‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 96 sur 176 · Voir ci-dessus, t. X, p · texte numérisé non relu

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Le mauvais vouloir des Chinois se manifesta bientôt par la disgrâce des fonctionnaires qui avaient conduit les négociations avec les < barbares de TOuest » ; de nombreuses atlaques, soit par le peuple, soit par des pirates contre des sujets anglais, allaient augmenter les causes de mécontentement du gouvernement britannique.

AflTaire de l'Arrovr. — Un nouveau grief allait être le point de départ des hostilités, et le poids des négociations allait retomber sur le docteur (depuis Sir) John Bowring, chargé du gouvernement de Hong Kong en Tabsence de Sir Samuel Bonham, et investi en même temps de pleins pouvoirs, comme ministre plénipotentiaire de Sa Majesté britannique. Bowring comprenait d'ailleurs tout le premier que c'était àPeking et non à Canton qu'il fallait agir sur le gouvernement. La lortcha (on désigne sous ce nom un bâtiment à la coque européenne avec une mâture et un équipage indigènes) Arf*ow, battant pavillon anglais, commandée par un Irlandais, Thomas Kennedy, ayant été abordée par des fonctionnaires chinois, douze matelots chinois sur quatorze qui composaient Téquipage, furent emmenés prisonniers. Protestation immédiate du consul Harry S. Parkes, près du commissaire impérial Yeh; celui-ci s'excuse sous le prétexte fallacieux qu'un des matelots de l'équipage était le père d'un célèbre pirate, puis il s'avise que le navire, de construction chinoise, avait été enregistré, il est vrai, à Hong Kong, où il devait se rendre le jour même de l'arrestation de l'équipage, mais que sa licence était expirée depuis le 27 septembre 1856, et que, par conséquent, il n'avait plus le droit de porter le drapeau anglais, depuis cette date; en conséquence, Yeh refusait au consul Parkes toute espèce de satisfaction : le prétexte n'était pas excellent, mais il était suffisant.

Commencement des hostilités. — Le 22 octobre, Harry Parkes donnait avis de la réponse du commissaire Yeh à ses compatriotes et, en même temps, il prévenait le vice-amiral commandant en chef des forces navales. Sir Michael Seymour, de la tournure que prenaient les événements. L'amiral arrivait à Canton le lendemain, avec le Coromandely après avoir bombardé les quatre forts {BaiTier forts) entre Whampoa et Canton.

En même temps, les vaisseaux de guerre, Encounterj Sampson, Barracoutay Cornus, prenaient position, les premiers près de la factorerie anglaise, le dernier dans la passe de Macao. L'amiral faisait sentir successivement ses forces contre les autres forts sans amener les Chinois à résipiscence. Les Chinois, exaspérés, le 14 décembre 1856, à onze heures du soir, brûlèrent les factoreries étrangères : toutes furent détruites, sauf rétablissement anglais, qui échappa à la ruine commune. Le lendemain. Sir Michael Seymour bombardait la ville.

Attitude de la France. — Des détachements français ou américains auraient peut-être pu éviter ce désastre, mais, dès le 24 novembre 1856, notre plénipotentiaire, le comte R. de Courcy, avait annoncé de Macao à Sir John Bowring que Tamiral Guérin avait retiré c des factoreries le détachement qu'il y avait envoyé pour y protéger le vice-consulat et le pavillon de France ». Notre ministre ajoutait : « Nous n'avons plus maintenant à Canton aucun intérêt matériel à couvrir de notre protection 9 ; [j'ai] pris soin d'instruire le gouvernement chinois.... de l'adhésion morale que j'entendais donner à votre cause dans ces graves circonstances, tout en maintenant une neutralité de fait qu'il ne me serait permis de rompre sans l'autorisation du gouvernement de Sa Majesté Impériale. »

La France allait avoir l'occasion de quitter sa neutralité pour prendre une part active aux opérations.

Martyre de l'abbé Chapdelalne. — Depuis notre traité de 1844 avec la Chine, nos missionnaires, aussi bien dans le nord de la Mandchourie que dans le sud de la province de Canton, avaient cessé d'être l'objet de mauvais traitements de la part des Chinois. Mais ce fut au Kouang-si, province célèbre dans le martyrologe de l'Eglise, que devait être commis un crime qui a d'ailleurs été imité tout récemment. Le Kouang-si n'avait pas de missionnaires depuis les jésuites, lorsqu'en 1853, le préfet apostolique du Kouang-toung, M. Libois, du séminaire des Missions étrangères de Paris, y envoya l'abbé Auguste Chapdelaine, du diocèse de Coutances. Au bout de trois ans d'évangélisalion, l'abbé Chapdelaine fut arrêté et mis cruellement à mort à Sin-lin-hien, le 27 février 1856 : il

n^était âgé que de quaranle-deux ans. Sa mort nous fournissait un prétexte pour intervenir en Chine.

Le Parlement anglais. — G*était Tétat de guerre, sans déclaration de guerre, qui existait en Chine : il était impossible de ne pas prendre de mesures décisives, mais le gouvernement britannique allait trouver une opposition violente dans le sein du Parlement. Richard Cobden dénonça les mesures qui avaient été prises à Canton dans laffaire de V Arrow , et sa motion de blâme, appuyée par un énergique discours de Gladstone, fut votée le 26 février 1857, à une majorité de 16 voix. Lord Palmerston n'hésita pas un instant, il en appela aux électeurs, qui approuvèrent pleinement sa politique chinoise.

Plénipotentiaires. — James, huitième comte d*Elgin et douzième comte de Kincardine, était nommé au mois d'avril 1857 haut commissaire et plénipotentiaire de Sa Majesté britannique pour le règlement des affaires pendantes avec l'empereur de Chine ; d'après les instructions que lui adressait Clarendon, le 20 avril 1857, Elgin devait formuler cinq demandes : les trois premières, réparation des dommages causés aux sujets britanniques, exécution complète des clauses des différents traités; la quatrième, le droit de résidence à Peking d'un ministre dûment accrédité par la reine, avec le pouvoir de communiquer directement avec les hauts fonctionnaires chinois ; la cinquième comprenait la revision des traités, afin d'obtenir de nouvelles facilités pour le commerce, l'accès aux grandes villes du littoral et aux rivières, et la permission pour les navires chinois de se rendre de tous les points de la côte à Hong Kong pour y faire le commerce. L'éventualité d'une guerre était prévue dans ces instructions.

La France fit choix comme plénipotentiaire du baron Gros.

Révolte des Indes. — Cependant Elgin s'était mis en route, lorsqu'à Ceylan il apprenait du lieutenant général T. Ashburnham, commandant des forces expéditionnaires, qui venait de quitter Bombay, qu'un régiment indigène s'était mutiné, le 11 mai 1857, à Meerut. A Singapore, Elgîn recevait du vicomte Canning, gouverneur général de l'Inde, une dépèche le pressant d'envoyer à Calcutta les troupes à destination de

Chine. Après accord avec le général Ashburnham, le 5* fusiliers et le 90* régiment d'infanterie légère étaient envoyés à Calcutta K Arrivé a Hong Kong, le 3 juillet, n*atlendant le baron Gros que vers la fin de septembre, Ëlgin se rendit à Calcutta; il était de retour à Hong Kong au mois de septembre et le baron Gros arrivait le 16 octobre.

Commencenieiit des hostilités. — Le 12 décembre 1857, un ultimatum était remis au commissaire Yeh et Tile de Honan était occupée sans résistance le 15. Le 25 décembre, Yeh refusait de rendre la ville de Canton. Le 29 décembre, les forces de terre et de mer des alliés, sous les ordres des contreamiraux Sir Michael Seymour, Rigault de Genouilly, du major général C. T. van Straubenzee, bombardaient Canton et s*en emparaient; le 5 janvier 1858, on faisait prisonnier Yeh, le gouverneur général, Pih Kwei, le gouverneur de la province, et le général lârtare. Yeh fut envoyé captif à Calcutta, Pih Kwei fut chargé de l'administration de la ville, sous le contrôle de trois commissaires étrangers : le commandant F. Martineau des Chenez, de la marine française; Harry S. Parkes, consul dWngleterre, et le colonel Thos. HoUoway, de l'infanterie de marine anglaise.

Marche vers le nord. — Cependant le comte C. Poutiatine, ministre de Russie, et William B. Reed, ministre des

Etats-Unis, se joignaient aux ministres de France et de Grande- Bretagne pour appuyer à la cour de Peking les doléances des étrangers. Les plénipotentiaires donnèrent avis au gouverneur impérial qu'ils se rendaient à Peking et qu'ils y attendraient jusqu'à la fin du mois de mars (1858) les délégués du gouvernement impérial chargés de régler les difficultés. Le gouvernement chinois ayant refusé de correspondre avec les plénipotentiaires, les alliés se rendirent à Ta-kou, à l'entrée du Peï-ho. Les commissaires chinois n'ayant pas pleins pouvoirs pour traiter, d'autre part le gouverneur-général Tau ayant envoyé au comte Pouliatine, le 17 mai, un mandarin pour lui dire que l'empereur refusait de recevoir les envoyés étrangers à Peking,

\. Voir ci-dessus, p. 6i6 et suiv.

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la marche en avant sur Tien>tsin fut décidée (20 mai). Le jour même les forts de Ta-kou étaient bombardés et occupés par les alliés : rien n'empêchait les plénipotentiaires d*arriyer à Tien- Isin le 30 mai.

Traités de Tien-tsin. — A leur arrivée, Elgin et Gros reçurent de Tau, gouverneur général du Tche-li, Tsong, gouverneur général des grains, et Wou, sous-secrélaire d*Etat, un décret impérial du 29 mai, annonçant que deux commissaires, Koueï Liang, grand secrétaire d'État, et Houa-cha-na, président du conseil des Finances, allaient se rendre à Tien-lsin pour examiner Tétat des affaires en litige. En tout état de cause, les mesures étaient prises pour continuer la marche sur Peking : les commissaires impériaux arrivèrent toutefois à Tien-tsin le 2 juin. Mais les commissaires étaient munis de pleins pouvoirs et un double traité fut signé le 26 juin 1858 avec la France et la Grande-Bretagne.

Le traité anglais comprend cinquante-six articles; les principales clauses en sont : le droit pour l'Angleterre d'avoir un ambassadeur ou un ministre à la cour de Peking, de même que pour la Chine d'avoir un représentant à la cour de Saint James ; liberté du culte; Tchen Kiang, sur le Yang-tsé, est ouvert immédiatement au commerce, Han Keou le sera après le rétablissement de la paix. Outre les ports de Canton, Amoy, Foutcheou, Ning-po et Chang Haï, ouverts par le traité de Nan King, les étrangers devront également avoir accès à : Nioutchouang (Mandchourie), Tang-lcheou (Tche-fou, Chan-toung), Tai-ouan (Formose), Tchao-tcheou (Swatow, Kouang-toung) et Kioung-tcheou (Haïnan). D'autres clauses traitent des droits de douane, de navigation, etc. Enfin les ratifications devaient être échangées à Peking, dans Tannée qui suivrait la signature du traité. Dans un article supplémentaire, il était convenu que les forces anglaises se retireraient de Canton après le paiement d'une indemnité de deux millions de taêls pour dommages et intérêts, et de deux millions de taêls pour les frais d'expédition.

Le traité français, signé le 27 juin 1858, renferme quarantedeux articles, difTérant peu du traité anglais. Parmi les ports

ouverts, Tam-soui dans Tile de Formose, ainsi que Nan King, dans le Kiang-sou, sont ajoutés (cette dernière stipulation resta lettre morte) dans le traité français; en revanche, Niou-lchouang n*y figure pas; en plus do Tindemnité de deux millions de taêls pour frais d'armements, une indemnité doit être donnée aux Français et aux protégés de la France dont les propriétés ont éié pillées ou incendiées par la populace de Canton avant la prise de cette ville par les troupes alliées. En outre, le mandarin de Sin-lin-hien, coupable du meurtre de Tabbé Chapdelaine, était dégradé et déclaré incapable d'exercer désormais aucune fonction ; la première mission du baron Gros et de lord Elgin en Chine était terminée.

Affaire de Ta-Kou. — M. de Bourboulon, pour la France, et M. Frederick W. A. Bruce furent laissés pour échanger les ratiGcations des traités de Tien-lsin, et, afin de remplir leur mission, au mois de juin 1859 ils se rendaient à Tembouchure du Pei-ho. Une escadre anglaise, commandée par Tamiral James Hope, et deux bâtiments français accompagnaient les plénipotentiaires. Ils trouvèrent Tenlrée de la rivière barrée; une sommation adressée le 22 juin aux Chinois d'avoir i laisser le passage libre resta sans réponse; le 25 juin, les forces alliées tentèrent de forcer le passage; elles furent accueillies par le feu des forts de Ta Kou, et après un combat sanglant, dans lequel l'amiral Hope et le commandant français Tricault furent blessés, les alliés durent renoncer à leur entreprise et se retirer i Chang Haï, où ils attendirent les instructions de leurs gouvernements. L'action des autorités locales de Ta Kou ayant été approuvée par l'empereur Bien Foung, une guerre devenait inévitable.

Guerre de 1860. — La nouvelle de l'attaque infructueuse des forts du Peï-ho arrivait en Europe au mois de septembre; dès le 2 novembre 1859, l'empereur Napoléon arrêtait la composition des troupes qui devaient prendre part à l'expédition, et le i3, un décret impérial nommait le général de division Cousin-Montauban commandant en chef des forces de terre ot de mer : deux brigades d'infanterie, avec des troupes de diffé* rentes armes formaient un effectif d'environ huit mille hommes.

Un brillant état-major général dont le chef était le lieutenantcolonel Schmitz accompagnait le général Montauban. A la tète des forces anglaises était placé le lieutenant général Sir Hope Grant. Son armée comprenait 13 116 hommes dont 1 000 cavaliers environ. Le commandement de la flotte était distinct de celui de Tarmée de terre ; il était confié au contre-amiral James Hope, ayant sous ses ordres le contre-amiral Lewis Jones.

Enfin, on faisait de nouveau appel au concours du baron Gros et de lord Elgin, qui devaient demander des excuses pour Tatlaque de Ta Kou, la raliflcalion et Texécution des traités de Tien-tsin, et le paiement d*une indemnité pour frais de guerre. Les plénipotentiaires s^embarquèrent à Marseille, le 28 avril 1860.

Commencement des hostilités. — Le général Montauban s'embarquait à Marseille (12 janvier 1860), touchait à Hong Kong (26 février), où il conférait avec les chefs anglais et le contre-amiral français Page : il arrivait à Chang Haï sur le Forbin (12 mars). Cependant, suivant Texemple de l'Angleterre, les forces navales françaises dans les mers de Chine étaient détachées des forces de terre, et le vice-amiral Chamer en était nommé commandant en chef par décret impérial (4 février 1860). Charner quittait Marseille (29 février), arrivait a Hong Kong (12 avril) et à Chang Haï où il rencontrait pour la première fois le général Montauban (19 avril). Le général anglais sir Hope Grant arrivait à Chang Haï le 6 avril. Deux jours après, les Chinois rejetaient l'ultimatum qui leur avait été adressé à PeUing, le 8 mars, par Bourboulon et Bruce. Une conférence des chefs français et anglais fut tenue à Chang Haï (le 14 avril) dans laquelle on décida de s'emparer de la grande Chou-san, que Chang Haï servirait de base aux Français, et Hong Kong aux Anglais; toute idée de blocus était abandonnée. Ting Haï, dans la grande Chou-san, se rendit aux alliés sans résistance, une semaine plus tard (21 avril) ; enfin le 8 juin, les Français occupaient Tche-fou sans coup férir. Le 18 juin, une réunion des généraux et amiraux français et anglais avait lieu à Chang Haï, à la suite de laquelle la base des opérations fut changée : Tche-fou, où arrivait le baron Gros le 11 juillet,

devenait le rendez-vous des Français, tandis que le général Grant et l'amiral Hope s'établissaient en face, à Ta-lien-ouan, dans la péninsule de Liao-toung.

Prise de Ta Kou. — Le 12 juillet 1860, une reconnaissance était faite de la côte chinoise : elle montrait que l'accès de la rivière Pe-tang, un peu au nord du Pei-ho, était seul praticable. Un nouveau conseil des chefs de guerre était tenu à ïchefou, le 19 juillet, et quelques jours plus tard (26 juillet) les Oottes quittaient les mouillages de Tche-fou et de Ta-lien-ouan: le vice-amiral Charner, sur la Renommée, était suivi du contreamiral Page, sur la Nérnésis, commandant la première escadre, du contre-amiral Protêt sur la Dryade, commandant la seconde escadre, et du capitaine de vaisseau Bourgois, sur la Dragonne. Le 30 juillet, les flottes appareillaient et se dirigeaient sur le Pe-tang-ho, mais l'état de la mer ne permettait le débarquement des troupes que le l"*" août; le lendemain, Tavant-garde occupait la ville, le fort du sud, et le fort du nord de Pe-tang sans accident. Malgré le mauvais temps, les jours suivants furent employés à reconnaître la plaine marécageuse qui s'étend entre le Pe-tang-ho et le Pei-ho et que traverse une chaussée ; le 12 août, les retranchements de Sih-ko étaient emportés, et le surlendemain les alliés s'emparaiont de Tang-ko. Le plan du général Montauban était de s'appuyer sur ces deux places pour jeter un pont sur le Pei-ho et attaquer les forts de la rive droite de ce fleuve, qui fut franchi le 18 août. Toutefois, ce plan fut modifié sur l'initiative des généraux sir Hope Grant et CoUineau, et, le 21 août, on commença l'attaque, du fort en amont sur la rive gauche. Les efforts des troupes de terre étaient secondées par les navires des amiraux Page et Jones. L'attaque commença à cinq heures; à six, l'action était générale ; à sept, la poudrière du fort intérieur sautait, enfin, Tassant était donné; les Français pénétraient les premiers dans la place et notre drapeau était planté sur les murs par le tambour Fachard. Les forts du sud restaient silencieux, le second fort du nord se rendait sans résistance, enfin le même jour les trois forts de la rive gauche s'étaient rendus. Ainsi dans la même journée, les alliés s'étaient emparés de cinq forts, de quatre barrages, de

467 pièces de gros calibre, de 444 pièces de moindre force, de fusils, d*arbalètes, etc.

Prise de Tien-tsin. — La roule de Tien-tsin était libre ; V Alarme, accompagnée de V Avalanche et de la Mitraille et de l'amiral Hope, quittait le mouillage de Tang-ko, et remontait le Pei-ho (23 août). L'amiral Charner, quelque temps après, arrivait dans le Qeuve; Tien-tsin se rendait sans résistance aux deux amiraux, le 24 août 1860. Les troupes de terre arrivaient dans cette ville deux jours plus tard avec les plénipotentiaires, Elgin et Gros.

fleng-fou, gouverneur du Tche-li, et Kouei-liang, haut commissaire impérial, se présentèrent en négociateurs, mais on reconnut quelques jours après, qu'ils n'étaient pas munis de pleins pouvoirs, aussi les négociations furent-elles rompues (7 septembre) et une marche générale des armées alliées sur Pekingfut ordonnée.

6uet-apens de Toung-tcbeou. — A la première étape sur le Pei-ho,Yang-tsoun, Tsai, prince de I, et Hang Ki, ministre de la Guerre, apportent de nouvelles propositions (10 septembre), qui ne sont acceptées qu'à la seconde étape, à Ho-si-wo; les troupes devaient camper à deux lieues de Toungtcheou et quitter le 17 septembre Ho-si-wo. Le lendemain, les alliés se heurtaient à l'armée tartare et on apprenait que les officiers qui avaient été envoyés en avant étaient faits prisonniers. Onze Français et vingt-six Anglais étaient victimes de ce guet-apens, dit de Toung-tcheou, quoiqu'il ait eu lieu en réalité à Tchang-kia-tchouang (18 sept.), et à la suite duquel beaucoup d'entre eux devaient trouver la mort dans d'affreux supplices.

Pa-li-kao. — Cependant les armées alliées passaient sur l'armée tartare, s'engouffraient dans la longue rue de Toungtcheou, et s'engageaient sur la route pierrée de 18 kil. qui conduit de celte ville à Peking. A huit c li » (pa li), un pont de marbre {kiao) franchit le canal, qui va du Pei-ho à la capitale; c'est là que le général tartare, San-Ko-li-lsin, avait massé ses cavaliers; dans un combat furieux qui dura de sept heures du matin jusqu'à midi, les alliés et en particulier les troupes

françaises, avec le général Collineau en têle, enlevèrent le pont, et dispersèrent la cavalerie tartare. Ce brillant fait d'armes valut au général Montauban le titre de comte de Pa-li-kao. Le jour même, Tabbé Deluc avait été décapité sur le pont par les Chinois : il n'avait que trente-quatre ans (21 septembre).

Prise du Palais d*ôté. — Le 6 octobre, les forces françaises et la cavalerie anglaise tournaient Peking et s'emparaient au nord-est de la ville du Palais d'été impérial, le Yuen-mingyuen, que l'empereur Bien Foung avait quitté en hâte quelques heures auparavant pour se réfugier à Djehol, en Mongolie. On y trouvait des traces des tortures infligées aux malheureux prisonniers européens. La cruauté des Chinois ne peut toutefois excuser, si elle l'explique, le pillage du Palais d'été; Yuen-mingyuen était un véritable musée dont les palais, dispersés au milieu des parcs et des lacs, contenaient entassés tous les présents envoyés aux souverains de la Chine. Cependant, les Chinois renvoyaient 17 prisonniers et on put se rendre compte du sort des victimes du guet-apens de Toung-tchéou; quatre d'entre eux avaient été mis à mort, les autres conduits à Peking à pied ou dans des chariots garnis de clous, périrent dans les tortures ou des suites de mauvais traitements. Ces atrocités portèrent au plus haut point l'indignation de lord Elgin, qui était installé au Want-cheou-chan, près du YueÉ-ming-yuen; les massacres avaient eu lieu à l'instigation de l'empereur; le plénipotentiaire anglais ne pouvant atteindre le fuyard, résolut de le frapper dans ce qu'il avait de plus cher. Le Yuen-ming-yuen était, dit lord Elgin, « la résidence favorite de l'empereur, et sa destruction ne pouvait manquer d'être un coup porté à son orgueil, aussi bien qu'à ses sentiments ». Le jeudi 18 octobre, le palais était incendié.

Prise de Peking. — Le 13 octobre, le ministre Hang Ki se décida, sur les menaces des alliés, à ouvrir la porte 'Ân-ting, et ceux-ci résolurent de s'installer dans la capitale. Le 17, un ultimatum était envoyé aux Chinois pour les avertir que si la paix n'élait pas signée le 29, le palais impérial de Peking serait incendié. Le prince Kong, frère de l'empereur, comprit qu'il était de Tintérèt de la dynastie mandchoue de traiter le plus

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vite possible avec les élmigers; d ailleurs le général Ignaliev, ministre de Russie, avait trioofèé des dernières hésitations du prince à se rendre auprès des alfiés. Le 22 octobre, une indemnité pour les victimes du 8 octobre était payée et quelques jours plus tard la paix était signée.

Conventions de Peking. — Le 24 octobre 1860, Lord Elgin signait une convention en neuf articles qui comprenaient : des excuses pour Tattaque à Ta Kou de juin 1859, le droit de résidence pour un ministre anglais à Peking, une indemnité de huit millions de taêls pour frais de guerre (six millions) et dommages aux résidents anglais (deux millions) au lieu de rindemnité de Tarticle séparé du traité de Tien-lsin ; Tien-tsin ouvert au commerce, règlement de Témigration, cession à l'Angleterre de Kaou-loun en face de Hong Kong; exécution immédiate du traité de Tien-tsin ; évacuation des Cbou-san, après la signature des conventions ; occupation de Tien-tsin, des forts de Ta Kou, de la côte nord-est du Ghan-toung et de Canton jusqu'au paiement de l'indemnité. Les ratifications du traité de Tien-tsin étaient échangées le même jour. Le lendemain, le baron Gros signaitavec le prince Kong une convention similaire en dix articles. L'article 6 a un intérêt particulier pour nous à cause du protectorat des missions : < Conformément à l'édit impérial, rendu le 20 mars 1846, par l'empereur Tao Kouang, les établissements religieux et de bienfaisance qui ont été confisqués aux chrétiens pendant les persécutions dont ils ont été les victimes seront rendus à leurs propriétaires par l'entremise de Son Excellence M. le Ministre de France en Chine, auquel le gouvernement impérial les fera délivrer avec les cimetières et les autres édifices qui en dépendaient. » Los ratifications du traité de Tien-tsin eurent lieu le même jour.

Fin de la oampagiie. — Le 28 octobre, avaient lieu au cimetière catholique, remis entre les mains de M*' Mouly, lazariste, évèque du Tche-li nord, les funérailles solennelles des victimes du guet-apens de Toung-tcheou ; le lendemain, Tanibassade assistait à un service pour les morts et à un Te Deum dans la cathédrale, remise également à M*' Mouly. Le 1*' novembre, les Français quittèrent Peking, et les Anglais

le 7; les ambassadeurs quiltèrent le 9 avec les dernières colonnes : toutes les troupes étaient de nouveau réunies à Tien-tsin le 14 novembre; le général Gollineau et le général Staveley restaient à Tien-tsin ; les autres troupes étaient embarquées soit pour Gkang Hai, soit pour Canton. Le baron Gros quittait Tien-tsin le 24 novembre, après avoir installé M. de Bourboulon comme ministre à Peking. Lord Elgin quittait le 25) son frère cadet, sir Frederick Bruce, allait rester en Chine comme ministre d* Angleterre.

Mort de Hien Foung; Toung Tchi. — Ce misérable prince, heureusement pour son empire, mourut peu de temps après ces désastres (22 août 1861); il eut pour successeur, son fils Tsai Tchoun, qui prit le nom de règne {nien-hao) de Tsi Tchiang, c bonne chance ». Quelle lourde succession pour cet enfant! Dans le nord-ouest et le sud-ouest de la Chine, les Musulmans étaient en rébellion ; au centre, les T'ai Ping, avec Nan King comme capitale, se répandaient sur les bords du Kiang et occupaient les principales villes du Kiang-sou et du Tche-kiang, les étrangers n'avaient pas encore évacué les ports du nord, ni Ghang Haï, et ils tenaient Canton; les Russes étaient fortement établis sur le fleuve Amour. Ni flottes, ni armées dignes de ce nom ; le trésor impérial vide. Il eût suffi qu'une puissance occidentale le désirât pour que le trône mandchou, ébranlé depuis Tao Kouang, croulât dans Tignominie, avec Hien Foung. Ce furent les étrangers, au contraire, qui sauvèrent cette dynastie presque perdue et aidèrent Fhomme habile qui allait diriger les destinées de l'empire à sortir de difficultés presque inextricables.

Le prince Kong. — Yih Sin, prince de Kong, sixième fils de l'empereur Tao Kouang, frère de Hien Foung, était alors un jeune homme; il était né le 11 janvier 1833. C'était lui qui avait traité avec les alliés et ce fut lui qui dirigea les affaires pendant les derniers mois du règne de son frère. Les affaires étrangères, qui étaient réglées par les gouverneurs des provinces frontières et par le Li-fan-youen, pour les aflaires de Mongolie et de Russie, n'étaient pas rattachées â l'un des six départements ministériels. La guerre de 1860 avait fait voir

rinconvénientde ce système, et à la suite d'ua lupporl du prince de Weî, un décret impérial constitua, le 19 janvier 1861, un nouveau ministère sous le nom de Tsong-li Ko Kouo Che Wou Yamen ou simplement Tsong-li Yamen, auquel furent appelés le prince Kong, Kouei Liang, premier grand secréiaire, et Won Siang, vice-président du ministère de la Guerre. L'année suivante, quatre autres membres furent appelés à ce ministère, qui en 4869 comprenait dix ministres. L'avènement d'un jeune empereur allait donner encore plus d'importance au prince; une longue régence s'annonçait; le 1 novembre 1861, le prince Kong était nommé premier ministre et régent conjointement avec l'impératrice douairière. Pour bien marquer le changement politique, il changeait le nom de règne de son neveu de Tsi Tchiang en Toung Tchi {union dans tordre), puis il se débarrassait des conseillers de Hien Foung, par un véritable coup d'Etat : le 2 décembre, un décret dénonçait les crimes du Conseil des Huit, institué par Hien Foung et ordonnait qu'un rapport fût fait sur les châtiments à infliger à Tsai Yuan, prince de Yi, Tuan Hua, prince de Tchen, Sou Tchouen, grand secrétaire. Le môme jour. Tordre était donné de dégrader les deux premiers et d'arrêter le troisième; huit jours après tous trois étaient condamnés à mort; pour sauver le prestige de l'Etat, Tsai et Tuan eurent la faveur de se suicider, tandis que Sou fut exécuté : il mourutd'ailleurs avec beaucoup de courage. Tous les autres membres du Conseil furent dégradés. Ajoutons que le 31 août 1864 la Gazette de Peidng annonçait que par suite des services rendus par les ancêtres de Tsai et de Tuan, leurs titres de princes seraient ressuscites et donnés à des membres éloignés de leurs familles. Le prince Kong était désormais maître de la situation ; il allait garder le pouvoir, presque sans interruption, pendant de nombreuses années, jusqu'à ce que son influence pâlit devant celle de Li-Iloung Tchang.

Guerre des T'ai Ping. — Le principal effort du gouvernement tendait à rétablir l'ordre dans les provinces; nous avons vu déjà que les deux Ma, en faisant leur soumission en 1860, avaient porté un coup fatal à l'influence musulmane dans le

YuQ-nan; maïs les T*ai Ping occupaient toujours Nan King et le Kiang-sou; la prise de Ning-po (9 décembre 1861) et de Hang-tcheou (29 décembre 1861) leur livrait le Tche-kiang. Les étrangers, menacés dans leurs intérêts dans la vallée du Kiang, ne pouvaient manquer d*intervenir : une conférence des autorités maritimes et militaires, vice-amiral sir J. Hope, colonel Moody, contre-amiral Protêt, colonel Théologue, Edan, consul de France, se réunissait à Chang Haï (13 février 1862) et décidait d*agir énergiquement. D'autre part, au mois de juin 1860, une force de cent étrangers commandée par rAroéricain Ward avait été réunie par les Chinois; la prise de Song-kiang, le même mois, et Tappui qu'elle donna aux troupes franco-anglaises lui valurent le litre à'Ever viclorious Army^ Tchang chang-kiun. Le général de brigade C.-W.-D. Staveley avec le contingent français s'emparait successivement de Tsingpou (12 mai 1862) et de Nan-jao (17 mai 1862), où nous perdions l'amiral Protêt, tué d'une balle au cœur; quelques jours auparavant le capitaine Dew, de la marine anglaise, avait repris Ning-po (10 mai 1862). Malheureusement Ward fut tué à Tsutchi dans le Tche-kiang, le 20 septembre, et remplacé par Henry Burgevine, qu'on fut obligé de destituer en janvier 1863; il eut pour successeur le capitaine Holland, de l'infanterie de marine anglaise, et enfin le célèbre Gordon (Gordon pacha) en mars. La prise de Fou chan (6 avril 1863), de Tai-tsan (2 mai 1863), de Quin-san (30 mai 1863), de Wo-kong (29 juillet 1863), de Fong-tching (26 août 1863), permit d'investir la grande ville de Sou-lcheou. Entre temps Henry Burgevine était passé aux rebelles * (août), mais était obligé de se rendre à Gordon deux mois plus tard; une défaite (27 nov.) réparée par une victoire (29 nov.) sous les murs de Sou-tcheou précédèrent la reddition de cette ville (5 décembre 1863) à Gordon et à Li-Fou-taï; malgré la parole jurée, les chefs rebelles furent mis à mort par ordre de ce dernier, et Gordon donna sa démission. Fin de la guerre des T'ai Ping. — Cependant pendant que Gordon et Li conduisaient les opérations militaires sur la

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