Au mois de mai
Actif, d'esprit pratique, il s'occupe surtout de rAUemagne : il veut la défendre, la réorganiser et enfin la gouverner. Sur la frontière de Test, Otto III a laissé se fonder le royaume de Pologne,- qui menace l'Allemagne, et dont le chef, le redoutable Boleslav Chrobry, vient même de se faire reconnaître duc de Bohème. Entre lui et Henri s'engage une lutte qui, coupée par de courtes paix, dure de 1003 à 1017. Henri n'est pas toujours heureux : en 1015, il tente une grande expédition, pousse jusqu'à l'Oder, mais au reto^ur, surpris dans les forêts, il subit une terrible défaite. En 1017, quand il croit prendre sa revanche, il est encore battu et forcé de signer, en 1018, une paix € non pas honorable, mais telle qu'on la put faire alors », avoue Thietmar, évoque de Mersebourg, le plus important des chroniqueurs de cette époque. En Bourgogne, son oncle, le roiRodolphe, que la féodalité a dépouillé de tout pouvoir, s'est reconnu son vassal et lui a transmis son royaume; mais, malgré deux expéditions dans la vallée de la Saône, Henri ne peut contraindre les seigneurs. En 1006 et 1007, il doit combattre une révolte de Baudouin, comte de Flandre. L'année suivante, la succession de l'archevêché de Trêves, qu'il ne veut pas accorder à son beau-frère Adalbéron, de la famille de Luxembourg, provoque la formation d'une ligue où entrent le comte Frédéric de Luxembourg, le duc Henri 'de Bavière, l'archevêque Dietrich de Metz; la lutte se prolonge» jusqu'en 1017. Presque partout fermente l'esprit d'indépendance et de révolte. Du moins le roi combat. Sans doute il est obligé de faire des concessions à la féodalité; s'il ne reconnaît pas formellement l'hérédité des fiefs, dans la pratique il l'accepte. Lui-même, accordant un € bénéfice héréditaire », ajoute que c'est là « ce qu'on appelle vulgairement Erblehen » et atteste ainsi combien ce fait est fréquent. Ses efiforts tendent à mettre un terme aux violences des seigneurs, à leurs guerres privées, qui troublent et ruinent le pays. Il va de province en province, proclamant la paix locale, Landfrieden, dans de grandes assemblées comme celles de Zurich (1005), de Mersebourg (1012), où tous « depuis le plus humble jusqu'au plus puissant jurent qu'ils maintiendront la paix, qu'ils ne seront point complices de brigandages ».
Son exemple est imité : ainsi Burchard, évêque de Worms, publie des lois de paix, afin, dit-il, de soumettre tous ses sujets, c riches et pauvres », à un droit commun. Contre les perturbateurs de la paix le roi est sévèi*e ; au besoin il dépouille même des mai^raves de leur charge. Ses efforts pour rétablir Tordre et la sécurité concordent avec ceux qui se font en France, où la Paix ou la Trêve de Dieu préoccupe alors les esprits. A la fin de son règne, en 1023, Henri II a une entrevue avec Robert le Pieux, à Ivoy, sur le Chiers, et les deux rois s'y occupent c de la paix de la sainte Eglise de Dieu et des moyens de venir en aide à la chrétienté ».
Par contre, en Italie, Henri II n'apparaît guère et séjourne peu. Vainqueur d'Ardouin en 1004, il est attaqué par la population dans son palais de Pavie, le jour même de son couronnement comme roi dltalie. A Rome, contre la faction des Grescentius, il soutient Benoit VIII, de la puissante famille de Tusculum. En février 1014, il est couronné empereur; un combat s engage entre Romains et Allemands, sur le pont du Tibre. Henri ne s'attache point à rétablir Tordre dans l'Italie centrale. En 1022, sur les instances du pape, il guerroie contre les Grecs du sud de l'Italie ; ces courtes expéditions, sans résultats sérieux, ne tiennent dans l'ensemble du règne qu'une place secondaire.
Henri n et l'Église. — Henri II porte dans l'histoire le surnom de Saint; et de fait, c'est un roi d'église, si Ton entend par là non point qu'il accepte le gouvernement de l'Eglise, mais qu'il veut au contraire la gouverner et se servir d'elle. € Personne, dit un historien allemand contemporain, n'attaqua plus violemment les privilèges et les bj^s des églises que celui que le moyen âge appela le Saint et à qui, au monastère de Lorsch, on donnait le titre de Père des moines. »
Certes il est dévot, connaît les canons, s'occupe de litui^ie et de discipline; mais, d'autre part, il est politique et, s'il se montre l'ami des évêques et des abbés, s'il en fait ses conseillers et ses collaborateurs, c'est aussi pour opposer à la féodalité laïque l'aristocratie ecclésiastique. Même ses fondations pieuses ont un caractère pratique. N'ayant point d'enfants, il choisit, dit-il,