‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos joursChapitre 36 sur 180 · Voir, ci-dessous, le chapilre v · texte numérisé non relu

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nisme. Ils définissent les dogmes, jugent les débats. L'Eglise, du reste, les y encourage : c'est ainsi que, au synode de Constantinople, en 448, les évoques accueillent Théodose II, par cette acclamation : « Longue vie à l'empereur grand prêtre ! 9 De là de nouvelles causes de troubles : on a vu plus haut comment la politique religieuse de Zenon et d'Anastase avait déchaîné la guerre civile. Les querelles théologiques devenaient promplement des querelles politiques, et le pouvoir impérial, en prétendant gouverner l'Eglise, s'exposait luimême aux plus terribles révoltes.

Le peuple des villes. — La populace qui remplit les grandes villes favorise cet état d'agitation constante. Désormais, attendant du gouvernement sa nourriture, les désordres, les émeutes sont une distraction pour elle. Que les arrivages de blé tardent, comme en 407, elle se soulève, incendie le palais du préfet du prétoire. En 431, les vivres manquant, l'empereur lui-même est assailli à coups de pierres. Elle saisit avec empressement toutes les occasions de troubles que lui fournissent les querelles religieuses. Lors de l'exil de saint Jean Chrysostome, l'émeute a pour conséquence la ruine de la grande église de Sainte-Sophie (404). Avant tout, la foule se passionne pour les jeux du cirque, y passe les journées et les nuits, et trouve matière à des séditions dans les rivalités des factions de cochers. On s'y bat, on s'y massacre. Le cirque a remplacé le forum : c'est là qu'on affiche les édits. Il en est à Alexandrie comme à Constantinople : Priscus y vit le peuple se rassembler au cirque et se soulever en réclamant ses distributions de blé, ses bains, ses théâtres. Le patriarche de cette ville, Cyrille, s'appuie sur celle lie quand il veut chasser les Juifs de la ville malgré le préfet du prétoire. Il appelle à la rescousse cinq cents moines de Nilrie; le préfet, poursuivi à travers les rues, est blessé; la célèbre philosophe païenne, Ilypatie, l'honneur de l'école d'Alexandrie à son déclin, est massacrée, son corps mis en lambeaux (414-415). Ainsi, dans les grandes cités, centre de l'autorité, fermente sans cesse l'esprit de désordre et d'insurrection.

///. — Les empereurs de la maison justinienne

(5i8-6io).

Justin et Justinien : la nouvelle politique impériale.

— Après la mort d^Anastase, les destinées et la politique de TEmpire changent d'aspect. Son successeur est un paysan d'IUyrie, de race slave. Venu à Constantinople en 498, il s'est ennMé dans la garde impériale, il a échangé son nom harbare contre le nom latin de Justin; soldat de fortune, il avance grâce à son esprit pratique et à son caractère énergique. Lorsque l'armée et le peuple le proclamèrent empereur, il était comte des gardes et sénateur. On le vit aussitôt rompre avec les manies théologiques et s'efforcer de ramener le calme en maintenant l'orthodoxie. Tandis qu'il se rapprochait du pape Hormisdas, il déclarait par un édit que ceux qui n'accepteraient pas les doctrines du concile de Chalcédoine seraient exclus de TEglise, des charges publiques et de l'armée, et il ruinait les espérances des monophysites, ménagés, protégés même sous les règnes précédents. Bientôt après, en ordonnant la fermeture des églises ariennes, il ébranle la domination de Théodoric en Italie.

Justin mourut le 1" août 527. Il avait, quelques mois auparavant (1'*^ avril), adopté son neveu Justinien, âgé de trente-cinq ans et associé, depuis plusieurs années déjà, au gouvernement. Ce Barbare, dont on connaît le nom slave, Oupravda ', assoupli par l'éducation grecque, rusé, ambitieux, s'était emparé de l'esprit grossier de Justin. Devenu empereur, il allait poursuivre avec ténacité une politique qui ne manquait point de grandeur. Etranger par son origine à l'hellénisme, il ne voulut point s'y rallier exclusivement et rêva la reconstitution de l'Empire romain. Il tourna vers ce but toutes ses forces et put

1. Oupravda emporte ëgalemenl le sens de droit et de justice qui se retrouvé dans Juslinianus, le nom latin de cet empereur législateur. Les noms de son père et de sa mère, Istok et Véglénilsa (transformé en Vigilantia), sont également des noms slaves.

croire quelque temps qu'il avait réussi à l'atteindre. Plus tard, il est vrai, on s'aperçut que le succès était éphémère; l'ancien Empire ne pouvait être relevé. C'était bien assez pour l'empire d'Orient de défendre son existence et ses frontières menacées, sans chercher à s'étendre. Sous l'éclat trompeur de l'œuvre de Justinien, il est facile de saisir l'action des causes qui en précipitent la décadence. Le singulier mélange de grandeur et de faiblesse qui caractérise le règne se retrouve dans les ouvrages de l'écrivain qui en a fait l'histoire. Secrétaire de Bélisaire, Procope, dans ses ouvrages officiels, a prôné les conquêtes et les guerres entreprises par l'empereur ; il a énuméré les forteresses, les travaux d'utilité publique, les monuments dont il a couvert l'Empire; mais, en même temps, il a composé dans l'ombre le virulent pamphlet où sont ignominieusement flétris tous ceux dont il avait été l'historiographe et le panégyriste.

Les portraits que les contemporains ont tracés du caractère de Justinien offrent des contrastes qui devaient en réalité s'y rencontrer. Dans son âme mal équilibrée, aux grandes pensées s'unissaient des sentiments mesjc{uins, à une idée exagérée de la puissance impériale un esprit souvent faible et incertain. Avide de gloire et de conquêtes, il se défiait cependant des généraux auxquels il les devait, entravait leurs entreprises et souffrait impatiemment leurs victoires. Despote et jaloux de son pouvoir, il cédait aux influences de son entourage. Les difficultés imprévues abattaient soudainement son orgueil, et on le vit prêt à fuir devant l'émeute. Peu capable d'exercer avec mesure et avec tact l'autorité impériale, il aimait à s'occuper des moindres détails et à y dépenser sans utilité son activité inquiète.

Sur cette nature ainsi mêlée de bien et de mal s'exerçaient des influences souvent perverses.. Peu de personnages historiques sont aussi difficiles à juger que l'impératrice Théodora. Est-elle née dans la lie de la populace du cirque, y a-t-elle traîné dans les plus infâmes débauches avant de devenir la femme de Justinien? Contre les accusations de Procope, on a pu invoquer tantôt le silence, tantôt le témoignage d'autres écrivains. Comme impératrice, Théodora sut montrer parfois une fière

énergie. Au début du règne, lorsque les adversaires de Justinien essayèrent de proclamer Hypatius, neveu d'Anastase, soulevèrent les factions du cirque et déchaînèrent la terrible sédition MA:« (532), tout le monde tremblait au palais, et l'empereur se préparait à fuir sur un vaisseau. Ce futThéodora qui arrêta la déroute : « Fuyez, dit-elle, pour moi, je m'en tiens à cette parole du poète : le trône est le plus beau tombeau pour un roi », Habile, intelligente, mais despotique et dépour\'ue de sens moral, elle troubla l'Empire, protégeant les personnages les plus vils, s'ils savaient gagner sa faveur par une basse obéissance, poursuivant sans pitié les généraux et les fonctionnaires les meilleurs, s'ils ne pliaient pas à ses caprices. Elle voulut gouverner l'Eglise comme l'Etat, et fut l'inspiratrice de quelques-unes des plus mauvaises mesures du règne.

Les guerres de conquête : en Afrique, en Italie, en Espagne. — Justinien s'imposa pour tâche principale d'enlever aux Germains les provinces de l'ancien Empire où ils s'étaient établis. Ces guerres politiques eurent en même temps un caractère religieux : il chercha à s'allier aux Francs, qui étaient catholiques, mais il combattit les Vandales, les Ostrogoths et les Wisigoths, qui étaient ariens; ses expéditions furent comme des croisades destinées à arracher aux hérétiques des contrées où l'ancienne population était fidèle au symbole de Nicée.

Hilderic, devenu roi des Vandales en 523, avait mis un terme aux persécutions. Il avait favorisé les catholiques et s'était rapproché de Gonstantinople. Les Vandales le chassèrent, l'accusant de vouloir rétablir en Afrique la domination romaine (531). Gélimer, qu'ils élurent, représentait le parti arien et vandale, opposé à la politique de tolérance et de conciliation. Ce fut pour Justinien l'occasion d'intervenir. La plupart de ses conseillers l'en dissuadaient; un évêque le décida : « Ecoutez ma vision! s'écria-t-il. Empereur, le ciel veut que vous n'abandonniez pas votre sainte entreprise pour la délivrance de l'Eglise d'Afrique. Le Dieu des batailles marchera devant vos drapeaux et il dispersera vos ennemis, qui sont ceux de son fils. » Le grand général du règne, Bélisaire, qui venait de sauver Jushistoire GiNiRALC. I. i2

tinien en noyant dans le sang la sédition Nika, fut chargé de l'expédition (juin 533). Au mois de septembre, l'armée débarquait près du promontoire de Capulvada, et, après le combat de Decimum, entrait à Carthage, le 15 septembre. Les populations catholiques accueillaient avec joie Bélisaire qui se présentait comme leur libérateur, rendant aux églises leurs privilèges et leurs biens, proscrivant l'arianisme et le donatisme. Bientôt après, Gélimer, de nouveau vaincu, forcé de fuir en Numidie, était bloqué sur le mont Papua et se décidait à se rendre *. Il fut conduit à Constantinople, il figura dans le cortège triomphal de Bélisaire, puis reçut un domaine en Galatie. Le royaume vandale, jadis si redoutable aux deux empires d'Orient et d'Occident, s'était effondré en quelques mois.

La lutte fut plus longue avec les Ostrogoths. L'Italie avait été heureuse sous le gouvernement de Théodoric; elle avait retrouvé le calme et une prospérité depuis longtemps disparue. Les catholiques ne pouvaient se plaindre : Théodoric cherchait à prévenir tout ce qui menaçait d'exciter les passions religieuses et, jusque vers 523, les diîisentiments avaient été peu graves. A cette date, Justin promulgua un édit ordonnant que les églises des ariens, nombreux encore et puissants à Constantinople, fussent rendues au culte catholique. Bien que l'Italie ne fût pas nommée, Théodoric se sentit menacé. Le parti catholique italien se détournait de lui : il céda à la colère, fit exécuter des sénateurs accusés de correspondre avec Constantinople '. Une ambassade, dont le pape Jean P' faisait partie, avait été envoyée à Constantinople (526) pour le retrait des mesures contre les ariens. Justin affecta de combler le pape d'honneurs, mais, sur la question arienne, où le pape ne devait défendre qu'à contre-cœur les intérêts de Théodoric, il ne fit que des concessions partielles. Quand Jean P' revint à Ravenne, Théodoric furieux le fît jeter en prison avec les sénateurs qui l'avaient accompagné; il y mourut (mai 526), on le considéra comme un martyr. Ainsi, grâce à la politique impériale, les Ostrogoths avaient contre eux l'Eglise catho-

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