelle-Galles, Australie méridionale, Tasmanie, se composent de deux Chambres, TAssemblée législative (nom nouveau) et le Conseil législatif (nom de 1847).
1' h* Assemblée législative est élue soit par des censitaires, soit au suffrage universel. Sur ce point c'est TAustralie méridionale qui a été le plus loin; dès 1855 elle a institué le suffrage universel pour Télection des membres de la Chambre. A part les Étals-Unis, TAuslralie méridionale est le premier pays anglais qui ait adopté le suffrage universel. La même colonie a établi dès 1856 un mode de scrutin secret connu sous le nom de ballot et dont voici le fonctionnement : Tadministration fait imprimer des bulletins avec les noms de tous les candidats; Télecleur, en arrivant à la salle de vote, en reçoit un, se retire derrière une cloison, fait une marque à côté du nom de son candidat, plie le bulletin et le remet à la personne qui préside aux opérations. Le suffrage universel et le ballot faisaient partie du programme des radicaux anglais. Ils ont été adoptés peu à peu par les autres colonies australiennes (exception faîte —
pour le suffrage universel — de la Tasmanie). L'Angleterre n'a pas le suffrage universel et n'a adopté le balloi, sous le nom de système australien y qu'en 4872.
Dans les constitutions australiennes de 1855, pour être député de TÂssemblée, il suffisait de remplir les mêmes conditions que pour être électeur, sauf en Victoria où les députés devaient avoir une propriété de 50000 francs ou un revenu annuel de 5000 francs. Cette disposition, abrogée depuis, avait été adoptée en faveur des squatters et contre les nouveaux immigrés. Les députés à l'Assemblée n'étaient pas payés, suivant le système anglais. De 1861 à 1870, des propositions d'indemnité aux représentants furent adoptées plusieurs fois par l'Assemblée de Victoria, mais repoussées par le Conseil législatif. L'Assemblée législative était élue pour trois ans (Australie méridionale) ou pour cinq ; comme la Chambre des communes anglaise, elle votait seule le budget.
2^ Le Conseil législatif, qui forme la Haute-Chambre, est nommé à vie par le gouverneur dans la Nouvelle-Galles du Sud: Wentworth aurait désiré pour la Nouvelle-Galles une Chambre des pairs héréditaire, mais sa proposition ne fut pas adoptée. Dans les trois autres colonies, les membres du Conseil législatif sont élus à temps par des électeurs censitaires (propriétaires fonciers) et renouvelés par séries. Le revenu nécessaire pour être électeur au Conseil fut abaissé dans plusieurs colonies. En 1868, à Victoria, il fut réduit de 2 500 francs à 1 250 francs par an, et le nombre des électeurs fut ainsi triplé.
Le gouverneur conserve le droit de veto, non plus en son propre nom, comme auparavant, mais au nom de la Couronne. II prend son ministère dans la majorité de l'Assemblée. Pour l'installation des ministères responsables, il y eut une difficulté. Que devait-on faire des fonctionnaires chefs de service qui avaient jusque-là tenu lieu de ministres? Les colonies se décidèrent à leur donner une indemnité et ils cédèrent la place aux ministres pris dans les Assemblées.
L'instruction publique en Nouvelle-G-alles (1866). — Dès lors chacune des grandes colonies australiennes est maîtresse de son administration. En 1866, la Nouvelle-Galles
du Sud devance FAngleterre et la plupart des Etats européens dans Torganisalion de renseignement primaire. Dès 1844, on avait institué, à côté des écoles confessionnelles {denominational), des écoles nationales. La loi de 1866 créa un Conseil d'éducation, sorte de ministère de Tinstruction publique (primaire) : toutes les écoles furent soumises au contrôle de TElal; les écoles confessionnelles ne reçurent plus de subventions, sinon dans le cas où elles seraient fondées dans un centre sans écoles nationales, et à condition d^être ouvertes aux enfants de toutes les religpions. L*évèque anglican de Sydney se plaignit en disant que cette loi < étoufferait les écoles religieuses », L'archevêque catholique accusa le gouvernement de « détruire les principes de la religion et de la morale dans les écoles publiques ».
Les colonies et la vente des terres publiques. — Les colonies devenues autonomes sont obligées de pourvoir ellesmêmes à leur défense en organisant des volontaires. Les colonies doivent aussi s'occuper de faire venir les émigrants. La Nouvelle-Galles organise une agence d'émigration à Londres (1861). Le Queensland l'imite (1864).
En revanche, le gouvernement impérial abandonne, après l'institution du gouvernement responsable, la disposition des terres publiques aux diverses colonies. La législation agraire commence à varier d'une colonie à l'autre. Mais la tendance générale est à peu près la même partout. Les nouveaux immigrés demandent à acheter des terres; les gouvernements sont obligés de prendre des concessions sur les grands espaces loués aux squatters et où ceux-ci se croyaient définitivement installés depuis les lois de 1847. La lutte entre squatters et colons commence dans la période de l'or. Les diggers qui trouvent un bon gisement demandent à l'acheter; or, il se trouve souvent sur un run loué à un squatter, et celui-ci réclame le droit de préemption qui lui a été reconnu en 1847. Plus tard, ce sont des agriculteurs qui se plaignent de ne pouvoir s'établir nulle part, les bonnes terres étant toutes louées aux squatters. La Nouvelle- Galles prend, en 1861, l'initiative d'une mesure en faveur des petits propriétaires : la loi pose le principe du ' libre choix
[free sélection). Chacun a le droit de choisir dans les terres publiques de 30 à 40 acres, à Tendroit qui lui convient, au prix de 25 francs Tacre, payé un quart comptant et le reste par annuités et sans intérêts pendant les trois premières années. Des lois analogues sont votées en Victoria (i862) et en Queensland (1868). Les selectors s'enfoncent dans l'intérieur, choisissent un lot, l'achètent, y construisent une petite maison, créent un jardin et un champ; ils entourent leur terre de barrières pour empêcher les moutons de passer. Les squatters surnomment ces colons {settlers) les cacatois; ils évitent d'entrer en relations avec eux, les laissent dans leur solitude, troublent l'eau dans leur voisinage ou les empêchent de faire des travaux d'irrigation. La vie des settlers est une des plus tristes qu'on puisse imaginer. Les squatters ont des chevaux et se rendent visite dans les fêtes et aux moments de loisir. Le cacatois vit seul avec sa Bible.
La législation en faveur des selectors a été tournée par les spéculateurs : les squatters ou des financiers font acheter plusieurs lots contigus par des hommes de paille et réussissent à constituer d'immenses propriétés en dépit de la loi. On a essayé par différentes mesures de ne créer que de petites propriétés. On a obligé chaque acheteur à clore son lot, à y construire une habitation, à en cultiver la lO'' partie au moins. En Victoria, on a décidé (1869) que les lots seraient loués d'abord pendant trois ans, et qu'ils seraient vendus (ou loués pour plus longtemps) si le selector remplissait ses obligations.
La loi Torrens. — Sir Robert Torrens, haut fonctionnaire de l'Australie méridionale, a attaché son nom à une loi destinée à rendre la propriété foncière à la fois plus certaine et plus facile à transmettre. Dans le système Torrens, chaque propriété a son état civil comme une personne. Quand l'Etat concède un lot, il en conserve, sur une fiche ou sur un registre, une description, un croquis et un plan. Ces indications sont répétées sur un titre (analogue à nos extraits des actes de l'état civil) qui est donné au propriétaire. Les hypothèques doivent être inscrites à la fois sur les registres de l'État et sur le titre du propriétaire; de même pour les ventes, échanges, héritages. Avec
la loi Torrens, il ne suffit pas, pour être propriétaire, d'avoir acheté la terre : beaucoup de squatters Tavaient achetée ou avaient fait semblant de Tacheter à un indigène ou à un faux propriétaire.- Il faut avoir acheté la terre à TEtat directement ou à la personne à qui TElat a vendu un titre. L'application de ce système est facile dans un pays neuf comme l'Australie, où toutes les terres ont été déclarées terres de la Couronne et où les premières concessions remontent à moins d'un siècle. Outre l'avantage de créer de véritables titres de propriété, le système Torrens permet au détenteur de ces titres d'emprunter par hypothèques ou de vendre son bien plus facilement et plus vite. Torrens avait voulu rendre la propriété foncière n^ociable aussi facilement que celle des vaisseaux, et il a appliqué à la première les usages de la seconde. La loi Torrens, ou loi sur la propriété foncière, a été adoptée par l'Australie méridionale en 1858, par le Queensland et la Tasmanie en 1861, la Nouvelle-Galles et Victoria en 1867, la Nouvelle-Zélande en 1870, l'Australie occidentale en 1874, puis par la Colombie britannique, l'Etat d'Iowa, appliquée aux lies Fidji, aux colonies anglaises du détroit de Malacca, et enfin (1885) à la Tunisie. La colonie du Queensland (1859). — Le territoire Nord (1863). — L'exploration de l'Intérieur. — Le peuplement de l'Australie eut pour conséquence un nouveau démembrement de la colonie-mère. En 1859, la partie nord de . la Nouvelle-Galles, appelée jusque-là district de la baie de Moreton, fut érigée en colonie autonome sous le nom de Queensland. La nouvelle colonie reçut dès le début le régime parlementaire et le gouvernement responsable sur le modèle de 1855. L'origine du Queensland était un dépôt de condamnés incorrigibles établi en 1824 dans la baie de Moreton; les constructions élevées en cet endroit reçurent le nom de Brisbane et furent la première ébauche de la capitale actuelle. La transportation cessa en 1842. Les colons occupaient surtout les environs de Brisbane, où ils élevaient du bétail dans les collines bien arrosées du haut Darling et des moutons dans les steppes. Le nord de la colonie a un climat et des productions tropicales; quelques planteurs de canne à sucre s'y établirent.