FONDATION BU ROYAUME DE GERMANIE
Bavière, défendu ses territoires contre les Normands, poursuivi la destruction du paganisme. Â la fin de son règne, par le traité de Mersen (870), conclu à la suite de la disparition de la famille de Lothaire, il avait même pu réunir à la < France orientale > une partie des pays sitijés sur la rive gauche du Rhin. Un de ses contemporains, le moine de Saint-Gall, qui vante sa l>eauté, sa force, sa sagesse, sa dévotion, déclare qu*il était « roi et empereur de toute la Germanie, des Rhéties, de Tancienne France ', de la Saxe, de la Thuringe, du Norique, des Pannonies et de toutes les nations du septentrion ». Tel était Théritage qui, après quelques partages et diverses vicissitudes, revenait à Arnulf.
De 888 à 919, cette famille à demi carolingienne essaie de se maintenir au pouvoir : période obscure et sur laquelle il est inutile d'insister longuement. Arnulf est actif, courageux, mais il ne peut guère compter sur les Saxons, et par suite manque des forces qui lui seraient nécessaires. Vainqueur, à l'ouest, des Normands, sur la Dyle, près de Louvain (novembre 891), il échoue, à Test, contre le puissant Etat morave que gouverne Svatopluk (893). Battu, il fait appel aux Hongrois ou Magyars et déchaîne ainsi sur l'Europe chrétienne ces terribles invasions qui étendront leurs ravages non seulement en Allemagne, mais en Italie jusqu'à Rome, en France jusqu'à l'Aquitaine '. S'il parvient à obtenir que son fils Zwentibold soit nommé roi de Lorraine (895), son intervention est stérile en Italie, où il est appelé par le pape Formose (893). Deux compétiteurs s'y disputent la couronne : Bérenger de Frioul, qui s'appuie sur la « France orientale », Guido de Spolèle sur la € France occidentale » et les Bourgognes ; Guido, vainqueur, s'est fait couronner empereur à Rome (891). En 894, Arnulf devient roi d'Italie; en février 896, dans une seconde expédition, il est couronné empereur à Rome ; il défepd le pape contre Lambert de Spolète, le fils de Guido; mais, à peine repart-il pour la Germanie que ses ennemis triomphent aux dépens du pape assez imprudent pour compter sur cet allié lointain.
1. C*est-à-dire de la Franconie et des autres pays francs de la région rhénane. . 2. Sur ces invasions, voir ci-dessous, chapitre xiv.
te ' Après Arnulf, qui meurt ea décembre 899, sou fils, Louis
TËnfant, âgé de six ans, ne peut guère passer pour un roi que dans les chronologies. Appuyé par Farchevèque de Mayence, Haito, rhomme de confiance d*Amulf, et par le clergé, il est reconnu même par les Lorrains, qui détestent Zwentibold à cause de ses violences. Mais Uentôt rAilemagne 8*abime dans une épouvantable anarchÎQ : « Tout est aux prises, écrit révèque de Constance, Salomoti. L*évèque, le comte, le vassal, les frères contre les frères, les parents contre les parents, et les citoyens dans la même ville. Les grands, qui devraient assurer la paix, donnent lexemple de la lutte; la loi est foulée aux pieds et le bas peu{de murmure et se déchidne. Jamais il n'a été si vrai de dire : « Malheur au pays dont un enfent est roi! > Les hommes libres aliènent leurs biens, leur liberté même, pour s assurer la protection des puissants; les petits seigneurs se groupent autour des grands et deviennent leurs vassaux; ainsi s'établit la féodalité allemande. Le pouvoir central, royal, n'existe plus que de nom. Cependant TAllemagne, ravagée à Touest par les Normands, attaquée sur les frontières de la Saxe par les Danois et les Vendes, sur celles de la Thuringe par les Moraves, est ouverte aux hordes des cavaliers magyars. En 906, ils poussent jusqu'à TElbe; en 907, ils envahissent victorieusement la Bavière; en 908, ils battent le margrave de Thuringe, Burchard; en 909, ils entrent en Souabe; en 910, ils culbutent une armée royale à Augsbourg, sur le Lech. Ainsi chaque année ils pénètrent plus avant jusqu'au cœur du pays, terrifiant l'Allemagne par leur aspect même et promenant partout l'incendie et la mort.
Les Duchés et les Marches. — Si l'Allemagne est à ce point troublée par les divisions intestines, si elle est sans force contre les attaques extérieures, c'est que l'unité lui manque. Les vieilles peuplades germaniques, réunies en quelques grands groupes, n'ont pas abandonné leurs institutions particulières, ni leurs rivalités. Sous le gouvernement de ducs héréditaires, elles forment dans le royaume autant d'Etats autonomes ^
1. L'origine du pouvofr ducal en Allemagne, à la fin du ix siècle et au x*,'est une question controversée qui a été Tobjet de nombreuses dissertatioQs; en tout