‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 92 sur 176 · LE MEXIQUE · texte numérisé non relu

LE MEXIQUE

moment même où Juarez triomphait à Tintérieur. Pendant la guerre civile, la maison du consul anglais à San Luis avait été pillée, des Espagnols avaient été massacrés. La guerre civile terminée, les gouvernements anglais et espagnols réclamaient une réparation. La France réclamait aussi. Un banquier suisse, Jecker, qui s'était fait naturaliser Français avec Tappui du duc de Morny (1862), demandait une restitution. Le duc de Morny devait toucher 30 p. 100 de la somme remboursée. Miramon avait emprunté à Jecker 75 millions de francs, mais n'avait touché en réalité que 3 millions en argent et 4 raillions 500 000 francs en papier. Juarez refusa de rembourser en entier, comme le lui réclamait le consul de France, une somme empruntée pour le combattre. D'ailleurs le Congrès avait décidé (17 juillet 1861) d'interrompre pour deux ans le paiement des créances étrangères, afin d'examiner leur validité.

La France, l'Angleterre et l'Espagne s'entendirent par la convention de Londres du 31 octobre 1861 pour faire faire droit à leurs réclamations. Les alliés s'interdisaient tout démembrement et toute ingérence dans les affaires intérieures du Mexique. Le président Lincoln, sollicité par les trois puissances, refusa de se joindre à elles, en vertu du principe de Monroë. D'ailleurs son appui élaitdéjà assuré à Juarez.

Les forces navales des trois puissances se présentèrent dans les eaux mexicaines : les Espagnols prirent sans difficulté Vera Cruz; Prim commandait l'escadre espagnole, Jurien de la Gravière la française, Dunlop l'anglaise. Une adresse des plénipotentiaires déclarait que les puissances européennes ne prétendaient pas s'immiscer dans les affaires des partis mexicains. Juarez négocia. L'Espagne et l'Angleterre ne voulaient pas appuyer les prétentions de la France, qu'elles trouvaient exagérées. On occupe quelques villes et le drapeau mexicain est de nouveau hissé à la Vera Cruz.

A ce moment même. Napoléon III rompait l'entente avec les deux autres puissances alliées par sa politique personnelle favorable aux ennemis de Juarez et que l'on a crue inspirée par le pape, désireux de venger le clergé mexicain. En effet, le général Almonte, ancien ambassadeur de Miramon a Paris, déclarait aux

plénipotentiaires anglais et espagnol que Napoléon lui avait promis son appui pour favoriser l'avènement de Tarchiduc Maximilien au trône du Mexique. L'Anglais et l'Espagnol refusèrent d'entrer dans cette voie; c'était la rupture de la convention de Londres. Juarez considère la guerre comme ouverte avec la France; il négocie avec l'Espagne et l'Angleterre.

Guerre firanco-mexicaine. — Le général Almonte se jette dans le pays, rassemble des partisans, se fait nommer président et rouvre ainsi l'ère des guerres civiles. Le corps expéditionnaire français est conduit par Lorencez. Le 5 mai 1862, il est repoussé au fort de Guadelupe sous Puebla; il se retire sous Orizaba, où il se retranche. En septembre arrive le général Forey avec 30000 Français, qui débarque à la Vera Cruz; en mars 1863, il assiège Puebla. Comonfort, le général mexicain, voulut débloquer la place, mais la division française du général Bazaine le défit à San Lorenzo (8 mai). Durant deux mois Ortega résiste dans la place assiégée et ne capitule qu'après avoir anéanti ses armes et ses drapeaux (18 mai 1863).

Juarez sortit alors de Mexico ; il se rendit dans les provinces septentrionales pour organiser la résistance et chercher l'appui des Etats-Unis. Le Congrès lui avait conféré avant son départ les pouvoirs de dictateur pour la durée de la guerre, puis s'était séparé. La route était libre; les Français entrèrent dans Mexico (5 juin 1863). Une commission de 35 membres désignés par le général français Forey convoqua une junte de deux cent quinze membres. Cette junte nomma empereur du Mexique le frère de l'empereur d'Autriche, l'archiduc Maximilien. Le nouveau souverain arriva en mai 1864.

Mais l'oligarchie conservatrice qui avait fait ce choix sous la présidence d'un général étranger déchaînait dès lors une guerre terrible au Mexique. Les républicains prirent en horreur un souverain qui leur était imposé, et conduits par Juarez ils entreprirent une lutte sans pilié et sans merci. Juarez organisait la guerre dans le nord ; le corps expéditionnaire français avait à lutter contre le climat et un ennemi insaisissable qui faisait la terrible guerre d'escarmouches ; les horreurs de la guerre d'Espagne recommencèrent. Les généraux français, Forey, puis

Bazainc, voyaient leurs troupes fondre petit à petit. Maximilien laissait prendre des mesures qui rendaient inexpiable cette guerre à la fois civile et étrangère : depuis octobre 1865, les républicains mexicains faits prisonniers étaient passés par les armes; les généraux Arteaga et Salazar avaient été exécutés.

Les Mexicains se vengèrent aux combats de Tacambaro (1865) *, de Matamoros (mai 1866), de Tampico (août), d'Alvarado et Oajoca. Les troupes françaises soutenaient mal le nouveau souverain, car le général Bazaine semblait travailler pour son compte et garder le pays qu'il occupait; il était fâché avec Maximilien et bientôt allait se retirer après Tintervention diplo-

matique des Etats-Unis. En 1867, le corps expéditionnaire quittait Mexico et prenait la mer à la Vera Cruz. Maximilien refusa de quitter le Mexique à la suite des troupes françaises; il crut pouvoir résister à l'aide de quelques soldats autrichiens, belges et mexicains impérialistes. Il pensait peut-être pouvoir par le libéralisme ramener à lui les Mexicains. Lui-même était un homme doux. Sitôt les Français partis, le soulèvement fut général ; Escobedo prenait dans Queratero l'empereur, Miramon et Mejia; tous trois passent devant le conseil de guerre; ils sont condamnés à mort et fusillés (19 juin 1867).

Ce fut le tour des juaristes de condamner et d'expulser leurs adversaires, de confisquer leurs biens. Ainsi finit cette guerre sanglante. Elle a marqué la fin du parti monarchiste et centraliste; le clergé a été définitivement alTaibli : c'est le triomphe du parti démocratique, des yorkinos. La constitution de 1857 a été rétablie, Juarez a été réélu président de la République pour une période de quatre ans (1867-1871); réélu en 1871, il est mort en 1872.

BIBLIOGRAPHIE

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