Ormuzd et Ahrimaa
2, Ou Kesra.
482 L*EMPIRË ROMAIN D*ORfENT
la dépendance de Justinien, mais en obligeant Tempereur au paiement annuel de 30 000 pièces d'or. Contre TEmpire Khosroès sut aussi exploiter les divisions du christianisme : il se fit le protecteur des Eglises nestoriennes, nombreuses en Perse,- et qui propageaient leurs doctrines jusque dans llnde et la Chine. En Europe, la situation était plus grave encore. Pendant tout le règne, tandis que Bélisaire et Narsès remportaient des victoires en Afrique et en Italie, les provinces les plus voisines de Constanlinople étaient ravagées, souvent sans résistance, par tous les peuples barbares qui se pressaient sur le Danube. En 534, les Slaves et les Bulgares * pénètrent dans TEmpire après avoir tué Chilbud ', habile général, qui, pendant plusieurs années, avait défendu le passage du Danube. En 538, les Bulgares pillent la petite Scythie, la Mésie et battent les troupes envoyées contre eux. En 539-540, les Huns mettent tout à feu et à sang, depuis l'Adriatique jusqu'aux environs de Constantinople ; ils s'en retournent avec un riche butin et 120 000 prisonniers. Quelques-unes de leurs bandes passent l'Hcllespont et ravagent les côtes d'Asie; d'autres dévastent la Grèce jusqu'à Corinthe. En 547, les Slaves ravagent l'IUyrie jusqu'à Dyrrachium. L'épouvante était telle que les habitants abandonnaient les places fortes pour gagner les montagnes et les forêts, et que les commandants des troupes envoyées contre les Barbares les suivaient sans oser en approcher. En 549, dans une nouvelle invasion, ils poussent jusqu'à la mer Egée et ne sont enfin arrêtés qu'à une journée de Constantinople; en 551, ils reviennent encore en Illyrie, et les généraux romains, trop faibles pour les attaquer, se contentent de les suivre et d'égorger les traînards. En 559 enfin, les Huns Koulourgour, alliés aux Slaves, arrivent sous les murs de Constantinople, et Bélisaire seul peut, cette fois encore, sauver l'Empire. Celte énumération, dans laquelle ne figurent que les principales invasions, suffit pour montrer qu'elles étaient un
1. Les Bulgares sont originairement de race ouralo-al laïque; tels ils restèrent sur le Volga. Mais ceux du Danube commençaient déjà sans doi|te à se mêler aux Slaves.
2. W était lui-môme de race slave, ainsi que d'autres généraux de Justinien, comme Vségerd, Dobrogost, Svaruna. Les Slaves arrivent alors dans l'Empire au patriciat et aux plus hautes dignités et même, comme Justin et Justinien, à la couronne impériale. La race slave fait son avènement dans Thistoire.
des fléaux chroniques de l*Empire, et que les provinces d'Europe furent en quelque sorte mises en coupe réglée par les Barbares. Ces dangers, on les avait prévus. Lorsque Justinien voulut attaquer TAfrique, on lui fit observer, assure Procope, qu'il ne pourrait s'y maintenir s'il ne possédait aussi la Sicile et que, dès lors, il compromettrait la défense de l'Empire d'Orient et de Constantinople. Que penser d'une politique qui dispersait en de lointaines conquêtes les troupes nécessaires à la sauvegarde de l'Etal? Ce n'était point seulement aux Perses, mais aux Gépides, aux Alains, à d'autres encore, qu'il fallait payer tribut ou donner des terres.
Lignes de défense de TEmpire d'Orient. — Pour protéger l'Empire, Justinien se préoccupa, il est vrai, d'élever une ligne presque continue de forteresses. Déjà Anastase, afin de défendre Constantinople, avait dressé, à 40 milles de l'enceinte, le Long Mur, qui s'étendait de la mer Noire à la mer de Marmara et fermait la presqu'île où se trouvait la capi taie. Comme le remarque Procope, il était difficile de placer assez de soldats sur un si long espace, et. l'assaillant pouvait toujours trouver un point faible; il prétend, il est vrai, que Justinien remédia à cet inconvénient. Procope a décrit, dans son ouvrage sur les Edifices^ les travaux qui furent exécutés aux frontières. Les provinces d'Europe se couvrirent de forteresses; celles qui existaient déjà furent réparées; beaucoup furent construites. Le grand nombre môme de celles que Procope énumère donne à penser qu'il ne s'agissait pas, en général, d'ouvrages bien importants. Beaucoup n'étaient guère que des refuges en cas d'invasion pour les populations d'alentour. Justinien fortifia aussi l'entrée de la Grèce aux Thermopyles et releva les murs des principales villes. Du côté de la Crimée, une longue muraille protégea contre les peuples barbares du nord la colonie grecque et gothique établie dans ce pays. De ce point jusqu'à Trébizonde, que Justinien fortifia à nouveau, une autre série d'ouvrages défendaient les possessions byzantines. Au sud, la frontière était couverte du côté de la Perse par Theodosiopolis (Erzeroum), Martyropolis (Maiphererta), Amida (Diarbékir), Dara, Circesium (Carchemisch), etc. Plus au sud,
Palmyre devait protéger la Syrie contre les Sarrasins. A ces fortifications il faut ajouter un grand nombre de ponts, d'aqueducs, de routes, etc., si Ton veut se faire une idée de l'importance des travaux publics qui furent exécutés dans les provinces. Mauvaise administration de l'armée. — Les Byzantins furent toujours habiles dans Tart des fortifications; mais des remparts ne pouvaient suffire à la sécurité de l'Empire. Les armées étaient, sous Justinien, mal composées et mal administrées. Elles se formaient surtout de Barbares qui, sans une vigoureuse discipline, devenaient dangereux. Tout ce qui concernait l'entretien des troupes était l'objet de scandaleuses déprédations. Lors de la guerre d'Afrique, quand on ouvrit les sacs qui contenaient le pain destiné aux soldats , on n'y trouva qu'une pâte moisie; Jean le Cappadocien, préfet du prétoire, ne l'avait fait cuire qu'à moitié afin d'en augmenter le poids et de prélever ainsi de honteux bénéfices. Il en résulta une épidémie qui, en quelques jours, enleva cinq cents hommes. Malgré les plaintes de Bélisaire, Jean le Cappadocien ne fut point puni. Alexandre le Logolhète s'appropriait une partie de la solde des troupes et, par ses exactions, amenait de nombreuses désertions. Les meilleurs généraux étaient laissés sans ressources, et cette conduite explique la longue durée de la guerre d'Italie. En 545, Bélisaire écrit à l'empereur qu'il vient d'arriver en Italie « sans soldats, sans chevaux, sans armes, sans argent » ; il n'a pu réunir en Thrace et en lUyrie qu'un petit nombre de soldats inexpérimentés; ceux qu'il a trouvés en Italie sont découragés; on ne les a pas payés; beaucoup sont passés à l'ennemi. La discipline est difficilement maintenue. Justinien lui-même, par ses défiances envers ses généraux, par les dissentiments qu'il provoquait entre eux, contribuait à aggraver le manque d'entente entre les chefs et l'insubordination des officiers. Bélisaire, malgré sa fidélité scrvile, a été sans cesse soupçonné, souvent rappelé, plus d'une fois disgracié. A la fin de sa vie encore, en 562, ses ennemis parviennent à rimpliquer dans un complot, l'empereur le dépouille de ses biens, le fait garder à vue dans sa maison. Ce n'est qu'au bout de sept mois qu'il peut se justifier et rentrer en grâce. A la fin du
règne, les armées étaient en pleine décadence. Agalhias raconte que, tandis qu'elles auraient dû compter 645000 hommes, il n'en restait plus que 150 000 dispersés de côté et d'autre, et que, dans la Thrace et les provinces voisines de Constantinople, les places fortes étaient abandonnées.
Liégislation. — C'est par sa législation surtout, que Justinien est célèbre auprès de la postérité. Aujourd'hui encore, les ouvrages exécutés sous ses ordres servent de base à l'étude du droit romain. Ce droit se composait, avant lui, d'une foule de documents d'origine et de date fort diverses, où les praticiens les plus experts avaient peine à se reconnaître. Il y avait eu des tentatives de coordination. TertuUien parle des efforts faits par les empereurs, « qui avaient porté la hache dans l'antique et sombre forêt des lois romaines ». Cependant une codification officielle était nécessaire. Justinien voulut simplifier l'étude du droit, déterminer ce que les étudiants devaient apprendre, ce que les juges devaient appliquer, en un mot reviser et résumer l'héritage juridique de l'ancienne Rome. L'œuvre était immense : comment fut-elle exécutée?
On avait déjà essayé de réunir et de classer les constitutions impériales : tel avait été le but du Code Grégorien, du Code Hermogénien, et, en dernier lieu, du Code Théodosien, Justinien voulut d'abord reprendre ce travail. Dès l'année 527, il confia à dix jurisconsultes la rédaction d'un code; parmi eux se trouvait celui qui devait être célèbre entre tous, Tribonien. Le travail fut commencé en février 528; or, au mois d'août 529, le Code était achevé, publié et déclaré obligatoire. En 530, Tribonien, aidé de seize collaborateurs, fut chargé de travailler à une compilation des écrits innombrables des anciens jurisconsultes; en trois ans, l'œuvre fut terminée; on l'appela Digeste ou PandecteSj termes qui en indiquent le caractère. Comme ce vaste recueil ne pouvait guère servir à des étudiants, Justinien ordonna, en 533, la rédaction d'un manuel en vue de l'enseignement, les InstituteSy qui contiennent les principes et les définitions du droit. Tribonien y travailla avec deux de ses collaborateurs, Théophile et Dorothée, et le termina dans le courant de l'année même. Une constitution, publiée en même temps que le
Dipcste, avait ordonné que le droit ne serait plus enseigné qu'à Rome, à Constanlinople et à Béryle (Beyrout), ville phénicienne célèbre par ses écoles. Les études devaient durer cinq ans, et le programme de chaque année était fixé. Une seconde édition du Code, mise en harmonie avec le Digeste, augmentée des consti tulions promulguées depuis 529, fut publiée en 534. Enfin les constitutions ultérieures de Justinien prirent le nom de Novelles.
L'œuvre législative de Justinien n'a pas été admirée sans réserves par les historiens du droit romain. « Si l'on considère les travaux de Justinien sous le rapport de l'utilité, dit Giraud, certainement ils rendirent de grands services, car, au milieu de ces révolutions du Bas-Empire, il n'y avait plus de règle d'action et la jurisprudence était un chaos. Considérée du côté scientifique, Tœuvre de Justinien présente un tout autre caractère, elle porte l'empreinte d'une décadence déplorable. Cette collection de centons tronqués, jetés çà et là sans ordre ni méthode, est une œuvre d'art pitoyable. Tribonien a porté une main barbare sur les admirables débris de la jurisprudence romaine ; il a déchiré, mutilé le plus bel ouvrage de Rome, son droit civil; il a démoli Ulpien, Paul, Papinien, Gaïus, pour en approprier les débris aux besoins de l'Empire grec et les faire servir à la construction d'un édifice délabré; et peut-être lui devons-nous la j)erle des livres précieux de ces jurisconsultes, qui subsistaient encore entiers de son temps, mais qui tombèrent en mépris et en oubli après la promulgation des recueils de Justinien. » Tout justifie cette appréciation sévère. Tribonien, qui dirigeait ces travaux, ne fut qu'un courtisan avide, sans dignité et sans conscience. D'autre part, Justinien lui avait donné l'autorisation de modifier, dans la rédaction des Pandcctes, les textes anciens qui ne seraient plus d'accord avec le droit nouveau, et la découverte d'œuvres ou de fragments d'œuvres authentiques des anciens jurisconsultes a démontré que Tribonien avait usé souvent de cette permission.
L'œuvre législative de Justinien n'eut qu'une autorité éphémère dans TEmpire pour lequel elle avait été faite. Elle avait le tort d'être rédigée dans une langue officielle, le latin, qui
n'était pas la langue usuelle; déjà Justinien dut publier en grec la plupart de ses Novelles, et ce fut en grec que le célèbre professeur Théophile, sous ce règne même, expliqua les Instilûtes. Ce discrédit ne fit que croître; enfin, au vin'' et au IX* siècle, de nouveaux recueils, mieux en rapport avec la langue et le caractère des populations, se substituèrent à ceux de Justinien. Ce fut eh Occident que ceux-ci firent fortune.
En résumé, ici encore, se retrouve cette imperfection qui est le caractère de tout le règne. La pensée est grande, Texécution faible. En voulant reconstituer le territoire de Tancien Empire romain, Justinien n'a abouti qu a une œuvre fragile et peu durable; en voulant coordonner les richesses juridiques de l'ancienne Rome, il n'a abouti qu'à une œuvre en grande partie destructive de ce passé même.
Administration. — Gouvernée par Théodora, la cour de Justinien abonde en mauvais ministres. Le plus fameux de tous, Jean le Cappadocien, d'une origine obscure, s'est élevé au pouvoir par son habileté; il y apporte une intelligence vaste et déliée, mais ruine l'empire par ses exactions. Tribonien trafique des lois et vend la justice. Quand le peuple se soulève, en 532, il réclame leur chute. Justinien les éloigne, mais pour les rappeler bientôt. Jean le Cappadocien ne tomba que plus tard, pour s'être attiré la haine de Théodora (541). Ses successeurs ne valurent pas mieux : Jean Barsamès, ex-banquier syrien, exploita l'Empire sans scrupule.
La cupidité des fonctionnaires augmentait le poids toujours plus lourd des impôts. La rentrée en était difficile. Dans une Novelle de juin 545, Justinien recommande aux fonctionnaires la plus grande sévérité pour l'assurer. En vertu de Vépiboley on adjugeait aux propriétaires les champs laissés déserts ou stériles, pour les contraindre à payer l'impôt dont ces terres étaient frappées. Cette mesure, antérieure à Justinien *, fut rigoureusement appliquée sous lui. Procope, dans son Histoire secrète, cite de nouveaux impôts créés par Justinien, et il était difficile qu'il en fût autrement. Il fallait subvenir aux frais des