‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos joursChapitre 50 sur 180 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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c'est-à-dire des hommes qui ont cru ne pouvoir mettre en pratique renseignement du Christ qu'en renonçant au monde ; il y a eu des ermites et des cénobites^ en Orient surtout, car TOrient est, sous toutes les religions, fertile en ermites ot cénobites. En Occident, tout autre fut la vie monastique. Saint Benoit, né ô Nursie, en Ombrie, en 480, fondateur en 528 du monastère du mont Cassin, auteur de la règle monastique qui porte son nom, doit tenir dans Thistoire une plus grande place qu'un fondateur d'empire; car il n'est pas seulement le chef et l'inspirateur direct de cette énorme légion de Bénédictins qui a donné à la chrétienté 24 papes, 200 cardinaux, 5600 archevêques ou évêques, 5000 saints, 15 700 écrivains; toutes les règles monastiques des grands ordres procèdent de celte de saint Benoît. Règle admirable, qui adoucit les rigueurs de la vie ascétique et met à côté de la prière le travail sous toutes ses formes : le travail manuel, la culture de la terre; le travail intellectuel, la culture de l'esprit, l'éducation de la jeunesse. Les moines bénédictins ont défriché une grande partie des terres demeurées ou redevenues incultes; ils ont maintenu contre la barbarie croissante l'esprit chrétien, conservé la cultui'e intellectuelle fort menacée ; ils ont propagé le christianisme et la civilisation dans les régions restées païennes. Au point de vue moral, la règle de saint Benoît généralise le principe de l'obéissance passive au supérieur, de l'abnégation de la volonté. Saint Benoît introduit l'obligation des vœux solennels et perpétuels, et d'un noviciat pour éprouver la volonté du récipiendaire. L'abbé est élu par ses frères et leur commande sans restriction, mais il doit les consulter dans les occasions importantes. Pour le détail de la vie, la règle est parfaitement raisonnable et douce. Son succès fut rapide. A la fin du vi" siècle, elle est adoptée presque partout. La force qu'en tira l'institution monastique apparut bientôt.

Il est remarquable que ce soit de la lointaine Irlande, que Rome n'a point connue, et qui restait bien à part de tout le mouvement politique et religieux, que soit parti le grand mouvement de la propagande chrétienne par les moines. A l'abri des invasions, l'Irlande a reçu de l'Europe la semence chrétienne qui

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a fructifié là plus que partout ailleurs et elle a rendu avec usure à TEurope ce qu elle avait reçu. Le repos profond de ses villes cénobiliques de Bangor, de Clonfert, de Clonard, ne fut troublé que par la passion des pèlerinages et de la prédication. « Ils çtaient venus, comme a dit Ozanam, chercher la paix dans la solitude, mais ils ne Ty trouvaient pas; ils se sentaient pressés d*en sortir, de répandre le feu sacré de la science qui les brûlait, d*évangéliser les infidèles et les chrétiens dégénérés. » Nous aurons occasion de parler de ces admirables missionnaires, dont le type est saint Colomban, qui, à la fin du vi' siècle, au temps de Grégoire, vint s'établir dans les Vosges, aux frontières de Bourgogne et d'Austrasie. C'était bien le désert, et on y menait la vie sauvage. L'homme n*y était pas moins dur à cultiver que la terre. Jusqu'à ce que la forêt fût défrichée et le sol fertilisé, on vécut de racines et de fruits sauvages. Une discipline terrible était imposée à ces moines; les novices qu'on recrutait dans le pays avaient besoin d'être enchaînés par une règle impitoyable. A chaque article, des coups de fouet : 200 coups de fouet en huit fois pour avoir parlé à une femme seule.

Ces moines d'Irlande étaient singulièrement indépendants. Ce sont des apôtres dont l'inspiration esi venue du Saint- Esprit sans passer par Rome. Ils sont hardis contre les évêques, hardis contre les rois. Colomban a dit leur fait à Brunehaut et à Thierry. Ce n'est pas ainsi que faisait Grégoire, qui avait sa part du gouvernement du monde et qui devait compter avec le monde. Au reste, le moine irlandais n'a jamais voulu se soumettre absolument à l'autorité du pape, avec qui il était en désaccord sur certains points.

Les Bénédictins du continent étaient mieux disposés à se laisser conduire; contre les dangers de toute sorte, ils ont besoin de Rome. Ils ne sont point si fort engagés que les évèques dans les affaires du monde; ceux-ci sont les séculiers, ils sont les réguliers. Contre les évêques, qui s'efforcent de les subordonner tout à fait, ils cherchent un appui auprès du roi et du pape.

Pendant le vi" siècle, les monastères se multiplient ; les grands et les rois en fondent de toutes parts. Ils sont un lieu d'asilo

dans ces temps troublés, car on n*oserait guère s attaquer à tant de saints hommes à la fois. La vie monastique parait à tous, même aux évoques, un idéal. Un concile de Tolède prévoit le cas où < des clercs désirant choisir une meilleure vie veulent embrasser la règle des moines ». En Italie, les moines sont employés à toutes les grandes affaires de TEglise. Il ne faut jamais oublier, quand on étudie Thistoire de Grégoire le Grand, que lui-même est un moine. Il a réformé les couvents, contribué à les affranchir du pouvoir épiscopal, maintenu avec soin Télection de Tabbé par les moines.

La milice de la papauté est désormais toute prête. Il ne fallait pas moins, pour conserver et étendre sur tout l'Occident Tautorité de Saint-Pierre, car il n*était pas impossible que des églises nationales s'y formassent, qui n'auraient reconnu à Rome qu'une primauté honorifique, comme à Jérusalem.

IV. — La papauté et la propagande catholique. Espagne, îles Britanniques, Germanie.

Luttes contre les hérésies et les schismes. — Le

premier danger était venu de Tarianisme, adopté d'abord par presque tous les Barbares, Oslrogoths, Wisigoths, Suèves, Vandales, Burgondes, Lombards. Mais ces églises ariennes, mal organisées, et qui n'ont produit aucun docteur ni aucun missionnaire, restent impuissantes. Les Hérules, les Ostrogoths, les Vandales sont vaincus en Italie et en Afrique par les Byzantins. En Gaule, les Francs catholiques expulsent ou soumettent les Wisigoths et les Burgondes ariens. Il ne reste plus alors d'hérétiques que les Lombards nouveau venus et les maîtres de l'Espagne, Wisigoths et Suèves, qui se convertissent à la fin du \f siècle.

Un danger d'un autre ordre vient de ce que les évoques et le cierge de chaque pays tendent à se grouper conformément aux divisions politiques, et à former des églises nationales, s'ad-

ministrant elles-mêmes, se réunissant en conciles nationaux pour traiter les questions les plus importantes, reconnaissant à leur roi une situation analogue à celle que les empereurs avaient eue dans les églises d'Italie et qu'ils gardaient encore, en Orient. Que le principal métropolitain de chaque pays, Gaule, Grande- Bretagne, réussît à prendre le dessus, à devenir un patriarche, et c'en était fait de la papauté. Ce danger fut conjuré grâce à la politique de la papauté.

Dans ritalie du Nord, le schisme d'Aquilée, qui ne se termina qu'en 698, semblait rendre très facile pour les Lombards la constitution d'une église nationale, qui eût singulièrement renforcé leur royaume. Mais ils ne comptaient pas plus sur le patriarche d'Aquilée que sur l'évèque de Rome. Ils étaient alors ariens!

L'action pontificale chez les Wisigoths et les Suèves d'Espagne. — L'autorité des papes fut de bonne heure considérable sur l'église d'Espagne; soumise aux Wisigoths ariens, celle-ci se tournait volontiers vers le chef de l'Eglise catholique, pour trouver un appui auprès de lui. Nulle part l'histoire religieuse n'est plus importante et ne se confond autant avec Thistoire politique que chez ces Wisigoths d'Espagne.

Les défaites que leur infligeaient les Francs ne leur servirei\t pas de leçon. Amalaric, devenu majeur, persécuta son épouse -catholique Clotilde. Il périt dans la guerre qu'il provoqua ainsi avec les rois francs (S31). A partir de ce moment, le centre de la puissance wisigothique est transféré en Espagne. Theudis (S31-S48), Théodegisèle (S48-549) meurent assassinés. Agila (549-354) est menacé par une grande insurrection des catholiques. Athanagild, chef des insurgés, appelle les Byzantins. On put croire un moment que les Wisigoths allaient avoir en Espagne le sort des Ostrogoths en Italie. Justinien envoya une armée, qui occupa toute la côte méridionale *, et Agila périt assassiné (554). On se rallia à Athanagild, qui resta maître de la plus grande partie de la péninsule et mourut en paix dans son palais de Tolède (567).

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