LES PREMIERS EMPEREURS DE LA MAISON DE GOMNËNE
les Turcs. Depuis la mort de Romain Diogène, ils n-avaient point cessé d*étendre leurs conquêtes sur TAsie byzantine. Malek-Shah (1072-1092), successeur d'Alp-Arslan, avait confié à un de ses cousins, Soliman, la direction de la guerre contre les Grecs, et lui avait permis de se constituer en Asie un véritable Etat, rattaché seulement par une sorte de vassalité à l'empire seldjoukide. En 1074, Michel YII, par un traité déshonorant, avait abandonné à Soliman toutes les provinces dont celui-ci était alors maître en Asie. Depuis, Soliman était intervenu dans les compétitions qui agitaient TEmpire. Il s*était enfin emparé de Cyzique et de Nicée (1081), dont il avait fait sa capitale. Les Turcs étaient désormais établis en face même de Constantinople. Si, dans la suite, Alexis avait pu reconquérir quelques villes, notamment Sinope, bientôt étaient survenus de nouveaux revers. L'émir Tzachas, beau-père de Kilidsch-Arslan, qui avait succédé en 1092 à Soliman, devenait maître de Clazomëne, Phocée, Chios, Lesbos, Samos, Rhodes, Smyrne.
Telle était la situation, au moment où Alexis était enfin libre du côté de l'Occident. Si grave qu'elle fût, certaines circonstances paraissaient cependant favorables à une politique offensive. Après la mort de Malek-Shah (1092), l'empire seldjoukide était divisé par des luttes intestines. Pour en profiter, Alexis voulut s'assurer l'alliance de l'Europe latine. Il se mit en rela-' lions avec Urbain IL En 1088, le pape, dans une entrevue avec Roger à Troïna, en Sicile, avait joué le rôle de médiateur entre le prince normand et l'empereur. En 1093, au concile convoqué à Plaisance par Urbain II, une ambassade byzantine vint demander au pape l'appui de la chrétienté latine contre les Turcs : l'auteur contemporain le mieux informé de ce qui se passa à cette assemblée, Bernold de Constance, l'affirme. Bientôt après, au concile de Clcrmont, Urbain II prêchait la croisade.
S'il fallait en croire un autre document, Alexis se serait abaissé à d'humiliantes démarches. Longtemps, en effet, on a considéré comme authentique une lettre de lui à Robert, comte de Flandre, dans laquelle, pour attirer les chevaliers francs à son secours, il n'aurait pas hésité à leur vanter les
richesses de l'Empire et la beauté des femmes grecques. Quelle que soit l'origine de cette pièce, tout le monde est aujourd'hui d'accord pour n'y voir qu'une grossière invention. Alexis n'en était pas réduit à ces misérables sollicitations; il songeait, non point à ouvrir l'Empire à des hordes de pillards» mais à le reconstituer en profitant des circonstances.
Du reste, s'il est avéré qu'en 1094 il a cherché des alliés en Occident, par l'interqiédiairc du pape, d*importants témoignages semblent prouver qu'il se repentit bientôt de cette démarche. Sa fille Anne, dans son Alexiade, le montre inquiet de l'arrivée des croisés; il connaît leur violence, leur inconstance, leur facilité à rompre les traités. Aussi rassemble-t-il des troupes, afin d'être prêt à les combattre. Ces craintes n'étaient point superflues. Les premières rencontres des Grecs et des croisés prouvèrent malheureusement qu'entre les deux parties du monde chrétien le divorce était définitif : tout les séparait, et, des deux côtés, les chroniqueurs attestent qu'entre Grecs et Latins il n'y avait place pour d'auti^ sentiment que la défiance et le mépris. Les croisades, à ce point de vue, n'eurent d'autre conséquence que d'introduire en Orient de nouveaux ennemis de l'Empire grec, de diviser et d'affaiblir les forces qu'il aurait dû consacrer à la lutte contre les Turcs, de précipiter sa décadence et sa ruine.
BIBLIOGRAPHIE
Voir, à la fin du chapitre iv, TindicatioD des collections de sources et des histoires générales de TEmpire byzantin. — Il faut consulter en outre pour cette période : Schlosser, Geschichte der Bildersturmenden Kaisei\ 1812; — Marx, Der Bilderstreit der byzantinischen Kaiser , 1859; — Hergenrœther, Photios, Erzbischof von Constantinopel, 1867-69, 3 vol. ; — Rambaud, f Empire grec au X* s., Constantin Forphyrogénèie^ 1870, le meilleur tableau de l'ethnographie et de l'organisation de TEmpire byzantin à cette époque; Empereurs et impératrices d'Orient, Rev, des Deux Mondes, 15 janv. et 15 fév. 1891 ; — Tafel, Komnenen und Normantiên, 1852 ; — Hirsch, Byzantinische Studien, 1876; — Fischer, Studien zur byzantinischen Gesch. des X Jahrhundert, 1884; — Krause, Die Byzantincr des Mittelalters, 1869 (avec défiance); — Schlumberger, Sigillographie de l'empire byzantin j 1884, très utile pour la connaissance des institutions^ et Un empereur byzantin au ï« siècle, Nicéphore Phocas, 1891.
Pour rÉglise et les rapports avec la papauté : — Hefele, Histoire des conciles^ trad.Delarc; — Pichler, Gesch. der kirchlichen Trennung zwischen Orient und Occident, 1865 ; — Le Quien, Oriens ChristianuSj 1740. — Pour les rapports avec l'Italie : Armingaud, Venise et le Bas-Empire, Archives des missions scient., 2^ série, t. IV; — Amari, Storia dei musulmani in Sicilia, 1. 1, II, 1854; — Fr. Lenormant, La Gmnde Grèce, 1881; A travers VApulie et la Lucanie, 1883; — Delarc, Les Normands en Italie, 1883. — Pour la littérature : Krumbacher, Gcsch. der byzantinischen L\ttei*alur, 1891. — Sur Psellos, voir un article de Rambaud, JRevMC historique, 1877. — Pour le droit : Mortreuil, Histoire du droit byzantin, 1843; — Heimbach, Byzantinische Recht, dans TEncyclopédie d'Ersch et Grûber; — Zacliariœ von Ldngenthal, Gesch, des griechisch rômlschcn Rechts, 1877. — Pour le commerce : Heyd, Histoire du commerce du Levant au moyen dge, 1885, trad. fr. — Pour la géographie, Krause, Géographie des Griechenlands wdhrend des Mittelalters, dans l'Encyclopédie d'Ersch et Grûber; — Kiepert, Carte de la Grèce au X^ s., 1883. — Sur la topographie et les monuments de Constantinoplc : Ducange, Constantinopolis Christiana, 1680; — Banduri, Lnperium orientale sive antiquitates Constantinopoliianœ, 1711; — Byzantios, KwvfftavTivoùicoXi;, 1869; — Paspati, BuCavTtvat juXéiat, 1878; — Labarte, Le Palais impérial de Constantinople, 1861. — Sur les lettres et les arts, voir les ouvrages cités au chapitre iv. — Rappelons que Krumbacher publie à Munich une Revue byzantifie. — Les ouvrages rclalirs aux rapports de Byzance avec les Slaves, les Bulgares, les Russes sont cités au chapitre suivant (chap. xiv).