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LES ARABES AU VII' SIECLE

honneur, dont les vers étaient dans toutes les bouches et dans toutes les mémoires, devenait du coup un important personnage, admiré, recherché, choyé et redouté. Au plus fort de leur lutte contre Mohammed, les Koraïchites apprennent que le poète Acha va passer à llslam ; vite ils lui offrent, pour Ten détourner, les plus riches présents, de peur que c par ses vers il n'enflamme contre eux les Arabes ». La satire était une arme dangereuse, mais les poètes en maniaient d'autres. C'étaient des hommes d'action, en qui il y avait d\i chevalier et du troubadour. Imroulkaïs, de la famille des princes de Kinda, banni par son père, mène longtemps l'insoucieuse existence d'un chef de bande. « Lorsqu'il rencontrait une citerne, une prairie, un endroit abondant en gibier, il s'y arrêtait et tuait chaque jour des chameaux pour nourrir les personnes de sa suite. Il allait chasser et, à son retour, il se mettait à manger et à boire du vin avec ses camarades pendant que ses musiciennes chantaient. Quand l'eau de la citerne était épuisée, il quittait la place et se transportait ailleurs. » (Caussin de Perce val.) Mais son père ayant été assassiné, il entreprend de le venger, s'attaque au roi de Hira, Moundhir III, qui a pris sous sa protection le meurtrier. Vaincu., traqué par ses ennemis, il va chercher des secours jusqu'à Constantinople et meurt en revenant à Ancyre. Antar, né d'une mèi'e éthiopienne, esclave dans son enfance, se signale par son éclatante bravoure et mérite d'être affranchi et avoué par son père. Épris de sa cousine Abla, qu'on lui refuse, il la conquiert à force de prouesses. L'histoire de Mourakkich est une pure élégie : on n'a pas voulu lui accorder sa parente Esmah, qu'il aime, parce qu'il n'a ni réputation, ni fortune; il part pour tâcher de la mériter; quand il revient, on l'a mariée au loin. Il s'en va à sa recherche; épuisé par la malaflie et le chagrin, il va toujours et meurt au moment même où il retrouve la bien-aimée.

Les Moâllakai que l'on a conservés sont des sortes de chants lyriques : le sujet en est quelquefois emprunté à un événement mémorable, mais, le plus souvent, il n'y est guère question que du poète lui-même ou de ce qui le touche de plus près : sa maîtresse, son cheval, ses chasses, ses festins, ses

combats, son illustre origine, ses libéralités, ses amours, ses vengeances; toute sa libre, insouciante et aventureuse existence. C*est le pur nomade dans toute la vigueur de son énergique personnalité, son dédain de tout ce qui lui paraît étroit et mesquin, sa magnanimité un peu théâtrale, ses passions ardentes, sa sensualité naïve, sa conception de la vie, qu'il rêve pleine de largesses, de plaisirs et de batailles, qu'il aime pour les joies qu'elle donne, qu'il est prêt à quitter sans plaintes inutiles : « La vie, dit Tarafa, est un trésor qui diminue chaque jour; ce que le temps amoindrit sans cesse doit bientôt finir par être anéanti. »

Cette brillante littérature exerça, sans la chercher, une influence qu'il est impossible de méconnaître. Elle fit prévaloir dans les diverses régions de l'Arabie le dialecte du Hedjaz, qu'employaient de préférence les poètes. Elle façonna la langue unique dont tous se servaient pour composer et réciter, que tous s'accoutumaient à entendre et à parler comme le pur idiome de leur race. Par elle se constituait un fonds commun de sentiments, d'idées, de souvenirs, de légendes et, les généalogies aidant, toutes les tribus se rattachant les unes aux autres par des parentés réelles ou imaginaires, les fractions éparsesdu peuple arabe commençaient vaguement à se sentir une nation.

Les croyances et le culte. — Vers l'unité tendaient aussi, dans leur mouvement confus, les idées et les croyances religieuses. Les Arabes, les bédouins * surtout, n'ont jamais été de complexion mystique. Crédules plutôt que croyants^ leur religion consistait dans un mélange de naturalisme et de fétichisme assez grossier. Les uns adoraient les astres, les autres rendaient un culte à des divinités locales, que figuraient des statuettes ayant la forme humaine, ou même de simples pierres non taillées. Ces dieux appartenaient à l'espèce mal définie des êtres surhumains, avec les djinn ou génies, les ghoul ou ogres, les déva ou démons. On leur apportait des offrandes, on leur immolait des victimes, on les consultait dans les cas embarrassants. Pour interroger les oracles, le procédé le plus employé

i. Gens du désert ou de la campagne.

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