LES PREMIERS EMPEREURS DE LA MAISON DE PRANGONIE
parait de Tobjet du litige et faisait de la papauté une chose allemande. Le principe de tous ces maux rési4aiien partie dans les usages qui réglaient la transmission du pouvoir pontifical : il devenait évident qu*il fallait soustraire les élections aux convoitises temporelles, les rendre plus' ecclésiastiques. Par là $^ulement la papauté pourrait se redresser en face des pouvoirs dont elle venait de subir le joug : de TEmpire comme de la féodalité.
L'Église au ZF siècle : Tordre de caimy et le parti de la réforme. — La décadence de TÉglise n^était pas moins profonde que celle de la papauté. Sur ce point les documents sont nombreux et éloquents. Pierre Damien, entre autres, trace dans ses écrits le tableau le plus sombre des désordres et des violences du clergé. Non seulement évêques et prêtres sont mariés publiquement, mais ce sont des débauches sans nom et dont le récit se refuse i l'analyse. Quant aux dignités ecclésiastiques, le pouvoir temporel les accapare et il en tient marché ouvert : c'est ce qu'on appelle la simonie *. En Allemagne, aux évèchés, aux abbayes sont attachés de vastes bénéfices royaux (regalia); les empereurs n'entendent les accorder qu'à leurs partisans, à ceux qu'ils ont choisis et qu'ils investissent; ils dominent dans l'Eglise, la mettent au pillage. Il n'y a plus d'élections épiscopales.
Ce n'est point du clergé séculier, trop engagé lui-môme dans le monde féodal, que pouvait venir la réforme. Chaque fois que l'Eglise a couru de pareils dangers, la réaction s'est organisée au sein des ordres monastiques. Tel a été le rôle de l'ordre de saint Benoit au vu' siècle; tel sera celui des Franciscains au xui"; tel fut au xi* celui des Clunisiens. Le monastère de Cluny avait été fondé, aux environs de M&eon, en 909, par Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine. Il avait rapidement prospéré sous la direction d'abbés intelligents tels que Bernon, saint Odon, saint Mateul, saint Odilon, saint Hugue. Bientôt, dans toute l'Europe, de nombreux monastères avaient i^dopté la règle de Cluny. Saint Odon déjà est le conseiller des papes
i. Ce mot vient de Simon le fl^icien, l*ennemi de saiot Pierre, et qui essaya d'acheter aux apôtres le secret de leurs miracles.
et des princes; il est chargé de réformer des couvents non pas seulement en France, mais à Rome même, comme celui do Saint-Paul hors les murs. Il les rattache à la maison mère, les fait administrer par des prieurs soumis à lautorité de Tabbé de Cluny, et fait de Cluny comme le centre d'un vaste État dont les possessions sont éparses à travers tout le monde chrétien. Maïeul, en relations avec Otto P"^ et Otto II, refuse la papaule qu'ils lui proposent. Saint Odilon, par son autorité morale, domine sur la chrétienté : les papes, les empereurs, Otto III, Henri II, Conrad III, Henri III, les rois de France Hugue Capet et Robert le Pieux, saint Etienne de Hongrie, etc., le vénèrent, demandent ses conseils. Aux chapitres généraux de Tordre, qui se tiennent à Cluny, se réunissent des prieurs, des moines des contrées les plus diverses. Sur les lettres, sur les arts rinfluence des Clunisiens fut considérable ; elle le fut plus encore sur le gouvernement général de TEglise. Les puissants abbés de Cluny, les prieurs qui leur servent de lieutenants, les évêques qui s'inspirent de leurs conseils ont déjà propagé l'institution de la Trêve de Dieu ; maintenant c'est du côté de l'épiscopat confisqué par le pouvoir temporel, de la papauté déchue que se portent leurs pensées. Les empereurs avaient voulu affranchir la papauté de la tyrannie des barons romains; l'ordre de Cluny l'affranchira de la tyrannie impériale.
Déjà, tandis qu'en 1046 Henri III défait et fait des papes à Rome, dans la région voisine de Cluny on s'indigne contre le développement des usurpations impériales, et le débat s'engage sur la question môme des investitures épiscopales. En cette année, Halinard, abbé de Saint-Bénigne de Dijon, fut élu archevêque de Lyon ; vassal de l'empereur, il dut aller à Spire auprès de Henri III; mais là il refusa le serment féodal de fidélité, disant que € l'Evangile et la règle de saint Benoit le lui défendaient ». Les évêques allemands étaient contre lui, mais les évêques lorrains étaient pour lui. Henri III céda et se contenta d'une promesse de fidélité.
Ainsi dans l'Église le terrain était prêt pour des tentatives de réformes et d'indépendance, lorsqujjjparut Hildebrand, plus
tard Grégoire VII. Du vivant même c^Henri III, comme on le
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