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EMPEREURS DE LA MAISON MACÉDONIENNE 64d

Krum, leur Khan, menace Constantinople, défait et tue Nicéphore I" et, de son crâne, fait une coupe où boivent après lui tous ses grands. Toutefois, au contact des Slaves qu*ils ont soumis, ces nouveaux venus de la barbarie se sont quelque peu civilisés. Dès le ix* siècle, sous le roi Boris, ils sont devenus chrétiens (864 ou 865). Les populations slaves subjuguées ont imposé aux vainqueurs jusqu'à leur langue, ont fait de ces Finnois des Slaves. Cette assimilation les rend plus redoutables encore pour TËmpire grec : ils créent un État; leur isar modèle sur Gonstantinople sa cour de Preslav et son gouvernement. Au x" siècle, le tsar Siméon, qui avait été élevé à Gonstantinople et qui protégeait les lettres grecques, prend le titre de Basileus et obtient du pape la couronne impériale.

La Bulgarie était déjà bien forte lorsqu'en 889, à propos de questions de commerce, Léon VI engagea une nouvelle guerre. Après une première défaite, il fait appel aux Hongrois, qui envahissent Tempire bulgare. C'était s'exposer à de terribles représailles : dès 892, une armée grecque, commandée par Catacalon, était battue par les Bulgares. Au siècle suivant, la situation est critique : en 913, les Barbares campent sous les murs de Gonstantinople; en 914, ils s'emparent d'Andrinople; en 917, ils remportent la victoire d'Anchiale. Il semblait que les derniers jours de l'Empire fussent arrivés, lorsque Siméon, « le Gharlemagne bulgare », apparut de nouveau devant la capitale (924). Mais un événement étrange s'accomplit : après une entrevue avec l'empereur Romain Lécapène, le tsar bulgare se retira, quoique sans signer la paix. Quelques années plus tard, le successeur de Siméon, Pierre, épousait la petite-fille de Romain Lécapène (927) ; il gardait en grande partie les conquêtes de Siméon, jusqu'au revers méridional du Rhodope et au cours du Strymon. Jusqu'à la fin du règne de Gonstantin Porphyrogénète, rien ne troubla les rapports pacifiques des deux empires. La guerre reprit dans la seconde moitié du siècle, quand Nicéphore Phocas refusa de payer tribut aux Bulgares et fît appel aux Russes; elle prit le caractère d'une lutte à mort, avec Basile II. Le tsar Samuel, qui avait établi sa capitale à Prespa, sur les bords du lac

d'Ochrida, avait envahi la Thessalie, la Grèce propre; il menaçait Salonique, même le Péloponèse. Une grande victoire est remportée en Thessalie, sur les bords du Sperchios, par le général Nicéphore Ouranos (996). Bientôt, Basile II se met luimême à la tète des armées (999). Il pénètre dans Tempire bulgare, reprend Berrhée, Servia, Vodina (1001), Viddin (1002). Après quelques années de répit, il dirige une nouvelle expédition, force Samuel à la fuite, et lui renvoie 15000 Bulgares prisonniers, auxquels il a fait crever les yeux, n'en épargnant qu'un sur cent qui doit reconduire ses compagnons (1014). La guerre prenait un caractère atroce. Samuel mourait de chagrin, deux jours après avoir reçu la nouvelle de ce désastre. Basile transplante des Bulgares, des Slaves, en Arménie ; il établit en Bulgarie des colonies grecques, arméniennes. Enfin, en 1018, la Bulgarie découragée, troublée par l'anarchie, se soumet. Marie, veuve de Vladislav, le dernier roi, se retire à Constantinople avec ses enfants. Basile II parcourt les provinces reconquises; à Athènes, dans le Parthénon transformé en église de la Vierge, il rend grâce à la Panaghia^, Par ces victoires, où il conquit le surnom de Bulgaroctone (tueur de Bulgares), les possessions byzantines en Europe étaient doublées.

Contre les Bulgares, le souverain de Constantinople avait quelquefois appelé un autre peuple, appartenant comme eux à la race ouralo-altaïquc : les Hongrois ou Magyars, qui s'étaient établis au nord du Danube, dans l'ancienne Dacie, à la fin du ix* siècle. Leurs tribus reconnaissaient en temps de guerre l'autorité d'un chef militaire suprême : ce pouvoir devait se fixer, en se fortifiant, dans la maison d'Arpad. Capables de former des armées de 200 000 cavaliers, les Hongrois furent la terreur de l'Europe centrale. En Orient, ils firent trembler leurs voisins barbares et commencèrent par refouler les Bulgares au sud du Danube. Les empereurs virent d'abord des auxiliaires dans ces nouveaux venus; mais ils durent changer d'avis quand, perçant à travers la Bulgarie, les Hongrois s'abattirent sur les provinces byzantines. En 934, en 943,

i*La Toute Sainte, un des surnoms de la Vierge.

ils ravagèrent la Thrace, et il fallut acheter leur retraite. Quand ils eurent été vaincus en Allemagne, les empereurs de Byzance envoyèrent féliciter les empereurs germaniques et, se montrant moins commodes pour les Hongrois, ne leur donnèrent plus d'argent. En 958, 961, 962, les généraux grecs repoussèrent leurs incursions. D'ailleurs les invasions magyares, bien qu'assez nombreuses, n'ont été qu'un danger intermittent pour l'Empire.

Au nord du cours] inférieur du Danube et jusqu au delà du Dnieper s'étendent les Petchénègues, de race turke. Ils y sont arrivés à la fin du ix*^ siècle des régions de l'Oural et du Volga; ce sont d'affreux Barbares, sans villes, vivant sous la tente en nomades. Le diplomatie byzantine est pourtant pleine de prévenances pour eux : elle tient à pouvoir les opposer aux Russes, aux Hongrois, aux Bulgares. Cependant les Petchénègues font plus d'une fois cause commune avec les envahisseurs de l'Empire : en 934, ils accompagnent les Russes contre Constantinople. En 1036, ils dévastent la Thrace et la Macédoine. Douze ans plus tard, les généraux grecs triomphent d'une formidable invasion. Les Petchénègues vaincus sont enrôlés dans l'armée impériale; mais ces dangereux auxiliaires se soulèvent, battent les troupes envoyées contre eux, et ce n'est qu'en 1053 qu'une trêve de trente ans est conclue. Ce peuple de pillards n'est pas destiné à fonder une domination durable : dès le xu"* siècle il n'en est plus question.

Les Khazars \ au nord de la mer Noire, entre le Dnieper et le Volga, sont des voisins plus commodes. Établis là dès le VI* siècle, leur puissance est déjà en décadence au ix* et au x", et l'arrivée des Petchénègues a réduit leurs possessions. Ils ont des villes, des institutions régulières; ils ont subi l'influence de la civilisation byzantine ; le christianisme, le judaïsme ont pénétré chez eux; aussi sont-ils presque toujours alliés fidèles des empereurs. Au vm* siècle , Héraclius promet sa fille Eudoxie au khagan des Khazars, Ziébel, qu'il entraîne contre les Perses. Justinien Rhinotmète, chassé de Constantinople ,

i. Egalement de race ouralo-altaïque, comme les Âvars, les Magyars, les Bulgares du Volga et la plupart des Turcs.

s'allie à une de leurs princesses , Théodora. Au vni* siècle , Léon III fait épouser à son fils Constantin IV la fille d*un khagan : de là naquit Léon IV, qu'on surnomma le Khnzar. L'Empire recrute chez eux des soldats; ce n'est qu'en 1016 qu'on les trouve en guerre avec Basile II; encore la lutte aboutit-elle aussitôt à la soumission de la Khazarie.

Au nord des Petchénëgues et des Khazars, les Russes ou VarègueSy vers le milieu du ix" siècle, sous le commandement de Rurik (862-879), se sont établis à Novgorod *. Au siècle suivant, ils s'avancent vers le sud, s'emparent de Kiev et dominent dans le bassin supérieur du Dnieper. C'est à Kiev que se réunissent leurs flottilles de barques étroites, faites d'un seul tronc d'arbre {monoxyles). S'ils vont piller les côtes byzantines, ils doivent, il est vrai, compter avec les Petchénëgues, toujours prêts, au retour, à s'emparer du butin. Les Russes sont déjà en relations avec Constantinople, qu'ils appellent Tsarigrad\ ils y envoient des ambassades dès le ix° siècle. En 865, une flotte russe l'attaque, mais sans succès. En 907, c'est le tour d'Oleg, qui impose un traité à Léon VI; en 941, celui d'Igor, qui conduit une formidable expédition. Battu, il revient trois ans après, et il faut acheter sa retraite.

En 956 ou 957, la veuve d'Igor, Olga,, arrive à la cour de Constantin Porphyrogénète et se fait baptiser; mais, au retour dans son pays, il ne parait pas que sa conversion ait exercé une grande influence sur ses compatriotes. Dix ans plus tard, l'empereur Nicéphore Phocas, en lutte contre la Bulgarie, fait imprudemment appel à un des successeurs d'Igor, Sviatoslav; mais, après avoir battu les Bulgares, les Russes ravagent l'Empire. Jean Zimiscès parvint enfin à les chasser, et conclut avec eux un traité dont le plus ancien des chroniqueurs russes, Nestor, a conservé le texte (971). Sous Basile II, Vladimir, un des fils de Sviatoslav, s'empare de la ville impériale de Cherson ' (988), l'avant-garde de la civilisation byzantine au fond de la mer Noire, et il oblige l'empereur à lui donner sa sœur Anne

1. Voir chapitre xiv. — Comparer avec le Rorik de noire page 402.

2. En Crimée : sur l'emplacement de cette ville s'est bâtie la partie sud-ouest de' Sébaslopol.. Ne pas confondre avec le Kherson d'aujourd*hui, qui est situé sur le Dnieper.

en mariage. En revanche, il se fait baptiser, et avec lui le christianisme et Tinfluence byzantine pénètrent définitivement chez les Russes. Cet événement, qui rapprochait la Russie de TEmpire, ne supprima pas à jamais les guerres. Sous Constantin Monomaque, en 1043, à la suite d'une querelle de marchands, une formidable expédition se dirige contre Constantinople, sous le commandement de Vladimir, fils de laroslav le Grand, mais aboutit à un complet désastre. L'anarchie qui, du xi^ siècle au xni% dévasta la Russie, assura de ce côté la sécurité de TEmpire.

Établissements des Slaves dans l'Empire. — Si TEmpire résiste, en Europe, aux invasions, il ne peut se défendre contre Finfiltration des éléments barbares. Lui-même, faisant de cette nécessité une politique, établit souvent sur ses terres ceux qu'il aime mieux avoir pour alliés que pour ennemis, s'ils acceptent de reconnaître sa souveraineté. Tel est le cas des Slaves, à qui l'Empire prétend imposer le service militaire, l'impôt, des chefs de son choix. Dès 659, on trouve des tribus . slaves aux environs de Salonique. Un peu plus tard, on en rencontre en Thessalie, en Epire, en Attique, dans tout le Péloponèse : elles forment ce qu'on appelle des Sclamnies. Elles s'étendent de côté et d'autre, souvent dans des régions que les invasions précédentes ont i demi dépeuplées.

Ce sont là, pour les empereurs, des hôtes redoutables, jaloux de leur indépendance, toujours prêts à la révolte et sur lesquels on ne peut exercer qu'une souveraineté fictive. De 675 à 681, Salonique est assiégée sans relâche par les Slaves et les Bulgares. Constantin Pogonat, Justinien II travaillent à soumettre les Slaves de la Thrace et de la Macédoine. En 688, on en transplante 30 000 en Asie, où ils peuplent plusieurs régions. Plus tard Irène cherche à dompter ceux de la Grèce : Staurace parcourt la Thessalie, l'Hellade, le Péloponèse, pour les astreindre au tribut (789); mais, en 807, dans cette dernière région, iU sont de nouveau soulevés, assiègent Patras, d'accord avec les Sarrasins, et, selon les chroniqueurs, la ville n'est sauvée que grâce à l'intervention de saint André, comme Salonique n'a été gardée que par la protection de saint Démétrius. Dans la

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suite les révoltes sont encore fréquentes dans le Péloponèse. En Thrace et en Macédoine, lors du grand développement de Tempire bulgare, les Slaves de ces pays devinrent ses sujets.

A la suite de ces invasions Tethnographie des provinces d*Europe fut profondément altérée. Dans une phrase célèbre et souvent discutée, Constantin Porphyrogénëte nous dit : « Tout le Péloponèse fut slavisé. » S*cmparant de cette expression générale, quelques savants contemporains ont été jusqu'à prétendre que la race slave s'était entièrement substituée à la race grecque. Un historien grec contemporain, qui a réagi avec beaucoup de science et de vigueur contre ces exagérations, a pourtant dû reconnaître que les pertes de Thellénisme furent graves. Dans les provinces du nord surtout, en Thrace, en Macédoine, « Thellénisme fut relégué sur le littoral. Les nouveaux colons devinrent les maîtres de tous les pays du nord. Les villages, les bourgs, les forteresses, la plupart des villes même reçurent des dénominations slaves. Ces noms se mul- . tiplièrent tellement, avec le temps, qu'ils effacèrent presque les traces de l'ancienne prépondérance des Hellènes. » (Paparrigopoulo.) Les Slaves se rencontrent en Épire; en Thessalie, ils comptent deux grandes tribus, les Véligostes et les Berziies. En Attique, on en trouve aux portes mêmes d'Athènes, à Eleusis. Dans le Péloponèse, sont établies plusieurs de leurs tribus : le^ Milinges et les ÉzériteSy notamment. Toutefois, c dans les pays du sud, ils ne dominèrent jamais comme dans les provinces du nord de l'Empire ». {Ib.) Il y eut entre les anciennes populations et les immigrants slaves une sorte de partage dont les proportions varièrent selon les pays. En général les Slaves s'établissent dans les campagnes. Le littoral et les villes restent aux Grecs : Salonique, la seconde cité de l'Empire, qui, sans cesse assiégée, résiste toujours, Larisse, Thèbes, Athènes, Patras, Corinthc, Monembasie, Lacédémonc restaient des centres helléniques florissants '.

Sur tous ces peuples, les empereurs cherchèrent de bonne heure à exercer une influence religieuse conforme au rôle sacré

4. On trouvera un dénombrement détaillé des établissements slaves dans Rambaud, Constantin Porphyrogénëte, p. 222 et suiv.

qu'ils s'attribuaient, en même temps qu'aux intérêts de TEmpire. Eux qui s'intitulaient c semblables aux apôtres, Ivaicô?- To^oi », auraient manqué au mandat qu'ils avaient reçu de Dieu, s'ils n'avaient point travaillé à attirer au Christ les païens. Le Basileus organisa des missions; il s'efforça de convaincre par la foi ceux qu'il combattait par les armes. De bonne heure le christianisme pénétra chez les Slaves de Grèce. On verra dans un autre chapitre * comment, au ix* siècle, Cyrille et Méthode convertissent les Moraves, après avoir d'abord prêché aux Khazars, avec quel acharnement la papauté disputa à Constantinople la direction des nouvelles églises de Moravie, de Bohême et de Bulgarie. Quant aux Slaves établis dans l'Empire, lors de la séparation des églises d'Orient et d'Occident, ils restèrent fidèles à Byzance.

L'Italie bsrzantiiie : Sarrasins et Normands. — Au vni'' siècle, la domination impériale, chassée du centre de l'Italie, s'était concentrée dans le sud, dans l'Âpulie, la Calabre, la Fouille, la Sicile ■, Par une heureuse contradiction, Léon III et Constantin I Y n'y inquiétèrent point les partisans des images ; aussi émigrèrent-ils en grand nombre d'Orient et ils fortifièrent en Italie l'élément grec. S'il faut admettre de récents calculs, 80 000 prêtres, moines ou laïques, vinrent alors y chercher un refuge et, en Calabre seulement, 200 monastères basiliens environ dateraient de cette époque. L'empereur rattachait au patriarche de Constantinople les évôchés de ce pays, et les couvents, devenus des centres de culture littéraire, propageaient autour d'eux la civilisation byzantine.

Les invasions sarrasines, qui déjà avaient commencé au vu* et au vni" siècle, vinrent compromettre cette œuvre. Les îles Baléares avaient été enlevées dès la fin du vin« siècle ; les Sarrasins attaquent l'Italie des 813. Quelques années plus tard, le commandant des troupes en Sicile. Euphémios, y appelle les Aghlabites de Kérouan. Us débarquent, en 827, àMazara, et, par la prise de Palerme, ils deviennent maîtres de toute la moitié occidentale de l'île (832). Les empereurs cherchent à arrêter la

i. Voir ci-dessous, chapitre xiv.

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