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HlSTOIRK OÉHÉRAUE. I. 40

règne qu*il était prêt à la remplir. Sorti des basses classes de la population, des expéditions difficiles dans la région du Caucase lui avaient permis, dès le règne de Justinien Rhinotmèté, de faire connaître sa valeur. Nommé général des troupes d'Orient par Anaslase, il lui était resté fidèle lors de la révolte de Théodose, et, mérite rare à cette époque, il était parvenu au trône sans trahison (mars 717). Les Arabes avaient profité de l'effroyable anarchie qui troublait l'Empire et paralysait la défense. A peine Léon était-il au pouvoir que le général arabe Maslama, qui avait réussi à s'établir en Thrace, bloquait Constantinople (août 717), tandis que le vizir Soléïman l'assiégeait par mer. L'attaque était bien conçue et bien conduite ; Léon ne se découragea pas et força les Arabes à une retraite désastreuse. Cet éclatant succès le rendit populaire, même en Occident : placé aux avant-postes du monde chrétien vers l'Orient, le nouvel empereur devançait Charles Martel.

La querelle des iconoclastes : causes; caractères. — Sous Léon et ses successeurs, l'Empire devait être agité par de nouvelles luttes intérieures, plus terribles encore que celles qui avaient précédé. Commencée en 726, la querelle des iconoclastes ne prendra fin qu'en.£i^Si Ton interroge sur les empereurs iconoclastes les chroniqueurs byzantins qui nous sont parvenus, il ne faudrait voir dans leur conduite que folie impie et sanguinaire : pour faire la guerre aux images sacrées, ils n'auraient reculé devant aucune violence. Mais les plus importants de ces écrivains, Théophane, Nicéphore, ont pris une part ardente à la lutte, et sont dans l'autre camp. A ne consulter que leurs récits, on s'étonne que d'aussi abominables tyrans aient pu exercer une telle influence ; en y regardant de près, on s'aperçoit qu'ils n'étaient point isolés, qu'ils s'appuyaient sur un parti puissant, et que leurs projets politiques dépassaient de beaucoup la question des images. Les iconoclastes avaient eu leurs historiens, leurs panégyristes : malheureusement ces écrits ont été détruits après la défaite définitive du parti. Du moins on a découvert et publié de notre temps une partie des lois que promulguèrent en grec les empereurs du vui* siècle, YEcloga Leonis et Constantini. On

s*est trouvé en présence d'un code civil ou tout atteste le travail d'esprits intelligents et généreux; on reconnaît que les empereurs iconoclastes, en dépit du nom qu'on s'est habitué à leur donner, ne se sont pas contentés de faire la guerre aux images : ils ont cherché à réorganiser la société et l'Etat, à leur donner plus d'indépendance et de virilité, à apporter un peu d'ordre dans Tincessante confusion des questions politiques et des questions religieuses, enfin à limiter les envahissements du monachisme, qui de plus en plus absorbait l'Eglise et dominait le monde byzantin. Leur entreprise a rencontré de notre temps d'ardents apologistes : peut-être ceux-ci ont-ils exagéré les mérites, dissimulé les violences; mais ce plaidoyer était nécessaire et permet de juger plus équitablement tout un siècle de l'histoire byzantine.

Qu'on se rappelle d'abord la situation de l'Empire d'Orient. L'Eglise y est toute-puissante, mais en même temps sans cesse divisée. Ses pouvoirs sont mal définis, par ce fait même qu'ils sont immenses : elle dirige les empereurs, assure ou ruine leur popularité, mais elle subit leur constante intervention ; le patriarche peut renverser l'empereur, mais l'empereur choisit et dépose le patriarche. De là des défiances et des luttes continues : l'État trouble l'Église et l'Église trouble l'État.

Qu'on remarque aussi la cause ordinaire de ces conflits : c'est le dogme même, qui est perpétuellement remis en question. En Occident, le dogme est solidement établi, les hérésies sont rares et anormales, elles s'étendent peu ; en Orient, elles sont la condition ordinaire de la vie religieuse. L'esprit grec, toujours subtil et curieux, passionné de discussions, ne peut s'arrêter à des solutions définitives; il s'agite avec autant de mobilité dans le domaine de la théologie qu'autrefois dans celui de la philosophie. A chaque instant apparaît quelque opinion nouvelle sur la nature du Christ : patriarches, évoques, empereurs, moines, peuple se jettent dans le débat avec passion; c'est en vain que l'église d'Occident proteste et que l'évêque de Rome s'efforce, par ses conseils ou ses anathèmes, de rappeler au respect des traditions ces ergoteurs acharnés.

En outre, ce n'est point aux évêques, à la partie la plus éclairée

du clergé, qu'appartient la véritable puissance, mais aux moines. Or ces moines d'Orient n'ont pas l'activité pratique de ceux d'Occident à la même époque; soustraits aux devoirs de la vie civile, ils accomplissent avec une ponctualité minutieuse d'interminables dévotions; mais, derrière les murailles de leurs innombrables couvents, leur esprit n'est occupé que de sophismes ou d'intrigues : ils sont des agents d'émeutes et dirigent la populace fanatique. Entre leurs mains, le christianisme s'est transformé : ils en ont fait une religion matérielle, fille du paganisme, qui ne parle à la foule que par ses formes extérieures, non par son esprit. Depuis le iv'' siècle, ces tendances dangereuses n'ont fait que se développer : dans les chroniqueurs, les hagiographes, il n'est plus question que des saintes images et des reliques, de leur puissance, des miracles qu'elles accomplissent; si Héraclius est victorieux, si l'Empire est sauvé, c'est à la sainte image d'Edesse qu'on le doit.

Çà et là des esprits éclairés s'inquiètent de ce culte matériel et le blâment. A la fin du v* siècle déjà, Xénaias, qui fut quelque temps évèque d'HiérapoIis, prêche aux environs d'Antioche la guerre aux images. En 660, aux environs de Samosate, un réformateur du nom de Constantin veut revenir aux formes primitives du christianisme; ses disciples, les Pauliciens (à cause de leur vénération particulière pour les écrits de Paul), repoussent les dogmes qui ne leur paraissent pas clairement énoncés dans l'Evangile, la hiérarchie ecclésiastique, les formes matérielles du culte. Leurs doctrines eurent du succès en Asie; elles se répandirent dans les provinces d'Europe, et la secte des Pauliciens se maintint pendant tout le moyen âge. Il y avait donc, chez certains esprits, une tendance hostile à l'organisation que le cïergé et surtout le monachisme avaient, depuis trois ou quatre siècles, donnée au christianisme. Ce désir de réforme se manifestait surtout en Asie, où la civilisation était alors plus brillante, les esprits les plus cultivés. Ainsi qu'on l'ajustement remarqué, les empereurs iconoclastes furent originaires d'Asie; ce furent surtout des évoques d'Asie qui les conseillèrent et les appuyèrent; les légions qui les soutinrent se recrutaient en grande partie en Asie. Si les images furent tout d'abord visées, c'est

qu'elles étaient un des moyens d'action du monachisme et comme l'expression la plus sensible de ce culte matériel et superstitieux qu'il propageait.

La querelle des iconoclastes se divise en trois périodes. Dans la première, qui correspond aux règnes de Léon III (117-741), de Constantin IV (741-77S) et de Léon IV (775-780), les iconoclastes sont maîtres et mettent à exécution leurs projets. De 780 à 813, leurs adversaires ont l'avantage, surtout sous la régence, puis sous le règne de l'Athénienne Irène. Dans la troisième période, les iconoclastes reprennent le pouvoir, avec Léon l'Arménien (813-820); ils le conservent sous Michel II (820-829) et sous Théophile (829-842) ; enfin les images sont rétablies par Théodora, la veuve de Théophile.

Léon m et Constantin IV. — De tous les empereurs iconoclastes, Léon III et son fils Constantin IV furent les plus remarquables : ils entamèrent la lutte, réformèrent les institutions. Malgré les invectives des écrivains du parti adverse, tous deux apparaissent comme des empereurs intelligents, actifs, préoccupés de la prospérité de l'Etat, tels en un mot que l'Orient n'en avait pas vus depuis longtemps. Parvenu au pouvoir grâce à sa valeur, sauveur de Constantinople, Léon n'abandonna point la lutte contre les Arabes. Si, de 727 à 732, ils envahirent là Bithynie, la Cappadoce, la Paphlagonie, l'Arménie, en 740 une armée musulmane fut presque entièrement détruite, près d'Akroïnon en Phrygie, par l'empereur. Le courage ne manqua pas non plus à Constantin, qui succéda à son père en juin 741. Menacé, dès le début de son règne, par l'usurpation d'Artabasde, il triompha de cette insurrection et reconquit Constantinople, dont les rebelles s'étaient emparés (743). En 746, il reprit sur les Arabes des villes de la Comagène; en 748, une flotte musul mane qui avait voulu s'emparer de Chypre fut entièrement détruite; en 751-752, il reconquit Malatia et Erzeroum; en 756, le gouverneur arabe de la Syrie, qui avait envahi la Cappadoce avec 80 000 hommes, battit en retraite sur le seul bruit de l'arrivée de l'empereur. En Europe, en 757, il repoussa les Bulgares et franchit même le Danube. Si les années 759 et 760 furent signalées par des revers, en 763 une victoire écla-

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tante fut remportée, près d*Anchiale. Les Bulgares, en 774, demandèrent la paix. Ces faits suffisent à montrer que les nouveaux empereurs furent de bons généraux et, à l'occasion, de vaillants soldats.

D'après les récits de quelques chroniqueurs, Léon, encore jeune, aurait promis à des Juifs qui lui avaient prédit l'empire, que, maître du pouvoir, il détruirait les images. Ce n'est là qu'une fable sans valeur : Léon était si loin d'écouter les Juifs que, quatre ans avant son premier édit contre les images, il leur avait enjoint de se faire baptiser. On a supposé (mais c'est une simple conjecture) que l'aversion des musulmans pour les images avait pu exercer en cette occasion une certaine influence. Précisément, en 723, le khalife Yézid II en avait ordonné la suppression dans les églises de ses États, et il est vrai que les partisans de l'iconoclasme étaient sensibles aux railleries des infidèles contre cette forme du culte chrétien. Ce qui est certain, c'est que l'évêque de Nacolie en Phrygie, Constantin, commença la lutte en condamnant les images dans un synode.

En 726, Léon fît paraître un édit dans lequel il déclarait que, le culte des images ayant donné naissance à une véritable idolâtrie, il voulait le supprimer. Il avait soin d'affirmer que l'empereur, chef de la religion comme de l'Etat, avait le droit de réformer de pareils abus. On ne voit pas que tout d'abord la résistance ait été bien .vive dans l'Empire, sauf en Grèce et en Italie. Par ce premier édit, d'après un témoignage qui d'ailleurs n'est pas sûr, Léon s'était borné à décider que les images seraient suspendues plus haut dans les églises, afin qu'on ne pût pas les baiser et leur prodiguer des marques d'adoration trop matérielle. En 728, un second édit plus rigoureux les aurait supprimées absolument. Le culte des reliques, les prières adressées aux saints furent également prohibés. Le patriarche de Constantinople, Germain, protesta; traduit devant le sénat, il refusa de signer l'édit et renonça à la dignité patriarcale (730).

Une partie de l'épiscopat, les généraux, les hautes classes étaient, en général, favorables aux projets de Léon. C'était

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chez les moines et dans le peuple que ropposition était la plus forte, en Orient; aussi les écrivains parlent-ils de quelques émeutes populaires. Sur la porte du grand palais impérial se dressait une image sacrée du Christ qui était Tobjet d*une vénération particulière. Léon voulut la faire enlever. Les femmee qui se trouvaient sur la place située en avant du palais s ameutèrent, renversèrent Tofficier impérial chargé d'exécuter cette mesure et jetèrent des pierres au patriarche Anastase, successeur de Germain. Il fallut dissiper Témeute, ce qui amena la mort de quelques personnes, des arrestations, des exécutions. Des chroniqueurs, de beaucoup postérieurs, ont accusé Léon d'avoir fait mettre le feu à la bibliothèque publique de Constantinoplc, parce que les moines qui desservaient l'église qui y était annexée refusaient d'admettre ses doctrines. L'accusation est bien peu vraisemblable : Léon pouvait chasser les moines sans brûler l'édifice. D'ailleurs, il paraît certain que l'incendie même n'a pas eu lieu. Les ménologes grecs, les documents hagiographiques célèbrent les moines, les fidèles qui moururent victimes de la persécution ; mais ces documents sont suspects : un parti opprimé se laisse toujours aller à multiplier et à exagérer ses doléances, et attribue facilement à l'oppresseur toutes les violences et toutes les cruautés. Des faits précis et d'un caractère historique donnent à penser que Léon n'était point si avide de sang. En 727, les habitants de la Grèce et des Cyclades se soulevèrent à l'occasion du premier édit contre les images, et nommèrent empereur un certain Cosmas. Deux chefs, Agallianos et Etienne, conduisirent une flotte qui, parvenue près de Gonstantinople, fut battue par la flotte impériale. L'occasion était belle pour Léon de donner cours à la cruauté dont l'accusent ses adversaires; il se contenta de l'exécution de Cosmas et d'Etienne, Agallianos étant mort dans le combat.

D'ailleurs, les ennemis de Léon ne sont pas toujours d'accord sur les excès qu'ils lui reprochent. Un de ses plus ardents adversaires, saint Jean Damascène, prétend que le patriarche Germain fut souffleté et exilé ainsi qu'un grand nombre d'évêques et de moines. Or les chroniqueurs Nicéphore et Théophane,

également favorables aux images, disent que Germain, après avoir renoncé au patriarcat, se retira dans sa maison paternelle et y passa le reste de ses jours. Les hagiogrophes écrivent encore que le khalife, excité par une fausse accusation de l'empereur, fit couper une main à saint Jean Damascëne, le défenseur acharné des images en Orient, et que celui-ci la recouvra, grâce à l'intervention miraculeuse de la Vierge; or ni les chroniqueurs, ni saint Jean Damascëne lui-même ne parlent de ce miracle. Ces exemples ne montrent-ils pas quelles légendes ont dû se former contre la mémoire des empereurs iconoclastes?

Les accusations sont plus nombreuses encore contre Constantin IV, à qui ses adversaires donnèrent le surnom injurieux de Copt*onyme " ; peut-être sont-elles plus justifiées. Les résistances croissantes que rencontrait l'empereur augmentaient sa passion et le portaient à de véritables excès. Les moines surtout, qui dirigeaient l'opposition, furent victimes de leur résistance à l'empereur.

Le haut clergé était animé d'autres sentiments. En 154, Constantin convoqua tous les évoques d'Orient à un grand concile qui devait statuer définitivement sur la question; 338 évoques répondirent à cet appel. Il est trop aisé de dire, avec Lebeau, qu'ils étaient « esclaves de la faveur ou de la crainte » ; on ne voit pas qu'ils aient voté en toute hâte ce que voulait Constantin. Le concile dura du 10 février au 8 août, ce qui suppose des délibérations sérieuses. Il proscrivit les images, mais il maintint l'invocation de la Vierge et des saints, contrairement, parai t-il, aux désirs de Constantin. Germain, l'ex-patriarche de Constantinople, Georges, métropolitain de Chypre, et Jean Damascène furent frappés d'anathème.

L'empereur prit encore d'autres mesures qui attestent son hostilité contre les moines. Plusieurs couvents de Constantinople furent fermés, notamment ceux des Dalmates, de Slu-

1. De xoiïpoç, fumier, et ô'vopLa, nom. Des diverses explications de ce surnom, la plus connue est celle qui accuse Constantin d'avoir souillé les fonts baptismaux; mais la plus probable est celle qui attribue ce surnom a\i goût de Constantin pour les chevaux : on l'accusait de vivre à l'écurie. De là encore l'autre surnom Qu'on lui donnait : xapaXXtvo;.

dium, de Callistrate, de Maximin; on les transforma en casernes, en édifices publics, et les gouverneurs des provinces reçurent ordre d*agir de même. Léon et Constantin estimaient sans doute que le nombre croissant des moines, Timporlance de leurs propriétés menaçaient la société, à qui on enlevait des bras, des terres, de Targent. A Constantinople et aux environs, Constantin établissait des Asiatiques qui appartenaient à la 'secte des Pauliciens et qui étaient favorables à ses idées.

Sans aller jusqu'à dire que Léon et Constantin ont voulu constituer un < Etat laïque 9, il est permis d affirmer qu'ils songèrent à diminuer Tinfluencc de TEglise sur la marche des affaires* Si nous possédions toutes leurs constitutions, on y rencontrerait sans doute l'expression de cette politique. Du moins, dans le code rural et le code civil qui furent promulgués sous Léon (Ecloga, en 740), on constate de sages efforts pour modifier la situation de la société orientale et la délivrer de quelques-uns des maux dont elle souffrait. La loi protège les communautés rurales. Il n'est plus question du patronat, souvent mentionné par la législation justinienne, qui obligeait nombre de petits propriétaires à payer, outre l'impôt au fisc, une redevance aux grands propriétaires dont ils recherchaient la protection. Le serf n'est plus attaché, semble-t-il, à la glèbe; le paysan libre qui s'enfuit n'est plus réintégré sur sa terre; il a la liberté d'aller et de venir. La constitution de la famille est fortifiée : le concubinat, qu'admettait la législation de Justinien, n'est plus toléré à côté du mariage; les droits de la mcre sont admis, la puissance paternelle limitée, les cas de divorce restreints. Ces dispositions, plus conformes à l'esprit du christianisme, étaient a l'avantage de la société. On doit tenir compte de la sagesse de cette législation dans le jugement qu'on porte sur les empereurs iconoclastes ; ce n'est pas à dire qu'on puisse approuver l'ensemble de leurs projets. Si même on fait abstraction des excès auxquels ils furent entraînés, on doit observer qu'ils retombaient fatalement dans les défauts qu'ils voulaient peutêtre corriger. Tout en désirant, semble-t-il, empêcher la confusion constante de la religion et de l'Etat, ils s'arrogeaient, comme leurs prédécesseurs, le droit de gouverner l'Eglise. Deux

religions se trouvaient en présence : celle des empereurs et du parti qui entendait supprimer des formes considérées comme idolâtriques; celle du peuple qui, dans les provinces d'Europe surtout, s'attachait obstinément au culte des reliques et des images et, sous Tinfluence des moines, devenait de plus en plus hostile aux projets impériaux. Léon et Constantin eurent le tort de ne point tenir compte des traditions et des habitudes : le goût des arts appliqués à la religion, qui s'était transmis du paganisme au christianisme, faisait à ce point partie de Tesprit grec qu'il lui était impossible de concevoir un culte sans images; en attaquant trop brusquement les sentiments populaires, ils les exaspérèrent.

Cette politique dangereuse eut un autre résultat mémorable : elle sépara l'Occident de l'Orient. L'Italie catholique s'insurgea; ses milices battirent les soldats de l'exarque de Ravenne. Contre les empereurs iconoclastes en même temps que contre les Lombards, la papauté chercha un protecteur au delà des Alpes : elle (it de Pépin un roi, en attendant qu'elle fit de Charlemagne un empereur *.

Les échecs de Léon et de Constantin, l'opposition toujours plus vive à laquelle ils s'étaient heurtés, semblent avoir découragé leur successeur. Constantin IV mourut en septembre 776. Si Léon IV ne désapprouva point les iconoclastes, il ne poursuivit pas aussi énergiquement la lutte. Sa femme, l'Athénienne Irène, était à la tête du parti adverse; se croyant sûre de la victoire, elle introduisit des images jusque dans le palais. Léon IV irrité fit fouetter et emprisonner plusieurs hauts fonctionnaires accusés d'avoir secondé Irène ; elle-même fut exilée en février 780. Au mois do septembre, Léon IV mourait d'un charbon à la tête, après s'être orné d'une couronne qui avait été consacrée par l'empereur Maurice dans Sainte-Sophie.

La réaction : le concile de Nicée; Irène. — Alors éclata une réaction violente. Constantin V n'avait que dix ans; Irène régna sous son nom. A l'extérieur, son gouvernement ne fut pas heureux : après plusieurs défaites, elle dut

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