Peut-être de leuien^ les gens : les gens du roi
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dignités. Chilpéric fut bientôt mis à la raison et le partage exécuté. La mort de Charibert, le roi de Paris et d'Aquitaine, amène un nouveau partage (567), Charibert ne laissant pas iFenfants *. Paris est indivis entre les trois frères : aucun n'y peut entrer sans la permission des deux autres. Singulier enchevêtrement dont la guerre devait sortir à coup sûr. Elle ne pouvait être évitée entre des frères acharnés les uns contre les autres par cupidité et parmi lesquels se trouvait cet étrange et sinistre personnage, Chilpéric.
De l'histoire de ces partages il faut retenir ceci : on voit se former trois royaumes : Burgondie^ Neustrie, Austrasie. L'ancien royaume de Syagrius, flanqué du pays salien au nord, de TArmoriquc au sud^ et qui avait été coupé en deux aux partages de 511 et de 561, formera la Neustrie. Il est vrai que depuis Clotaire II la Burgondie n'aura plus de roi particulier, mais elle aura sa mairie du palais, et son union avec la Neustrie sera une union personnelle, pour ainsi dire. Au contraire, V Aquitaine qui, dans les deux partages de 511 et de 561, a formé la partie principale d'un des quatre royaumes, devient un terrain à partage, dépendant des autres. Il est impossible que cela soit un effet du hasard. La Boui^ogne, le pays des Saliens, celui des Ripuaires et de l'Est, étaient devenus des individualités historiques caractérisées; le reste, non. Quatre cents ans de domination romaine y avaient effacé tout caractère national politique. Les premiers ont un droit particulier, national : salien, ripuaire, burgonde; plus la force. Ces distinctions dans le droit civil et criminel persisteront. A ces individualités qui vivent, la population romaine n'avait à opposer que ce caractère commun de la soumission à un homme. L'extirpation du droit primitif a tué dans toutes les parties de l'Empire la vie indépendante. Ce n'est pas tout que d'avoir rédigé un code de la raison écrite, nuancé toutes les finesses du droit civil, s'être
1. La Provence est partagée entre Sigebert et Contran : au premier, Avignon; au second, Arles; Marseille est indivise. L'Aquitaine est partagée entre les trois frères : Sigebert a l'Arvernie, le Vélay, le Gévaudan, le Rouerguc, TAlbigeois, le Poitou, la Touraine ; Chilpéric a le Berri (semble-t-il), le Limousin, le Quercy, Bordeaux; Contran, le pays entre Rhône et Lbire, le Vivarais, et, à l'ouest, Agen, Saintes, Angouléme, Péri gueux.
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inspiré du droit naturel et de la justice primordiale. Terrible a été rinfluence romaine sur les pays où la domination de Rome a longtemps pesé, qui sont précisément ceux où elle s'est réveillée pour produire la Renaissance et les théories du despotisme. Les provinciaux romains sont un grand troupeau; ils n*ont pas la môme langue, les mômes mœurs, le même droit que les Germains. Ils restent à part : le Romain qui obéit à rOstrogoth, celui qui obéit au Wisigoth ou au Franc, c'est tout un. Théodoric a le même gouvernement pour les Romains de Provence cl pour ceux de Naples; les Wisigoths ne distinguent pas entre le Romain en deçà ou au delà des Pyrénées, entre le Gallo-Romain et THispano-Romain.
Tout cela était compris dans une unité que cela n'a pu défendre. Mais tout cela ne fait pas aux Barbares une opposition nationale. Tout cela n a pas senti le mal dont on mourait. Une seule cause d'énergie, la foi. Mais quand il se trouva un Barbare qui eut la même foi, qui rencontra des complicités utiles dans ses luttes contre les autres barbares, il fallut subir le maître et alors tout espoir de former un État gallo-romain indépendant fut perdu. On entra dans un cadre germanique comme on était entré dans le cadre romain; on obéit comme avant. Seulement le cadre se brisa en morceaux parce que l'uniformité n'était pas chez les Germains. Il y eut le groupe salien qui s'annexa le royaume de Syagrius et l'Armorique où se produisit certainement une immigration franque ; le groupe ripuaire et germanique; le groupe burgonde, car les Biirgondes sont restés. Au contraire, d'Aquitaine les Wisigoths sont partis; les Francs y sont venus en petit nombre. L'Aquitaine fut une terre à partages, à expéditions de pillage, jusqu'au jour où l'anarchie franque lui donna une occasion d'acquérir une indépendance transitoire.
Guerres étrangères. — Les guerres au dehors continuèrent, mais aussi des invasions commencèrent. Sigebert, le roi de l'Est, gardien de la frontière, eut afTaire aux Avars qui venaient des plaines du Pont-Euxin; la première fois, il les repoussa; la seconde, il fut battu, pris et obligé d'acheter leur retraite par des présents. De 569 à 575, le royaume des Burgondes essuya
cinq invasions lombardes et saxonnes. Les Lombards étaient en Italie depuis 568. En 569, des troupes de ces Barbares apparaissent; on leur fait un grand nombre de prisonniers. En 570 ou 511, le patrice burgonde Amatus essuie un désastre; ses pertes sont énormes; les Lombards retournent en Italie chargés de butin. En 572, le patrice Mummolus défait les Lombards dans une bataille où combattent les évoques de Gap et d'Embrun, Salone et Sagittaire. L'année ne s'est pas écoulée que les Saxons arrivent : ils étaient venus en Italie comme auxiliaires des Lombards. Mummolus en massacre des milliers près d'Estoublon en Provence; ils achètent la paix et rentrent en Italie. Puis, les Lombards ne voulant pas les y laisser vivre à part {froprio juré), ils reviennent avec leurs femmes et leurs enfants et obtiennent de Sigebert qu'il les réintègre dans leur patrie. En 574, les Lombards envahissent le Valais; on les extermine près de Bex. En 575, a lieu la plus redoutable de ces invasions. Trois armées sont détruites par Mummolus. On voit que les Burgondes, dirigés d'ailleurs par dos Gallo-Romains, ont fait une énergique résistance.
Les Francs prennent alors l'ofFensive; ils interviennent en Italie où les appellent contre les Lombards le pape et l'empereur. L'empereur leur donne de l'argent; deux fois, les Austrasicns descendent en Italie. Ils paraissent avoir encore une fois volé l'argent impérial en s'arrangeant avec les Lombards (584- 585). En 588, nouvelle expédition : Tarmée est détruite. En 589, on fait la paix avec les Lombards. En 590, on revient à la charge, avec succès, mais pour traiter de nouveau. Ici encore les Francs ont combattu comme alliés de l'empereur et du pape; Childebert l'affirme en 588; ce qui n'empêche pas ses troupes de brûler les églises. Néanmoins le pape a les yeux tournés vers les Francs *.
Guerres civiles : Chllpérlc ; Frédégonde et Brunehaut. — Il nous faut maintenant parler de ces guerres civiles où se sont brisées les forces des Francs de l'Ouest et où la royauté mérovingienne a sombré.
i. Voir ci-dessous, fîn du chapitre v.
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On a vu les débuts de Chilpéric; il est resté tel qu'il s'est montré le premier jour. En 562, pendant que Sigebert est occupé avec les Avars, il envahit son royaume ; quand Sigebert en a fini avec ces Barbares, il a vite fait d'enlever à son frère Soissons, sa capitale, qu'il lui rend généreusement. Il y eut alors quelques années de paix, et les deux frères cherchèrent femme dans la même famille. Grégoire dit que Sigebert' avait honte des indignes alliances de ses frères, qui épousaient des filles de leurs ser\'iteurs et les remplaçaient sans scrupule dès qu'ils en étaient las. Sigebert voulut épouser une fille de roi et demanda au roi des Wisigoths Athanagild sa fille Brunehaut. C'était une charmeuse qui arrivait du Midi et qui devait susciter des dévouements et des haines passionnés. Le mariage fut célébré en grande pompe. Chilpéric se piqua d'amour^ropre et demanda Galswinthe, la sœur de Brunehaut. Mais il ne tarda pas à la sacrifier à une de ses concubines, Frédégonde, qui la fit étrangler. Brunehaut entreprit de venger sa sœur; la lutte commence entre Tesclave franque et la fille du roi des Wisigoths, lutte dramatique qui a laissé un souvenir profond. Nous ne savons rien sur la première guerre (567). La série des grandes discordes civiles commence en 573. Clovis, fils de Chilpéric, attaque Tours et Poitiers qui étaient à Sigebert; Mummolus, général de Contran, allié de"' Sigebert, l'en chasse. II est question de la résistance des gens de Poitiers : tout le monde en Gaule était armé. En 576, un autre fils de Chilpéric, Théodbert, recommence l'attaque et fait d'atroces ravages. Sigebert alors met en mouvement les tribus transrhénanes; la terreur se répand dans la Gaule. Gontran passe du côté de Chilpéric, puis revient à Sigebert et change encore deux ou trois fois de parti. Chilpéric demande la paix, l'obtient, et, de suite, la viole. Sigebert ramène ses Barbares qui dévastent tout. Il est partout vainqueur et se promène à travers la Neustrie. Il songe à y établir ses Germains. Les Francs de Chilpéric, qui était bloqué dans Tournai, offrent à Sigebert de le reconnaître pour roi ; il accepte. A Vitry (entre Douai et Cambrai) on l'élève sur le pavois. A cet instant, deux émissaires de Frédégonde le poignardent.
Frédégonde avait sauvé son mari. Brunehaut était à Paris
avec son fils âgé de cinq ans. Le royaume d'Austrasie semblait acquis à Chilpéric; mais déjà les royaumes ne sacqueraient plus si aisément. Il y avait, en Austrasie au moins, une aristocratie qui entendait se gouverner elle-même. A la nouvelle de la mort de Sigebert, Gondovald, un chef austrasien, enleva de Paris Childebert, fils de Sigebert, et le fit proclamer roi par les sujets de son père.
Brunehaut avait été reléguée à Rouen. C'est là que vint la trouver Mérovée, un des fils de Chilpéric que celui-ci avait envoyé à Poitiers avec une armée. Mérovée épousa Brunehaut, pour son plus grand malheur et celui de levèque de Rouen, Prétextât, qui avait béni cette union. Lies nouveaux époux se réfugièrent dans la basilique de Saint-Marlin à Tours. Chilpéric nosa violer lasile; il les en fit sortir, après avoir juré de respecter leur union^ et se contenta de les séparer. Frédégonde, ayant perdu ses premiers-nés, fit tuer les autres fils de Chilpéric, Mérovée et Clovis. Elle fit tuer aussi Tévèque Prétextât. Deux guerres successives eurent lieu entre Chilpiéric et Contran (582 et 583). La seconde fois, Chilpéric eut le dessous ; mais les chefs de laristocratie ecclésiastique et laïque intervinrent et on s'en remit à leur décision. Chilpéric venait de rentrer à Paris quand il apprit que Contran et Childebert s'alliaient contre lui. Un fils venait de lui naître; il ordonna de rélever secrètement. Il se mettait en défense contre son frère et son neveu quand il fut assassiné (584).
Vers cette époque survint un singulier épisode. Condovald, un aventurier qui était probablement un fils naturel de Clotaire non reconnu par lui, avait séjourné en Italie et à Constantinople. Il fut poussé par Contran Boson, un des plus grands leudes de TAustrasie, et par Mummolus, le grand patrice de Burgondie, à venir en Caule revendiquer un royaume. Après avoii' échoué une première fois (582), Condovald parut sur le point de réussir après la mort de Chilpéric. Il fut 1res bien accueilli dans la Caule méridionale, fait roi à Brive-la-Gaillarde, et les cités aquitaines ne lui furent pas défavorables jusqu'au jour où, sérieusement poursuivi par une armée de Contran, il fut abandonné de tous et périt (585). ^
Frédégonde, devenue veuve, avait député vers Gontran pour l'inviter à venir protéger son neveu ègé de quatre mois. Gontran prit au sérieux son rôle de tuteur du petit Clotaire II, qu'il défendit contre Childebert et ses grands. Il refusa de leur livrer Frédégonde, que Brunehaut évidemment faisait réclamer. Il y eut même des hostilités entre la Burgondie et TAustrasie, jusqu'à ce que, menacés tous deux par Gondovald, Childebert et Gontran se fussent reconciliés. Celte démarche fut suivie de quelques années de paix. Gontran n'était que le tuteur nominal de Clotaire^ II; ce sont les grands qui sont les maîtres en Neustrie comme en Austrasie. Frédégonde n'est plus rien; elle est reléguée à Rueil, près de Rouen. Ces quelques années de paix furent remplies par les entreprises en Italie et des expéditions de Gontran contre les Wisigotlis de Septimanie. Les Bretons et les Basques ou Gascons ravagent les territoires francs.
En Austrasie Brunehaut reparaît ; à la mort de Wandelinus, qui avait été le tuteur de son fils, elle voulut reprendre cette tutelle. Brunehaut a l'instinct, peut-être môme l'intelligenee du gouvernement. Elle est la plus redoutable ennemie des grands. Contre elle se coalisent ceux de Neustrie et d'Austrasie. Ils complotent de tuer Childebert et de régner sous le nom de ses fils. Gontran avertit Childebert du complot. Tous deux eurent une entrevue sur leur frontière à Andelot, près de Chaumont (587), pour régler leurs différends.
En 593 meurt le roi Gontran. Childebert, fils de Brunehaut, lui succède en Bourgogne; le voilà très puissant prince. En 596 il meurt. Ses fils mineurs, Théodbert II (596-612) et Thierry II (596-613), régnèrent le premier en Austrasie (capitale Metz), le second en Burgondie (capitale Orléans). Us ont pour tutrice Brunehaut. La guerre civile recommence. Frédégonde et Clotaire II attaquent les deux mineurs; Clotaire II est vainqueur à Latofao (Lafaux, entre Laon et Soissons). L'année suivante, Frédégonde meurt (597). Brunehaut est puissante alors; elle commande en Austrasie et en Bourgogne. Nous ne savons pas le détail de la lutte qu'elle a entreprise contre les grands. En 599, elle fit périr le duc Winlrio; Tannée suivante, elle fut
chassée d'Austrasie et se réfugia en Bourgogne. Ses fils, probablement à son instigation, attaquent Clotaire II, qui, battu à Dormelles, dut céder à ses deux cousins la plus grande partie de son royaume. Théodbert II prend le pays entre Oise et Seine jusqu'à rOcéan ; Thierry II, le pays entre Seine et Loire jusqu'à la frontière bretonne. En 602, on impose un duc aux Gascons. Brunehaut est maîtresse en Gaule et considérée comme telle à l'étranger; la correspondance du pape Grégoire le Grand est significative à cet égard *. Brunehaut continue sa lutte contre l'aristocratie, fait périr ses adversaires, s'attaque même à l'aristocratie ecclésiastique, déposant, faisant lapider un évêque. Elle maintient le fils de Frédégonde dans son humiliation (victaîrc d'Estampes, 604). Thierry, qui a donné asile à sa grand'imère, est naturellement le préféré; Théodbert échappe plus à\son influence. Elle décide Thierry à l'attaquer; mais les leudes de celui-ci exigent la paix et tuent le maire du palais Protadius, auxiliaire de Brunehaut. Elle le vengea; mais la haine contre elle croissait sans cesse. En 610, Théodbert attaque à son tour son frère Thierry et le force à lui céder l'Alsace. Thierry s'allie alors à Clotaire II (611); il bat son frère à Toul, puis à Tolbiac, où se fait un effroyable carnage, le poursuit au delà du Rhin. On lui amène à Cologne Théodbert enchaîné. Le jeune fils du vaincu est broyé contre une pierre; le père est tondu, puis mis à mort (612). Brunehaut ne put achever sa victoire; une maladie emporta Thierry (613).
Brunehaut voulut faire roi son arrière-petit-fils Sigebert, fils aîné de Thierry II; mais une conspiration générale se forma contre elle. Arnulf et Pépin, leudes d'Auslrasie, appellent Clotaire. Quand Sigebert et Clotaire se rencontrent sur l'Aisne, l'armée de Sigebert fait défection; trois fils de Thierry sont pris; deux égorgés, dont Sigebert; Clotaire sauve le troisième qu'il a tenu sur les fonts baptismaux; un quatrième s'enfuit. Clotaire se fait amener Brunehaut sur les bords de la Yingeanne où il campait; la vieille reine est attachée par les cheveux, un bras et un pied à la queue d'un cheval indompté, qui la met en pièces (613).