‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos joursChapitre 12 sur 180 · L'EMPIRE ROMAIN JUSQU'AU IIP SIÈCLE · texte numérisé non relu

L'EMPIRE ROMAIN JUSQU'AU IIP SIÈCLE

Rome et de lltalie aux provinces. Pour celles-ci la distinction en provinces sénatoriales et impériales disparaîtra dans la seconde période de TEmpire.

De tous les côtés on tend vers Tunité par Tunifornoité. On est parti de l'exclusion étroite pour arriver à la compréhension large; de la gens, pour arri^-er à la cité; de la distinction du patriciat et de la plèbe, pour arriver à la fusion de ces deux classes; de la distinction du Latium et de lltalie, de la distinction de ritalie et des provinces, pour arriver à Tassimilation.

Évolution de Tesprit romain : législation et philosophie. — Naturellement Tesprit romain a suivi la marche et le progrès des institutions. Cet esprit se manifeste dans )a législation et la philosophie.

Le pouvoir législatif réside dans Tempereur; mais ses édits, décrets et rescrits n^ont force de loi que pendant toute sa vie; ils n^ont force éternelle que quand le sénat les a ratifiés de son vivant ou après sa mort. En fait, à de rares exceptions près, la vol(mté du prince faisait loi perpétuelle. Il faut déjà que nous notions la formule célèbre : Quidquid principi placuit legis habei vigorem. Cette formule nous la retrouverons en plein moyen âge; et quand les légistes du xu» siècle lauront exhumée, le régime féodal sera bien près de sa fin. Seulement la formule romaine ajoutait « parce que le peuple lui délègue son autorité » {ulpote quum lege regia populus ei et in eum suum imperium et potestatem conférât), marquant l'origine deTEmpire, qui ne fut jamais monarchie de droit divin. Les légistes du moyen âge, pour qui le roi est délégué de Dieu, n'ajoutent rien. Ils diront simplement : « Si veut le roi, si veut la loi ».

Les empereurs ont fait un magnifique usage de leur pouvoir législatif, même les pires ; car les passions ou les vices des souverains n'ont aucun intérêt à entraver l'œuvre de la raison travaillant sur cette matière dans l'intérêt général de l'humanité. Les jurisconsultes impériaux ont donné la protection de la loi aux faibles, dédaignés par les législations primitives : à l'enfant, en défendant l'aAortcment et l'exposition; au fils, à l'épouse, à la mère, tenus jadis presque à l'état de servilité. Dans l'ordre administratif, ils ont fait du collège et de la cité des personnes

civiles, et imposé aux gouverneurs de province le devoir de protéger les petits. Dans Tordre judiciaire, ils ont introduit ce principe de droit pénal qui protège contre les préjugés le fils du criminel, le bâtard, même Tenfant né de Finceste; ils ont interdit Taccusation contre l'absent (rescrit de Trajan); ils ont admis qu'il vaut mieux laisser échapper un coupable que de condamner un innocent; ils ont restreint l'usage de la torture. Dans l'ordre financier, il est visible qu'ils auraient voulu rendre l'impôt proportionnel à la fortune. Dans l'ordre politique ils ont élargi la cité romaine au point d'y faire entrer le monde entier.

La .philosophie a suivi la môme voie. Elle a ruiné le polythéisme avec son culte multiple et local à la fois, local dans la famille et dans la cité. Elle est arrivée à la conception de l'Être unique. En cet Être elle a vu, comme Sénèque, l'unité de la famille humaine et l'égalité de ses membres.

Législation et philosophie nous montrent également l'esprit romain s'élevant à la conception de l'humanité, lui dont les idées étaient si étroites à l'origine.

On voit comment l'Empire aA'ec toutes ses institutions, en même temps qu'il a été un gouvernement, a été aussi une façon de conccA'oir le monde, qui s'est fortement imprégnée dans le» cerveaux, si fortement qu'elle a surA'écu à ce monde.

//. — La crise de VEmpire au IIP siècle.

Premiers symptômes de décadence. — Si remarquable que paraisse cette organisation, il y avait dans le gouvernement et dans la société des vices mortels : le gouvernement allait au despotisme administratif et à l'oppression fiscale; la société allait à l'immobilité des castes et à l'oppression de la liberté individuelle. Telles furent les causes qui, dans la seconde période, amenèrent l'affaiblissement et la dissolution de l'empire.

C'est dans la société que s'annoncent les changements les plus graA^es. Le nombre des non libres croît sans cesse; les esclaves paraissent la majorité de la population. Le système

LÀ GRISE DE L'EMPIRE AU Iir SIÈCLE 15

social que nous avons exposé n'était bon que si le mouvement et le progrès de bas en haut, possibles en théorie, se réalisaient dans îa pratique. Or les conditions économiques générales de la société rendaient très difficile ce progrès continu. Le Romain n'estimait que la richesse foncière; il réputait servile l'industrie, dédaignait le petit commerce, prisait peu même le grand commerce, interdit à Tordre sénatorial. Une loi de Tibère obligeait les capitalistes à placer en fonds de terre les deux tiers au moins de leur fortune. Trajan voulut que ceux qui aspiraient aux dignités eussent un tiers de leur fortune placé en biens fonds situés en Italie, le reste pouvant être placé dans les provinces. La richesse foncière n'avait point le contrepoids de la richesse mobilière ; il circulait alors vingt fois moins de métaux précieux qu'aujourd'hui ; on s'enrichissait peu par le commerce, encore moins par l'industrie, qui était en grande partie aux mains des propriétaires d'esclaves, lesquels étaient les propriétaires de terres. Les riches s'enrichissaient toujours, pendant que les autres toujours s'appauvrissaient; au-dessous d'une aristocratie qui s'immobilisait, les classes moyennes demeuraient stagnantes et s'épuisaient.

Les grands désordres du nf siècle portèrent un coup mortel à l'ancienne organisation de l'Empire. Cette dispute pour le pouvoir impérial qui a duré un demi-siècle, les armées élisant chacune un empereur, les empereurs se faisant la guerre, vingt empereurs en même temps; les ravages partout; l'Occident bouleversé, ruiné ; toute industrie arrêtée ; le mouvement ascensionnel, si difficile en temps normal, empêché; l'écrasement des petits, spécialement des petits propriétaires, complété. De cette crise le gouvernement sortit transfortné; la société aussi, dans le sens que nous indiquions tout à Theure.

Transformation dans Tétat social. — Passons en revue les dilTérentes classes sociales, en commençant par les classes serviles, où nous rangerons tous ceux qui dépendent de quelqu'un.

Les esclaves d'abord. Le christianisme continue l'œuvre de la législation impériale. Constantin enlève au maître le droit de mort, défend de séparer l'esclave de sa femme et de ses enfants.

Page 1