‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos joursChapitre 65 sur 180 · Voir ci-dessous, p · texte numérisé non relu

Voir ci-dessous, p

loire de Suentana (799), dix mille familles furent transportées.. Les Obolrites reçurent une partie du pays, les rives de la Baltique. En 803, dans sa villa de Saltz (sur la Saale franconienne), Charlemagne put proclamer la pacification complète.

Saxons et Francs ne forment pas encore un seul peuple; mais ils ont la môme langue, la même foi, les mêmes institutions; leurs destinées resteront inséparables; ils formeront une même nation. L'annexion déOnitive de la Saxe et de la Bavière fait de Charlemagne le vrai fondateur de T Allemagne.

Annexion de la Bavière. — L annexion de la Bavière avait été plus préparée que celle de la Saxe par les prédécesseurs de Charlemagne. Le duc de Bavière avait toujours été considéré plus ou moins comme vassal des rois francs. Cependant la dépendance n*était que nominale. Il y avait là un véritable Etat, entre le Lech et TEnns, avec sa dynastie nationale des Agilolfing, son organisation propre, son église et son archevêché de Saltzboupg, sa politique extérieure et ses relations régulières avec les Lombards. Le duc Tassilo, gendre de Didier, était un personnage considérable : on comptait en Bavière d'après les années du duc. Celui-ci n'amena de»con-' tingent ni pour les expéditions d'Italie, ni pour celles de Saxe. Il s'abstint de paraître aux assemblées générales du peuple franc, réunissant à part ses grands, ecclésiastiques et laïques, et son peuple, au milieu duquel il a l'allure d'un véritable souverain, rendant en son nom les décisions sur les affaires ecclésiastiques et laïques. Charlemagne temporisa pendant toute la durée de la grande guerre saxonne. Mais quand il l'eut terminée, il agit. En 787, Tassilo fut sommé de renouveler le serment de vassalité. Il n'osa refuser et vint à l'assemblée de Worms; là, suivant la formule, il donna son duché au roi, qui le lui rendit en fief; il fournit des otages, dont son propre fils. Cette précaution n'était pas inutile. Tassilo avait cédé poui* gagner du temps; mais il négociait la formation d'une coalition, avec le duc lombard de Bénévent, avec les Avars, établis sur le moyen Danube. Sa femme Luilgarde, fille de Didier, le poussait à la lutte. Il semblait possible de soulever les Lombards d'Italie, d'obtenir le concours des Grecs, de rallumer la»

guerre de Saxe. Mais TEglise était ilévouéc au roi franc, en Bavière comme ailleurs : une ambassade pontificale accompagne Tambassade franque qui avait été sommer Tassilo de renouveler le serment de vassalité; Tévôque de Freisingen et rarchevèquc de Saltzbourg étaient, en Bavière, à la tète d*un parti ecclésiastique qui se confondait avec le parti franc. Les intrigues de Tassilo furent donc prévenues. Convoqué à rassemblée générale dlngelheim (788), il y fut accusé par quelques-uns de ses propres sujets de trahison, et mis en jugement pour son ancienne défection, quand il avait abandonné Pépin en Aquitaine. Condamné à mort sur ce chef, il fut tondu et se retira dans un cloître; son fils, sa femme et ses filles furent également cloîtrés. La Bavière fut annexée au royaume franc et un beau-frère de Charlemagne, Gérold, lui fut préposé. Quand il eut péri en combattant les Avars, le duché fut démembré en comtés. Le peuple bavarois prêta serment à Charlemagne, qui s*attacha directement par le lien de vassalité plusieurs des grands.

Guerres contre les Avars. — La coalition méditée par Tassilo était rompue par sa chute, mais la guerre contre les Avars ne fut que relardée. Ils avaient succédé aux Huns dans le bassin du Danube ; ils avaient combattu Sigebert en Thuringe. Arrêtés à l'ouest par les Francs et les Bavarois, au sud par les Slaves, qu'Héraclius établit sur la Save (Serbes et Croates), ils s'installèrent dans la Hongrie actuelle. Sous leur Khagan et leurs chefs secondaires, ils faisaient de perpétuelles razzias et étaient la terreur de leurs voisins, surtout des Slaves qu'ils opprimaient durement. D'immenses richesses avaient été entassées dans leur Ring, camp central (près de la Theiss), protégé par une triple enceinte. (Charlemagne entreprit une grande expédition : lui-même conduisit le long <lu Danube les Francs, les Saxons et les Frisons; son fils Pépin partait d'Italie avec une autre armée. On pénétra jusqu'au Raab, mais l'armée franque, décimée par une épidémie et affamée, dut battre en retraite. La guerre se prolongea durant plusieurs .années et parait avoir été la crise la plus redoutable du règne de <]har-i Jemagne. Les Arabes d'Espagne envahissaient la Septimanîe;

GUERRES ET CONQUETES DE GHARLEMâGNE 321

la Saxe avait repris les armes; la Bavière n'était pas complètement résignée; Pépin le Bossu, b&tard et (ils aîné de Charlemagne, se mettait à la tète d'une conspiration pour assassiner son père qui n'échappa que par hasard et sévit cruellement contre les complices (792); la querelle des Iconoclastes aigris-, sait les rapports avec l'Empire d'Orient, tandis que l'hérésie des adoptianistes * divisait l'église d'Occident. Charlemagne passa plusieurs années en Bavière, convoquant à Ralisbonne l'assemblée générale de ses sujets en 792 et 793, laissant ses lieutenants combattre les Avars, que son fils Pépin d'Italie et le duc de Frioul prenaient à revers en soumettant les Slaves des vallées alpestres (Slyrie, Carinthie). La guerre fut acharnée; presque toute la noblesse et une grande partie du peuple avar y périrent. En 796, le Ring fut enlevé d'assaut par les soldats francs, et Pépin vint y camper. Les trésors accumulés par ces pillards passèrent aux mains des vainqueurs, si abondants qu'ils firent, dit-on, baisser la valeur des métaux précieux. Charlemagne en fit une large distribution aux grands, laïques et ecclésiastiques, à ses fidèles. La puissance des Avars était brisée ; les uns se retirèrent au delà de la Theiss ; les autres, sous un nouveau Khagan, jurèrent obéissance à Charlemagne. Ils étaient si affaiblis que , peu d'années après, ils durent invoquer sa protection contre leurs anciens vassaux.

Les Slaves et les Danois. — La plupart de ceux-ci, de race slave, passèrent sous la domination des Francs. De ce côté, comme au nord, les progrès des armes franques eurent pour résultat un progrès du christianisme, qui reconquit les Alpes orientales, les anciennes provinces de Norique et de Pannonie. L'immigration germanique commença de s'y épandre, inaugurant la marche vers l'Est {Drang nach Osten),

Sur toute la frontière de l'est, d'ailleurs, Charlemagne fit reconnaître sa primauté par les populations slaves. Les Sorbes,

1. L'adoplianismc élait une hérésie mise en avant par Félix, évêque (fUrgel, et Elipand, archevêque de Tolède; ils enseignaient que Jésus-Christ, en tant' qu'homme, n*est pas vrai fils de Dieu, mais a été adopté par lui. C'est une^ variante de l'hérésie nestoriennc. Le concile de Francrort, tenu pendant l'assemblée générale de 794, condamna l'adoplianisme.

Histoire oiNÊRALE. I. 21

322 L'EMPIRE DE GHARLEMAGNE

entre la Saalc et TElbe, les Wiltzes, entre l'Elbe et TOder, y furent contraints à main armée. Les margraves de la frontière, <lisposant de troupes choisies, appuyés sur des forteresses, tinrent les ennemis en respect. Sous Charleraagne les margraviats ne sont pas constitués d*une manière permanente : ils changent avec leurs titulaires. Les principaux sont celui de Friouly qui domine llstrie, surveille la Dalmatie et contient les Slaves de la Drave et de la Save; celui de la Bavière orieniale, qui surveille les Avars, les Slaves de Moravie et de Bohème; celui de Thuringe, qui contient les Sorbes; celui de Nordalbingie, appuyé par les alliés obotriles et gardant la frontière septentrionale.

C'est là que se trouvèrent les adversaires les plus redoutables de la fin du règne, les Danois. Leur roi Godefroi (Goetfrik), qui régnait sur la presqu'île du Jutland et avait sa capitale à Slesvig, envahit le pays des Obotrites (808), peut-être pour y rétablir les Saxons. Avec le concours des Wiltzes, il •dévasta le pays, tua un des chefs, détruisit le port de Bérich, dont il transféra les commerçants à Slesvig. Il se retira devant le jeune roi Charles, et coupa la péninsule par un retranchement tracé au nord de TEiiler. Deux ans après, un autre prince des Obotrites fut tué, une flotte danoise pilla la côte de Frise, et Godefroi menaça, dit-on, d'aller chercher Charlemagne dans Aix-la-Chapelle. L'empereur vint à sa rencontre jusqu'à Verden, où il assembla ses sujets. On y apprit l'assassinat du roi danois, dont le frère et successeur, qui avait dos -ennemis intérieurs, se hâta de traiter, cédant tout le territoire au sud de son retranchement. On l'organisa en niarckey et au fort de Hobhuoki (Hambourg) s'ajouta celui d'Ilzehoe (Essesburg).

//. — Gouvernement de Charlemagne.

L'Empire et les nationalités : ducs, margraves, comtes. — Il y a dans l'Empire les nationalités les plus <liverses. Or chacune a son droit particulier, par lequel elle doit être régie. De là leur indépendance et leur force.

GOUVERNEMENT DE GHARLEMAGNE 323

Charlemagne comprend le danger et s'efforce d'y parer. Les duchés .jûnt disparu : ils menaçaient l'unité de l'Empire. Les ducs de Bénévent, de Bretagne, de Gascogne ne sont pas dans l'Empire proprement dit. Les autres ducs sont de simples généraux. Pour les margraves seuls *, les comtes de la frontière, chaînés de la défendre, une exception est faite à cette règle qu'il ne faut pas confler plus d'un comté à un homme. Les duchés d'Alamanie, d'Aquitaine, de Bavière, de Saxe ont été morcelés en comtés. —

Comme au temps mérovingien, le comte est le principal personnage de l'administration royale. Charlemagne alla jusqu'à donner des comtés à des non libres*. Mais ce n'était que l'exception. La règle, prouvée par de nombreux exemples, c'est que les comtés sont confiés aux membres de puissantes familles qui y sont établies. Il semble que les offices de comte étaient donnés à vie. A la vérité on pouvait, pour mauvaise gestion ou infidélité, destituer un comte; on trouve dans le capitulaire de Saxe (ch. 24 et 28) des menaces très précises contre les comtes infidèles. Il y a des exemples de ces sortes de destitutions, par exemple celle du comte alaman Udalrich, beaufrère de Charlemagne. Mais le roi, qui s'appliquait autant que possible à conserver l'ordre existant, en se réservant de maintenir chacun dans son devoir, n'aimait point ces mesures de rigueur. Il recommandait à son fils de ne dépouiller personne de son < honneur d sans cause sérieuse. Et déjà, par la force des choses, l'hérédité existe; les fils de Guillaume, margrave de Toulouse, héritent des comtés de leur père.

Le comte a toutes les attributions du comte mérovingien. Au-dessous sont les centeniers (centenarti), avec lesquels il semble qu'on doive confondre les vicaires (vicarii). Les vi-^ comtes (vice-comités)^ qu'on trouve surtout dans le Midi, semblent aussi n'être que des vicaires; ce sont les centeniers mérovingiens, avec cette différence que, bien qu'élus encore, ils sont

i. Les margraves (d'où le mot français marquis) gouvernent les marches de Bretagne, d'Espagne, de Frioul, de Pannonie, de Nordalbingie.

2. Miracula sancti Benedicli. D. Bouquet, V, p. 448. — Nous savons aussi, par le moine de Sainl-Gall, quMI se croyait le droit d'élever souvent à la dignité épiscopale des gens de très petite naissance.

324 l'empire de GHARLEMÂGNE

considérés comme des officiers ordinaires de TEtat. Donc peu de changement. Seulement, à tout moment, Charlemagne rappelle aux comtes leurs devpirs envers lui, Tobéissance à ses commandements, mais aussi ïeurs devoirs envers ceux qu*ils . administrent : ils ne doivent pas opprimer les hommes libres, les astreindre à des travaux serviles à leur profit *; il ne faut rien prendre de ce qui appartient à TEtat, sous peine d'être réputés infidèles '. Charlemagne met un grand soin à ne choisir que de bons officiers.

Dans un capitulairc de 825 se trouve un bel exposé des devoirs du cpmle et des officiers : qu'ils soient les vrais auxiliaires du roi et consenateurs du peuple; qu*aucun présent, que la crainte, la haine, l'amitié ne les fassent dévier du droit chemin. Un si rare personnage ne se rencontrait guère. Alcuin se plaint que l'empereur n'a pas tant d'auxiliaires que de destructeurs de la justice ^. Après Charlemagne ces plaintes sont très nombreuses.

Rôle des évéques et des abbés comme fonetiomiaire& du prince. — Cependant il ne se fia pas uniquement à sa force personnelle. Il appela d'autres forces à son secours, dans l'œuvre qu'il avait entreprise de fonder un régime selon la volonté de Dieu et les besoins de son Icmps. Il a été impossible, en parlant de l'administration mérovingienne, de ne pas parler aussi des évoques; cela est impossible également en parlant de l'administration carolingienne. L'union est bien plus étroite, l'Etat bien plus chrétien qu'aux temps jadis. Charles est le restaurateur, le réorganisateur de l'Eglise. Dans le capitulaire de 779, il rétablit la hiérarchie en donnant, pour ainsi dire, la consécration légale à l'autorité des métropolitains. Il ordonne qu'il soit pourvu à toutes les vacances de sièges. De môme que les prêtres, diacres, clercs doivent être soumis à l'autorité des évoques, les monastères doivent rentrer dans la règle. Le capitulaire ecclésiastique de 789 confirme et active cette réorganisation.

i. Capilulairc de 183.

Page 1