‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 64 sur 176 · LA MÉTROPOLE ET LES COLONIES DE 1848 A · texte numérisé non relu

LA MÉTROPOLE ET LES COLONIES DE 1848 A

comme Tindustrie se développait, les patrons étaient contre rémigration. Quand des envoyés de la Nouvelle-Galles arrivèrent à Londres pour organiser un bureau d'émigration (en 1861), un industriel leur dit : « Au lieu de nous enlever nos ouvriers, pourquoi ne reprenez-vous pas des convicls? » A cette époque, les théories de l'école de Manchester ont triomphé dans les classes dirigeantes et Ton abandonne au libre jeu des « lois naturelles » Témigration comme la plupart des affaires coloniales.

La vapeur et rélecfMoité. — L*époque où les colonies deviennent autonomes est en même temps Tépoque où rétablissement de services de navigation à vapeur et de câbles télégraphiques leur permet des communications plus rapides et plus fréquentes avec la métropole. Les premières lignes de steamers d'Angleterre aux colonies sont celles qui desservent l'Australie et le Canada, établies Tune en 1852 et l'autre en 1853. La première tentative pour poser un câble sous-marin de grandes dimensions a été faite entre l'Irlande et l'Amérique du Nord en 1858. Le câble s'étant rompu, une deuxième tentative fut faite avec le plus grand succès en 1866. Aujourd'hui, toutes les colonies, sauf les îles Falkland (desservies par une ligne allemande de Hamboui^ à Yalparaiso), sont rattachées à la métropole par des services à vapeur réguliers. Le percement du canal de Suez, terminé en 1869, a rapproché de l'Angleterre l'Inde et l'Australie. Toutes les colonies importantes sont reliées â Londres par des câbles sous-marins ; la plupart des câbles qui existent sous les océans appartiennent â des compagnies anglaises.

La vapeur et l'électricité ont eu une grande influence sur la politique coloniale. Vers 1848, les gouverneurs des colonies éloignées ne reçoivent les dépèches du ministre qu'à de rares intervalles; le gouvernement est obligé de leur laisser une grande initiative, et peut se trouver par eux engagé malgré lui dans des guerres, des annexions, des luttes contre les colons. Vers 1870, le ministre dirige lui-même l'administration colo-niale jusque dans ses détails, et le moment approche où l'on dira que l'Inde et les colonies sont gouvernées par télégraphe depuis Downing Street.

608 COLONIES ET DÉPENDANCES DU ROYAUMB-INI

//. — L'Amérique du Nord anglaise jusqu'à la constitution du Dominion of Canada

En 4847, l'Amérique du Nord anglaise se compose : 1* de cinq colonies : le Canada, le Nouyeau-Bronswick, la Nouvelle-Ecosse, Tile du Cap-Breton, Terre-NeuYc; 2* des territoires de la Compagnie de la Baie de Hudson» comprenant tout le nord, le centre et l'ouest avec les parties qui forment aujourd'hui les colonies autonomes de Colombie britannique et de Manitoba.

Les frontières du Canada et des Etats-Unis Tiennent d*ètre officiellement déterminées. En 1842, on a déterminé les limites de TElat du Maine et de la colonie du Nouyeau-Brunswick; les Canadiens ont été mécontents de ce règlement et Font surnommé la capitulation d'Âshburton (du nom du négociateur anglais). En 1846, les colons des Etats-Unis sont arrivés sur la côte du Pacifique dans des territoires réclamés par la Compagnie. Les Américains voulaient fermer le Pacifique aux Anglais, et Ton vit un parti prendre comme programme : « 54°40 ou la guerre! » On négocia, et la frontière fut arrêtée au 4d^. Du côté du nord le pays est très mal connu. La Compagnie n'aime ni les mission* naires, ni les explorateurs. Le passage nord-ouest entre l'Atlantique et le Pacifique n'a pas encore été reconnu. La seule colonie qui ait un peu de vie politique est le Canada.

Triomphe des libéraux et du régime parlementaire au Canada. — Lorsqu'on avait accordé le régime parlementaire au Canada (1840), on avait en même temps, et par défiance contre les Français, décidé Vunion des deux anciennes colonies : Bas-Canada, capitale Québec, avec une population française ; Haut-Canada, capitale Toronto, avec une population anglaise; chacune ne formait plus qu'une province de la nou^ vellc colonie appelée Canada, et chacune envoyait au parle* ment siégeant à Montréal un nombre égal de députés, quoique

le Haut-Canada fût moins peuplé. Deux partis s*étaient formés dans le parlement : le parti libéral, en majorité français, le parti tory, en majorité anglais. Les libéraux avaient eu la majorité dans le premier parlement; mais en 1844, sous le ministère conservateur Peel, le gouverneur Metcalfe réussit à faire passer un grand nombre de lories et prit les ministres parmi eux. Les libéraux, ayant réussi après plusieurs années d'effort à grouper autour d'eux la majorité des députés, mirent le ministère en échec; le gouverneur refusa de le renvoyer et le conflit s'engagea sur la question de savoir si le ministère canadien devait se retirer quand la majorité se prononçait contre lui. Le gouverneur Metcalfe fut remplacé par lord Elgin qui arriva en 1847, au moment où les libéraux reprenaient le. pouvoir en Angleterre. Lord Elgin fit faire de nouvelles élections qui donnèrent aux libéraux 54 députés contre 20, et il prit son ministère dans la majorité. Les prérogatives du parlement étaient définitivement reconnues au Canada (1847-48). Lord Elgin suivit une politique de conciliation favorable aux Franco- Canadiens. L'usage de la langue française dans les. discussions parlementaires fut autorisé pour la première fois. En 1849, lord Elgin, en ouvrant la session, prononça le discours du trône en français. Une amnistie fut publiée pour tous les faits de rébellion des années 1837-1838. Les tories furent très mécontents de ces mesures : ce qui mit au comble leur irritation fut le vote de 2500 000 francs d'indemnités aux habitants du Bas-Canada lésés pendant l'insurrection de 1837-38. Les tories déclarèrent que c'était récompenser la rébellion; ils firent une opposition violente à la mesure dans le parlement de Montréal. Quand elle eut passé et qu'elle eut été sanctionnée par le gouverneur, les conservateurs anglais firent une émeute à Montréal; le palais du parlement fut attaqué et incendié, les demeures des leaders libéraux saccagées pendant plusieurs jours; lord Elgin, qui cherchait à rétablir l'ordre, fut reçu à coups de pierres et sa femme insultée (1849). Le gouverneur décida que le siège de la législature serait transporté à Toronto, et pour le prochain parlement à Québec. Les tories canadiens adressèrent une pétition au parlement anglais pour le prier de ne pas approuver

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la loi des indemnités; mais la loi fut défendue par le cabinet libéral Russell, adoptée par le parlement et sanctionnée par la reine. Ce fut la fin de la crise violente commencée en 1837.

Les partis politiques au Canada. — Lies années suivanles sont occupées par les discussions sur les réformes proposées par les libéraux. Le programme arrêté en 1847 par leur principale organisation, Y Association constitutionnelle delà réforme et du progrès, comprenait la responsabilité des ministres, la réforme électorale, le libre-échange et la liberté de navigation sur le Saint-Laurent, la vente des terres de la couronne à un prix moins élevé. Les forces des libéraux ou bleus étaient à Québec et dans le Bas-Canada, mais ils avaient des adhérents parmi les députés du Haut-Canada. De leur parti s*est détachée une extrême gauche, les libéraux-démocrates ou rouges, qui réclament Tabolition des dîmes et le suffrage universel; les rouges ont d'abord comme unique député un des chefs du mouvement franco-canadien de 1837, Papineau; il se retire aux élections de 1854 et fait place à des représentants plus jeunes.

L'ancien parti anglais du Haut-Canada se coupe comme Tancien parti français ; les deux groupes les plus importants sont les conservateurs, auxquels sont alliés quelques conservateurs français, et les libéraux, alliés aux bleus : à côté se forme le parti gris {clear grit) qui compte, en 1850, 5 députés; les gris s*appuient sur les presbytériens écossais, ont à peu près le même programme que les rouges et s'allient à eux en 1854 pour réclamer la suppression des tenures seigneuriales, Tabolition des dîmes, les écoles publiques ouvertes à toutes les confessions, les parlements annuels, le vote au scrutin secret, l'élection des juges de paix. Les rouges et les gris se sont déclarés en 1849 et en 1850 favorables à l'annexion aux Etats-Unis : ils n'avaient alors que 6 députés en tout. Dès que le nombre de leurs représentants augmente, ils deviennent loyalistes. Les partis ne sont plus taillés exactement suivant les deux langues et les deux provinces. Ils se groupent de la façon suivante : 1® libéraux-modérés français ou bleus et libéraux anglais; 2'' conservateurs anglais intransigeants ou tories; 3^ démo-

crates français ou rouges; 4° démocrates anglais ou gris\ ces deux derniers partis sont généralement coalisés.

Après les réformes de 1854, les partis se réduisent à deux : 1^ les tories intransigeants du Haut-Canada disparaissent; les bleus, ayant réalisé leur programme, s'unissent aux conservateurs anglais et ces deux fractions forment le parti conservateur ; 2f quelques bleus, les rouges et les gris constituent le parti libéral, qui a son principal centre en Haut-Canada. Les leaders des deux partis sont d'origine anglaise : Mac Nab, puis Mac Donald pour les conservateurs; Brown, puis Mackenzie pour les libéraux. Les conservateurs défendent Tégalité des deux représentations, sont protectionnistes et hostiles aux Etats- Unis. Les libéraux réclament une représentation proportionnelle à la population (favorable par conséquent au Haut-Canada) et sont libre-échangistes. En 1861, Tun d'eux a déclaré qu'il était pour l'annexion aux Etats-Unis, si on ne donnait pas satisfaction aux demandes de son parti. Les libéraux n'ont eu le pouvoir qu'à deux moments très courts (1858 et 1862-63). De 1854 à 1873, la coalition conservatrice gouverne presque sans interruption. Son chef, Mac Donald, a été le principal fondateur du Dominion.

Abolition des réserves ecclésiastiques, des droits seigneuriaux (1854). Réforme électorale et parlementaire. — Le parlement élu en 1854 comptait une majorité de représentants favorables à la sécularisation des terres réservées pour l'entretien du clergé et à la suppression des tenures féodales, deux grosses réformes depuis longtemps en question.

D'après l'acte constitutionnel de 1791, le septième des terres de la couronne devait être réservé pour l'entretien du clergé protestant. Le clergé anglican avait d'abord été seul à profiter de ces réserves. En 1837, les presbytériens, nombreux dans la colonie par suite de l'immigration écossaise, avaient réclamé leur part et la Cour suprême de la métropole avait décidé que toutes les confessions protestantes avaient droit aux terres réservées. Les catholiques, exclus du partage, et les démocrates, parti laïque, demandaient la sécularisation des réserves. Le ministère impérial Derby (conservateur) retarda pendant quelques

mois cette mesure. En 1854, enfin, fut prononcée la sécularisation des réserves ecclésiastiques au profit des municipalités, exception faite pour les rentes et allocations accordées avant 1848, qui devaient durer jusqu*à la mort de leur titulaire.

La question des droits seigneuriaux ne se posait que dans le Bas-Canada» où elle remontait à la colonisation française. Les descendants et héritiers des seigneurs créés au xvii® siècle avaient conservé la propriété du sol et le droit d*avoir des banalités, four, moulin, etc. Les paysans étaient leurs tenanciers et leur payaient chaque année un cens pour l'occupation de la terre. L'abolition des droits seigneuriaux était en question depuis 1845. Les Anglais du Haut-Canada en réclamaient la suppression pure et simple; les seigneurs français réclamaient au moins une indemnité. Un d'entre eux, Papineau, d'ailleurs démocrate à outrance, fit à la Chambre la déclaration suivante : «r Je suis un grand réformiste pour les changements politiques nécessaires, mais je suis un grand conservateur pour la conservation du droit sacré de propriété. »

La question fut réglée par un compromis. En 1854, le Parlement affecta, malgré l'opposition du Haut-Canada, 2 600 000 livres st. à prendre sur les fonds publics et 1 500 000 livres st. d'impôts nouveaux au rachat des banalités, de la perception par le seigneur du douzième sur les lods et ventes, et de son droit de retrait. Le rachat a été facilité par une nouvelle subvention votée en 1859. Quant aux cens et rentes, on donna aux censitaires la faculté de les racheter : beaucoup ont négligé d'en user. On a fait un cadastre et on a fixé les cens et rentes. Les seigneurs ont conservé la propriété de celles de leurs terres qui n'étaient pas concédées.

En 1866, les lois nombreuses et compliquées du Bas-Canada furent réunies en un code civil. On se rappelle que le Bas- Canada a conservé les lois et coutumes qui le régissaient au moment de son annexion à l'Angleterre.

Parmi les autres réformes, la plus importante est la réforme électorale et parlementaire promise parle parti libéral. En 1853, le cens électoral fut abaissé ; les démocrates demandèrent sans succès le suffrage universel. La même année, le nombre des

députés fut augmenté et passa de 84 à 130. Chaque province conserva un nombre égal de représentants conformément au principe établi en 1840. Cette fois Tégalité de représentation favorisait le Bas-Canada, car le recensement de 1852 avait révélé que la province la plus peuplée était maintenant le Haut- Canada. Aussi vit-on les Bas-Canadiens s'attacher à Tégalité de représentation qu'ils avaient si fort combattue, tandis que les Haut-Canadiens, particulièrement les démocrates, réclamaient, sans succès, une représentation proportionnelle au nombre des habitants.

Le Conseil législatif (haute Chambre) devint électif en 1856; mais il ne fut pas renouvelé intégralement ; on décida que ses membres resteraient en fonctions jusqu'à leur mort et seraient remplacés par 48 nouveaux membres élus tous les deux ans par groupe de douze; ces membres devraient être des propriétaires fonciers possédant une terre d'une valeur supérieure à 2 000 louis. Le Conseil législatif obtint en 1860 le droit de choisir son président.

Progrès économiques : travaux publics. — Le gouvernement libéral a établi des tarifs de douane modérés et a fait exécuter de grands travaux destinés à améliorer les voies de communication. Le Canada, comme toutes les colonies autonomes de TAngleterre, est maître de son régime douanier. De 1846 à 1849 son gouvernement, imitant l'exemple de l'Angleterre, a décrété la liberté du commerce et il a ouvert le Saint- Laurent aux navires étrangers. En 1850 a été achevé le réseau des grands canaux du Saint-Laurent. De 1847 à 1851, le télégraphe électrique a été installé entre les grandes villes. En 1850, le service des postes a été réglé avec un tarif uniforme entre toutes les colonies anglaises de T Amérique du Nord. Le premier chemin de fer avait été établi dès 1837. En 1851, le Canada, la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau Brunswick, ont voté des garanties d'intérêts aux lignes de chemin de fer importantes. Le Canada a été relié par voie ferrée aux Grands Lacs (c'est l'amorce du futur transcontinental) et aux États-Unis (1851), avec lesquels il communiquait déjà par canaux. En 1853, on a volé une subvention pour l'établissement d'une ligne de stea-

mers entre le Canada et TAngleterre. Le commerce du Canada a triplé en dix ans. La population, qui dépassait à peine un million d'habitants en 1840, s'élève à 1 848 265 habitants lors du premier recensement régulier, en 1851, et à 2 506 000 habitants en 1861 . Les recettes de l'État ont passé de 6 250 000 francs en 1840 à 22 500000 francs en 1861, mais les emprunts des* tinés aux travaux publics ont décuplé la dette (30 millions de francs en 1840, 280 en 1861). Le Canada uni est beaucoup plus peuplé et plus riche à lui seul que les autres colonies de TAmérique du Nord toutes ensemble.

Rapports avec les États-Unis. — Le Canada est un pays agricole; il a besoin de vendre ses produits à un pays industriel auquel il achète les objets qu'il ne fabrique pas. Le Canada commerce d'abord surtout avec les Etats-Unis. Sous le gouvernement libéral, les relations sont bonnes entre les deux pays. En 1849, ils concluent un traité d'extradition; en 1854, un très important traité de réciprocité commerciale pour dix années. En 1851, l'inauguration du chemin de fer du Canada aux Etats-Unis est célébrée à Boston par de grandes fêtes auxquelles prennent part le président des Etats-Unis et le gouverneur du Canada. Il semble que les deux pays soient liés par leurs intérêts commerciaux. Mais, au bout de quelques années, les Etats-Unis ressentent vivement la concurrence que font à leurs propres produits ceux du Canada, les Canadiens commencent à trouver des débouchés en Europe. Divers incidents de la guerre de Sécession sont un sujet de froissements entre les deux pays. En 1861, un navire canadien est arrêté par un vaisseau de guerre américain. En 1864, vingt-trois partisans du Sud pillent la ville de Saint-Albans et se réfugient au Canada. Les Etats du Nord demandent qu'on les livre en vertu du traité de 1849; le Canada refuse, les considérant comme belligérants ; les Américains les font attaquer comme voleurs à main armée devant les tribunaux canadiens qui les acquittent. Un assez grand nombre de sudistes étaient réfugiés au Canada, et l'opinion canadienne paraissait favorable au Sud. Le Nord semble avoir laissé, par représailles, les fenians préparer librement une invasion du Canada. Les fenians (patriotes irlandais)

comptaient parmi eux beaucoup de soldats et de généraux qui venaient de servir dans les armées américaines. Ceux-ci formèrent le projet de renverser par la force la domination anglaise. Tandis que plusieurs d'entre eux essayaient de soulever llrlande, d'autres se groupèrent sur la frontière Sud du Canada et firent, en 1866, sur Fort-Ërié (canadien), un coup de main qui réussit; ils espéraient soulever les Irlandais et peut-être les Français du Canada; mais personne ne bougea et ils durent battre en retraite devant les troupes anglaises. Une deuxième tentative, en 1870, neut pas de succès. Une troisième, en 1871 , fut empêchée par les troupes américaines qui, cette fois, intervinrent.

Au cours de ces divers incidents, les Américains avaient dénoncé le traité de réciprocité commerciale de 1854; le traité prit fin en 1866 et dès lors les deux États voisins établirent Tun contre Tautre des tarifs protecteurs. Le gouvernement canadien se vengea de la dénonciation du traité en faisant des difficultés pour permettre aux Américains de pêcher dans les eaux canadiennes, où ils étaient admis en vertu d'un traité de 1818.

La Fédération de 1867 (Québec, Ontario, Nouvelle-Ecosse, Nouveau-Bruns VTiok). — Les difficultés qui s'étaient élevées avec les États-Unis hâtèrent la conclusion de la fédération des colonies anglaises de TAmérique du Nord; le projet datait de 4847, et il avait été proposé au parlement canadien pour la première fois en 1851. En 1858, le Canada avait soumis à la métropole un plan de fédération qui avait échoué, les colonies maritimes ayant refusé de s y prêter. En 1860, au contraire, c'étaient la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick qui avaient fait des avances, mais le Canada les avait refusées.

Dans les circonstances présentes, le Canada avait tout intérêt à reprendre les négociations. S*il voulait vendre ses produits en Europe, il devait s'entendre avec les colonies maritimes pour le transit et pour l'embarquement, car le Saint-Laurent, seule voie pour aller du Canada propre en Europe, est gelé pendant une partie de l'année. Une autre raison en faveur de la fédération, était la nécessité de se défendre contre une tentative d'annexion de la part des Etats-Unis. Or, le gouver-

nement métropolitain avait fait connaître, dès 1855, son intention de rappeler les 12 000 soldats anglais qui tenaient garnison au Canada. Rien ne pouvait donc mieux convenir à TAngleterre qu'une fédération de colonies levant ses milices et faisant les frais de sa propre défense. Aussi le projet proposé par le Canada fut-il aisément agréé à Londres. Les négociations en Amérique du Nord commencèrent le 1" septembre 1864. A cette date, une conférence fut réunie sur Tinitiative du gouvernement canadien à Charlottetown, puis continuée à Québec. Le Canada, la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brunswick, Tîle du Cap-Breton y étaient représentés, chaque colonie ayant un vote, à Fexception du Canada, qui en avait deux. On y arrêta les principaux traits du projet : Tunion serait fédérale, et son plan serait soumis Tannée suivante aux parlements coloniaux. Au Canada, seuls les démocrates se déclarèrent contre Tunion, craignant d*être noyés dans un Parlement fédéral ; ils ne partageaient d'ailleurs pas Thoslilité des conservateurs contre les Etats-Unis. Les Franco-Canadiens se déclarèrent en masse pour le projet, à condition qu'il détruirait l'union des deux Canada et donnerait une existence à part à la province de Bas-Canada catholique et française; les Franco-Canadiens craignaient précisément ce que les démocrates eussent désiré, le maintien de l'union avec une représentation distribuée proportionnellement au nombre d'habitants. Il fut décidé qu'on rétablirait la division d'avant 1840. L'ancien Bas- Canada devint la Province de Québec^ l'ancien Haut-Canada la Province d'Ontario, chacune ayant son parlement et son ministère, et le nom de Canada étant

réservé pour qualifier l'Etat fédéral. Le plan de fédération fut voté par le Parlement canadien à la majorité de 91 voix contre 33. Avec les provinces maritimes, il y eut quelques difficultés. Les Chambres du Prince-Edouard et de la Nouvelle-Ecosse se déclarèrent contre le projet : les élections générales qui eurent lieu en 1865 dans le Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve furent hostiles à la fédération. Mais enfin le ministre conservateur de la Nouvelle-Ecosse, sir Charles Tupper, réussit à entraîner les libéraux et à faire voter le projet, contre le parti populaire. Le Nouveau-Brunswick se rallia aussi à la fédéra-

lion. La Nouvelle-Ecosse était la colonie la mieux pourvue de ports et la plus riche en navires de commerce, celle dont le Canada désirait surtout le concours. Elle comptait 370 000 habitants. Le Nouveau-Brunswick en avait à peine 200 000.

A la fin de Tannée 1866, les délégués des quatre colonies se réunirent à Londres pour discuter le projet définitif avec les ministres anglais. L'acte de confédération fut approuvé par le Parlement et sanctionné par la reine en mars, proclamé le 22 mai et entra en vigueur le 1" juillet 1867.

D'après cet acte la Confédération se compose des quatre colonies citées plus haut, avec la faculté d*en admettre d'autres, s'appelle Dominion (Puissance) du Canada et est gouvernée par un Parlement composé de deux Chambres : le Parlement siège dans une ville toute nouvelle, Ottawa, que la reine avait désignée quelques années auparavant pour être le siège du gouvernement du Canada propre.

La Chambre basse, appelée House of Commons, comme en Angleterre, se compose de 181 (aujourd'hui 213) députés, élus proportionnellement à la population, mais de manière que la province de Québec (ancien Bas-Canada, catholique et français) ait toujours 65 députés, comme avant 1867. Les électeurs sontles propriétaires fonciers possédantun revenu de 1500 francs dans les villes et de 750 francs dans les campagnes. Le vote a lieu au scrutin secret (système australien). Les députés sont élus pour cinq ans et reçoivent une indemnité (l'indemnité existait déjà en 1840).

La Haute-Chambre, appelée Sénat, comme aux Etats-Unis, se compose de 24 membres pour chacune des deux provinces de Québec et d'Ontario, de 12 membres (aujourd'hui 10) pour chacune des deux autres colonies; ils sont nommés à vie par la couronne et choisis parmi les propriétaires fonciers âgés de plus de trente ans et possédant un bien d'au moins 20 000 francs dans la province qu'ils représentent.

Le ministère {Conseil privé du Canada) se compose du premier ministre et de quatorze autres ministres nommés par le gouverneur au nom de la couronne. Ils sont toujours pris dans la majorité.

618 COLONIES ET DÉPENDANCES DU ROYACME-UNf

Le gouverneur général est un grand personnage nommé par la reine et payé par le budget du Dominion (250 000 francs par an). Il nomme les lieutenants-gouverneurs, les juges, commue les sentences, et a sur les décisions de la législature un droit de veto, mais seulement dans le cas où les intérêts de TAngleterre seraient compromis.

Deux Anglais seuls occupent des fonctions au Canada : le gouverneur général, dont on vient de parler, et le commandant de la milice, désigné, lui aussi, par la reine. La milice est formée de volontaires canadiens. Tout le personnel officiel du Dominion et de chacun des États est donc canadien, à Texception de deux personnages.

Les quatre Etats conservent leurs parlements, élus par des censitaires, composés de deux Chambres, un Conseil législatif nommé par la Couronne, une Assemblée législative élue (sauf Ontario, qui n'a qu'une Assemblée élue), un ministère pris dans la majorité, un lieutenant-gouverneur dont les attributions ressemblent, toutes proportions gardées, à celles du gouverneur général.

Chaque Etat conserve le contrôle des impôts directs, de Tadminislration municipale, du débit des boissons alcooliques, des travaux publics locaux, de Téducalion, de la justice de première instance et des prisons.

Le Parlement et le ministère fédéraux s'occupent de tout ce qui concerne le commerce et les douanes, la navigation, les pêcheries, les postes, les communications, Tarmée et la marine, les Indiens, les monnaies, la banque, le code criminel, le recensement, la naturalisation et l'émigration, la vente ou la concession des terres publiques. Le gouvernement fédéral a pris à son compte la dette de chaque colonie. En outre, il verse à chacun des Etals une subvention annuelle destinée aux frais de son gouvernement local. C'est en réalité le régime américain ou le régime helvétique actuels; mais le pouvoir fédéral canadien est dès l'origine plus étendu et mieux déterminé que celui des États-Unis ou de la Suisse.

///. — Les cinq colonies d'Australie

et la Tasmanie.

L'Australie avant 1861. — La colonie de Victoria.

— La colonie la plus importante est la Nouvelle-Galles du Sud. On y compte, en 1851, 360 000 habitants et 15 millions de moutons. La partie sud de la Nouvelle-Galles, le district de Port* Philipp, en fut détachée en 1851 et forma la colonie indépendante de Victoria, Le district de Port-Philipp avait été exploré en 1803 par ordre du gouverneur de Sydney, L'expédition entra dans la baie de Port*Philipp, en reconnut les rivages, mais les jugea mal pourvus d*eau. Son chef déclara que le pays était tout au plus bon pour les kanguroos; c'est là pourtant que devait être bâtie Melbourne. L'expédition de 1803 s'en alla fonder le premier établissement anglais en Tasmanie et Port- Philipp resta désert pendant plus de vingt ans. De 1824 à 1831, des colons arrivèrent, les uns de Tasmanie, les autres du Swan- River, où ils étaient venus avec la malheureuse expédition de Peel ; tous se mirent à l'élevage ou à la culture sans acheter les terres. Alors le gouverneur de Sydney intervint. En 1838, il envoya un détachement de police à Port-Philipp, ordonna de vendre les terres aux enchères conformément à la loi et fit construire une prison et un tribunal. Melbourne était fondée. La population du pays s'accrut vite : elle s'élevait à 10 000 habitants en 1840, à 77000 lors de la séparation en 1851. Victoria était alors par le nombre de ses habitants la deuxième colonie d'Australie. Elle avait obtenu dès sa fondation un Conseil législatif en partie élu, sur le modèle de celui de Victoria.

L'Australie méridionale avait les mêmes institutions représentatives depuis 1850. La Compagnie de colonisation qui avait amené les premiers émigrants dans ce pays, continuait à y posséder des rentes et des terres, mais elle ne jouait plus aucun rôle actif.

L'Australie occidentale, après l'essai malheureux de 1829, fut colonisée en 1838 par une Compagnie analogue à celle de

TAuslralie méridionale, mais avec peu de succès. En 1840, elle n'avait que 2 300 blancs. Sa capitale, Perth, fondée en 1829, n*était qu*un groupe de cabanes. La Compagnie n*avait pas voulu de convicts. Les colons en réclamèrent et en obtinrent en 1850, alors que la déportation avait été supprimée presque partout. L*envoi des condamnés était à la charge de la métropole.

L'exploration des steppes et des déserts intérieurs avait été commencée par les gens de la Nouvelle-Galles du Sud, qui avaient franchi les Montagnes Bleues, et par les colons qui s'étaient établis en Australie méridionale. En 1836 fut achevée la connaissance du réseau du Murray. De 1839 à 1840 Eyre, parti de TAustralie méridionale, découvrit le lac salé qui porte son nom, traversa d'est en ouest la grande plaine sans arbres et reconnut que l'arrière-pays de l'Australie du Sud et de l'Australie occidentale était un désert sans pluies et sans sources. De 1844 à 1845, Leichhardt fit la première traversée du continent de la côte du Queensland au golfe de Garpentarie, et trouva le pays moins sec et moins désert qu'on ne s'y attendait. En 1847, il partit de nouveau de la côte est, avec une caravane de chevaux chargés d'eau et de provisions, pour traverser le continent dans sa plus grande largeur; il perdit tous ses chevaux et mourut de soif dans les déserts du centre.

La Terre de Van Diemen avait attiré de nombreux colons parce qu'elle est moins chaude et moins sèche que l'Australie. En 1850, elle comptait 10 000 habitants et venait immédiatement après Victoria pour le chiffre de sa population. Proportionnellement à l'étendue de l'ile, c'était la population la plus dense de toute l'Australasie. Aussi croyait-on à cette époque que Van Diemen avait plus d'avenir que la Nouvelle- Galles ou Victoria elles-mêmes. Les indigènes, réduits à 200 et déportés dans des Ilots en 1834, disparaissaient rapidement; le dernier homme mourut en 1862, la dernière femme en 1876. Les colons réclamaient depuis longtemps des institutions représentatives sur le modèle de la Nouvelle-Galles, et la fin de la transportation qui leur était particulièrement désagréable parce que leur budget en payait les frais. On leur donna satisfaction sur le premier

point en 1850, sur le second en 1853. La colonie réformée prit un nouveau nom, celui de Tasmanie.

Les parties peuplées de TAustralie étaient alors des pays exclusivement agricoles; les habitants s*occupaient surtout à rélevage des moulons à laine et à la production des céréales (Australie méridionale). Les Assemblées législatives étaient dominées par les grands propriétaires de moutons. Après la découverte de Tor, un afflux d'émigrants se précipite on Australie, les villes s^accroissent, les ouvriers sont plus nombreux que les agriculteurs, la société et les institutions deviennent démocratiques* C'est une transformation radicale qui commence après 1851 et qui se poursuit de nos jours.

La période de l*or. — La présence des gisements aurifères en Australie n'était pas absolument ignorée avant 1851. Dix ans auparavant un pasteur protestant avait trouvé de Tor en Nouvelle-Galles et avait avisé de sa découverte le gouvernement qui Tinvita à garder le secret, craignant de voir la population troublée et les travaux désertés. La découverte de 1841 avait été confirmée par d'autres et le gouvernement métropolitain avait envoyé un géologue chargé de faire des recherches. En 1851, ce personnage reçut la visite d'un colon australien qui lui présenta des pépites en olTrant de lui indiquer le gisement contre une rétribution; ce colon revenait de Californie où il était allé chercher de l'or; il avait remarqué que les gisements californiens ressemblaient exactement à certaines parties du sol de la Nouvelle-Galles, était rentre dans la colonie et n'avait pas tardé à trouver de l'or. Sa découverte fut confirmée, il reçut une indemnité ; le gouvernement permit les recherches et commença à vendre des licences de prospecteur. Le district aurifère qu'on venait d'ouvrir occupait le bassin supérieur du Macquarie, sous-affluent du Murray, et avait pour centre la vilU de Bathurst. En août 1851, l'Australie avait déjà exporté 17 millions d'or.

Ce n'était que le commencement de la période de l'or. En octobre 1851 furent découverts les gisements du mont Alexandre en Victoria, non loin de Melbourne; ils ne tardèrent pas à devenir le centre d'attraction le plus important. Leur capitale fut Ballarat. En décembre 1851, ils avaient déjà fourni la valeur de

12 millions et demi de francs. L'or se rencontrait en pépites dans des alluvions qui remplissaient d'anciens lits fluviaux; pour Texploiter, les chercheurs creusent des trous, lavent la terre et le sable, et ]es passent au crible : on les appelle diggers (piocheurs). Pour trouver Tor, nul besoin de machines, ni de matériel coûteux; il suffit d'avoir de la chance, de bien tomber. On racontait qu'un squatter avait trouvé par hasard une pépite de 400000 francs, la plus grosse qu'on eût jamais vue.

La nouvelle population. — De semblables récits excitèrent une fièvre de l'or aussi violente que celle de Californie. De l'Europe et de l'Amérique on accourut à Bathurst et à Ballarat. L'Australie avait jusque-là attiré si peu d'émigrants que les Commissaires métropolitains avaient dû lui envoyer la grande majorité des émigrants assistés. De 1852 à 1864, la proportion changea et l'Australie reçut 224 000 émigrants libres contre 46 373 assistés. Dans le pays même, les régions agricoles se dépeuplaient au profit des champs d'or. En janvier 1852, des colons tasmaniens, après huit semaines de recherches à Ballarat, revinrent avec des sommes de 3 000 à 25000 francs; durant les six mois qui suivirent, plus de 4000 habitants, presque tous de jeunes ouvriers, passèrent de Tasmanie en Victoria. Dans l'Australie du Sud, pays d'agriculteurs, le gouvernement fit commencer des routes vers les champs d'or de Victoria, lança des bateaux à vapeur sur le Murray pour atteindre ceux de la Nouvelle-Galles et tenta de maintenir les habitants dans leurs champs et leurs jardins en leur donnant les moyens de vendre à haut prix leurs produits aux diggers. Mais l'Australie méridionale se vida comme la Tasmanie du côté des champs d'or.

Autour de Bathurst ou de Ballarat, les diggers se déplacent sans cesse, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé un gisement : là se forme un camp de baraques ou de tentes; les boutiquiers et les cabaretiers sont nombreux dans chaque camp; les jeux de hasard, les tentatives de vol amènent des rixes fréquentes : le gouvernement est obligé d'entretenir des forces de police dans les champs d'or; mais les fonctionnaires aussi sont gagnés par la fièvre de l'or et désertent leurs postes pour se faire diggers.

Aux fêtes de Noël 1851, les mineurs de Ballarat viennent à Melbourne et y dépensent tant d^argent que tous les hommes de la police quittent la ville pour aller chercher de Tor. Le gouverneur demande et obtient un régiment anglais et un navire de guerre. Il regoit du gouverneur de Tasmanie deux cents convicls employés comme gardiens avant d'avoir fini leur temps et qui vont servir de policemen; leur fidélité est à peu près assurée, car s'ils désertent leur poste, ils risquent d'être pris et remis au bagne. C'est un moment de dépenses ruineuses pour la colonie de Victoria. Son revenu s'est, il est vraiy augmenté de 30 pour 100, par suite du produit des droits sur la recherche de l'or : le gouvernement victorien vend aux diggers moyennant 30 shillings par mois le droit de prospecter sur les terres de la couronne ; il lève un droit de 10 pour 100 sur ceux qui exploitent les filons d'or dans le roc. Mais l'augmentation de recettes ne suffit pas à compenser les frais des travaux publics, de la police ; le prix des objets de première nécessité avait augmenté par suite de l'abondance de l'or, et il avait fallu doubler les traitements des fonction* naires. En 1853, le budget de Victoria montrait un déficit de 10 millions de francs. Or, les squatters qui avaient la majorité au Conseil législatif étaient mécontents de l'invasion des chercheurs d'or; ils refusèrent de voter de nouveaux impôts. Le gouverneur obtint de la métropole, à titre provisoire, la libre disposition de l'argent provenant de la vente des terres et des licences, dont le montant avait été réservé jusque-là à payer le transport des immigrants.

Le gouverneur avait songé à augmenter les licences des mineurs pour payer les dépenses des champs d'or. Mais les diggers s'y étaient refusés et le gouverneur avait cédé. On dut même renoncer à recueillir le tarif officiel des licences, 30 shillings par mois. A la fin de 1853, beaucoup de licences n'avaient pas été payées depuis trois mois; le gouverneur les réduisit toutes à 40 shillings pour le dernier trimestre de l'année 1853; il abaissa les licences des mineurs et augmenta celles des boutiquiers et cabaretiers. Mais les diggers refusèrent de payer les licences, même diminuées; suivant Tusage des ouvriers anglais.

ils se réunirent en congrès et fondèrent une ligue. Ils s*engagèrent entre eux à ne payer qu*un tiers de la licence et menacèrent de voies de fait ceux qui payeraient davantage; leur résistance était encouragée par la nouvelle que le parlement de Nouvelle-Galles avait accueilli une proposition de supprimer les licences. Les diggers de Victoria, aussi nombreux que les habitants (70 à 80 000), se plaignaient de n*avoir pas le droit de voter pour les élections au parlement de la colonie. Ils déclaraient que, suivant les privilèges des citoyens anglais, ils n'accepteraient pas d'impôts sans représentation. En vain le gouverneur leur offrit-il de prendre un de leurs délégués parmi les membres du Conseil législatif qui étaient nommés par lui. Les mineurs jugèrent la concession insuffisante et les plus résolus d'entre eux se décidèrent à faire prévaloir leurs revendications par la force. Les diggers construisirent un camp retranché à Eurêka, près de Ballarat (1854). Le gouverneur réunit toutes les troupes et toute la police de la colonie contre eux; il dut débarquer les marins de deux navires de guerre et demander des renforts au gouverneur de Tasmauie pour garder Geelong et Melbourne laissés sans garnison ; les amis de Tordre et de la domination des squatters formèrent une police volontaire à cheval. La crise fut terminée par un coup de main de Tofficier qui commandait à Ballarat. Dans la nuit du 3 décembre 1854, il surprit le camp retranché d'Eureka, tua 30 diggers, en prit 120; lui-même avait perdu 4 tués et 12 blessés. Les prisonniers furent traduits devant le jury à Melbourne et acquittés (1855). Une commission nommée pour faire une enquête sur la situation des champs d'or proposa de réclamer comme unique redevance 25 francs par an pour le droit de chercher Tor sur un point déterminé des terres publiques, et d'instituer un droit d'exportation sur l'or, pour compenser la diminution des recettes. Ces propositions furent adoptées. La même commission fit accorder le droit de vote aux diggers, jusque-là considérés comme des étrangers. C'est la fin de la domination des squatters ; les nouveaux citoyens sont beaucoup plus nombreux que les anciens. La population de la colonie de Victoria a passé de 76000 habitants en 1850 à 397 000 en 1856 (deux tiers dans

les villes). Victoria est désormais (a colonie la plus peuplée de T Amtralie.

Après 1855, la population des champs d'or ne s'agite plus; du reste les gisements de pépites s'épuisent, on est obligé d'attaquer les couches de quarlz aurifère avec des broyeurs et des machines coûteuses. Les diggers misérables font place aux ingénieurs et aux ouvriers des grandes sociétés de capitalistes. Les chercheurs d'or qui n'ont pas fait fortune deviennent de petits cultivateurs et surtout des ouvriers des villes. L'exploitation de l'or ne perd rien de son importance jusqu'en 1861 (en moyenne 280 millions ' sont exportés chaque ^.nnée). Ensuite elle baisse pour ne se relever que dans la période contemporaine.

En 1858, des mines d'or moins importantes que celles de Victoria furent découvertes en Queensland et en Nouvelle-Zélande.

Le brigandage s'était beaucoup développé en Victoria et Nouvelle-Galles du Sud pendant la fièvre de l'or. Des bandes de coureurs de buisson {bushrangers) attaquaient les voyageurs et pillaient les convois. Le bushranging a été réprimé à l'aide d'une police à cheval. La dernière grande bande fut détruite en Nouvelle Galles dans l'année 1867.

Établissement du régime parlementaire dans les colonies australiennes. — Les réformes de 1841 à 1850 avaient donné aux quatre principales colonies australiennes un Conseil législatif partiellement élu. Les libéraux réclamaient depuis longtemps que l'Assemblée représentative fût complètement élue et que le pouvoir exécutif fût confié à un ministère responsable.

Le gouvernement responsable fut établi en Australie à la suite des efforts d'un groupe de libéraux dont les principaux furent Charles Wenlworth, le « premier Australien » *, l'Ecossais John Dunmore Lang, ministre presbytérien, historien et publicisle, et un avocat sorti du peuple, James Martin. Les premiers projets de constitution furent discutés dès 1852. En 1854,

1. La producUon totale de l'or dans le monde s'est élevée de 450 millions de francs en 4846 & 750 millions en 1852 (1847, Californie; 4854, Australie).

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