‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 89 sur 176 · IV. — Les Républiques andînes · texte numérisé non relu

IV. — Les Républiques andînes

La Bolivie; coups d'État militaires. — L'année 1848 est marquée par un coup d'état militaire ; le ministre de la guerre, Belzu, s'empare du pouvoir avec l'appui de l'armée. Après Belzu, en 1855, le général Cordova, qu'une émeute jette à bas.

Les libéraux portèrent a la présidence contre les militaires le docteur Linarès. Les généraux se débarrassèrent de lui. Us ne parvinrent d'ailleurs pas à s'entendre; le Chili et le Pérou, pour mettre fin aux troubles, songeaient à se partager la Bolivie. En mai 1862, une convention nationale désigna le général Acha; le colonel Balza fit soulever son régiment, le général Pérez, chargé de le soumetlre, s'insurgea à son tour et se nomma

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président. G*est Tanarchie militaire. En janvier 1865, le général Acha a de nouveau contre lui le général Belzu. Après Belzu, c'est le lieutenant-colonel Malgarejo qui se soulève. Belzu est tué; Malgarejo se croyait maître, quand le colonel Casto Aguedas mit la mainsurCobijaetLaPaz, qu*il lui fallut reprendre (1866). Malgarejo fut nommé par les électeurs président jusqu'en 1869. Il se maintint au pouvoir jusqu'au bout, faisant quelques tentatives pour activer la vie économique du pays. Toute celte période est de luttes constantes entre des chefs militaires ambitieux qui s'appuient sur une garnison ou un régiment; point de parti, des ambitions déchaînées; c'est une longue comédie que jouent colonels et généraux sous les yeux du public civil effrayé.

L'Equateur; domination du parti clérical. — Vers 1849, le parti clérical fait passer à la présidence son candidat, Diego Noboa, qui appelle les jésuites et donne l'hospitalité aux conservateurs en fuite de la Colombie. Contre la Colombie, qui demande raison, Diego Noboa envoie une armée, dont le général José-Maria Urbino s'empresse de renverser ce même Noboa. Urbino est fait dictateur (1851); il s'est appuyé sur les démocrates avancés; il garda le pouvoir jusqu'en 18S6. Son successeur Roblès n'était pas non plus un clérical. Cependant le Pérou, pour un conflit de frontières, ouvrit les hostilités contre TEquatour; Urbino et Roblès commandent les troupes, mais le pays s'insurge; le parti conservateur de Anito prend pour chef Moreno et le pousse à la présidence : Roblès et Urbino avaient dû passer au Chili.

Gabriel-Garcia Moreno, professeur de chimie, avait été exilé dans sa jeunesse; il avait vécu et étudié les institutions de l'Europe à Londres et à Paris. Il est nommé président le 8 juillet 1861. Moreno appartient au parti conservateur clérical. D'abord populaire, mécontente ensuite, à cause d'un concordat signé avec Rome, très dommageable au pouvoir civil, à cause du protectorat de la France qu'on lui reprochait de rechercher, d'une annexion projetée à l'Espagne. De là haine d'un certain nombre d'Équatoriens et de voisins (Colombie). Mosquera (Colombie) intervint avec 4 000 hommes pour affranchir « les frères démo-

crates de TEquateur du joug Ihéocratique du professeur Moreno •. Moreno fut battu.

Le Congrès maintint Moreno au pouvoir, approuva que les ecclésiastiques ne fussent soumis qu'à des tribunaux ecclésias-

tiques. L'Etat installa à ses frais des écoles de frères de la Doc* trine chrétienne. Quelques insurrections tentées contre Moreno et sa politique furent réprimées. D'ailleurs les élections furent favorables aux conservateurs; le président proposait Carrion pour lui succéder, Carrion fut élu par 21 000 voix contre 8000. Une nouvelle tentative d'insurrection fut réprimée par Moreno.

Carrion ne put gouverner qu'en associant à son gouvernement Moreno, à qui il confia le commandement supérieur de ses troupes; Moreno en usa pour le renverser. Pendant quelque temps Espinosa fut président, puis après une modification de la Constitution (1869), Moreno ressaisit de nouveau le pouvoir; il continua sa politique cléricale, faisant don au pape d'un million pris sur la caisse publique, protégeant les missions : on l'assassina vers la fin de sa seconde présidence; sa fin fut horrible, il fut criblé de coups de couteau et de revolver (1875).

Le Pérou; gouvernement des militaires. — La période de 1851 a 1872 est marquée au Pérou par la prédominance des militaires. En 1851, le maréchal de Castilla quittait le pouvoir, dont la transmission se faisait pour la première fois, sans désordres, au général Echeniquo. Mais après le général San Roma et Tex-dictateur Yivanco, le maréchal Castilla, redoutant une politique contre-révolutionnaire, prit les armes à son tour.

En 1858, le < grand maréchal » Castilla est de nouveau élu président de la République. Il commença par congédier le Congrès qui lui résistait. Le Congrès issu des élections de 1859 ne fut pas mieux accueilli par lui; Castilla, mégalomane, voulait démembrer l'Equateur, mettre la main sur la Bolivie, sa politique arrogante vis-à-vis de l'étranger plaisait au peuple; elle amena une flotte française au Callao : Castilla devint plus modeste. Cependant il protesta contre l'expédition française au Mexique, offrit à Juarez de l'argent et des soldats.

En juin 1862, le général San Roman, candidat du gouvernement, est élu et prend le pouvoir; il mourut peu de temps après,

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en avril d863. Suivant la constitution, le pouvoir devait passer au premier vice-président, mais celui-ci, le général Juan Antonio Pezet, voyageait en Europe; en Tallendant, Canseco, deuxième vice-président, dirigea Texécutif.

La politique extérieure du général Pezet fut paciflque, il régla les difficultés pendantes avec TEqualeur, la Bolivie et les Etats- Unis. Il s^abstint de mêler le Pérou aux affaires mexicaines. Cependant une agression espagnole changea celle altitude pacifique. En pleine paix, la flotte de TEspagne occupait les îles Chinchas (14 avril 1864). Le ministre péruvien des Affaires étrangèresrépondit aux déclarations de Tamiral espagnol Pinzon :

« La déclaration que vous avez bien voulu me faire remettre sera déposée aux archives de ce ministère, comme un témoignage de Toffense faite à la République, comme un document destiné à stimuler dans le gouvernement, dans le cœur de chaque Péruvien qui le lira, les sentiments d'orgueil national que vous avez imprudemment blessés. Il serait indigne du gouvernement péruvien de discuter les affirmations émises dans ce document, tant que le signataire se maintient en possession d*une partie du territoire national...

€... Quelle que soit ou puisse être à l'avenir voire conduite, vous pouvez être assuré que les sujets espagnols résidant au Pérou continueront à jouir de la plus complète sécurité pour leurs personnes, tant qu'ils continueront à traiter leurs affaires pacifiquement et honorablement.

« Le Pérou a fait trop de progrès en civilisation, depuis qu'il s'est rendu indépendant de la métropole, pour qu'il fût nécessaire de prendre vis-à-vis de lui la sécurité des otages. Il vous appartenait de faire revivre une coutume de guerre des temps barbares, et peu digne d'un officier supérieur d'une nation qui se prétend civilisée... »

Le Congrès soutint le gouvernement en votant son emprunt de 50 millions de piastres destinés à augmenter l'armée de 20 000 hommes et la flotte de 20 bâtiments. L'Angleterre et la France blâmèrent la politique espagnole, la sympathie de l'Amérique était acquise au Pérou, celle du Chili se montra plus particulièrement vive. Le gouvernement espagnol recula et

Famiral Paréja remplaçant Pinzon signait les préliminaires de la paix le 28 janvier 1865.

L'opposition prit prétexte de la politique extérieure de Pezet pour attaquer la présidence. Le maréchal Castilla parlait d*une ligue offensive des Etats américains contre TEspagne; il voulait la guerre. Il fallut le déporter. L'insurrection se produisait à Ârequipa, à Puno, Cuzco, le deuxième vice-président, Canseco, y adhérait, revenait en armes dans Lima. Pezet était déchu, mis en jugement; ses ministres poursuivis. D'ailleurs rex-présideiit était en sûreté à bord d'un navire anglais. Canseco, en sa qualité de vice-président, prit le pouvoir et fit un ministère. Canseco déclara qu'il agirait suivant la constitution et la légalilé et demanderait la confirmation de son pouvoir. Les chefs militaires le déposèrent et le colonel Pardo fut nommé dictateur.

Le colonel Pardo fit poursuivre les auteurs de l'entente avec l'Espagne; il rompit avec l'Espagne, annula les négociations pour la paix. Une quadru[Tle alliance unissait contre le gouvernement espagnol le Chili, le Pérou, la Bolivie et TEqualeur. L'escadre espagnole quitta Callao, bombardé sans succès. Malgré ces succès la dictature de Pardo avait des adversaires; Castilla, beau-frère de Can.seco, très populaire, groupait une partie des mécontents; le colonel Balta conspirait de son côté. II fallut convoquer les électeurs, faire élire des députés. Le 31 août 186*7, une constitution était élaborée; le président est élu pour cinq ans; le catholicisme est la seule religion reconnue et autorisée.

Une insurrection organisée par Canseco à Arequipa détermina la chute de Pardo. Il eut pour successeur Balta, élu pour quatre ans; la constitution de 1867 était abandonnée (1868).

Le Chili. Conservateurs modérés et conservateurs ultras (pelucones). — En 1851, à Bulnès, conservateur, succède encore un conser^-ateur, le professeur Montt. Quelques insurrections furent vaincues grâce au concours de Bulnès. Mais en 1858 le pouvoir du président fut plus vivement attaqué. Les conservateurs ultras (pelucones) se soulevaient à cause de l'établissement d'un temple protestant à Yalparaiso, le clei^é poussait les pelucones. Les radicaux demandèrent une révision de la constitution, ouvrirent un club, qu'on ne put arriver à

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fermer.. Valparaiso et Santiago furent mis en état de siège. Copiapo s'insurge, les radicaux s'emparent de Talca (1859). Monlt, civil, était mal soutenu par les généraux, mais grâce aux pouvoirs extraordinaires que lui conféra le Congrès, il put battre les insurgés à Penuelos (29 avril). En juin 1861, les élections lui donnaient pour successeur José Joaquin Pérez. L'élection de Pérez était le résultat d'une entente entre les partis; il prononça une amnistie en faveur des insurgés à dater de 1851. Mais bientôt il ne put plus satisfaire les avancés ni les conservateurs.

Conflit hispano-chilien. — Durant le conflit hispanopéruvien, le Chili avait manifesté sa sympathie au Pérou; le premier conflit réglé, le gouvernement espagnol demanda raison à la République chilienne de son attitude. Le gouvernement du Pérou donna au ministre d'Espagne à Santiago des explications dont il se montra satisfait; ce diplomate, Tavira, fut rappelé. Les intentions de l'Espagne étaient hostiles; on le vit bien à l'arrivée de l'amiral Pareja, escorté de cinq navires, qui réclama le salut de 21 coups de canon et des explications nouvelles. Le gouvernement chilien ne se laissa pas intimider. Il déclara : « La République, fortiflée par la justice de sa cause, soutenue par l'héroïsme de ses enfants, prenant Dieu pour juge et le monde civilisé pour témoin de la lutte, défendra son honneur et ses privilèges jusqu'à la dernière extrémité, et fera la guerre par tous les moyens qu'autorise le droit des gens, quelque extrêmes et douloureux qu'ils soient. »

La guerre fut déclarée et le peuple l'accepta avec enthousiasme. Le Congrès vota 20 millions de piastres pour la défense du pays. L'amiral espagnol riposta en déclarant bloqués les grands ports Valparaiso, Coquimbo, Caldera, etc. Pour parer à cette mesure dommageable aux neutres, le gouvernement chilien ouvrit 38 ports libres de droits de douane. C'est par un brillant succès chilien que commença la guerre sur mer. La corvette chilienne Esmeralda fondit, entre Coquimbo et Papulo, sur la canonnière espagnole Virgen de Cavadonga, et s'en empara en vingt minutes. A la nouvelle de ce désastre, l'amiral espagnol Pareja se tua d'un coup de revolver.

La flotte espagnole fut désormais sous les ordres de Mendez- Nunezy commandaHt de la Numancia qui était alors au Callao. Arrivé dans les eaux chiliennes, il répondit à la prise de la Cavandoga par des représailles terribles. Il somma le gouvernement chilien d*avoir à se rendre aux propositions d'arrangement faites par la France et l'Angleterre, sinon Valparaiso serait bombardée. Le gouvernement chilien persista dans son refus; après une sommation et un délai de deux heures pour l'évacuation de la ville, Valparaiso fut livrée au bombardement (31 mars 1866). Les flottes neutres avaient laissé faire; c l'opération » achevée, Nunez quitta les eaux du Chili.

Les républiques andines, Chili, Bolivie, Equateur, Pérou, s'étaient unies en une quadruple alliance; la Bolivie et le Chili réglaient à l'amiable leurs conflits de frontière. Après la cessation des hostilités, le gouvernement chilien conserva sa popularité : Pérez fut réélu le 2S juillet 1866 pour cinq ans. Le renouvellement des deux chambres ne livra pas passage à l'opposition (31 mars-!*'' avril 1867). Deux emprunts étaient contractés en Angleterre (1866-1867); la République étendit au sud son territoire en Araucanie.

En 1871, le Chili adhéra à un projet d'armistice avec l'Es* pagne, accepté à Lima par le Pérou dès 1869; ce fut pour le commerce des puissances non belligérantes et alliées un grand soulagement. La même année, en juillet, le Congrès décida que les présidents de la République chilienne n'auraient plus droit à la rééligibilité. Errazuriz succéda à Pérez.

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