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LA CRISE DE L'EMPIRE AU 11^ SIÈCLE

administre le premier trésor {mrarium sacrum) ^ dirige les manufactures impériales, les mines, les monnaies. Il a sous ses ordres un comte par diocèse; un ratiônalis par province (quelquefois pour deux ou trois provinces); pour les ateliers impériaux, des préposés {procuratores ou prsepositi)y chefs de ces corporations héréditaires; pour les mines, des comtes des mines, chefs des mineurs d'État, percevant les redevances payées par les concessionnaires ; pour les monnaies, des procurateurs. De plus, pour la surveillance de la caisse, des hommes spéciaux (prœpositi thesaurorum),

4" Le comie du domaine privé {cornas rerum privatarum) commande à des intendants généraux {rationales rerum privatarum) dans les provinces, qui ont au-dessous d'eux des préposés, puis des intendants spéciaux (des troupeaux, des étables, etc.).

Les maîtres de la milice sont au nombre de huit, dont cinq en Orient, trois en Occident. Ils ont l'administration et le commandement de l'armée (la garde non comprise). L'armée est divisée : en légions, dont chacune est commandée par un préfet {prœfectus legionis); en vexillationes (cavalerie), commandées aussi par des préfets {prœfecti alarum) ; en troupes auxiliaires. Elle est répartie en provinces militaires, dans chacune desquelles le maître de la milice a sous lui, des ducs ou comtes {duces ou comités rei mililaris). Les provinces frontières ont une organisation particulière : le duc de la frontière {dux limitis) ob le comte de la frontièi^e [cornas limitis) a sous ses ordres les préfets des camps et les préposés aux détachements militaires. Ces ducs et ces comtes des frontières deviendront les marquis et les margraves du moyen âge.

Tels sont les cadres. Ajoutons pour donner une idée complète de l'importance de ce monde administratif que, de même que chacun des grands officiers a ses bureaux, chacun des fonctionnaires a les siens. L'employé de bureau s'appelle offieialis L'officialité est une carrière, où il y a un avancement réglé.

Cette administration, organisée d'après le double principe de la séparation des pouvoirs et de la hiérarchie, servira de modèle aux administrations monarchiques de l'avenir : en particulier a l'administration française.

Elle est dangereuse, parce qu'elle est parfaite, atteignant tout ce qui peut être atteint; parce que plus elle rend facile Texécution de la volonté du prince, plus elle pèse sur la liberté du sujet; parce qu'elle crée cette redoutable tyrannie des habitudes qui s'appelle la routine; parce qu'elle ne laisse subsister qu'une seule initiative, celle du prince, et qu'elle endort cette initiative. Dangereuse partout, mais là surtout où elle n'a, comme dans l'Empire romain, aucun contrepoids; où le sujet n'a de recours sérieux, contre un fonctionnaire, irresponsable à son égard, que l'appel à un autre personnage également irresponsable.

Ruine de Tempire par le régime fiscal. — Il reste à montrer que cette administration a écrasé la société romaine.

La cité en a été abîmée. Il fallut qu'en 364 Valenlinien instituât le défenseur {defensor civitatis), chargé de protéger les habitants de la commune contre l'insolence et les vexations des gouverneurs et des percepteurs d'impôts. Précaution impuissante, parce que le mal tenait au système général de l'Empire et qu'une société qui ne pouvait plus s'enrichir ne pouvait porter le poids d'une fiscalité terrible.

. C'est la fiscalité qui a ruiné l'Empire romain, la fiscalité pesant sur le possesseur, alors que le nombre des possesseurs est diminué par le privilège. Longue est la liste de ces privilégiés qui échappent à l'impôt : la milice du palais, les sénateurs, les professeurs de grammaire et d'éloquence, les artisans qui exercent des professions mécaniques pour les besoins et les plaisirs du peuple, l'Eglise, l'armée entière. Ceux qui exploitent l'Empire au nom de l'empereur, c'est-à-dire les castes supérieures, les plus riches, sont privilégiés. Tout le fardeau retombe sur le possesseur. Un édit d'Honorius de 417 est bien topique. Il s'agit des champs abandonnés. Il faut rechercher les anciens propriétaires; si on ne peut les trouver ni leurs héritiers, on offrira la terre au voisin ou à un étranger de bonne volonté. Personne n'accepte; ces terres restent au fisc. Qu'en résulte-t-il? Dépouillé de son champ par les exactions ou le répudiant pour se soustraire à une charge trop lourde, le propriétaire se rend chez lé riche et devient son colon, c'est-à-dire son sujet et presque son esclave.

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