Anatole Leroy-Beaulieu, VEmpire des tsars, t. I, p
isolée du reste de TEurope, séparée de ses voisins les Slaves polonais par des préjugés et des haines irréconciliables, abandonnée a ses seules forces contre les invasions asiatiques. La civilisation, importée du dehors et comme mûrie trop vile, garda quelque chose de superficiel et de factice; enfin, le type de société que Byzance offrit à son imitation était peu favorable aux besoins d'un peuple jeune et d'un État encore en voie de formation.
Influences européennes sur la Russie. — L action de Byzance ne fut cependant dangereuse que parce qu'elle devint exclusive, à partir du moment où, d'une part le schisme des églises orientale et occidentale, d'autre part l'invasion mongole rompirent toute relation entre la Russie et les contrées de l'Ouest. Sous laroslav, si l'influence du clergé était déjà visible à côté de celb de la droujina et des anciens des communes, la constitution politique et sociale était encore en grande partie germanique. Le code publié par laroslav et connu sous le nom de Rouskaïa Pravda {le droit russe) rappelle sans cesse les coutumes Scandinaves. Le prince, même à la mort de laroslav, ressemble bien plus à quelque chef franc qu'à un empereur romain. D'autre part, les divisions sociales commencent à s'établir : au-dessous de l'aristocratie des compagnons du roi, comprenant les gridi, les mouges (hommes, barons) et les botars (seigneurs), le paysan a déjà perdu une partie de ses droits; il devient le mougik (l'homme de rien, homunculus). Les anciennes traditions démocratiques sont encore assez vivantes cependant pour que sa situation reste supportable et, dans les villes, les institutions libres se sont maintenues. Les relations avec l'Occident sont fréquentes et « l'on peut dire de la Russie du xi« siècle ce que l'on ne pourra plus dire de la Russie du XVI®, qu'elle était un Etat européen *. »
A la mort de laroslav (10S4), la situation, sans être exempte de dangers, autorisait bien des espérances. Les destinées de la Russie dépendaient de la sagesse et de l'intelligence de ses chefs : la nation était formée, l'Etat constitué, les premiers germes de
i, Rambaud, llist, de la Russie, p. 63.
civilisation répandus. Les successeurs de laroslav saurq^^Wis^ maintenir l'Etat et mettre à profit les rares vertus de la nation?
BIBLIOGRAPHIE
Il ne serait pas très difficile de remplir un volume en citant les ouvrages relatifs à celte première période de Thistoire des Slaves ; on se contentera d'indiquer les travaux les plus importants, les plus récents ou les plus accessibles aux lecteurs français.
Ouvrages généraux ; origines. — Chafarjik (Schafarik), les Antiquités slaves (en tchèque, Prague, i836; en allemand, Leipzig, 1843-44). Chafarjik est le véritable créateur de Thistoire primitive des Slaves. — Krek, Einleiiung in die Slavische Literatur-Geschichtc (Gratz, 1874), excellent avec<ie très nombreux renseignements bibliographiques. — Geitler, Lilanische Studien, Prague, 1875. — BonneU, Beitrage zum Alterlhwnskunde Russland^s, t. I, Hey^odot, seine Vorgdnger und cinige spàterc Schriflstellerj Petersb., 1882. Les publications des Congrès archéologiques et les Travaux de lu Commission archéologique (en russe). — Les admirables travaux de Miklosich, entre autres. Vergleichende Grammatik der Slavischen Sprachen (Vienne, 1852-1 875)> Jagitch, Archiv fur slavische Philologie (depuis 1875) ; — Encyclopédie tchèque, publiée sous la direction de Rieger (1859-1874); — Pyplne et Spasaovitch, Histoire des littératures slaves (en russe; le l®** yolumcj flii/garcSf Serbo-Croates^ Huthénes, a été traduit en français, Leroux, 1881).
Les Apôtres des Slaves. — Ginzel, Gcsch, der Slaven Apostel, Vienne, 186L Léger, Cyrille et Méthode, Étude historique sur la conversion des Slaves au christianisme. Paris, 1868. — Léger, le Monde slave, 1873. — Drinov, Histoire de VÊglise bulgare (en russe). — Les sources principales sont Die Pannonische Légende, publiée par Dttmmler dans' les Archiv, f. Ostcr. Gcsch., t. XIII; — la légende de saint Cyrille (Denkschriften der kais, Akad. von Wien, 1870; la légende italienne (Acla SS. MarL, II). — Cf. aussi les Fontes rerum bohemicarum (Prague, t. I).
Polabes. — Les sources se trouvent dans Pertz, Monumenta Germanise historica; dans Riedel, Codex diplomaticus Brandeburgensis, — £. Lavisse, la Marche de Brandebourg sous la dynastie ascanienne, Paris, 1875; — Zeller. Histoire d'Allemagne, t. I, et Histoire résumée de PAllemagne (1879). — Brosien, Gesch. der Mark Brandenburg im Mittelalter, Leipzig, 1887.
Pologne. — Le meilleur travail d'ensemble sur l'histoire de la Pologne est VHistoire de Szuiski (en polonais), 4 vol., Lemberg, 1862-66. Le Résumé de ï Histoire de la Pologne de Bobrzyaski (en pol., Vars.,1879) est très remarquable. — BieloTski, Monumenttt hislorica Poloniaevetustissima, — Rœpel, Geschichte Polens, 1840; Tœuvre est continuée avec beaucoup de soin et de talent par Caro, 1883. >- Zeissberg, Die polnische Geschichtschreibung im Mittelalter, Leipzig, 1873. — Meyer, Gesch. des Landes Posen, 1881. — Schiemann, Bussland, Polen und Livland bis im XVII Jahrh., dans la collection Oncken, Berlin, 1885. — Lelevel, HisL de Pologne, 2 vol., 1844 <encorc intéressant sur Tinfluence des institutions). — James Fletcher, The history of Poland, in-8", 1831. —- S. A. Durham, The histoi^ ofPoland (bon manuel), 1834.
Bohême et Moravie. — On trouvera une bibliographie des ouvrages aile-
. mands dans Huber, Gesch. Œsten*eich's.ji vol., Gotha, 1885. — Fontes rerum bohemicarum (Prague, t. I, Fr., 1872-1885). —Palacky, Histoire de Bohême (en tchèque et en allemand). — Dudik, Geschichte Mœhrens, 1860. — Tomek, Histoire du royaume de Bohême; Histoire de la monarchie autrio.hienne; Histoire de la ville de Prague (en tchèque). — Léger, Histoire de TAwtnche-Hongrie (Paris, 1880) ; -- Léger, Éludes slaves,
Slavks du Danube. — J. Const. Jiretchek, Histoire de la Bulgarie (en thèque, Prague, 1875; traduction allemande, 1876). — Hilferding, GescA. dcr Serhen und Bulgaren^ Baulzen, 18o6-64. — Kâllay, Hist, des Serbes (en hongrois; traduction allemande de Schwickler, Leipzig et Vienne, 1878). — Palaousof, le Siècle du tsar S'unéon, 1852 (en russe). — Picot, Les Serbes de Hongrie, Paris, 1873. — Ubicini et Chopin, Provinces danubiennes (Univers Pittoresque) ; Les Serbes de Turquie (Paris, 1863). — Rambaud, l'Empire grec au X« siècle, 1 870. — Le grand rénovateur de l'histoire serbe est Ratchki, dont les études ont été publiées dans les Travaux de V Académie iougo-slavCy en croate.
Russes. —Nestor (édité par l^eger, Paris, 1880). — Rambaud, Histoire cfe /a Russie (Paris, 1878), avec de nombreux renseignements bibliographiques, très longue liste d'ouvrages russes ou non russes; — Anatole Leroy-Beaulieu, VEmpire des Tsars (en particulier le \" volume, Paris, 1881); — Rambaud, la Russie épique (Paris, 1876). — L'ouvrage cité plus haut de Schiemann — Thomsen, der Ursprung des russischen Staates, Gotha, 1879.
Magyars. — Les ouvrages à consulter sont indiqués dans Texcellente étude de Sayous, les Origines et VÉpoque païenne de Vhistoire des Hongrois (Paris, 1874). -— Endlicber, Monumenta Arpadiana (Saint-Gall, 1840). — Leipzig, 1867. — Fessier, Gesch. der Ungaren, nouvelle édition par Kleim, Mailatb, Gcsch. der Magyaren, Vienne, 1840. — Szalay, Gesch, Ungarns (traduit du magyar en allemand), Pesth, 1866. — Selig Cassel, Magyarischè Alterthùmer, 1848.