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LES ARABES AU VII* SIÈCLE

le commerce de caravanes avec la Syrie. Mais le plus grand nombre, autant par goût que par nécessité, continuait de mener l'existence nomade et promenait dans les terres de parcours ses campements et ses troupeaux. Les mœurs offraient un bizarre mélange de cruauté sauvage et de magnifique gêné-, rosité, de sensualité grossière et de délicatesse raffinée. On trouvait des hommes tels que ce Kaïs qui, voyant Mohammed couvrir de baisers une petite fille, lui demandait : « Qu'est-ce que cette brebis que tu flaires? — C'est mon enfant, répondit le Prophète. — Par Allah! reprit Tautre, j'en ai eu beaucoup de petites filles comme celle-ci, je les ai toutes enterrées vivantes, sans en flairer aucune. » Mais il se rencontrait aussi des caractères comme Hatim, qui, chargé de la garde des chameaux de son grand-père, les offrait en présent à des voyageurs inconnus, qui s'arrêtait devant un ennemi désarmé et lui donnait sa lance, qui, imploré par un captif et n'ayant pas d'argent pour le racheter, prenait sa place. Les Arabes s'adonnaient au jeu, à l'ivrognerie, à la débauche, à des pratiques barbares comme le meurtre des filles, qu'on enterrait vivantes. Par contre, la libéralité, la munificence envers les hôtes et les pauvres, la fidélité à la parole donnée, le dévouement pour les parents et les amis, l'intrépidité guerrière étaient comme les vertus natives de celle race énergique, orgueilleuse et passionnée. La solidarité familiale surtout était très forte; elle suppléait dans une certaine mesure à l'action protectrice qu'exercent les lois dans une société plus organisée. Grâce à elle, l'individu n'était pas isolé. Etait-il victime de quelque violence, sa parenté, sa tribu prenaient fait et cause pour lui ; l'agresseur, de son côté, étant soutenu par les siens, chaque tribu ayant des alliés qu'elle entraînait avec elle, une guerre générale pouvait sortir d'un meurtre, d'un incident fortuit, d'une querelle insignifiante. La « guerre de Dahis 9 qui, pendant quarante ans, mit aux prises les Ah$ et les Dhobijan, deux tribus congénères du Nedjd, avait eu pour origine une discussion sur les mérites comparés du cheval Dahis et de la jument Ghabra. Dès que le sang avait coulé, à moins qu'on ne s'entendît aussitôt sur la réparation, la série des représailles s'ouvrait. C'étaient alors, de part et

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d'autre, des coups de main, des razzias de troupeaux, des surprises de campements, des pillages de caravanes, entremêlés de combats singuliers et de batailles rangées, raremeht décisives, jusqu'au moment ou les deux partis, lassés, en venaient enfin à un acc&mmodementi On faisait le compte des dommages et des pertes respectives, on payait aux familles de ceux qui avaient été tués et qui étaient demeurés sans vengeance une indemnité qui consistait d'ordinaire en un certain nombre de chameaux; le prix du sang (dia) était proportionné à la valeur personnelle et surtout à l'illustration de la victime.

La trêve sacrée; les foires; les poètes. — Pendant quatre mois de Tannée considérés comme sacrés, il était d'usage <|ue les hostilités engagées fussent interrompues. Cette trêve, rarement violée, donnait un répit aux belligérants, rendait possibles les pèlerinages, les rencontres pacifiques, la tenue des foires et des marchés. Il y avait des foires annuelles à Hira et dans d'autres localités; mais la plus célèbre et la plus fréquentée de toutes était celle d'Okazh, entre Taïf et Nakhla, à trois journées de la Mecque. Elle s'ouvrait à la nouvelle lune du mois de Dhou-1-Kada, au commencement de la trêve, et durait vingt jours. On y venait de toutes les parties de l'Arabie, comme à un rendez- vous d'affaires et de plaisir; les parents, les amis, les hôtes s'y retrouvaient; on formait ou on renouait des alliances; parfois, malgré la trêve, on échangeait des défis et on entamait des querelles.

C'est là aussi que se produisaient les improvisateurs et les poètes devant un public qui se faisait une joie de les entendre et qui n'était nullement incapable de les apprécier. Il était rare qu'un Arabe bien né ne sût pas composer un discours, aiguiser une satire, aligner les vers d'une kassida; beaucoup étaient de fins connaisseurs, très sensibles à la pureté de la langue, à l'éclat d'une image, à l'harmonie d'une période, à la justesse ou à l'énergie d'une expression. Ce n'était pas peu de chose qu'un succès littéraire à Okazh : les pièces les plus admirées, reproduites en lettres d'or sur des tissus légers, étaient attachées aux voûtes de la Kaaba, parmi les Moâllakat ou poèmes suspendus. Le poète qui avait obtenu ce suprême

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