Jagitch, Archives pour la philologie slave, II
sérieux, de fiévreux et de factice. Précocité maladive, c'est rimpression générale que produit l'histoire du peuple bulgare ; c'est peut-être aussi son caractère distinctif. » L'influence de Byzance fut trop exclusive et trop forte; elle ne convenait pas à un peuple qui sortait à peine de l'enfance. Rapidement, l'autorité patriarcale dégénéra en despotisme; l'administration or comme l'église furent calquées sur .le modèle de Byzance ; le peuple fut oublié, privé de tout droit politique, rejeté hors de l'Etat. La littérature, tout ecclésiastique et religieuse, n'eut aucun caractère national, et la population se trouva comme scindée en deux parties, qui n'eurent ni idées ni intérêts communs.
Lies Bogomiles. — La scission se produisit même dans le domaine de la foi. En même temps que le christianisme, s'était répandue en Bulgarie une hérésie qui venait d'Asie et qui avait ses origines les plus lointaines dans le manichéisme '. Sous le règne du fils de Siméon, le tsar Pierre (927-968), le prêtre Jérémie ou Bogomil (l'ami de Dieu) renouvela la doctrine paulicienne. «Les souvenirs de l'ancien paganisme slave qui, comme le manichéisme, enseignait l'existence de divinités bienveillantes ^t malfaisantes, l'austérité de Bogomil et de ses premiers disciples, l'attraction d'une doctrine facile à comprendre et qui apportait sur toutes les questions des solutions précises, les vices de l'organisation sociale et de l'église officielle, favorisèrent les progrès de l'hérésie. Dès le xn« siècle, la secte manichéenne dominait dans des provinces entières : l'église orthodoxe, après avoir facilité le succès de la propagande bogomile par sa longue inertie, essaya de l'arrêter par de cruelles persécutions, qui laissèrent dans les âmes d'inexpiables rancunes, mais ne ramenèrent pas les dissidents. De Bulgarie, les doctrines dualistes envahirent non seulement les pays slaves et la péninsule des Balkans, mais l'Italie et la France méridionale ; les Cathares et les Patarins se rattachent à elles, et les Albigeois étaient en relations fréquentes avec les Slaves du Sud. Dans diverses provinces de la péninsule, les doctrines bogo-
i. Voir ci-dessus, chapitre ix, p. 463, note.
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miles furent longtemps propagées par une partie de la noblesse^ par des rois et même des évêques : en Bosme, elles restèrent dominantes en dépit de tous les efTorts des pap^s. et des rois de Hongrie.
La foi manichéenne, malgré ses rapides succès, était plu» défavorable encore que l'orthodoxie byzantine à tout esprit d© progrès et de perfectionnement. Cette sombre philosophie, qui représentait tous les êtres matériels comme une création de l'esprit du mal, et que l'on pourrait peut-être encore aujourd'hui reconnaître dans certaines sectes russes, entretint le peuple dans une sorte de torpeur attristée, tandis que les représentants de l'église officielle s'écartaient toujours plus de la vie active et s'enfonçaient dans un ascétisme contemplatif. De plus, à un moment où les questions religieuses dominaient toutes les autres, les Slaves, tiraillés déjà entre Rome et Byzaoce et condamnés à une lutte perpétuelle pour défendre contre les Grecs leur aulocéphalie religieuse, furent séparés en deux partis irréconciliables, dont le premier s'appuya sur l'autorité temporelle et spirituelle, et dont le second eut pour lui le nombre et la ténacité de ses adhére'hts. Plus peut-être encore que l'imitation ser- • vile de Byzance, les divisions religieuses rongèsent les Slaves du Sud et expliquent les faciles succès de leurs adversaires.
COiute du premier empire bulgare. — Moins d'un demisiècle après la mort de Siméon, la Bulgarie du Danube, l'ancienne Mésie, était soumise aux Grecs (911). La partie occidentale, la Macédoine et l'Albanie, où s'était formée une Bulgarie occidentale, résista plus longtemps. 14'empereur Basile II, le Tueur de Bulgares, continua pendant plus de trente ans une guerre impitoyable contre le tsar Samuel '. En 1018, la Bulgarie tout entière était domptée. Depuis Justinien, la puissance byzantine n'avait jamais été aussi grande; les princes croates et serbes reconnaissaient la suzeraineté de Basile II, et jusqu'en Syrmie gouvernaient des stratèges grecs.
Les Bulgares conservèrent du moins leur indépendance religieuse. Ochridra, qui avait été la capitale de la Bulgarie occi-