‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos joursChapitre 153 sur 180 · Ou Gnesen · texte numérisé non relu

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encore , catholicisme et nationalité y sont demeurés synonymes.

Destinées de la Pologne. — Les Allemands avaient fini par s'inquiéter des progrès de Boleslav. Il brava toutes leurs •attaques et lorsque, dans les dernières années de sa vie, il prit le titre de roi, il ne fit que traduire par un signe visible ce qui avait été le but de sa vie entière : la fondation d'une monarchie indépendante, assez forte pour braver l'invasion germanique •et pour grouper autour d'elle les provinces slaves voisines, que leur isolement condamnait à la servitude. « L'histoire, dit un historien allemand contemporain, a donné à Boleslav le nom de Vaillant; c'est celui de Grand qu'il mériterait; avant lui, rien ne prouvait que les Slaves de la Vistule et de l'Oder ne fussent pas réservés au même sort que les Slaves de l'Elbe : lui seul les A préservés de la destruction, et, de nos jours encore, il arrête les Allemands dans leurs progrès vers l'Est. »

Les renseignements que nous avons sur les institutions politiques de la Pologne à l'époque de Boleslav sont à peu près nuls. Il est permis de dire cependant qu'en mettant nettement en opposition la Pologne et l'Allemagne, il a déterminé tout le développement constitutionnel futur du pays. Ce serait une erreur, en effet, de voir dans le rapide développement de la noblesse polonaise une preuve de l'influence des institutions germaniques ; en réalité, le système féodal ne pénétra en Pologne que fort tard et n'y obtint pas grand succès. La noblesse fut nationale et allodialCy et ses progrès aboutirent au développement des assemblées, à l'organisation d'un régime parlementaire antérieur même à celui de l'Angleterre et qui n'a d'analogue en Europe que le régime hongrois.

Les neuf ans de rogne du successeur de Boleslav, Miéchko ou Mieczislav II (1025-1034) furent désastreux. Après une période de troubles, Boleslav le Hardi M0S8-1080) et ses successeurs relevèrent la monarchie; mais ni leurs succès ni leur habileté ne rendirent à la Pologne sa puissance perdure : elle avait laissé échapper l'occasion de s'établir solidement sur la Baltique; elle ne la retrouva plus.

Formation du royaume de Bohême. — Plus voisine de

rAUemagne que la Pologne, la Bohème subit plus complètement l'influence germanique, jusqu'au moment où la proximité du péril réveilla chez elle le sentiment slave. Nulle part les deux races ennemies ne se sont disputé le terrain avec plus de passion et de persévérance. Rattachée d'abord à l'empire de Moravie, elle avait reçu le christianisme de Méthode; mais, après l'invasion hongroise, toutes les relations furent rompues avec Byzance, et le rite slave fut assez vite remplacé par le rite latin.

Les diverses tribus qui, d'après la légende, avaient été conduites par Tchekh dans le bassin de l'Elbe supérieur, n'avaient formé longtemps qu'une confédération assez lâche; la tribu des TchèqueSj que favorisa la position géographique de son territoire, réussit peu à peu à établir sur les autres clans une sorte d'hégémonie. Ses chefs eurent longtemps à lutter contre des princes rivaux, et leur pouvoir fut souvent aflaibli par les querelles que provoquait l'absence d'une loi précise de succession. Ils étaient en même temps engagés contre leurs voisins dans des guerres incessantes, tantôt vainqueurs, comme Boleslav II (967-999) qui étendit son royaume fort au delà des frontières de la Bohême, tantôt malheureux et obligés de payer tribut aux empereurs allemands, dont cependant la suzeraineté ne fut jamais nettement établie sur le pays. La haine contre l'Allemagne explique les résistances qui arrêtèrent longtemps les progrès du christianisme; il ne triompha réellement que sous Venceslav I" (925-934) qui a été canonisé et qui est resté le patron du pays. Vratislav II prit le premier le titre de roi (1086). Moins prévoyant que Boleslav de Pologne, il avait demandé la couronne à l'empereur Henri IV. Trop souvent, dans la suite, ses successeurs compromirent l'avenir de leurs peuples par des complaisances imprudentes pour les Allemands.

Slaves du Sud et de l'Est. — Dans le rameau sud-oriental, comme dans le rameau occidental, un groupe disparaît, ce sont les Slovènes ou Vendes de Pannonie; comme les Tchèques, les Serbes et les Croates sont encore dans la période de formation, et leur histoire n'offre qu'un intérêt secondaire; les plus éloignés de l'Europe occidentale, les Bulgares et les

Russes, forment de puissants empires, aussi peu durables que le royaume de Boleslav de Pologne.

Lies Slovènes de Fannonie. — Les Slovènes avaient été déjà trop affaiblis pour que le désastre des Bavarois, en 907, leur inspirât même la pensée de reprendre leur indépendance. La défense de TEmpire fui réorganisée de ce côté, après la victoire de 955, par Otto P' et Otto II, La Marche orientale {Osimark, provincia orienialis) ou d'Autriche {Œsterreich, plaga australis) devint Tavant-poste de la Germanie, et les Babenberg y préparèrent la voie aux Habsbourg. Dès le règne d'Etienne P*" de Hongrie, ils s'avançaient jusqu'à la Leitha et à la March. La Marche de Carinthie avait été aussi relevée, et la Styrie et la Carniole, qui en furent détachées plus tard, devinrent autant de foyers de germanisation *. Depuis Charlemagne, il n'y a plus, à proprement parler, d'histoire ni de peuple Slovènes. Il avait été converti, au vni* siècle, par les envoyés de l'évèque de Salzbourg, Virgile, qui a conservé le titre d'apôtre des Khoimtanes *, bien que d'ailleurs il ne soit jamais venu dans le pays. La littérature paléo-slovène compte parmi ses plus anciennes reliques trois fragments qui remontent peut-être au x« siècle, et que Ton connaît sous le nom de Fragments de Frisinski.

Le long sommeil littéraire des Slaves de Pannonic, un moment troublé par la Réforme, a continué jusqu'au commencement de ce siècle; réveillé par l'occupation française, le patriotisme slovène a rendu, quelque vie à cette nation depuis longtemps oubliée, et lal^ériode contemporaine témoigne d'une activité très remarquable pour une population aussi peu nombreuse; ils ont fourni, entre autres, un des créateurs de la philologie slave, Kopitar.

Les Serbes et les Croates. — La fortune fut moins cruelle aux Serbes et aux Croates, dont cependant l'histoire est encore fort incertaine et troublée. Les Serbes, établis dans la Serbie propre (Rascie), la Tcherna Gora, l'Herzégovine et sur le littoral de l'Adriatique, étaient soumis à divers princes sur les-

i. Les Slovènes forment encore une importante partie de la population de la Carinthie (90 000 hab.), de la Carniole (400 000) et de la Styrie (380 000). 2. Ou Carinthiens.

quels le grand-joupdn n'exerçait qu'une autorité fort précaire ; il résidait à Rasa (Novi-Bazar), dans la Vieille-Serbie. Toute cette période de l'histoire serbe n'est qu'une longue suite de combats contre les Bulgares et les Byzantins, qui établissent tour à tour leur autorité sur ces régions. Au xi* siècle, le prince Michel reçut de Grégoire VII la couronne royale. La Serbie ne se développa réellement que sous la dynastie des Némania (H62 environ).

Les Croates, dans la Dalmatie, la Slavonie, la Croatie et la Hongrie occidentale, s'avançaient jusqu'à la Tsetyna et au Vrbas. Partagés en deux Etats (Croatie-Dalmatie et Croatie pannonienne), dont les princes furent souvent ennemis, ils furent tour à tour soumis aux Francs et aux Byzantins. Ils se rattachèrent un moment à l'église orientale, mais, dès la fin du ix® siècle, se soumirent au pape. Les Croates de Pannonie devinrent sujets des Hongrois ; les Croates de Dalmatie eurent une histoire fort accidentée et furent mêlés à toutes les guerres de la péninsule. La Croatie atteignit l'apogée de sa puissance sous Zvonimir. Après lui, des troubles intérieurs amenèrent une rapide décadence. En H02, les Croates acceptèrent pour roi Koloman de Hongrie. L'union avait été volontaire : elle garantissait l'égalité complète et l'autonomie des deux pays; depuis lors, l'histoire de la Croatie se confond avec celle de la Hongrie.

Les Bulgares. — Comme les Slaves de Russie, les Slaves de Mésie durent à des conquérants étrangers leur organisation politique; comme eux, ils reçurent le «hristianisme de Byzance et subirent l'influence de la civilisation grecque; comme en Russie enfin, un prince supérieur créa un grand empire, et son règne fut marqué par un remarquable essor de la civilisation : gloire éphémère à laquelle succède une longue anarchie.

Les Slaves du Danube inférieur avaient pour voisins à l'est, vers le milieu du vi« siècle, un peuple d'origine ouralo-altaïque, les Bulgares. A diverses reprises, ceux-ci ravagèrent les contrées danubiennes jusqu'au moment où, en 619, sous la conduite d'Asparuch, ils s'établirent à demeure en Mésie. Les tribus slaves, que leurs divisions avaient contraintes à subir la suzeraineté des Grecs, n'opposèrent pas une très vive résistance

aux conquérants qui les délivraient de maîtres détestés et qui, comme plus tard les Turcs, accueillaient volontiers dans leurs rangs les principaux chefs des vaincus. Les divers groupes slaves, désormais rassemblés dans un même royaume, prirent conscience de leur unité. Ils reçurent sans doute aussi des Bulgares leur organisation militaire, en même temps que leurs institutions politiques et sociales furent profondément modifiées.

La constitution des Bulgares était très aristocratique; lors de la conquête, la majorité des paysans avaient été réduits en servitude. Plus tard, Tinfluence byzantine contribua encore a accentuer le caractère à la fois oligarchique et despotique de rÉtat bulgare : ce qui explique et les rapides progrès de cet empire et sa prompte décadence. L'influence des Bulgares sur fa race slave, au point de vue ethnographique, fut au contraire assez faible. Les vainqueurs s'étaient vite mêlés aux vaincus : ils acceptèrent leurs mœurs, leur langue, et finirent par être complètement absorbés par eux; leur idiome n'a exercé aucune action sur le slave; les difTérences que Ton remarque entre le bulgare actuel et les autres dialectes slaves s'expliquent uniquement par le contact avec les Thracos-Illyriens; il n'y a pas de mots finnois dans le vocabulaire des Slaves de la péninsule. Les Slaves prirent seulement le nom des conquérants : comme en France, le nom de l'Etat l'emporta sur celui de la race.

Conversion des Bulgares. — Dès la seconde partie du IX® siècle, deux princes bulgares, Krum et Omortag, remportèrent de brillantes victoires ei menacèrent Constantinople. Par ces succès mêmes, la foi chrétienne commença à pénétrer dans le pays : il y avait beaucoup de chrétiens parmi les esclaves transportés en Mésie. Boris (852-888) reçut le baptême, et l'empereur Michel III lui servit de parrain (864 ou 865). Mais Boris n'entendait pas que sa conversion compromît l'indépendance de son peuple : il oscilla quelque temps entre Rome et Constantinople, ofTrant sa soumission à qui lui ferait les meilleures conditions. Il finit par se décider pour Byzance (870). C'est certainement aussi vers cette époque que furent introduits chez les Bulgares les livres et la liturgie slaves.

Le tsar Siméon : apogée du premier empire bulgare.

— Le fils de Boris, Siméon (892-927), fut le premier tsar des Bulgares, et son règne marque l'apogée de leur grandeur. Les Grecs, vaincus dans une série de guerres, ne conservèrent plus que quelques points des côtes et, à diverses reprises, Gonstantinoplc faillit être enlevée. La péninsule des Balkans presque entière, une partie de la Hongrie et de la Yalachie, étaient soumises à Siméon; les Serbes reconnurent sa suzeraineté. Pour ne pas être inférieur à l'empereur grec, il prit le titre de César (/sar), et, pour affranchir ses sujets des exactions du clergé byzantin, il établit un patriarche à Preslav, sa capitale. Siméon s'entoura d'une cour brillante ; il s'efforça de faire pénétrer dans son peuple la civilisation; élevé à Gonstantinople, on le nommait le demi- GreCy et ses flatteurs aimaient à le comparer à Ptolémée d'Egypte. La littérature bulgare eut alors son âge d'or, et son importance historique est considérable. « Il n'est pas une seule littérature occidentale qui, à une époque aussi reculée, présente un si énorme bagage d'œuvres bibliques, liturgiques, théologiques, empruntées aux Grecs *. » Us traduisirent aussi ces récits héroïques et légendaires qui, au moyen âge, se répandirent dans toute l'Europe. Les premiers, les Bulgares firent du paléo-slave une langue vraiment littéraire, et leurs productions, répandues parmi tous les Slaves orthodoxes, contribuèrent à l'éveil des littératures nationales.

Causes de la décadence de la Bulgarie. — La grandeur de l'empire bulgare ne reposait que sur un homme. Siméon disparu, sa puissance ne lui survécut pas. L'unité nationale était encore mal affermie, et les boiars, qui gouvernaient de grands fiefs ou de petits Etats, devaient nécessairement aspirer à l'indépendance et affaiblir la résistance en face de l'étranger. Menacée par les Grecs, la Bulgarie eut en môme temps à combattre les Magyars, les Petchénègues, les Polovtsi et les Russes. De plus, son élévation avait été trop rapide et son développement trop instantané. Comme le dit très justement Hilferding, « son premier éveil à la civilisation avait eu quelque chose de peu

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