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conquête. Basile le Macédonien remporte quelques succès, mais Syracuse succombe en 878, Taormine en 902. Les derniers efforts des chrétiens échouent. Au milieu du x® siècle, Ramotta seule échappait encore aux Sarrasins. Nicéphore Phocas envoya pour la secourir et pour reconquérir la Sicile une g'rande expédition, commandée par les patrices Nicétas et Manuel. Ce fut un terrible désastre : larmée fut détruite, Ramelta dut se rendre (964-965). En 1038, eut lieu une nouvelle tentative : Georges Maniacès, qui s'était distingué dans les guerres de Syrie, put s'emparer de Syracuse et de quelques autres villes; mais il fut disgracié, et, après son départ, se suc<'.édèrent les revers. Messine, encore occupée par les Grecs, succomba, malgré l'énergique résistance du protospathaire Calacalon. Si la Sicile ne revint jamais à l'Empire, la civilisation byzantine y laissa des traces profondes qu'on retrouve, notamment, dans l'histoire des lettres et des arts, sous la domination arabe et sous la domination normande. Plus à l'ouest, la prise de Caralis» en 1002, livra la Sardaîgne aux Arabes.

De la Sicile, les Sarrasins avaient de bonne heure gagné ritalie méridionale; ils la pillaient, mais ils cherchaient aussi à s'y établir à poste fixe. En 839-8i0, ils se jettent sur la Calabre, s'emparent de Tarente, envahissent la Pouille, repoussent les Vénitiens, qui veulent les arrêter, et les poursuivent jusqu'au fond de l'Adriatique. Bari tombe entre leurs mains. En 846, ils poussent jusqu'à Rome et pillent, en dehors de la ville, les basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Louis II essaie en vain d'unir contre le redoutable sultan de Bari les princes et les villes de l'Italie du sud; puis il se tourne vers Basile le Macédonien et s'allie avec lui. L'accord ne fut point long. Après la mort de Louis II, Basile entreprend une lutte énergique; le stratège Grégoire occupe Bari (876); après avoir détruit une flotte arabe sur les côtes de Grèce, l'amiral Nasar débarque en Calabre, remporte une nouvelle victoire au cap Stilo (880). Tarente est reprise. Nicéphore Phocas, nommé général en 885, achève de soumettre à l'Empire toute la Calabre et une partie de la Pouille.

Les empereurs victorieux se préoccupèrent de ramener la

EMPEREURS DE hk MAISON MACEDONIENNE 551

prospérité dans le pays. Pour réparer les pertes de la population, ils y envoient de nopibreuses colonies. Ainsi Basile établit en Calabre, après les avoir affranchis, 3000 esclaves que lui a lég-ués une riche matrone du Péloponèse, Daniélis. Les luttes, il est vrai, ne sont pas encore terminées, et souvent les Sarrasins reparaissent : en 902, ils attaquent sans succès Cosenza; établis dans un camp fortiûé sur le Garigliano, ils sèment partout la terreur, jusqu'au jour où une ligue dans laquelle entrent Timpératricc Zoé, le pape Jean X, Bérenger de Frioul, les princes et les villes du sud, détruit ce repaire de bandits (vers 918). De 919 à 927, ce sont de nouvelles attaques : Tareate-est détruite. En 951 et années suivantes, une grande expédition arabe n est repoussée qu'avec peine. Plus tard, Nicéphore Phocas, Basile II, doivent défendre contre les entreprises des empereurs allemands les possessions byzantines. Malgré tant de difficultés, la domination impériale, sans cesse battue en brèche, parvint à se maintenir. En Calabre surtout, l'influence de l'hellénisme s'exerça avec force : « La Calabre du . X* siècle est complètement grecque de cœur, comme de langue et de mœurs. » (Fr. Lenormant.) Les recherches récentes sur l'histoire de ce pays tendent à mieux établir ce fait. Là, les révoltes sont rares, malgré les exactions des gouverneurs byzantins; au contraire, elles sont fréquentes dans la Pouille. Lltalie byzantine est administrée par un gouverneur général, le catapan ou catépauy établi à Bari.

A partir du commencement du xv" siècle, ces pays du sud se remplissent d'aventuriers normands qui viennent y chercher fortune, s'engageant au service de qui les paie, mais toujours prêts à changer de camp. Dès 1017, alliés au Lombard Mélès, qui voulait affranchir de l'Empire le sud de l'Italie, ils battent les Grecs à Arénula et à Vaccaricia, et ne succombent qu'en 1019, près de Cannes, par la victoire du catapan Basile Bojoannès. Les trois fils de Tancrède de Hauteville, Guillaume Bras de fer, Guillaume et Humfroi, après avoir accompagné le catapan Geoi^es Maniacès dans une expédition en Sicile, se brouillent avec lui au sujet du partage du butin. Ils se jettent dans la Pouille, toujours indocile aux Byzantins, appellent

leurs compatriotes épars dans le sud de lltalie, et battent les Grecs à Venosa, à Cannes (1041) et à Monte-Peloso. La lutte ainsi engagée aboutit rapidement à la ruine de la domination grecque : dès 1071, Bari, la dernière possession byzantine, tombe aux mains des Normands; la Sicile est conquise par Roger; bientôt même Robert Guiscard, « par la grâce de Dieu et de saint Pierre, duc de Fouille et de Calabre », dirige une expédition contre Corfou et la côte grecque de TAdriatique. Du moins les princes normands, dans le sud de lltalie comme en Sicile, ne cherchèrent point d abord à détruire Thellénisme. Es respectèrent les croyances et les usages des populations qu'ils avaient soumises. Leur but était même de devenir les maîtres de TEmpire, et Robert prenait fièrement les titres de « duc, roi, empereur ».

Les vassaux de l'Empire. — Si, sur toutes ses frontières, l'Empire cherche à maintenir ses possessions, à reconquérir les territoires perdus, il y est aidé par les Etats vassaux qu'une habile politique s'efforce de grouper autour de lui. Les princes et les Etats qui reconnaissent la souveraineté de l'empereur sont tenus envers lui à certaines obligations. Ils inscrivent son nom en tête des actes publics, lui paient un tribut ou lui fournissent des soldats, des vaisseaux; ils sont censés recevoir ses ordres. En revanche, Byzance leur assure sa protection. Les princes reçoivent, à leur avènement, Tinvestiture impériale; on leur attribue un titre, une fonction de cour. Ces conventions réciproques n'étaient pas toujours, il est vrai, scrupuleusement observées.

En Italie, les princes lombards de Capoue, de Salerne, sont d'ordinaire des alliés peu sûrs, sans cesse révoltés, plus disposés à conquérir qu*à protéger les possessions byzantines. Les villes commerçantes, qui ont des comptoirs dans TOrient grec, qui y jouissent d'utiles privilèges, sont des clientes plus fidèles : telles les républiques de Naples, d'Amalfi, de Gaëte, mais surtout celle de Venise. Jusqu'à l'époque des croisades, les destinées de Venise sont attachées à celles de l'Empire. Elle lui fournit des troupes auxiliaires, surtout des flottes, qui l'aident à lutter contre les Sarrasins. Au \uf siècle déjà,

sommés par Pépin de se reconnaître sujets des Francs, les Vénitiens avaient répondu : € Nous voulons être les esclaves du Basileus des Romains, non les tiens. » Aussi Venise était-elle le grand entrepôt du commerce de TOccident et de rOrient. Avec les produits de TEmpire y pénétraient les mœurs byzantines : fiers de porter les titres honorifiques de consuls ou de protospathaires, les doges imitaient le costume, le cérémonial grec; ils envoyaient leurs fils à Gonstantinople, et parfois obtenaient en mariage des princesses impériales. A Venise, la civilisation, les arts étaient tout imprégnés d'Orient.

Sur la côte opposée de l'Adriatique s'étendait la Dalmatie. Lia s'élevaient des villes importantes et prospères, Raguse, Spalatro, Zara, où s'étaient conservées d'anciennes populations latines. Elles avaient constitué le thème de Dalmatie, puis, au vni" siècle, s'étaient affranchies; mais, menacées par les Sarrasins du côté de la mer, par les Croates et les Serbes du côté de la terre, elles se rattachèrent bientôt à l'Empire. La Dalmatie ne figure pas cependant sur la liste des thèmes de Constantin Porphyrogénète. Basile II, plus tard, chargea Venise du protectorat des villes dalmates. A elle revenait la tâche de sauvegarder la navigation de l'Adriatique contre les pirates qui l'infestaient : Narentans, Croates, Sarrasins.

Si des côtes on passe çi l'intérieur du pays, dans le triangle compris entre la Drave et le Danube au nord, l'Adriatique au sud-ouest, le Pinde à l'est, les Croates et les Serbes vivent dans une demi-indépendance. Ces deux peuples slaves se divisent en cantons qui ont leurs chefs particuliers, joupan, sous le commandement général d'un duc ou d'un roi. La Croatie est plus unie, le pouvoir y est plus stable, tandis que les révolutions et les troubles sont plus fréquents chez les Serbes. Les Croates sont redoutables : d'après Constantin Porphyrogénète, ils peuvent lever une armée de 100 000 fantassins et de 60 000 cavaliers; ils ont une flotte. Etablis dans l'Empire par Héraclius, Serbes et Croates sont vassaux de Byzance ; leurs chefs reçoivent de l'empereur les titres de patrices et de protospathaires. Aussi viennent-ils renforcer les armées grecques et sont-ils d'actifs auxiliaires dans les luttes contre la Bulgarie. Le con-

654 L^BMPIRE BYZANTIN

cours qu'ils prêtent à Byzance leur attire de terribles représailles : sous le règne de Léon YI, le tsar bulgare Siméon s'empare de la Serbie et détruit une partie de la population. Bientôt après, la Serbie se reforme sous la protection des empereurs et leur témoigne sa reconnaissance par sa fidélité. Ce ne fut qu'en 1040 qu'elle se souleva contre l'Empire.

Sur les rivages septentrionaux de la mer Noire, de l'embouchure du Danube au Caucase, avaient prospéré autrefois des colonies grecques puissantes et glorieuses : Olbia, Panticapée, Phanagorie, Tanaïs, etc. Ces postes avancés de la civilisation hellénique avaient succombé sous l'efTort répété des invasions barbares qui venaient successivement battre leurs murs. Au x° siècle, une seule subsistait encore, Chcrson en Crimée, isolée en pleine barbarie. Bien que Constantin Porphyrogénète parle du thème de Cherson, cette ville était plutôt vassale que sujette ; ses habitants vivaient en république, ayant à leur tôtc un magistrat suprême, et le stratège qu'on leur envoyait de Constantinoplc n'avait guère auprès d'eux que le rôle d'un ambassadeur. Cherson, par sa position au milieu du monde barbare, par ses relations commerciales avec toutes ces peuplades, était précieuse pour l'Empire. Le prince russe Vladimir s'en empara en 988, mais ensuite la restitua.

En Asie, l'Empire byzantin compte aussi des vassaux : au nord, parmi les chefs des peuplades du Caucase; au sud, parmi les émirs arabes; mais les plus importants sont les rois et les princes d'Arménie. Placée entre l'empire byzantin d'une part» l'empire perse et plus lard l'empire arabe de l'autre, l'Arménie se trouvait fatalement mêlée à toutes leurs luttes. De là, entre elle et Byzance, dos relations politiques et diplomatiques constantes. Les Pagralides étaient les plus puissants entre les princes arméniens; mais, dans la première moitié du ix° siècle, Sempad avait vu son pays envahi par les Arabes et était allé mourir dans un cachot de Bagdad (856). Son fils Aschod s'était soumis au khalife, qui le couronna roi ; il acheta par un tribut l'indépendance relative de son pays. Avec Basile I*', l'influence grecque pénétra de nouveau en Arménie, et Aschod dut demander a Byzance la confirmation de son pouvoir. Au x« siècle, les

empereurs soutiennent Théritier des Pagratides, Aschod III (921-928) ; on lui donne des secours qui lui permettent de rétablir son autorité. Les enipereurs s'efforçaient aussi de maintenir au rang de leurs vassaux les princes arméniens qui formaient, au-dessous du roi, une féodalité puissante. Ils agissaient de même en Ibérie ou Géorgie. A tous ces clients de Byzance on accordait des pensions, dont ils étaient fort avides, on prodiguait des titres : le roi dlbérie était curopalate honoraire du palais impérial; d*autres étaient niagistriy patrices, protospathaires.

Pourtant il y avait, entre Byzance et l'Arménie, des causes graves de conflits, des dissentiments religieux. Les patriarches d'Arménie n'avaient point entièrement admis les décisions du concile de Chalcédoine (451). De là des querelles entre le rit grec et le rit arménien; elles amenaient des troubles politiques, des persécutions, même des guerres partielles. A la fin du x'' siècle, Basile II chercha à diminuer l'indépendance de CCS pays : les rois d'Arménie durent se reconnaître non plus vassaux, mais sujets. Enfin Constantin Monomaque (1042-1055) réunit l'Arménie à l'Empire. Ce fut une conquête malheureuse : indépendante, l'Arménie avait su résister aux invasions; devenue province impériale, obligée d'attendre le secours de Byzance, elle fut à leur merci. La lutte contre les Turcs contraignit l'Empire à en faire promptement l'expérience.

On voit quelle était l'utilité de ce système d'États vassaux : ils formaient, en avant des provinces impériales, comme une première ligne de défense, et, sur plusieurs points, ils amortissaient le choc de l'ennemi. Cette sage combinaison politique contribua au maintien de l'Empire; lorsqu'elle s'effondra, quand la situation de l'Arménie se modifia, quand Venise, la Serbie, prétendirent à une plus grande autonomie, une ère de décadence et de revers commença.

Relations avec l'Empire germanique et la papauté. — En Occident, l'Empire se heurtait à deux puissances qui dominaient tout le monde latin : la papauté, l'Empire germanique; l'une, affranchie de son autorité, pourvue de territoires à ses dépens, ne pouvait être à ses yeux qu'une rebelle;

Tautre, suscitée contre lui, ne pouvait être qu*une usurpatrice. Et cependant telle était leur influence qu'il fallait compter avec elles, tout en les détestant et en souhaitant leur perte. Aiixsi s'explique, de ce côté, la politique de la cour de Byzance : si parfois, sous la contrainte des événements, elle parut céder, s'incliner devant les faits accomplis, négocier des alliances, jamais, au fond, elle n'oublia l'humiliation qui lui avait été infligée. Au ix" siècle, Basile P' et l'empereur Louis II s'allient contre les Sarrasins, mais bientôt l'entente cesse. Une lettre de Louis II à Basile (871), conservée dans un chroniqueur italien, apprend que, cette fois encore, il s'agissait du titre de Basileus : € Que Votre Fraternité, écrit Louis, ne s'étonne point que nous prenions le titre d'empereur des Romains, non des Francs. Des llomains nous avons emprunté notre nom et notre dignité. Nous avons reçu le gouvernement de ce peuple et de cette ville, la mission de défendre et d'exalter celte mère de toutes les églises, qui a conféré à notre famille d'abord l'autorité royale, puis l'autorité impériale.... Par la rectitude de notre foi et notre orthodoxie nous avons mérité de recevoir le gouvernement de l'Empire romain; les Grecs ont cessé d'être empereurs des Romains par leurs mauvaises doctrines et leur esprit d'hérésie; ils ont abandonné non seulement la ville et le siège de l'Empire, mais la nation et la langue romaine même pour cmigrer vers une autre ville, un autre pays, une autre nation, une autre langue. » Au siècle suivant, les démêlés ne sont pas moins vifs; nous avons vu l'insuccès de Liutprand, évèque de Crémone, envoyé à Constantinople par Otto P% en 968, pour demander la princesse Théophano '. Après la mort de Nicéphorc Phocas, Théophano devint l'épouse du futur Otto II (972); mais ce mariage n'eut point pour conséquence de réconcilier les deux Empires. Otto II ne songeait qu'à enlever aux Grecs le sud de l'Italie. Plus tard, Henri II y tenta une autre expédition (1022), sans grand succès. Longtemps après, sous le règne de Henri VI, l'Empire germanique s'annexera l'Italie méridionale et la Sicile, devenues normandes, mais

i. Voir ci-dessus, chapitre xi.

jamais ne cessera rhostilité entre les deux empires, les deux races. Elle éclatera dans toute son énergie à Tépoque des croisades.

Avec la papauté les rapports, plus fréquents, ne sont pas moins difficiles. C'est en vain que les empereurs ont fait amende honorable et rétabli les images; presque aussitôt s'engagent de nouveaux conQits, comme pour attester que l'union religieuse entre TOrient et l'Occident est désormais impossible. Tandis que l'énergique Nicolas I" (858-867) gouverne l'église latine, à Constantinople, Photius, intelligent, ambitieux, politique rusé autant que savant érudit, parvient à se substituer comme patriarche à Ignace, disgracié pour avoir refusé la communion au César Bardas (857). Si Photius réussit d'abord à corrompre les légats romains chargés d'une enquête sur son élection^ Nicolas P' prononça l'anathème contre lui au concile de Latran (863). L'empereur étant intervenu dans la querelle, le pape lui répond sans ménagements. Il rappelle ses nombreux prédécesseurs hérétiques; il lui conteste le titre d'empereur des Romains. Michel III avait, parait-il, traité la langue latine de barbare. « Cessez, lui écrit le pape de vous appeler empereur des Romains, puisque ces Romains ne sont pour vous que des Barbares. » Ailleurs il rejette les prétentions tant de fois soutenues par les évoques de Constantinople et, après avoir cité les patriarches d'Antioche et d'Alexandrie, il ajoute : « Quant aux cvêques de Constantinople et de Jérusalem, on les appelle aussi patriarches, mais ils n'ont pas la même autorité. Aucun apôtre n'a institué l'église de Constantinople : le concile de Nicée n'en fait pas mention C'est seulement parce qu'on nomme Constantinople la nouvelle Rome, et par un effet de la faveur des princes plus que de la raison, que l'évèque y a pris le litre de patriarche *. » La conversion des Bulgares, les missions de Cyrille et de Méthode avivèrent encore la lutte. Nicolas I" enleva à l'Orient la direction de celle propagande religieuse, car les Bulgares, ennemis des Grecs, se tournèrent naturellement vers Rome. Photius protesta avec violence, convoqua un

1. Comparer avec la théorie de Léon le Grand; voir ci-dessus, chapilre v. Histoire oiNiiiALC. I. 42

concile à Constantinople (867). Déjà étaient invoquées les dissidences entre TOrient et TOccident touchant la « procession 9 du Saint-Esprit ^ et certains points de discipline, comme le célibat des prêtres.

Lorsque Basile I" s*empara du pouvoir, Ignace fut d*abord rétabli. Le nouvel empereur sacrifiait-il Photius au désir de se rapprocher de Rome, le punissait-il de lui avoir refusé la communion après le meurtre de Michel? Quoi qu'il en soit, la cour de Byzance fit amende honorable à Adrien II (867-872), le successeur de Nicolas I"', et un nouveau concile, le huitième œcuménique, réuni à Constantinople, prononça Fanathème contre Photius et ses partisans (octobre 869-février 870). Immédiatement après cette assemblée, chargée de rétablir l'union , l'hostilité des deux églises éclata de nouveau. Les évoques d'Orient étaient blessés de l'intervention toute-puissante des légats du pape; Grecs et Latins se disputaient de nouveau la direction ecclésiastique des Bulgares. Leur roi, Boris, en 866, avait envoyé des ambassadeurs à Rome et s'était ainsi rattaché à l'église latine; Basile négocia bientôt avec les Bulgares pour substituer chez eux le clergé grec au clergé latin (870). Photius, rentré plus tard en grâce auprès de l'empereur, chercha également à se réconcilier avec le pape Jean VIII (872-882). Un nouveau concile (novembre 879mars 880), réuni à Constantinople, le proclama patriarche; mais Photius, non content de cette victoire, ajouta aux actes le rejet du Filioque dans la formule du symbole et la reconnaissance de la primauté de l'église de Constantinople. La guerre recommença donc. Jean VIII prononça de nouveau l'anathème contre Photius, et Léon VI déposa le patriarche (886), qui mourut en 891.

Si l'entente parut momentanément rétablie, les défiances subsistaient. Au XI* siècle, s'engagea une lutte qui devait aboutir à une séparation définitive. Déjà, en 995, le patriarche Sisinnios avait renouvelé les attaques de Photius contre Rome. Son

1. L'église d*Espagne avait adopté, dès le v<* siècle, Tinsertion de la formule Filioque dans le symbole de Nicée; l'église franque avait suivi cet exemple au viu* siècle.

successeur, Serge, avait rayé le aom du pape des diptyques de Téglise de Constantinople. Au contraire, Basile II et le patriarche Eustathe négocièrent avec Rome, mais afin d^obtenir du pape Jean XIX < que Téglise de Constantinople fût appelée cecuménique dans sa sphère (in suo orbe) y de môme que Téglise de Rome était appelée cecuménique dans toute la chrétienté ». Enfm, en 10i3, arriva au siège de Constantinople Michel Cérularius qui, déclarant la guerre, ferma les églises et les couvents latins de la capitale. Dans une lettre à Jean, évèque de Trani en Apulie, écrite d*accord avec Léon, archevêque d'Ochrida en Bulgarie, il énumérait tous ses griefs contre Téglise latine : il lui reprochait Tusage du pain azyme pour rEucharistie, le jeûne du samedi pendant le carême, la permission de manger des animaux étouffés et non saignés. Il est vrai que l'empereur Constantin Monomaque et Cérularius entamèrent ensuite des négociations avec Léon IX, afln de rétablir la paix de TEglise ; mais un des légats envoyés de Rome à Constantinople en 1054, le cardinal Humbert, eut le tort d'apporter dans les débats un ton agressif et sarcastique qui les blessa. Le patriarche usa de représailles et les rapports furent rompus. Le 16 juillet, les légats déposèrent sur lautel de Sainte-Sophie une sentence d'excommunication contre Cérularius; quatre jours après, ils repartirent. Le patriarche riposta en excitant les esprits par des allégations, en partie fausses, contre l'église latine.

Dans ce conflit les torts avaient été réciproques; les consé- .quences en furent irréparables. Désormais le schisme était accompli et tous les efforts qui furent tentés dans la suite pour rétablir l'union échouèrent. Il ne faut point s'arrêter aux prétextes, en partie futiles, qui amenèrent cette séparation; derrière ces discussions se cachait un antagonisme profond d'esprit entre les églises grecque et latine. Il s'était manifesté de bonne heure et, de siècle en siècle, était devenu plus violent. L'Orient et l'Occident chrétiens, entre qui tant de causes de désunion existaient déjà, se considérèrent, à partir du xi* siècle, comme de mortels ennemis. On en vit bientôt la preuve lors des croisades, et ces expéditions, qui auraient pu assurer la

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défense du monde chrétien contre le monde musulman, furent dirigées autant contre TEmpire grec que contre les infidèles. Les Latins affaiblirent et désorganisèrent la puissance qui aurait dû être leur alliée naturelle. Nulle cause n*eut une influence plus funeste sur les destinées de TEmpire byzantin, et la prise de Constantinople fut en partie la conséquence directe du schisme du xi" siècle.

///. — Organisation de l'Empire.

L'empereur et la cour. — Si, pendant toute cette périoc, TEmpire grec manifeste au dehors, souvent avec succès, son activité et sa force, au dedans il est régi par une administration savante et compliquée. Il n'est point facile de tracer un tableau de cette organisation. Peut-être des questions très importantes, telles que celle des impôts, ne seront-elles jamais bien connues. Toutefois le principe même du gouvernement, le rôle des principaux fonctionnaires, les règles de l'administration locale peuvent être assez nettement déterminés.

L'empereur est un monarque absolu, dont rien légalement ne limite le pouvoir. Il porte officiellement les titres A* Autocrate^ Basileus, Despotes. Tout, dans sa vie, dans ses rapports avec l'humanité, est calculé pour fortifier cette idée de respect et d'admiration qui doit s'attacher à sa personne. Ce n'est point un simple mortel, mais un être saint dont les moindres mouvements, les moindres actes doivent avoir un caractère de majesté qui frappe les imaginations. Sa demeure est le Palais Sacré. Son existence est une continuelle et solennelle représentation, où les fonctionnaires, les grands, les factions du cirque, le peuple jouent le rôle de comparses. Le cérémonial détermine chaque détail de la mise en scène, quels vêtements l'empereur doit mettre selon les circonstances, comment il reçoit, comment il sort, quelles acclamations on doit pousser sur son passage; l'enthousiasme même est soumis à des for^

mules et le peuple ne peut exprimer sa joie que selon les règles. Est-on admis devant l'empereur, on doit se prosterner et baiser ses genoux. A des jours déterminés, il sort pour aller visiter telle ou telle église; dès la veille, les hérauts annoncent par la ville ce grand événement; on nettoie les rues, on les jonche de fleurs et de parfums. A Theure dite, hauts dignitaires, fonctionnaires, gardes se réunissent au palais; les chambellans pénètrent dans le sanctuaire impérial; ils revêtent d'un éblouissant costume d'apparat la personne sacrée. Enfin le Basileus apparaît, précédé de l'immense cortège que forme sa cour défilant par ordre hiérarchique. Sur son passage retentit la litanie des souhaits officiels. Les jeux du cirque, dont la vogue se maintint jusqu'au xn^ siècle, se rattachent encore à l'étiquette impériale. L'hippodrome fait pour ainsi dire partie du palais, et l'empereur s'y rend sans sortir de chez lui. Les deux grandes factions des Verts et des Bleus sont des corporations officielles (démoi), ayant leurs biens, leurs revenus, figurant dans les cérémonies impériales. Leurs chefs, qui portent les noms de démoa^ale, démarque, sont des fonctionnaires. Les empereurs de la maison macédonienne, plus sages que ceux du \f et du vu" siècle, évitent d'affirmer pour l'une des factions une faveur qui transformerait l'autre en parti d'opposition et deviendrait une cause d'émeutes.

Il faut lire l'ouvrage de Constantin Porphyrogcnète sur Les Cérémonies de la cour, pour comprendre à quel point était poussée cette manie d'étiquette fastueuse et puérile. On redoublait de luxe lorsqu'on voulait frapper les yeux et les esprits des ambassadeurs étrangers. Liutprand, dans son Antapodosis, a raconté la réception qui lui fut faite en 948, quand il fut envoyé à Constantinople par le roi Bérenger. Près du trône de l'empereur, deux lions dorés rugissent et remuent la queue; sur un arbre doré chantent des oiseaux dorés. De pareils prodiges devaient émerveiller des envoyés bulgares ou russes. Liutprand prétend qu'il ne s'y laissa point prendre. Quand il adora l'empereur, il le vit s'élever en l'air sur son trône, reparaître tout à coup avec d'autres vêtements, sans qu'on pût découvrir comment s'opéraient ces changements à vue. L'étiquette byzantine

aimait de pareils trucs, et le rôle des machinistes était grand dans ces féeries impériales.

C'était là, il faut le dire, le côté misérable et ridicule de la monarchie byzantine. Ce cérémonial monotone et coûteux n'a jamais prévenu une révolution, ni consolidé le pouvoir d*un empereur. S'il pouvait amuser les badauds ou étonner les Barbares, personne à Constantinople n'en était dupe. L'esprit populaire même était habitué à dépouiller l'idole officielle de tout ce vain éclat et à chercher ce que valait réellement le personnage impérial.

L'administration centrale : sénat; noblesse administrative. — A Constantinople, autour de Tempereur, se groupe toute une administration centrale subdivisée en nombreux services. Les dignitaires qui la composent sont classés d'après les règles d'une hiérarchie minutieuse : beaucoup ont à la fois des fonctions de cour et des fonctions de gouvernement*. . Le logoihète du Di^onie ou de la Course, d'abord préposé aux postes, est devenu le grand-logothète. Il dirige l'administration financière et l'administration civile; il a sous ses ordres toute une légion de logothètes d'ordre inférieur chargés des divers services : trésor privé de l'empereur, postes, etc. A ses fonctions de grand-trésorier il joint celles de grand-chancelier : il est chargé de la correspondance officielle, des chrysobulles (bulles à sceau d'or). Le protovestiaire est le grand-maître des cérémonies et l'administrateur du palais; il préside aux audiences publiques et privées; autrefois, ces attributions appartenaient au curopalate, dont la dignité subsista, mais ne fut qu'un titre honorifique. Le grand-primicier a l'office de grand-chambellan. A la tète de l'armée est placé le grand-domestique y ce mot de domestique ayant, dans la langue administrative de cette époque, le sens de chef, commandant, quand il s'applique à une fonction militaire. Après lui, le protostrator, grand-éeuyer impérial, a en quelque sorte la lieutenancc générale des armées. Le grandstratopedarque dirige le service de l'intendance; le connétable commande les auxiliaires francs. Le grand-drongaire de

1. Comparer les titres cl les fonctions à ceux décrits ci-dessus, chapitres ^

et IV.

la veille, chargé de la garde du camp ea temps de guerre, assure la police du palais. La marine est sous les ordres du mégaduc ou grand-duc (cette dignité n apparaît qu après le X* siècle), après qui vient le grand-drongaire de la flotte. Audessous de ces grands personnages, qui forment le consistoire ou conseil de l'empereur, s'échelonne une multitude d'autres fonctionnaires rattachés également à la cour et qui remplis^ sent le palais et les bureaux.

En sa qualité de juge suprême, l'empereur reçoit à son tribunal impérial, composé de hauts fonctionnaires, les appels des diverses juridictions. Il en a la présidence, qui revient en son absence à Yépqrque, puis, après le milieu du xi' siècle, au drongaire de la veille. Les suppliques qui lui sont adresr sées sont examinées d'abord par les douze juges du vélum ou de V hippodrome , investis aussi d'une juridiction particulière. L'administration judiciaire de Gonstantinople relève de Véparqucy auquel ici encore se substitue le drongaire de la veille; du questeur, dont les attributions s'effacent à partir du milieu du xi'' siècle. Au-dessous viennent les tribunaux des prétew^Sy du parathalassite (juridiction maritime), des juges des régions.

Le sénat subsisté. Il s'est maintenu jusqu'aux derniers jours de l'Empire, et, lors du siège de Gonstantinople, en 1453, ce fut encore au milieu du sénat que Constantin Dragasès reçut les ambassadeurs de Mohammed II. Les renseignements qu'on possède sur ce corps sont fort vagues ; vraisemblablement il se recrutait dans les hautes classes de l'administration. Si Léon VI lui avait enlevé le pouvoir législatif, cependant les lois les plus importantes lui étaient encore soumises. En droit, il juge les crimes politiques, les conspirations, les causes des grands personnages, de ses membres. Parfois il délibère sur les négociations avec l'étranger et sur les guerres. Il intervient dans l'élection du patriarche et dans les affaires religieuses; il prend part aux élections impériales, ou tout au moins les confirme- Son crédit est assez grand pour qu'il puisse compromettre le: pouvoir des empereurs auxquels il est hostile. Aussi un récent historien du sénat après Dioclétien a-t-il pu dire que « peut-être

il avait joué dans la réalité un rôle plus considérable que les textes ne le laissent entrevoir ». (Lécrivain.)

Au-dessous du sénat s*étend Y ordre sénatorial^ qui se compose des principaux fonctionnaires en activité ou en retraite, de leurs descendants, de la noblesse provinciale, recrutée d'après les mêmes principes. Les membres de cette aristocratie administrative et héréditaire sont nombreux (beaucoup plus de dix mille, d'après un document) Ils jouissent de certains privilèges, ne relèvent que de la juridiction du sénat ou de l'empereur. Ils sont répartis du reste en diverses classes; car une hiérarchie, non moins minutieuse que l'étiquette impériale, pèse sur toute la société byzantine. Au-dessous de l'empereur on rencontre parfois le césar \ le titre de despotes n'est accordé qu'à des membres de la famille impériale ou à des princes vassaux; ceux de nobilissimeSy sébastes, pansébastes, protosébastes, etc., sont également réservés à la famille impériale ou à de très hauts personnages. Puis viennent les patrices^ jyrotospathaires, spathaires, spatharocandidatSy cubiculaires, spatharocubiculaireSy comtes, proconsuls, consuls, etc., titres honoriflques qui servent à classer les fonctionnaires. Les protospathaires, spathaires, spatharocandidats sont des gardes du corps honoraires de l'empereur : comme une sorte de « Légion d'honneur », selon la comparaison d'un savant contemporain.

L'administration provinciale : les thèmes. — L'Empire byzantin avait conservé d'abord le système de divisions qu'on trouve dans la Notitia dignitatum, au commencement du v" siècle : diocèses, provinces, cités *. Ces divisions avaient un caractère civil, car les empereurs du iv* siècle s'étaient attachés à séparer les pouvoirs civils et les pouvoirs militaires auparavant confondus. Cette organisation amenant des conQits entre les autorités civiles et militaires, Justinien la jugea mauvaise et commença, pour certaines provinces, à réunir dans les mêmes mains les attributions civiles, militaires, financières. Ses successeurs adoptèrent cette politique. Au vm* siècle, sous Constantin Pogonal, s'introduisit l'organisation de l'Empire

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