‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 91 sur 176 · LE MEXIQUE · texte numérisé non relu

LE MEXIQUE

(1856-1858). Cette période est marquée par le déclin de Finfluence de Santa Anna, ambitieux vulgaire, que le désir de gouverner avait poussé du camp des yorkinos ou démocrates à celui des monarchistes centralisateurs et cléricaux, dissimulés sous le nom (ïescoceses.

A cette époque, la constitution de 1846 supprime la constitution centraliste de 1835 et ramène le Mexique à un régime imitant celui des États-Unis; c*est le retour à la constitution de 1824. Mais la constitution éprouve des vicissitudes nombreuses; en 1853, Santa Anna la supprimait, se faisait appeler Altesse Sérénissime, gouvernait sans congrès, jouait à Tempereur. Il est vrai qu'il se faisait chasser. L*heure des yorkinos était proche; ils prennent le dessus avec Alvarez et Gomonfort. C'est la victoire des Indiens, des libéraux, des amis de la tolérance religieuse et des principes démocratiques sur le parti de la dictature ou de la monarchie déguisée, du pouvoir de Toligarchie foncière, de Tinfluence cléricale.

Le président Juarez (1868-1872). — Juarez est sans doule rhomme politique mexicain dont le rôle a été le plus considérable. Il arrive au pouvoir avec le parti démocratique et anticlérical dont il est le chef. Benilo Juarez est un Indien, un homme d'humble origine; il est né en 1808 dans les environs d'Oajaca, dans un hameau formé de quelques huttes de roseaux. Ses parents possédaient une hutte et un lopin de terre. Il perdit sa mère de bonne heure et fut élevé successivement par sa grand*mère, puis par un oncle; à douze ans il ne savait ni lire ni écrire; il ne parlait pas l'espagnol. Il servit d'abord à Oajaca comme domestique. Son maître, surprisde voir en lui une grande intelligence, le fit instruire. Juarez passa d'abord par le séminaire, puis étudia dans un institut que les libéraux avaient fondé. Il fut admis au barreau, fit de la politique dès 1828 dans les rangs des yorkinos avant de plaider; il devient conseiller municipal d'Oajaca (1831), puis député à deux reprises. Il est gouverneur d'Oajaca jusqu'en 1852. Il devient un des chefs des yorkinos révoltés en 1855. Il montre dès lors ses qualités morales; il fait preuve d'une ténacité indomptable.

C'est au milieu des luttes civiles qu'il arrive à la présidence

(le la République. Les partis étaient déchaînés, conservateurs contre démocrates. Les démocrates avaient triomphé et poussé à la présidence le général Alvarez, qui bientôt démissionna, puis le général Comonfort. Les conservateurs, qui étaient soutenus par le clergé, tentèrent de se soulever contre Comonfort. Ils furent vaincus et le parti clérical frappé : le congrès de Mexico décréta les biens ecclésiastiques sécularisés (1856); bientôt il fut décidé que le catholicisme n'était plus religion d'Étal, que le clergé perdait ses tribunaux, tombait dans le droit commun ; la surveillance sur l'enseignement lui échappe et les ordres monastiques sont dispersés. Les conservateurs et le clergé répondirent à ces mesures par la guerre civile. Comonfort fut battu, dut sortir de Mexico (21 janvier 1858). La capitale tombe entre les mains des insurgés commandés par Zulagoa etMiramon (1858-1859).

Juarez était à cette époque premier juge de la cour suprême et vice-président de la Uépublique. Lorsque Comonfort eut élé déchu, Juarez, se prévalant de la constitution de 1857, prit la présidence de la République. Mais sa situation était critique; il était assiégé dans Vera Cruz et sans communication avec Tintérieur du pays. Les Etats-Unis cependant le reconnaissaient comme président de la République; les généraux Alvarez, Yidaurri et Ortega se déclaraient en sa faveur.

La guerre civile dure trois ans : d'un côté, le chef des conservateurs cléricaux, Miramon, désireux d'appeler comme chef de TEtat un prince étranger, de rétablir le clergé dans ses anciens privilèges, et de bâillonner la presse ; de l'autre, Juarez pour qui tiennent quelques Etats, sans ressources, dans l'impossibilité de rassembler un congrès et réduit à faire une constitution provisoire. Néanmoins Juarez est vainqueur; il frappe son principal ennemi, le clergé. Il confisque tous ses biens, sauf les églises, dissout les couvents, autorise les religieux à réclamer leur dot, décrète le mariage civil, rend Tétat civil aux laïques et supprime la légation mexicaine à Rome.

Juarez rentre victorieux à Mexico en décembre 1860.

Démêlés du Mexique avec l'Angleterre, FEspagne et la France. — Des difficultés diplomatiques surgirent au

Page 1