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id LE MONDE ROMAIN JUSQU*EN 393
Il semble d'ailleurs que, surtout en Occident, Tesclavage urbain {familia' urbana) perde de son importance. Dans la campagne Tusage s'est introduit d'inscrire les esclaves {servi rusiici) sur les registres du cens, en sorte qu'ils sont attachés à la terre pour n'être vendus qu'avec elle. Ceci devient au iv* siècle la loi. Ils sont serfs de la glèbe, non du maître.
Les affranchis, parmi lesquels il y a toujours des degrés (citoyens romains, citoyens latins, dedititii), paraissent moins nombreux, au moins en Occident.
Le nombre des colons grossit sans cesse : afTranchis, anciens fermiers à bail perpétuel, petits propriétaires devenus fermiers, barbares prisonniers donnés à un propriétaire comme colons perpétuels, recrutent cette classe qu'il faut considérer comme servile. Les colons sont libres en principe (iugenui) ; ils cultivent un sol qui ne leur appartient pas, ne peuvent en disposer, paient une redevance {(ributum) au propriétaire; loul cola est d'un fermier; mais ils ne peuvent quitter le sol, sont vendus avec lui, ce qui les assimile aux esclaves. Les enfants liéritent de leur père, ne peuvent sortir de sa condition. Un colon ou son fils veut-il échapper, le maître peut le ramener; car il a un maître (dominus), la loi emploie ce mot. Les colons sont les hommes de ce maître, qui a sur eux sinon un droit de justice, du moins un droit de correction. C'est lui qui les livre au recrutement militaire. Le colon doit à son maître tout ce que le vilain du moyen Age devra à son seigneur : des redevances en argent et en nature [obsequia), des corvées (operie), déterminées déjà par la coutume du domaine {consuetudo prœdii). S'il se marie hors du domaine il paie une espèce de droit de formaritige {commodum nuptiarum). Celte classe s'accroît constamment; en vain le Code Théodosien essaie d'empêcher les violences des grands propriétaires, les ventes simulées, etc.
D(Jnc toute une population servile ou demi-servile se fixe sur le sol. Ces hommes sont ou répartis dans des cases (casarii) ou groupés dans une villa sous un intendant. Les uns sont les vrais serfs de la glèbe ; les autres deviendront les vilains.
Dans la population libre, la plèbe des indépendants non propriétaires tend à disparaître; il en reste probablement dans
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quelques régions de TEmpire; la loi n'en parle pas. Presque tous habitent les villes où ils sont mendiants, voleurs ou petits artisans. Au-dessus sont les ouvriers {càllegiati), que TÉtat a fixés dans leurs corporations comme les serfs sur la glèbe. Les plus importants sont les négociants et les artistes. C'est le fond de la population des villes ; elle n'a aucun rôle dans le gouvernement, ne nomme plus les magistrats municipaux. En revanche, depuis que le christianisme a pénétré dans cette classe urbaine, elle a son rôle dans Télection des évoques et dans les querelles religieuses.
Au-dessus de la plèbe sont les curiales. Les curiales, c'est l'ancien sénat municipal {ordo decurionum) agrandi. Sont curiales tous ceux qui possèdent 25 arpents de terre. Dans leurs rangs sont pris les dignitaires (principales) qui ont géré, ^ qui gèrent les magistratures. Curiales simples et « principaux » forment le conseil de la cité, les premiers debout, les autres assis. Les « principaux » administrent. Mais, d'une part, le gouvernement de la cité, même le gouvernement intérieur n'est plus libre; d'autre part, la cité est accablée par des impôts^i'» énormes dont la classe des curiales est responsable. C'est pour cela que les lois ont élargi le cadre des décurions qui cessent d'être un sénat et qui deviennent une classe , la classe sur laquelle pèse tout l'Empire, à laquelle tout le monde veut échapper, en s'abaissant ou en s'élevant, mais à laquelle on est rivé par la loi.
Au-dessus des curiales, confinés dans la cité, la grande classe sénatoriale, répandue dans tout l'Empire. Elle est le produit de la fusion des anciennes classes équestre et sénatoriale, • la première disparaissant au temps de Constantin. Elle se compose de tous ceux dont un ancêtre a géré une haute magistrature ou certaines charges du palais, ou obtenu de l'empereur le titre sénatorial. Entre les sénateurs il y a des différences de rang : illustres, clarissimi, spectabiles. Voici la noblesse sénatoriale que nous retrouverons- encore au yf siècle. Ses membres exercent les hautes fonctions déléguées par le pouvoir impérial et arrivent aux honneurs d'Eglise. Ils ont les grands domaines. C'est avec eux que partageront les conque-
Histoire générale. I. 2
rants barbares. Ils sont les maîtres d'une foule d'hommes. Chose à remarquer, ils ne sont plus soldats.
En somme il reste quatre classes : servile, plébéienne, curiale, sénatoriale. Les classes intermédiaires, qui étaient des échelons, disparaissent. Affranchis ou petits propriétaires sont tombés dans le colonat ou classés dans la curie; Tordre équestre n'existe plus. Perpétuellement diminuent les moyens de s'élever : la richesse décroit; on ne peut s'élever dans l'armée, qui devient la chose des barbares. De plus, le gouvernement a peur de tout progrès et de tout mouvement : il empêche le passage de la classe curiale à la classe sénatoriale. Ces classes fermées deviennent des castes avec des impôts différents, une juridiction différente. L'immobilité produit en haut l'amollissement, en bas l'écrasement.
Aggravation du régime fiscal. — De lourdes charges pèsent sur cette société. Le gouvernement lui demande de l'argent, des hommes, des services. Les impôts sont multiples :
P L'impôt foncier (Iributum), perçu sur le sol qui a été cadastré d'après des règles excellentes, suivies encore aujourd'hui *. Le iribiilum est fixé par l'empereur à chaque cens (tous les quinze ans au iv* siècle) ; cette période est celle de Vindiction.
2** L'impôt personnel (capïtatio) pour ceux qui ne paient ni l'impôt foncier, ni l'impôt mis sur les industries : artisans, ouvriers, colons, femmes, enfants, esclaves. La plèbe urbaine en est souvent exemptée. C'est le maître ou le chef de la famille qui paie la capitation. Les curiales et les sénateurs n'y sont pas soumis; mais chacun d'eux, selon sa fortune, fait un présent qui est converti en impôt (auinim oblaliciurn, coronarium).
3** hechrysargyre, impôt d'industrie, séparé depuis Constantin de la capitation, levé tous les cinq ans sur les industriels, comme une sorte de patente.
4** Les impôts sur les successions et les affranchissements par testament {vicesima hereditatum et libertatis)^ sur les ventes (?;ecligal rerum venalium).
1, Voir Ulpien, 4, au DigeslBj L, 13.
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S^ Les impôts indirects : douanes (portoria) ; péages sur les routes, sur les ponts, dans les ports (telonea); le monopole du sel.
6*" Les prestations en nature : fournitures de vivres, vêtements, fourrages pour l'armée; de vivres et ustensiles pour les fonctionnaires; logement des soldats et envoyés de Tempereur; corvées pour la construction et Tentretien des routes et des ponts; corvées de chevaux et de voitures pour les transports militaires. %
Tout cela, à la volonté de Tempereur, à la discrétion de ses agents. Il est impossible de déterminer la quotité ni le rendement de rimpôt : en tout cas il faut tenir compte des exactions des fonctionnaires. Notons que TEtat n'avait à entretenir ni les routes, ni les ponts, ni les temples, ni le clergé, ni les écoles; qu'il n'avait les frais ni de répartition, ni de perception de l'impôt. Alors même/ que ce budget eût été supportable en temps ordinaire, il faut ajputer qu'il y eut au m* et au iv' siècle des calamités tout à fait extraordinaires. On s'explique l'écrasement du contribuable.
L'armée a perdu tout caractère national. — L'Empire demande en outre le service militaire. Son armée ne ressemble guère à l'ancienne armée romaine. Le temps est loin où tout citoyen demeurait au service tant qu'il avait la force d'être soldat.
Depuis les guerres civiles où périt la république, il s'était formé une armée permanente, distincte de la nation. Auguste avait cherché à rattacher l'armée au reste de la société en imposant le service militaire à tous les fonctionnaires : pour être sénateur il fallait avoir été cinq ans tribun dans une légion, où l'on reviendra ensuite comme chef de légion, chef d'armée, avant d'être gouverneur de province.
Le recrutement était médiocre. Il se faisait par voie d'enrôlement volontaire avec l'appât d'une forte solde et de grands avantages à la libération, après vingt ans de service. On donnait alors une terre avec quelques esclaves, de l'aident, le titre de citoyen romain. On était obligé de pratiquer aussi un recrutement assez irrégulier fait par des offîciers spéciaux (delectatores)
et très arbitrairement, ce qui rendait fort odieux ce procédé. Aussi voit-on les empereurs admettre le remplacement, enrôler de plus en plus des esclaves, préalablement affranchis; surtout des affranchis, colons et clients, qu'ils forcent le maître à donner pour le service militaire. Ce devint le mode habituel de recrutement. Au iv* siècle on demande à chaque propriétaire un certain nombre de conscrits (prœbitio ttronum) proportionnel à la valeur des terres. Le service militaire devient une sorte d'impôt foncier; il s'attache à la terre, il en est «une chaîne *. Là où une propriété ne suffit pas, plusieurs petits propriétaires se réunissent pour fournir un étranger ou un serviteur. Comme ces conscrits étaient de très mauvais soldats, on remplaça bientôt la levée par un impôt {aurum tironicum). On cherche ailleurs des recrues. Depuis longtemps déjà on avait appelé des étrangers. On s'était payé de mauvaises raisons; on avait invoqué comme prétexte la nécessité de diminuer la force agressive des barbares en leur opposant des corps combattant comme eux. Bientôt l'armée romaine a perdu tout caractère national. Avec Commode commence le cursus honorum incomplet, où il n'est pas fait mention de chaires militaires, parce qu'il y a eu exemption de ces charges. Caracalla multiplie ces dispenses. Galien en fait une règle. On arrive à la séparation des fonctions militaires et civiles, ce qui entraîne une double conséquence : affaiblissement du sénat qui môme sous l'Empire était resté une grande école d'administration ; décadence du corps des officiers ; il n'y a plus que des officiers de fortune. L'armée n'a plus de patriotisme ; elle est avide d'argent ; elle fait des révolutions pour avoir le cadeau {donativum) par lequel l'empereur payait sa bienvenue. Elle a toujours des chefs prêts à se révolter. De là l'avènement de Maximin à l'Empire et celui des « Trente tyrans ». Force au service de tout ambitieux, l'armée est faible en face des Barbares. Dans la réorganisation de l'Empire par Constantin la légion est réduite à 1500 hommes. Les garnisons qu'on met à l'intérieur affaiblissent l'armée; sur les frontières les troupes sont en grande partie composées de Barbares. Cela