LES PREMIERS EMPEREURS DE LA MAISON DE FRANCONIE
veuve du marquis de Toscane, Boniface, et, par cette alliance, il devient bien plus dangereux encore pour TEmpire. Sur les frontières, Henri III abat les projets du duc de Bohême, Brétislav, qui, voyant la Pologne ruinée par Tanarchie, avait rêvé à son tour de fonder un grand État slave ; assiégé dans Prague, Brétislav dut implorer grâce et prêter hommage (1041). Plus loin au sud-est, en Hongrie, une réaction païenne contre Tœuvre de saint Etienne a porté au pouvoir Samuel Aba, qui attaque TAUemagne, Après avoir battu celui-ci sur le Raab, en 1044, Henri lïjlui substitue Pierre, neveu de saint Etienne, qui était venu chercher un refuge auprès de lui et qui, en devenant roi, se reconnut son vassal. Pierre, il est vrai, fut bientôt renversé (1046); deux expéditions contre son successeur André, en 1051 et 1052, furent sans résultat; en 1054 seulement une paix fut signée. Ainsi ce n est point sans peine que Henri III peut faire respecter son autorité, soit en Allemagne, soit au dehors.
Henri m et la papauté. — Comme Henri II, Henri III est un roi d'Eglise, et il Test au même sens. Il voudrait ramener Tordre dans cette société où domine la violence; il proclame la Trêve de Dieu aux assemblées de Constance et dé Trêves (1043). Tandis que Conrad II, à la fln de son règne, avait réiagi énergiquement contre l'influence des évèques, Henri III suit une autre politique : dès son avènement il fait grâce à Tarchevêque de Milan, Héribert; il remet en liberté rarchevêque Burchard de Lyon, emprisonné sous le règne précédent. Sa femme, Agnès de Poitiers, fille de Guillaume P' d'Aquitaine, Tincline encore du côté de TÉglise et des réformes clunisiennes. En retour, il domine l'Eglise, il entend y être maitre du pape et des évêques.
Depuis l'époque où la mort d'Otto III avait ruiné les projets de Silvestre II, la papauté, privée de toute force, était retombée sous le joug de l'aristocratie féodale romaine. En face de la famille des Crescentius, maltresse d'abord du patriciat; s'était élevée la famille rivale des comtes dé Tusculum qui, en 1012, s'était emparée du pouvoir. Un de ses membres devient pape, sous le nom de Benoît YUI» tandis que son frère gouverne
set : : c'ailiimaqni et lItaub
Rome aTee le titre dé c Sénateur .ées Bomains ». La cité de saint Pierre n est pins qn^nn fief de Tusculum. Du reste, les comtes de Tusculnm s appuient sur rAllemagne; ils se donnent comme les lieutenauits de Fempereur à Rome, tout en y exerçant un pouvoir absolu. Benoit VIII pourtant n*était point sans mérite : il songeait même à réformer TEglise en favorisant les Clunisiens, mais cette papauté féodale manquait d!antorité morale. A la mort de Benoit Vill (1024), son frère, le Sénateur des Romains, jugeant plus simple de supprimer a Rome la division des pouvoirs, dépouille le costume laïque et se fait nommer pape sous le nom de Jean XIX. La papanté devient un bien de famille. Après Jean XIX, Benoit IX en hérite, à Vitge de douze ans, tandis ^que son frère Grégoire administre la ville comme consul ou patrice. Rome se transforme en «ne caverne de brigands, où Ton pille, où Ion assassine. Chassé par une révolution municipale qu*ont suscitée les eapitainai ou chefs des régions, Benoît IX s*est fait reconduire à Rome par €onrad II (1038)* Après de nooveamx troubles, Tamirchie est telle qu'un moment vint où Rome eut trois papes, Benoit IX^ Silvestre III, Grégoire VI, et que le clergé romain, pour rétablir rordre,.rit appel à Henri III (1046).
La démarche était dangereuse. Henri III fit payer cher son inlerrention : il confisqua la papauté. Dans le synode de Sutri (décembre 4046), il fit déposer les trois papes. Puis, arrivé i Rome, il se fit céder le droit d'élection et désigna un Allemand, Liudger, évèque de Bamberg, qui prit le nom de Clément H. Le jour de Noël, Clément U fut consacré pape et Henri ID fut couronné empereur. Un des plus fougueux partisans de la réforme de TEglise, à cette époque, Pierre Damîen, écrit : « L'empereur Henri fut nommé patrice des Romains, qui lui reconnurent dans les élections le droit de toujours ordonner le pape. »
Ainsi, i moins d*un siècle de distance, les mêmes faits semblaient se répéter. Au xi® siècle comme au z"", la papauté, dis* putée par des factions seigneuriales, avait perdu son caractère ecclésiastique pour devenir un bien féodal; au xi*" siècle comme, au xf, TE rapine se cbaigeait de ramener Tordre,; mais s em-