III. — Le christianisme et l'Empire romain
Pourquoi le christianisme a été persécuté. — Longtemps ignoré dans l'Empire, accidentellement persécuté par Néron après l'incendie de Rome, le christianisme fut légalement poursuivi, en vertu d'une règle politique arrêtée, à partir de Trajan. Cela était dans l'ordre naturel des choses. Toute doctrine nouvelle est tenue de faire la preuve de sa supériorité sur les doctrines qu'elle prétend remplacer. Une société organisée a le droit de se défendre contre toute doctrine qui l'attaque. Or le christianisme attaquait la société romaine dans ses fon« déments.
« Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu », avait prononcé Jésus. Parole révolutionnaire au premier chef, car la société romaine ne connaissait pas cette séparation entre l'Etat et l'Eglise; et depuis lors jamais César et Dieu n'ont pu s'entendre sur le partage. Les chrétiens sont aux yeux de Pline en révolte contre les lois de l'Empire, parce qu'ils refusent obéissance au proconsul quand celui-ci leur commande de sacrifier, qu'ils n'offrent pas le vin et l'encens à l'image impériale, qu'ils tiennent des assemblées secrètes (ecclesiœ). Or toutes les assemblées secrètes, depuis les origines de l'Empire, sont formellement interdites par les lois.
Les chrétiens ne s'arrêtent pas là. Ils font à César la part très petite. L'apologiste Tertullien montre à merveille, sans qu'il s'en doute, les causes des rigueurs contre lesquelles il s'élève. On voit par ses écrits qu'il n'y a plus de place dans la société ancienne pour les chrétiens. Défense d'assister aux spectacles, pompe d'idolâtrie, œuvre du démon. Défense de rien fabriquer ou vendre qui puisse servir aux idoles : le sculpteur se fera
menuisier. Défense de tenir une école : il faudrait expliquer la généalogie des faux dieux. Défense de remplir aucune charge : il y faudrait commettre des actes dldolàtrie. Défense d'être soldat, car les enseignes sont consacrées par des rites païens. Or s'il y eut toujours des soldats chrétiens, les magistratures furent désertées de bonne heure, surtout les charges tminicipales.
L'abstention fut une des causes de la dissolution de la curie et de celle de l'Empire. Il y a incompatibilité entre la foi du chrétien et la vie du citoyen. Ïj Apocalypse déjà conseillait l'abstention. Elle fait plus : elle maudit Rome et annonce qu'elle sera brûlée. Ces menaces se retrouvent dans TertuUien, qui répète les prédictions de la Sibylle sur le choc des astres et l'embrasement de la terre. Il assure qu'il rira bien quand il verra brûler ces puissants, leurs courtisans, leurs magistrats persécuteurs, leur Jupiter; il sera enchanté quand l'acteur tragique poussera de vrais cris dans sa propre détresse, que le cocher du cirque paraîtra sur un char de feu, rougi des flammes éternelles! Comment Rome aurait-elle été indulgente pour ceux qui lui exprimaient de tels sentiments?
Les chrétiens ne respectaient pas davantage l'organisation sociale : « Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers. » Et ces lettres de saint Jacques où il est parlé des riches qui hurlent dans l'enfer parce que le salaire volé à l'artisan crie contre eux et qu'ils se sont engraissés comme des victimes pour le sacrifice ! Quoi d'étonnant si dans un dialogue attribué à Lucien on traite les chrétiens en démocrates-socialistes ?
Triomphe du christianisme. — Une lutte à mort devait avoir lieu entre le christianisme et l'Empire.
Au commencement du iv** siècle, le christianisme est devenu le plus fort. L'édit de 313 fait du christianisme une religion tolérée. Il n'en reste pas là; il devient religion d'Etat. Constantin préside le concile de Nicée qui condamne les hérétiques. En 324 il exprime le vœu que tous ses sujets se fassent chrétiens; il disserte contre le paganisme On commence la démolition des temples.
LE CHRISTIANISME ET L'EMPIRE ROlkjN 33
La vieille antipathie va-t-elle céder? Non. Il y a un grand danger à ce que rempèreur soit ainsi dans TEglise, lui qui -a été souverain pontife de la religion païenne, qui a été un dieu, lui qui aspii*e, devenu chrétien, à être Vévêqtie des choses du dehors et qui parfois se proclame « empereur et docteur, roi et prêtre ». Qu'adviendra-t-il s'il est hérétique? Cela se voit dès le temps des fila de Constantin. Constance, resté seul maître de TEmpire, est arien; il exile les évoques orthodoxes; le pape Libère cède; le concile de Rimini signe un formulaire arien que Tempereur veut imposer au monde. Pourtant Constance est chrétien zélé; en Orient il détruit les temples en masse. Voilà donc lin empereur théologien qui persécute à la fois païens et chrétiens. Mieux valait pour TÉglise un païeii comme Julien l'Apostat. Théodosè fut l'empereur selon le cœur de TEglise, acceptant la pénitence imposée par saint Ambroise, interdisant absolument le culte des dieux, même dans rintimité la plus secrète de la vie privée; mais son fils Arcadius, qui règne en Orient, persécute saint Jean Chrysostome, à l'instigation de l'impératrice Eudoxic, qui est arienne. L'Église, depuis qu'elle était solidement établie, sentdt moins le besoin de la protection impériale; depuis qu'elle n'avait plus rien à redouter des païens, son zèle se tournait contre les héré* tiques, et l'expérience lui montrait qu'elle pouvait toujours craindre que l'empereur fût, sinon un ennemi, du moins un fauteur d'hérésie.
De plus, après la conversion des empereurs, une foule de faux fidèles avaient, par politique, suivi leur exemple. Constantin n'a-t-il pas dit à Nicée qu'il faut gagner •des amis à la vérité, les pauvres par de l'argent, les riches par des honneurs? Cette foule qui passe des autels des dieux aux tables chrétiennes, est formée d'adorateurs de la pourpre, comme dit le païen Themistius dans le discours à Joyien. Au temps de Julien il y eut beaucoup d'apostats. Le , christianisme répugne aux païens philosophes. Ils raillent cet inconnu mort sur la croix, ces inconnus devenus personnages sacrés. Quand Liberius fait fermer les églises des chrétiens, il dit que le grand air leur fera du bien. Quand Julien les dépouille, il dit que TeX-
Histoire c^xÊnALS. I. 3
cellente loi des chrétiens promettant aux pauvres le royaume des cieux, il faut leur en aplanir le chemin. Quand il défend aux chrétiens d*enseigner les langues anciennes, il dit que leur affaire est de commenter Mathieu et Luc. Tel est Torgueil de la Sagesse antique. Ces plaisanteries devaient allumer des haines terribles.
Il semblait que TEglise fût impuissante déjà à triompher de cette résistance des derniers païens, des philosophes, des sénateurs, qui au temps de Théodose encore réclamaient la restitution à la curie de l'autel de la Victoire, de cette foule romaine qui attribuait les désastres à la négligence où étaient tombés les poulets sacrés. Sans compter que TEglise porte mal sa fortune, que la superstition, l'immoralité ont passé dans son sein. Elle a crû en richesse, décru en vertu (divilm major, virtu-tibtiB minor), s'accordent à dire saint Jean Chrysostome, saint Hilaire, saint Jérôme.
Les écrivains, comme Salvien, les grands personnages, comme saint Augustin et saint Jérôme, se désintéressent des destinées de l'Empire. Il y a dans la Cité de Dieu, dans le De (juhernatione Dei, des appels aux Barbares.
Ainsi entre la religion nouvelle, dès qu'elle parut, et l'Empire il y avait incompatibilité absolue. Elle s'est traduite, d'une part, par le refus d'obéissance et de service, de l'autre, par la persécution. Après la réconciliation, l'antipathie a persisté parce que l'Eglise est asservie à l'Empire et que la société chrétienne s'y corrompt. Après avoir contribué à la désorganisation de l'Empire quand elle était persécutée, l'Eglise n'a pas employé sa force à le défendre quand elle était triomphante. C'est en ne le défendant pas surtout qu'elle a contribué à sa ruine.
Org^anisation de l'Église chrétienne. — L'Église déjà était organisée. La distinction entre laïques et clercs s'y était faite de bonne heure, et de plus en plus marquée.
Elle avait sa hiérarchie. De môme que les apôtres ont continué l'apostolat de Jésus-Christ, les évoques, institués par les apôtres, le continuent, non plus dans le monde entier, mais dans une circonscription déterminée, qui est la cité (civitas), au chef-lieu de laquelle l'évêque réside. Au-dessus de l'évêque il y
a le métropolitain dont les attributions sont fixées par le concile de Nicée : le métropolitain réside au chef-lieu de la province. La conformité des deux provinces ecclésiastique et civile est marquée au concile d'Antioche (341). L'Eglise adopte les cadres administratifs de l'Empire. Elle les conserve si bien qu'ils subsisteront jusqu'à la Révolution française.
L'évêque dans sa cité a son conseil de prêtres. Le métropolitain a son conseil d'évèques, ou synode^ fréquemment réuni et délibérant sur les choses de foi et de discipline. Audessus, les patriarcats, églises directement fondées par les apôtres, considérées comme les meilleures gardiennes de la religion : Jérusalem, Anlioche, Alexandrie, Rome. Rome seule pour l'Occident, ce qui est très important. La primauté de l'église de Rome s'annonce déjà, l'évêque de Rome étant le successeur de. saint Pierre. Il n'a point de prééminence marquée sur les patriarches ; mais il n'a pas de rival dans l'Empire d'Occident.
L'unité de l'Eglise apparaît dans les conciles œcuméniques.
L'Eglise s'est servi de l'universalité de l'Empire pour la propagation de sa foi; de ses cadres pour son organisation. Mais tandis que la société civile est immobilisée, dans l'Église nous trouvons l'élection, la délibération, la liberté, la vie : bref tout ce qui manque à l'Empire. Aussi s\irvivra-t-elle. Dans l'invasion, l'évêque seul persistera dans la cité évacuée par les fonctionnaires. »Les Barbares auront aflairc à lui. C'est l'Eglise qui gardera la langue de Roiçe, ou du moins ce qu'elle a pu en garder; la civilisation romaine, ou du moins ce qu'elle a voulu en maintenir. Elle conservera l'idée de l'universalité, de l'acwménicilé, de ce qui fut l'unité romaine et la paix romaine. Seule puissance debout, qui ne s'entendra pas avec elle périra.
L'Empire d'Occident comprenait les préfectures du prétoire des Gaules et d'Italie, subdivisées en 6 diocèses et 58 provinces, dont un proconsulat relevant directement de l'empereur.
L'Empire d'Orient comprenait les préfectures du prétoire dlUyrie et d'Orient subdivisées en 1 diocèses et 42 pro\Inces, dont un proconsulat.
La préfecture du prétoire des Gaules comprenait les diocèses d'Espagne, des Gaules, de Bretagne.
Le diocèse d'Espagne formait les sept provinces suivantes :
La Béiique s'étendait entre la Guadiana et la mer, sur le bassin du Guadalquivir et sur la côte voisine de la Méditerranée; elle correspond à l'Andalousie. Très bien cultivée et fertile, c'était un pays riche, avec des cités importantes : Gadès (Cadix), Cordoba (Cordoue), Hispalis (Séville).
La Lusitanie s'étendait entre le Douro et la Guadiana. Colonisée plus récemment et moins peuplée que la Béiique, elle avait pour villes principales Pax Julia (Beja), Scalabis (Santarem), Olisippo (Lisbonne), E mérita Augusta (Merida).
La Gallœcie s'étendait entre le Douro et le golfe de Gascogne. Elle avait pour villes principales Bracara (Braga), Lucus Augusli (Lugo). Cette région, la plus tard conquise et colonisée de l'Espagne, comprenait de nombreuses tribus montagnardes presque indépendantes.
La Tarraconaise comprenait le bassin de l'Èbre, le haut bassin du Douro, la côte entre les Pyrénées et la mer. Les principales villes étaient Tarragone, Barcelone, Cœsaraugusta (Saragosse), Clunia, aujourd'hui ruinée, Scgovie.
La Carthaginoise comprenait le haut bassin du Tage, région de l'Espagne centrale avec Tolède, et la province actuelle de Valence. Sa capitale, Carthagène, était le grand marché fondé par les Phéniciens ; elle conserva son importance jusqu'à la (in du vi° siècle.
La province des Iles Baléares,
La Mauritanie Tingitane correspondait au Maroc actuel.
allant jusqu'à la Malouia à Test. Elle tirait son nom de sa capitale, Tingis (Tanger).
La Bélique, la Lusitanie, la Gallaecie étaient administrées par un consulaire; les quatre autres provinces par un président.
Le diocèse des Gaules ou des sept provinces, ainsi nommé parce qu'on avait réuni le diocèse des sept provinces méridionales à celui qu*administrait directement au iV^ siècle le préfet du prétoire (Gaule septentrionale), comprenait 17 provinces et m cités :
La Novempopulanie, entre la Garonne et les Pyrénées, avec les cités de Elusa (Eauze), Augusta Âusciorum (Auch), Lugdunum Gonvenarum (Saint-Bertrand de Comminges), Oppidum Vasatum (Bazas), etc.
Ij Aquitaine première s'étendait sur le plateau central entre Garonne et Loire avec les cités des Cadurci (Cahors), des Albigenses (AIbi), des Arvernes (Auvergne), des Lémovices (Limoges), des Bituriges (Boui^es).
Ij Aquitaine deuxième s'étendait à l'ouest de la précédente sur les cités d'Aginnum (Agen), Burdigala (Bordeaux), Petrocorii (Périgueux), Santones (Saintes), Pictavi (Poitiers).
La Narbonnaise première allait de la Garonne au Rhône, avec Toulouse,Narbonne,Nemausus(Nimes),Alba(Aps), puis Viviers.
La Narbonnaise deuxième comprenait les bassins de l'Argens et de la moyenne Durance, avec Aquœ Sextiae (Aix), Forum Julii (Fréjus), Apta Julia (Apt), Segustero (Sisteron).
La Viennoise formait une bande à l'est du Rhône, avec Marseille, Arles, Orange, Dea Vocontiorum (Die), Vienne, Gratianopolis (Grenoble) et Genève.
Les Alpes maritimes comprenaient Nice, Digne, Ebrodunum (Embrun).
Les Alpes Pennines et Grées comprenaient le Valais et la Savoie orientale avec la Tarantaise.
La Lyonnaise première comprenait les cités de Lugdunum (Lyon), Forum Segusianorum (Feurs), Augustodunum (Autun), c'est-à-dire le pays entre Loire et Saône jusqu'à Alésia au nord, en y joignant la Bresse.
La Lyonnaise deuxième correspondait à la Normandie : les cités
extrêmes étaient Rotomagus (Rouen) et Âbrincatui (Avranches).
La Lyonnaise troisième comprenait au sud de la précédente
les provinces d'Armorique, Anjou, Maine, Touraine, avec les
cités de Cœsarodunum (Tours), Juliomagus (Angers), Nantes, elc.
La Lyonnaise quatrième ou Sénonaise s'étendait entre Loire et Seine sur les cités de Genabum (Orléans), Autricum Carnutum (Charlres), Agedincum (Sens), Augustobona ïricassum (Troyes), Meldi (Meaux), Lutetia Parisiorum (Paris).
La Grande Séquanaise {Maxima Sequanorum) comprenait les deux versants du Jura, s'étendant de la Saône à Toucst, presque jusqu'au Rhin à Test, et au lac de Genève au sr.d; les principales villes étaient Vesontio (Besançon), Aventic::m (Avenches), Augusta Rauracorum (Augst). L'Alsace méridionale en faisait partie.
La Belgique jjremière comprenait essentiellement le bassin de la Moselle, entre les Vosges et l'Argonne, avec TuUum (Toul), Mediomatrici (Metz), Verodunum (Verdun) et Augusta Trevirorum (Trêves).
La Belgique deuanèmeéiSiil limitée à l'est par la Meuse, et une ligne lirée jusqu'à l'Escaut inférieur; elle renfermait les bassins de la Marne, de l'Oise, de la Somme, de l'Escaut, avec Reims, Soissons, Scnlis, Amiens, Beauvais, etc. *.
La Germanie première, réduite à la rive gauche du Rhin, allait d'Argentoratum (Strasbourg) à Mogontiacum (Mayence).
La Germanie deuxième comprenait le bassin inférieur de la Meuse et les bouches du Rhin, avec les cités de Tongres, Colonia Agrippina (Cologne), Noviomagus (Nimègue), Lugdunum Batavorum (Leyde), Trajectum (Utrechl).
La Viennoise, la Lyonnaise première, la Grande Séquanaise, la Belgique première, les deux Germanies, étaient administrées par un consulaire; les autres provinces par un jirésident.
Le diocèse de Bretagne se subdivisait en cinq provinces dont on sait mal la situation : Valenlia, Maxima desariensis,
i. Durocorlorum Remorum, Noviodunum Suessionum, Aiigustomagus Silvanecluin, Samarobriva Ambianoniin, Cœsaromagus Bellovacorum.
REVUE DES PROVINCES DE L'ëMPIRE d>
administrées par des consulaires, Britannia prima, Britannia secunda, Flavia CsBsariensis, administrées par des présidents. On admet que la Valentia était la province cooiprise entre le* murs d'Adrien (de la Tyne au golfe de Solway) et d'Antonin (du Forth à la Clyde), dévastée par les Pietés et les Scots, réorganisée au temps de Yalentinien et de Yalens. On peut présumer que les. quatre autres provinces avaient à peu près les limites suivantes : de la Tyne à THumber; de THumber à la Tamise et à la Severn; de la Tamise à la mer; de la Severn à la men II n'y avait pas dans la Grande-Bretagne de villes aussi importantes que Tétaient en Gaule Arles, Lyon ou Trêves. Cependant on en trouvait un bon nombre : Camelodunum (Colchester), Durovernum (Canterbury), Venta Icenorum (Norwich), Aqu» Solis (Bath), Lindum (Lincoln). Les deux centres les plus^ importants étaient au sud Londinium (Lobdres) et au nord Eboracum (York). Cetje île était enrichie par la culture du blé» qui y prospérait à ce point qu'elle jouait presque au nord le rdle^ de la Sicile au sud. Les Romains n'ont jamais pu assujettir la Calédonie (Ecosse) et ne paraissent pas avoir mis le pied dansk VHibernie (Irlande).
La préfecture du prétoire d'Italie comprenait les diocèses à* Italie, de Rome, dH Afrique.
Le diocèse d'Italie formait quinze provinces, dont sept représentaient l'ancien diocèse de Pannonie et huit celui d'Italie (Italie du nord et Rhétie) :
La Rhétie première comprenait le haute vallée du Rhin, de l'Inn et de l'Adige, avec la ville de Cùria (Coire).
La Rhétie deuxième comprenait le haut bassin du Danube et ceux de ses affluents le Lech et l'Isar, avec les villes d'Augusta Yindelicorum (Augsbourg) et Regina Castra (Ratisbonne).
Le Norique riverain s'étendait le long du Danube, de l'Inn aux portes de Yienne, avec les cités de Juvavum (Salzbourg) et Laureacum (Lorch).
Le Norique méditerranéen ou intérieur comprenait les liautes vallées alpestres de la Salza, de TEnns, de laMuhr,de laDrave, avec les villes de Virunum et Âmona, qui ont disparu. * làdiPannonie première et la Pannonie seconde se partageaient la région qui s'étend au pied des Alpes, jusqu'à la zone riveraine du Danube entre ce fleuve au nord, la Drave au sud. Dans la première était Yindobona (Vienne), dans la seconde Carnuntum (ruinée, à Test de Vienne).
La Valérie riveraine s'allongeait le long du Danube jusqu'à la Save; elle renfermait la ville d'Aquincum (Bude).
La Savie comprenait le bassin de la Save, avec les importantes cités de Siscia (Sisek^ et Sirmium (Mitrovitza).
La Dalmatie comprenait la Dalmatie actuelle, mais s'avançait bien plus profondément dans l'intérieur ; les villes principales étaient Salone et Narona.
La Vénètie et Istrie s'étendait jusqu'à l'Adda avec Aquilée, Vérone, Trente, Bergame.
La Ligurie comprenait la moitié occidentale du bassin du Pô, au nord et au sud du fleuve, avec Milan et Turin.
Les Alpes Coltiennes correspondaient au Piémont occidental, avec Segusio (Suse) et Brigantium (Briançon).
Ia' Emilie était au sud du Pô; le long de la chaussée à laquelle elle avait emprunté son nom, s'échelonnaient Plaisance, Parme, Reggio, Modène, Bologne.
La Flaminie et Picenum annonaire était l'ancien territoire ombrien et gaulois, plus la région du Picenum qui s'étendait au pied de l'Apennin, près de la mer, avec les cités de Ravenne, Ariminum (Rimini), etc.
La Valérie riveraine était administrée par un duc\ la Savie par un correcteur; la Vénétie et Istrie, la Ligurie, l'Emilie, la Flaminie et Picenum, la Pannonie seconde, par un consulaire-, toutes les autres provinces par un président.
Le diocèse de Rome comprenait dix provinces : La Tuscie et Ombrie s'étendait entre l'Apennin, le Tibre et la mer; le chef-lieu était Volsinies (Bolsena).
La Flaminie et Picenum suburbicaire comprenait la zone
montagneuse de ces deux provinces , région de TÂpennin central.
La Valérie en avait été détachée ; elle correspondait à Tancienne Sabine, un peu accrue ; Tibur (Tivoli) et Fidène en faisaient partie.
La Campanie était formée de l'ancienne Gampanie, accrue de presque tout le Latium et de la haute vallée du Vulturne; le chef-lieu était Capoue.
- Le Samnium avait conservé à peu près ses anciennes limites autour de Bovianum (Bojano) ; on en avait détaché au sud le pays des Hirpins donné à la province suivante, mais il avait gagné celui des Frentans, par lequel il touche à TAdriatique.
Ij Apulie et Calabre dépassait les limites de la riche plaine de TAdriatique; à Test, le Bradano la séparait de la Lucanie; au nord-est, elle touchait à la Campanie et comprenait Bénévent.
La Lucanie et Bruttium renfermait les montagnes du sudouest de la péninsule; son chef-lieu était Rhegium (Reggio). • Les iles de Sicile, do Sardaigne et de Corse formaient les trois dernières provinces du diocèse de Rome.
La Valérie, le Samnium, la Sicile, la Sardaigne, la Corse, étaient administrées par un président; TApulie et Calabre, la Lucanie et Bruttium par un correcteur; toutes les autres provinces par un président.
Le diocèse d'Afrique comprenait cinq provinces :
La Byzacène correspondait à peu près à la Tunisie centrale et méridionale, avec Hadrumèle (Sousse), Suffetula, Thelepte, Capsa, etc.
La Numidie correspondait à notre province de Constantine, avec Constantine, Hippone (Bône), etc.
La Mauritanie Sitifienne et la Mauritanie Césanenne étaient ainsi nommées de leurs capitales Sitifis (Sétif) et Cœsarsea (Cherchell).
La Tripolitaine.
Les deux premières provinces étaient administrées par un consulaire, les trois autres par un président.
La province A' Afrique (Tunisie septentrionale), avec Topulentc Carthage, formerait une sixième province; mais elle relevait directement de l'empereur, et non pas du vicariat d'Afrique. Elle était administrée par un |)rocon<w/.
La préfecture du prétoire d'Illyrie comprenait douze provinces :
Ij'Achaie, l'ancienne Grèce, était administrée par un proconsul; les onze autres se répartissaient entre les diocèses de Dacie et de Macédoine.
Le diocèse de Dacie était situé au sud du Danube, ce nom ayant été appliqué à une partie de la Mésie après l'évacuation de la véritable Dacie *, et comprenait cinq provinces :
La Mésie première correspondait à peu près à la Serbie actuelle; elle renfermait la forte place de Singidunum (Belgrade) au confluent de la Save et du Danube, Margus (sur la Morava), Viminacium (Branitchévo).
La Dardanie était au sud de la précédente province, au cœur de la péninsule balkanique, dans la région des sources de la Morava, de la Drina, du Vardar, avec les villes de Pristina (Prischtina), Ulpiana (Lipljan), Scupi (Uskub).
La Prévalitane s'étendait à l'ouest de la Dardanie, jusqu'à l'Adriatique, autour de Scodra (Scutari).
La Dacie méditen^anéenne correspondait au sud-ouest de notre Bulgarie, avec les cités importantes de Naissus (Nissa) et Sardique (Sofia).
La Dacie riveraine était au nord de la précédente, le long du Danube; parmi ses villes était Ratiaria.
La dernière de ces provinces avait à sa tête un rfwc, Tavanldernière un consulaire^ les autres un président,
i, Transylvanie, Moldavie, Valachic, Bessarabie, Bukovine« Hongrie orienlalc : c'est le pays occupé aujourd'hui par la race roumaine^ qui descend en partie des anciens colons de Trajan et qui parle une langue en majeure partie dérivée du latin.
Le diocèse de Macédoine était formé de six provinces :
La Macédoine proprement dite comprenait la moitié méridionale de l'ancien royaume d'Alexandre, avec Thessalonique (Salonique), Philippes.
La Macédoine salutaire en avait été détachée au nord.
La Thessalie, VEpire nouveau ou septentrional, YEpire ancien ou méridional. Les villes principales de ces trois provinces étaient respectivement Larisse, Dyrrachium (Durazzo), Nicopolis (Prévésa).
La Crète,
La Macédoine propre et la Crète étaient administrées par un consulaire, les autres par un président.
La préfecture du prétoire d'Orient était la plus vaste et la plus riche de l'Empire ; elle était subdivisée en cinq diocèses : Thrace, Asie^ Pont, Orient, Egypte. De plus, le proconsulat à'AsiCy l'ancienne lonie, relevait directement de l'empereur et on y rattachait les provinces des Iles (Cyclades, Lesbos, Chios, Samos, Rhodes), administrée par un président, et à'Hellespont, administrée par un consulaire.
Le diocèse de Thrace comprenait six provinces :
La Mésie deuxième, entre le Danube et les Balkans (Bulgarie orientale), avec Nicopolis (Nikopoli) etMarcianopolis(Péréïaslaf).
La Scythie, à peu près représentée par la Dobroudja.
La Thrace répondait au bassin supérieur de la Maritza; sa ville centrale était Philippopolis.
h'Hœmimont se trouvait à l'est, vers la mer Noire ; son cheflieu était Hadrianopolis (Andrinople).
La province du Rhodope s'étendait autour de la montagne de ce nom jusqu'à la mer Egée.
\j Europe comprenait les environs de Gonstantinople, la rive européenne de l'Hellespont.
La Thrace et l'Europe obéissaient à un consulaire, les autres à un président.
Le diocèse d'Asie comprenait huit provinces, situées àTouest et au sud-ouest de TAsie Mineure :
La Lydie et la Pamphylie avaient des gouverneurs consulaires; la Carie, la Lycie, la Pisidie, la Lycaonie^ la Phrygie pacifiée ou occidentale, la Phrygie salutaire ou orientale obéissaient à des présidents.
Le diocèse de Pont comprenait onze provinces : La Bithynie (avec Nicomédie et Kicée) et la Galatie proprement dite étaient administrées par des consulaires ; la Paphlagonie par un correcteur; les autres par des présidents. C'étaient : VHonoriade, formée entre la Bithynie et la Paphlagonie, avec six cités enlevées à ces provinces; ÏHélénopont, moitié occidentale du Pont, avec Sinopc et Amasia; le Pont Polémoniaque ou oriental, avec Trapezus (Trébizonde) ; la Galatie salutaire; la Cappadoce première ou septentrionale, avec Césarée (Kaisarieh); la Cappadoce seconde ou méridionale, avec Tyane (Kara-Hissar) ; Y Arménie première, avec Sébasle (Sivas); YArménie seconde, au sud, avec Mélilènc (Malatia). Ces deux Arménies étaient séparées par TEuphrale de la Grande Arménie, pays vassal, non organisé en province.
Le diocèse d'Orient est l'ancienne Syrie, accrue de la Cilicie, des pays du moyen Euphrate et de la Palestine. Nous y trouvons quinze provinces :
Ijlsaurie.
La Cilicie première ou occidentale, avec Tarse.
La Cilicie seconde.
La province de YEuphrate (Augusta Euphratensis) était située à droite de ce fleuve; elle comprenait l'ancienne Commagène avec Hiérapolis.
Dans la boucle de TEuplirale était YOsroene, avec Carrhes, Edesse, etc.
Plus à Test, la Mésopotamie, avec Nisibis.
Au nord, la Sophène, formant une satrapie qui n'avait pas rang de province.
La Syrie première renfermait la grande ville d'Antioche.
A Test, la Syrie seconde, avec Apamée (Famieh).
La Phénicie,
L'île de Chypre renfermait d*opulentes cités commerciales.
La Phénicie du Liban comprenait les cités de l'intérieur, Damas, Emèse, Palmyre.
La Palestine première renfermait Césarée et Jérusalem.
La Palestine seconde s'appelait encore Palestine salutaire ou Arabie du Liban; elle comprenait la région à l'est du Jourdain, avec la ville (depuis ruinée) de Bostra.
\j Arabie s'étendait plus au sud; elle avait pour capitale Petra.
L'Isaurie était administrée par un comte militaire, l'Arabie par un duc\ la Bithynie, la Galatie propre, la Cilicie première, la Syrie première, la Phénicie, la Palestine première, par un consulaire; les autres provinces par nu président.
Le diocèse d'Egypte avait à sa tète un préfet (prœfeclus augustalis), conformément à la tradition romaine impériale. De ses six provinces, l'Augustamnique avait à sa tète un correcteury les autres des présidents.
1j Egypte proprement dite représentait la partie occidentale de la Basse Egypte et du Delta, avec Alexandrie. IjAugustamnique formait la moitié occidentale avec Péluse. IjArcadie correspondait à la Moyenne Egypte, avec Memphis, Arsinoé; la Thébaïde à la Haute Egypte, depuis Hermopolis jusqu'à Philae. La Libye supérieure était l'ancienne Cyrénaïque. La Libye inférieure était la province comprise entre celle-ci et l'Egypte, avec la ville de Parœtonium et l'oasis d'Ammon.
BIBLIOGRAPHIE
Docmneiite. — L*Empire romain aux iv* et v« siècles nous est surtout connu par des documents officiels : le Codex Theodosianus (éd. Haenel, 1842, 4® édit. 1882) est un recueil des lois, des décrets et des lettres officielles des Empereurs jusqu*â v° siècle; — la NotHia dignitatum (et odmtnistrationum Orientis et Occidentis) est une sorte d'almanach de TEmpire qui donne les titres de tous les hauts fonctionnaires impériaux au commencement du v« siècle (éditée par Boecking, 2 vol., 1839-53; rééd. par Seeok, 1877).
Ammien Marcellin (A^'i/m gestarum /i6W///),rhislorien le plus détaillé, le plus intelligent et le plus impartial du iv° siècle, fournit des traits caractéristiques sur rétat de la société.
Les écrivains ecclésiastiques sont réunis dans la collection de Tabbé Migne, sous le titre de Patrologie. 221 vol., 1844-57.
Uvre»* — - On trouvera une bibliographie dans : P. VioUet, Histoire des institutions politiqttes de la France^ t. I, 1890.
Wlllems, le Droit public romain, 4<' éd., 1888, donnç un tableau complet de Torganisatiou sociale et politique de TEmpire au point de vue juridique. — E. Herzog, Geschichte und System der rômischen Slaatsveffassung, 2 v., 1887-91, est louvrage le plus récent sur la constitution de l'Blmpire. — Fustel de Coulanges, Histoire des institutions politiques de V ancienne France, 2" édit., t. I, 1887, expose et discute avec une extrême précision les caractères du régime romain en Gaule. Dans les Recherches sur quelques problèmes d'histoires, 1885, du mémo auteur se trouve une excellente étude sur le colonat.
On peut consulter pour certaines questions spéciales les ouvrages suivants : Guiraudy les Assemblées provinciales de fEmpire romain, 1887; — René Gagnât, De municipalibus et provincialibus militiis in imperio romane, 1880; — Beurlier, Essai sur le culte des empereurs romains, 1870; — E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, 1876-85; — Jullian, la Transformation politique de lltalie sous les empcrcui^ romains, 1883; — Wallon, Htôtoire de V esclavage dans l'antiquité-, — H. Lemonnier, Condition privée des affranchis, 1887; — Am. Thierry, Récits de l'histoire romaine au v« siècle, quatre séries.
Guizot, Histoire de la civilisation en France, Rambaud, Histoire de la civilisation française, t. I, 1888, donnent un tableau do Torganisation romaine en Gaule.
L'histoire du iv« siècle est racontée dans Duray, Histoire des Romains, t. Vlïl; — Herm. Schiller, Geschichte der rômischen Kaiscrzcit, t. if, 1887; — H. Richter, Das wcstrœmische Reich unter den Kaiscrn Gratian und Valeniinian, 1804.
Pour rUistoire des derniers temps du paganisme : Beugnot, la Destruction du paganisme, 2 v., 1830, ouvrage esUmablc en son temps, aujourd'hui arriéré; — G. Boissier, la Fin du paganiame, 1890, d'une lecture intéressante et agréable; — V, Schultze, Geschichte der Untergangs des gricchischrômischen Heidcnthwns, 1892; ou peut consulter aussi Aube, les Chrétiens dans VEmpiie romain ; — De Broglie, VÉglisj et VEmpire romain au iv« siéc/e?, 1856-1859.
Martigny, Dictionnaire des antifiuités chrétiennes, 1877, donne les renseignements sur Torganisalion de l Église.