‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 7 sur 176 · L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE · texte numérisé non relu

L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

vilëge de remplacer Texamen d*institutrice (exigé pour ouvrir une école) par une lettre d'obédience émanée de Tévêque.

L'Université et TEglise commencèrentà se disputer l'éducation de la jeunesse, préparant le partage de la bourgeoisie française en deux sociétés hostiles élevées suivant des principes opposés. Montalembert avait indiqué le sens de la loi : < La majorité a été envoyée pour combattre le socialisme... Il faut choisir entre le catholicisme et le socialisme. » Il faut, disait-il, c faire une expédition de Rome à V intérieur ». Ce fut le surnom qui resta à la campagne catholique contre la démocratie.

Aux élections complémentaires d'avril, où il s'agissait -de remplacer surtout les républicains proscrits en 1849, la plupart des candidats de la Montagne furent élus (27 sur 37). L'Assemblée prit peur et décida « d'épurer le suffrage » ; le Président laissa faire ou même approuva ^

Ainsi fut votée d'urgence en quelques jours la loi du 31 mai (rédigée par Broglie). Sans abolir ouvertement le principe du suffrage universel, elle exigeait pour être électeur trois ans de domicile constatés par l'inscription à la taxe personnelle et enlevait le suffrage aux hommes condamnés pour délit politique (rébellion, outrage à l'autorité, participation à un club ou une société secrète). C'était une diminution de 3 millions d'électeurs, qui portait surtout sur les ouvriers des villes, électeurs du parti républicain (64 0/0 à Paris).

L'Assemblée acheva la répression par la loi sur la presse (16 juillet 1850) qui élevait le cautionnement à 50 000 francs et imposait l'obligation de signer les articles. Puis elle partit en vacances (8 août), laissant une commission de permanence de 25 membres, tous monarchistes.

Conflit entre le Président et l'Assemblée. — Le Président profita des vacances pour faire une tournée dans les départements, se donnant pour le défenseur de l'ordre. Il com-

1. Thiers raconle quelle Président le pria de sauver la nation des rouges et des socialistes; puis il réunit à TËlysée les chefs monarchistes, Thiers, Mole, Broglie, Berryer, Montalembert et Saint-Priest, et on arrêta le plan de campagne. Thiers se vante d'avoir accepté la charge de faire voter la suppression du suffrage universel et d'avoir annoncé qu'il emploierait dans la discussion l'expression insultante, la vile multitude, calculée exprès pour exaspérer la Montagne et lui faire commettre une faute de tactique.

mençait à faire crier : \ive l'Empereur ! et demandait la révision de la Constitution. — Pendant ce temps les orléanistes et les légitimistes essayaient de se fondre en un seul parti ; le comte de Chambord (Henri Y) aurait été roi constitutionnel avec le comte de Paris pour successeur. La fusion avorta, Henri V ne voulut pas accepter de conditions. Mais la crainte de voir rétablir la monarchie affaiblit la résistance des républicains contre le Président.

Entre le Président et TAssemblée le conflit s'engagea à propos de Tarmée. A la revue de Satory (10 oct.) passée par Louis- Napoléon, la cavalerie, en défilant devant lui, cria : Vive l'Empereur! L'infanterie ne cria rien, le général Neumayer lui avait rappelé que les règlements militaires interdisent de crier sons les armes. Le gouvernement disgracia Neumayer (31 oct.); Changarnierprit parti pour lui. A la rentrée de l'Assemblée (12 nov.), le Président parut reculer; il envoya un message conciliant et changea le ministre de la guerre.

Mais le conflit reprit bientôt et ne cessa plus. Le Président voulait avoir à sa disposition l'armée de Paris ; il y avait introduit peu à peu des officiers dévoués à sa personne, ennemis du gouvernement civil, prêts à un coup de force (Fleury, Saint- Arnaud, Espinasse, etc.). Le commandant en chef Ghangarnier était l'homme de l'Assemblée; le Président lui retira son commandement (5 janv. 1851). L'Assemblée répondit par un ordre du jour de défiance contre le ministère, qui passa par 417 voix contre 286, mais avec les voix des républicains; la majorité monarchiste s'était divisée. L'Assemblée était coupée en trois tronçons presque égaux, le parti républicain, les monarchistes ralliés au Président, les monarchistes ennemis déclarés du Président. Désormais il n'y eut plus que des majorités de coalition et l'Assemblée ne put s'entendre sur aucune mesure positive.

Louis-Napoléon, alléguant l'absence de majorité, prit « un ministère de transition » formé de ses partisans personnels (24 janv.). Il demanda une augmentation de traitement de 1 800 000 francs. Montalembert, au nom des catholiques, l'acceptait. Elle fut rejetée par une coalition des républicains et des

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légitimistes, par 396 voix contre 294. — Puis les orléanistes demandèrent l'abrogation de la loi qui exilait les membres des anciennes familles régnantes. Elle fut rejetée par la même coalition, les légilimisfes refusant de voler une loi dont leur prétendant ne voulait pas faire usage.

La lutte décisive s'engagea sur la revision. La Constitution de 1848 interdisait de réélire le président sortant. Louis Napoléon, pour être réélu, demandait de reviser la Constitution. Il avait fait organiser par les préfets un pélilionnement et fait présenter un vœu (d'ailleurs illégal) par les conseils généraux (51 en 1850, 80 en i851). Mais avec la procédure établie parla Constituante, la revision était presque impossible : elle devait être votée par les trois quarts de l'Assemblée, trois fois de suite, et être faite par une assemblée élue exprès. Les légitimistes et la plupart des orléanistes voulaient la revision. Mais un groupe orléaniste s'unit aux républicains. Il y eut 446 voix pour, 278 contre, ce n'était pas la majorité des trois quarts : la revision fut rejetée (26 juillet). On commença, dans l'entourage du Président, à parler de se débarrasser de l'Assemblée par un coup d'Etat; mais ses hommes de confiance, les généraux Saint-Arnaud et Magnan, conseillèrent d'attendre *. Le Président changea de ministère et prit pour ministre de la guerre Saint-Arnaud. Pendant les vacances de l'Assemblée les partis se préparèrent.

Les pouvoirs de l'Assemblée allaient expirer en mai 1852, ceux du Président en décembre 1852. Les républicains comptaient sur les élections pour revenir au pouvoir. Les sociétés politiques étant interdites, les démocrates avaient organisé des sociétés secrètes, surtout dans le Sud-Est et le centre. Quelques-unes avaient des cérémonies secrètes d*iniliation à la mode des francs-maçons (serment sur un poignard), des emblèmes (le niveau, l'équerre, le bonnet phrygien, la hache) et un mot de passe (« Connaissez-vous la mère Marianne? j^) '. Elles

1. Magnan se borna à avertir les officiers généraux de Paris dans une allocution : • Il peut se faire que d'ici à peu de temps votre général en chef jugea propos de s'associer à une détermination de la plus haute importance. Vous obéirez passivement à ses ordres. »

2. H restait aussi des débris du groupe socialiste de Karl Marx, scindé en deux

étaient en relations avec les réfugiés français à Londres et en Suisse et les révolutionnaires étrangers. Le gouvernement les accusait d'avoir des dépôts d'armes, des listes de suspects, et de préparer pour les élections de 1852 des coups de force sur les préfectures et la création de tribunaux révolutionnaires. II cherchait à effrayer Fopinion '. Le Président lui-même, dans le message de rentrée, déclara à TAssemblée : c Une vaste conspiration démagogique s'organise en France et en Europe. »

A la rentrée, pour compromettre la majorité royaliste, le Président lui proposa d'abroger la loi du 31 mai et de rétablir le suffrage universel. La coalition monarchique rejeta.

Les orléanistes sentaient l'Assemblée à la merci d'un coup de force. Ils soutinrent la proposition des questeurs de faire afficher dans les casernes l'article du décret dé 1848 qui donnait au président de l'Assemblée le droit de requérir directement la force armée. (Le minisire de la guerre Saint-Arnaud l'avait fait arracher.)

Les républicains eurent peur d'un coup d'Etat royaliste et, coalisés avec les bonaparlistes, firent rejeter la proposition' par 408 voix contre 300 (17 nov.). L'Assemblée était impuissante même à se défendre.

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