Voir ci-dessus, chapitre iv
2. Religion fondée par Manès, né à Caroub (Perse), vers 240. \\ avait élé fait esclave à sept ans; puis avait été affranchi et instruit par une riche veuve de Ctésiphon. Il enseigna la doctrine de deux dieux, le bon et le mauvais, et se donna pour le Paraclet ou le Saint-Esprit. Il fut enprisonné en Perse, puis proscrit dans l'Enifiire grec, et enfin écorché vif par ordre du roi de Perse Bahram (274). Le manichéisme a été l'origine d'hérésies dans la religion musulmane comme dans la religion chrétienne. Voir, au tome II de cet ouvrage, l'histoire des Albigeois.
patriarche Sei^e, qui a été Tinspîraleur des résolutions viriles, réveille maintenant les disputes religieuses. Il n'arrive qu*à créer une secte de plus, les monothélites, qui s'ajoutent aux nestoriens, aux monophysites, aux jacobites. Tous ces dissidents prennent en haine le gouvernement qui les persécute au nom de Torthodoxie; leur hostilité est de plus en plus dangereuse. En Egypte, presque tous les paysans coptes sont jacobites. C'est là surtout que les ressentiments religieux, le malaise économique, les antipathies nationales concourent à détacher de FEmpire la masse de la population.
L'armée arabe. — Ni les Perses ni les Byzantins ne sont en état de résister à Tarmée arabe. Quand cette armée se met en marche, c'est pour la guerre sainte : les combattants qui succomberont sont sûrs d'aller droit en paradis. Beaucoup ne souhaitent pas autre chose que la mort des saints, comme ce Zaïd, qui refuse un commandement « parce que le devoir d'un général est de ménager sa personne et qu'il veut, lui, combattre et mourir martyr de la foi ». Les Koraïchites sceptiques, la masse des convertis par contrainte ont d'autres perspectives, d'ordre plus positif. Oa leur promet le pillage de l'Irak et de la Syrie, dont les campagnes fertiles, les cités opulentes excitent depuis longtemps les convoitises d'un peuple avide cl pauvre. Avant d'engager une bataille, Khalid fait lire devant le front des troupOs la sourate El- An f al, dans laquelle le Prophète a réglé le partage du butin. Dans chaque corps d'armée il y a un secrétaire chargé de tenir les comptes et de faire les parts : sauf un cinquième prélevé pour l'Etat, toutes les prises sont distribuées aux soldats. Ces fanatiques et ces pillards ne sont pourtant pas des hordes confuses. Ils ont une organisation régulière, sont formés en divisions, subdivisions, compagnies, escouades de dix hommes. Los officiers, pris parmi les anciens Musulmans, sont des hommes de choix ; leur expérience militaire, acquise en tant de batailles, est fortifiée de l'ascendant moral qui s'attache aux compagnons du Prophète; ils constituent des cadres d'une solidité à toute épreuve. Les généraux sortent pour la plupart de la noblesse koraïchite, comme Khalid Amr, Moaouia, Ikrima, Sad ; quelques-uns sont des fils d'af-
franchis ou des affranchis comme Ouçama, Ammar. A de rares exceptions près, ils se montrent à la hauteur de leur tâche, souvent rapaces et cruels, mais d'une bravoure éclatante, pleins d'entrain et d'audace. Ces anciens chefs de bandes se mettent très vite à la grande guerre. Ils improvisent une tactique, font bon usage de leurs rapides cavaliers, de leurs adroits archers, qui visent aux yeux de l'ennemi, aux yeux des éléphants. A Méhavend, les Perses sont fortement retranchés; une attaque directe serait périlleuse : on les attire en rase campagne par une retraite simulée, et tout à coup l'armée musulmane, par une formation instantanée, se présente en ligne de bataille. A Damas, les émirs emploient des machines de guerre dont ils ont appris le maniement. Us ne dédaignent pas les moyens politiques, savent argumenter, négocier a propos, exploiter les mécontentements, provoquer les défections. La discipline est sévère, mais les généraux donnent l'exemple de l'obéissance. Us sont surveillés, tenus en main. Sad, vainqueur des Perses, s'est fait bâtir à Koufa un magnifique palais où l'on a adapté la porte du palais royal de Ctésiphon; Omar envoie un messager qui met le feu à la porte et au palais. Le glorieux Khalid, jamais vaincu, en possession d'une .immense popularité militaire, est privé de son commandement; il accepte de servir en sous-ordre; il déclare qu'il obéirait à un enfant si le khalife l'ordonnait. Le khalife ne permet pas qu'une autorité s'élève rivale de la sienne. Il ne tolère pas que les généraux agissent a leur fantaisie. Dans toutes les circonstances graves c'est à lui qu'on en réfère. Il conduit les opérations d'après un plan d'ensemble, combine les mouvements stratégiques, retient les ardeurs impatientes, règle la marche de l'invasion de façon à n'avancer qu'à pas sûrs. Ni Abou-Bekr, ni Omar ne se sont départis un instant de celte fermeté vigilante qui assure l'unité du commandement, de cette prudence qui n'entend pas livrer rien au hasard.
Les premières conquêtes. — Les premières campagnes furent rudes. En 634, les émirs arabes de Syrie, après quelques succès partiels, se trouvent arrêtés net sur les bords de TYermouk. Abou-Bekr appelle à leur aide Khalid, d'abord
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dirigé vers TOrient, où il a, d*un seul élan, conquis l'ancien royaume de Hira. Klialid traverse en droite ligne le désert de Syrie, se rabat sur Bosra, qu'il enlève, rejoint ses collègues à rYermouk et gagne une grande bataille. Damas est pris, puis Tibériade et Palmyre. Héraclius désespéré dit un suprême adieu à la Syrie. U essaye cependant de se concerter avec les Perses pour une action combinée contre Tennemi commun. Paralysés d*abord jpar une épouvantable anarchie, les Perses ont imposé une réconciliation aux deux chefs de parti, Firouzan et Roustem. Ralliés autour d*un roi national, lezdedgerd, ils ont repris Toffensive et chassé un instant les Arabes de rirak. Mais un nouveau général, Sad, arrive avec des renforts : la grande armée perse, après une lutte de trois jours, est détruite à Kadésiah; Roustem est tué; le tablier de cuir, Tétendard national des Sassanides, reste aux mains des vainqueurs (636). Les Arabes franchissent le Tigre, prennent Ctésiphon et fondent, pour consolider leur conquête, les deux villes nouvelles de Koufa et de Bassora. Les Perses ne peuvent plus donner la main aux Grecs. Ceux-ci perdent encore Émèse, puis les villes du littoral. Jérusalem investie capitule : le khalife Omar vient en personne prendre possession de la ville sainte des juifs et des chrétiens, qui a été un moment la ville sainte de llslam. Les Grecs essayent encore un retour offensif, mais les troupes qu*ils ont tirées de la Mésopotamie sont rappelées en arrière par une contre-attaque, et le fils de Tempereur, le jeune Constantin, venu par mer, est contraint de s'en retourner par la même route. Les- Arabes reprennent Antioche, qu'ils ont déjà conquise puis perdue. Ils entrent en Mésopotamie, s'emparent d'Edesse, de Dara, de Nisibe. Après la reddition de Césarée, toute la Syrie et la Mésopotamie leur appartiennent.
Conquête de TËgypte. — Omar, khalife depuis 634, songe alors à s'arrêter. Tout au plus permet-il, à l'est, la conquête de l'Ahouaz, entre le Chatt-el-Arab et le Karoun. A l'ouest, il hésite à autoriser l'invasion de l'Egypte. Amr, déjà en marche avec une armée, reçoit Tordre de ne pas aller plus loin s'il n'a pas atteint la frontière. Mais l'Égj'pte est devant lui avec ses 20000 villes»
boui^s ou villages, ses grandes cités, son admirable plaine du Nil, ses Coptes jacobites prêts à Tinsurrection. L'occasion est trop tentante. Amr n'ouvre les lettres du khalife qu'après avoir franchi la frontière. Péluse est prise. La ville de Misr, bâtie vers la pointe du Delta, est assiégée; des pourparlers s'engagent avec les Coptes qui la défendent. Amr rappelle l'antique parenté qui unit les Arabes et l'Egypte, par Agar, mère d'Ismaêl et fille d'un roi de Misr; Mokaoukas, le chef des Jacobites, est tout disposé à une défection : c Les Grecs, dit-il, sont décidés à combattre, mais je ne veux avoir de commerce avec les Grecs ni dans ce monde, ni dans l'autre; je renie à jamais le tyran qui donne des lois i ByzancQ, son concile de Chalcédoine et les Melkhites (orthodoxes, impériaux) ses esclaves... ^ Il est convenu que les Coptes garderont le libre exercice de leur culte, reconnaîtront la souveraineté temporelle des khalifes et paieront un tribut modéré. Misr ouvre ses portes. Alexandrie, plus grecque qu'égyptienne, a une population melkhite qui résiste davantage. Elle tient quatorze mois; un peu plus tard, elle se révoltera à la première apparition d'une flotte impériale, mais ce soulèvement tout local sera promptement réprimé. L'Egypte préfère ses nouveaux maîtres aux anciens; ils ont la main plus légère. Les Arabes sont maintenant en Afrique : leurs avantgardes courent en Nubie, en Cyrénaïque, dans le Fczzan; ils assiègent et pillent Tripoli; mais Omar interdit formellement d'aller au delà. Il ne veut pas que ses troupes s'aventurent dans les pays du Maghreb *, « le lointain perfide ».
Conquête de la Perse. — Déjà il a été entraîné plus loin qu'il ne voulait, en Egypte et aussi en Perse. De ce côté l'ennemi, s'abritant dans les montagnes de l'ancienne Susiane, préparait un retour offensif contre l'Irak. Le khalife averti se décide à en finir et à pousser à fond la conquête de l'empire sassanide. L'armée musulmane s'ébranle, s'engage dans les monts du Louristan et écrase à Néhavend le vieux général Firouzan, « l'homme aux sourcils joints ^ (643). C'est la dernière grande bataille! Le malheureux roi lezdedgerd, qui
1. Maghreb, c'est le pays du couchant : Tunisie, Algérie, Maroc.
d'ailleurs n'a pas paru une seule fois à la tète de ses troupes, s'enfi|it de ville en ville, emportant avec lui le feu sacré, traînant à sa suite tout un attirail de harem : femmes, esclaves, palefreniers, cuisiniers. De tous côtés on l'abandonne; satrapes et seigneurs font leur paix séparée avec les Arabes. lezdedgerd adresse un appel désespéré aux Turcs, aux Sogdiens (Boukharie), aux Chinois, puis il périt, massacré probablement par les siens, comme autrefois Darius. L'invasion musulmane se répand dans toutes les directions : elle pénétre en Arménie, avance jusqu'au Caucase et jusqu'à Derbent. Par le Khorassan, elle atteint l'Oxus; par le Kerman, le Mekran et le Séistan, elle touche au Sind. Elle est en contact avec les Khazars, avec les Turcs, avec l'Inde. L'Islamisme est installé à Hérat, à Merv, à Kandahar ; le roi du Sind a été battu par les troupes arabes.
Les pierres civiles. — Omar est mort en 644. Dans les années qui suivent, les Arabes répriment des révoltes dans l'ancienne Perse, se montrent dans le Maghreb, font des courses maritimes dans la Méditerranée orientale ; mais leur élan guerrier se ralentit, puis s'arrête : l'Islam semble avoir épuisé sa force d'expansion. C est que le successeur d'Abou- Bekr et d'Omar ne sait pas, comme eux, maintenir l'union en imposant l'obéissance ; avec l'avènement d'Othman s'est ouverte une ère d'agitations, de discordes et de guerres civiles.
Aucune loi ne réglait la transmission des pouvoirs. Le khalifat n'était pas héréditaire, ni, à vrai dire, électif. Abou- Bekr, nommé lui-même par les Mohadjir et les Ansâr, après une délibération orageuse, eut soin, quand il fut près de mourir, de désigner son successeur. Omar, blessé à mort par un Abyssin vindicatif, eut le temps d'arrêter ses dernières dispositions. Il nomma une sorte de conclave qui devait choisir le khalife parmi ses membres. Ali et Othman en faisaient partie. Ali, le cousin et le gendre du Prophète, so^i disciple dévoué et son intrépide lieutenant, était le candidat des purs Musulnians. Mais l'aristocratie koraïchite, qu'Abou-Bekr et Omar avaient tenue en respect, préférait Othman, débonnaire vieillard dont elle escomptait la faiblesse. Une subtile intrigue, conduite par Amr, fit triompher Othman. Son gouvernement déchaîna bientôt
une opposition formidable: les croyants lui reprochaient de renouveler, dans les cérémonies du pèlerinage, d'anciennes pratiques païennes, de réserver sa confiance aux Moaouia, aux Merouan, aux Oualid, aux Abdallah'^ben-Sad, ennemis du Prophète ou fils de ses ennemis, de prodiguer les places et largent du Trésor à ses parents les Omméîades \ Les provinces se plaignaient de son indulgence pour les méfaits de ses favoris : € Omar avait le pied sur le cou de tous ses agents, tandis que tu leur lâches la bride^ », lui disait rudement Ali. Ali et ses amis, après quelques tentatives pour ramener i eux le khalife, rompirent complètement avec lui et nouèrent des intelligences avec les mécontents de TEgypte et de llrak. Bientôt des rassemblements armés se portèrent sur Médine, annonçant rintention de déposer ou de tuer le khalife. Le vieillard intimidé flottait d*un conseil i l'autre, faisait des concessions qu'il retirait ensuite. Cependant il refusa d abdiquer. A la fin il n'osait plus sortir pour aller à la mosquée. On Tassiégea dans sa maison, on ïy força et on le massacra. Les habitants de Médine n'essayèrent pas de le défendre. Ali et les autres chefs de la noblesse religieuse s'étaient retirés à la campagne, pour n'avoir pas à prendre parti; un fils d'Abou-Bekr était parmi les meurtriers.
Ali fut proclamé. C'était un magnifique soldat, mais un médiocre politique. Il commença par révoquer tous les agents de son prédécesseur, et se créa ainsi autant d'ennemis. On l'accusait d'avoir trempé dans le meurtre d'Othman : il est certain qu'il n'avait rien fait pour l'empêcher et qu'il ne tenta rien pour le venger. Son élévation avait déçu, et sa raideur rebuta beaucoup de ceux qui avaient, d'accord avec lui, travaillé contre Othman. Us allèrent à la Mecque se joindre à Aïcha, la veuve du Prophète, la « mère des croyants », qui, après avoir réclamé la déposition d'Othman, déclarait maintenant que c'était un devoir pour tous les musulmans de punir sa mort. Elle était ambitieuse et vindicative et ne pardonnait pas à Ali d'avoir autrefois suspecté sa vertu et conseillé sa répudiation. La Mecque s'insurgea. Les