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sur les personnes ecclésiastiques que sur les laïques. Il accorde des privilèges aux tribunaux ecclésiastiques, mais il garde le droit de juger en appel. Il peut citer les évêques à son tribunal. Bref il est, de l'aveu des pouvoirs religieux, et malgré quelques réclamations, un représentant de Dieu sur la terre, comme les chefs de TÉglise. « Ce n'est pas TEtat qui est dans TEglise, c'est rÉglise qui est dans TElat ; au-dessus de l'empereur il n'y a que Dieu », dit Optât de Milève (Numidie).

Le pouvoir de l'empereur sur l'Eglise pouvait être aussi redoutable à l'Eglise qu'il lui était utile. L'empereur, lorsqu'il était hérétique, comme il arriva souvent, prétendait imposer l'hérésie. Heureusement la confusion du temporel et du spirituel n'était plus possible dans la société chrétienne. Jésus a ordonné de rendre à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu. De cette distinction résulte une révolution profonde. Si avant que l'Eglise soit entrée dans les cadres de l'Empire, elle n'a pas renoncé à ses idées essentielles. C'est surtout dans l'Eglise d'Occident que l'on résiste aux empiétements des empereurs sur le domaine spirituel. On sait comment saint Ambroise fît plier Théodose. Sa thèse, c'est : « L'empereur est dans l'Eglise, non au-dessus. » Le pape Gélase précise la distinction en une phrase célèbre adressée à l'empereur hérétique Anastase : « Deux pouvoirs gouvernent le monde, l'autorité pontificale et la puissance royale; mais la première l'emporte sans conteste, puisque les prêtres doivent compte à Dieu des actions des empereurs. » Le pape Symmaque écrit à Anastase que le pontife est au moins l'égal sinon le supérieur de l'empereur, puisqu'il administre l'ordre divin. Le pape Agapet déclare à Justinien que c'est aux évêques, non à l'empereur, qu'il appartient de décider de la foi. Le christianisme maintient facilement la séparation du temporel et du spirituel, parce qu'il possède un clergé distinct de la masse des fidèles. L'empereur n'est pas souverain pontife ; il ne confère pas les sacrements ; il n'est même pas prêtre. Evêque du dehors, il reste profane. Il ne domine vraiment que sur la hiérarchie ecclésiastique, non sur le dogme. Fatalement l'autorité spirituelle se dégagera un jour de l'autorité temporelle, mais ce jour sera long à venir.

jusqu'à l'établissement des lombards 219

Le lien de subordination qui attachait Rome à l'Empire ne fut pas rompu quand l'Empire se fut écroulé en Occident et qu'il n'y eut plus d'empereur à Rome (476). L'idée de l'Empire survécut à la réalité. On ne pouvait concevoir autrement l'oi^anisation du monde ; et cette puissante administration, qui avait fait régner pendant des siècles Tordre et la paix, resta un idéal. On ne songeait même pas à se dégager de l'Empire. L'empereur qui résidait à Constantinople était réputé le souverain unique et universel. Les papes furent peut-être moins libres; ils furent, en tout cas, plus tracassés qu'au temps où il y avait un empereur en Italie. A la vérité, les Barbares, en occupant la Péninsule, protégeaient de fait les évêques de Rome contre les empereurs souvent hérétiques, mais cette demi-liberté était payée cher. Nous avons indiqué ailleurs combien devint difficile la situation des papes, entre Théodoric et les empereurs. Elle fut encore plus précaire au temps de la lutte entre les Ostrogoths et les Grecs. Ce fut une époque néfaste pour l'Ralie. Les Romains subirent quatre sièges et furent décimés par la famine et les épidémies. Totila expulsa de Rome tous les habitants, et quand Bélisaire y fut rentré, pendant le troisième siège, on se nourrit avec le blé semé dans l'enceinte même, au milieu des ruines. Les aqueducs ont été coupés; les thermes, désormais inutiles, ne sont plus entretenus; les temples abandonnés s'écroulent. Dans cette ville qui avait encore, dit-on, un million d'habitants au temps d'Honorius, il ne s'en retrouva pas 50000 après la défaite des Golhs. Les vieilles familles ont péri dans ces guerres d'extermination où les Ostrogoths ont fini par égorger leurs otages. Les survivants ont émigré à Constantinople ; quelques-uns ont fui au nord des Alpes. Sans doute la Rome chrétienne et pontificale grandit au milieu de ces ruines; elle profilera, en fin de compte, de l'effondrement de la Rome païenne. Mais elle semble d'abord entraînée dans la catastrophe. La ruine matérielle de Rome semble diminuer l'importance des évêques de Rome. L'empereur leur fait sentir durement son pouvoir reconquis.

Au temps de Justinien et de Théodora, le saint-siège est compromis dans des querelles Ihéologiques, où il risque un moment

de perdre la grande autorité qu'il tenait de sa constance dans Torthodoxie. Le pape Silvère est enlevé de Rome -par Bélisaire, déposé et déporté en Lycie, pour être demeuré fidèle à la foi. Son successeur, Vigile, mandé à Constantinople, y demeure dix ans, et y est fort maltraité. Il consent, dans une certaine mesure, à des concessions doctrinales qui lui sont demandées, mais alors les églises d'Afrique et du nord de ritalie menacent de se séparer du siège de Rome, ou môme s'en séparent pour un temps. Résister à l'empereur était dangereux; plus dangereuse encore était la soumission.

A ce moment du vi* siècle, la fortune de l'église de Rome hésitait encore. De nouveaux événements vont se produire en Italie, à travers lesquels elle cheminera péniblement. Il était aussi difficile de fonder la puissance de la Rome chrétienne que jadis celle de Rome païenne.

Tantœ molis erat romanam eondere gcntem .

//. — Etablissement des Lombards en Italie.

L'Italie après la chute du royaume ostrogoth. —

Justinien, après la défaite des Ostrogoths, voulut rétablir en Italie la vieille organisation romaine. Telle est l'intention qui apparaît dans sa Pragmatique-Sanction de 584.

Pour € rendre à Rome tous les privilèges de Rome », il essaya de reconstituer le sénat; vain effort, car dès la fin du vi* siècle ce fantôme aura disparu. Il rétablit le système administratif du début du v* siècle, tel que nous l'avons exposé. Il faut seulement noter que l'Italie, qui reste une préfecture du prétoire, est réduite à la péninsule. La Dalmatie a été cédée avec l'Illyrie occidentale par Valentinien III à Théodose II. L'Afrique, reconquise sur les Vandales, forme une préfecture du prétoire à part, dont dépendent la Sardaigne et la Corse. La Sicile môme est détachée et confiée à un préteur subordonné au questeur du palais sacré de Constantinople. Cette restauration de l'ancien ordre de choses fut bien accueillie par les popu-

lations, mais ce fut une courte accalmie, suivie d'une crise plus dure que les précédentes. En 568 arrivèrent les Lombards.

Ce qu'étalent les Lombards. — Ils sont le dernier grand peuple germanique qui se soit établi dans Tancien Empire romain. Ils étaient venus des bords de TOder, où ils vivaient au n* siècle, se déplaçant à la suite des envahisseurs, entrant à leur tour en relations avec l'Empire. Au temps de Tacite, ils n'avaient pas de rois; des chefs élus dans chaque canton rendaient la justice. La royauté naquit probablement du besoin de s'unir sous un chef, lors des migrations du v*' et du vi° siècle. Le roi était surtout un chef militaire ; c'est à ce titre qu'il traite avec les Romains et entre plus ou moins à leur service. Au VI* siècle, les Lombards avaient remplacé les Goths dans l'ancienne Pannonie; ils avaient subjugué les Hérules et les Rugiens, qui se confondirent avec eux. Justinien les établit dans le Norique, et les employa largement à recruter ses armées. Eux-mêmes venaient, au dire de Procope, solliciter les bienfaits qui feraient d'eux des chiens de garde au lieu de loups ravisseurs. Cinq mille Lombards allèrent servir en Italie, avec leur roi Audoin, dans l'armée de Narsès. Mais ils étaient si peu dociles et si sauvages, pillant indistinctement amis et ennemis, ne respectant même pas les lieux saints, qu'il fallut les renvoyer en leur donnant de l'argent. Toutefois les rapports ne furent pas rompus entre eux et l'Empire. A la lin du règne de Justinien, les Lombards se prirent de querelle avec les Gépides, leurs voisins orientaux, qui avaient pour roi Cunimond. Le procès fut plaidé à Constantinople par des ambassadeurs des deux peuples. C'est avec le consentement de l'empereur que les Lombards, alliés aux Avares, détruisirent le royaume des Gépides (S67). Ils le partagèrent avec leurs redoutables auxiliaires, parents et successeurs des Huns. Cette campagne avait été dirigée par le roi Alboin, fils d'Audoin. Il semble que cet Alboin, duquel nous savons fort peu de chose, ait été un homme exceptionnel : la tradition populaire en a conservé un souvenir presque aussi grand que de Théodoric, et son œuvre a plus duré. Une tradition veut qu'il ait été appelé en Italie par le patrice Narsès, injustement disgracié.

L'invasion des Lombards. — En avril 568 il se mit en marche avec tout son peuple, abandonnant aux Avars la Pannonie et le Norique. Les Lombards étaient renforcés de Barbares de toute race, Hérules, Rugiens, Gépides, Saxons, Alaraans, Slaves, Bulgares. Ils passèrent les défilés des Alpes sans résistance, et descendirent dans le bassin de l'Adriatique.

Les habitants d'Aquilée, terrifiés, s'enfuirent dans l'île de Grado, au milieu des lagunes. Forum Julii * fut pris; les conquérants hivernèrent dahs cette plaine fertile. Au printemps suivant ils reprirent leur marche : Gisulf, un parent du roi, fut chargé de la garde du Frioul, avec le titre de duc. Contournant les places fortes, les Lombards envahirent le bassin du Pô. Sauf dans quelques villes fortifiées, la résistance ne parait pas avoir été grande. Les populations du nord de lltalie ne songeaient pas à se défendre : elles étaient hostiles à Constantinople, qu'elles regardaient comme un foyer d'hérésies. L'évêque de Trévise, au début de l'invasion, était venu se placer sous la protection du roi. L'archevêque de Milan, le vicaire d'Italie, un grand nombre des habitants se retirèrent à Gênes (569). Alboin se fit couronner roi à Milan, la métropole du nord de la péninsule. Pavie, au confluent du Pô et du Tessin, l'arrêta et résista trois années; il la bloqua et s'avança vers le sud, jusqu'au milieu de l'Italie, vers Spolèle. Puis il revint, afin d'achever la soumission du nord. Pavie se rendit (573) et devint la capitale du nouveau royaume. Peu de temps après, Alboin fut assassine, à l'instigation de sa femme Rosamonde, fille du dernier roi des Gépides, et qu'il avait obligée, au milieu d'une orgie, à boire dans le crâne de son père.

Son successeur, Gleph, mourut au bout de dix-huit mois (575), peut-être aussi de mort violente, puis le trône resta vacant. Les Lombards croyaient pouvoir se passer de roi, n'ayant d'ailleurs aucun chef qui eût un prestige personnel approchant de celui d'Alboin.

Les difi'érents ducs, lieutenants désignés par le roi pour administrer, leur vie durant, une fraction déterminée du peuple

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