SCÈNE X, LA BARONNE, FRANGINE, LE COMTE
FRANGINE, onnonçant.
M. le romte do Surville. ŒJIesort,)
APRÈS I/ORAGE VIKiNT LK BEAU TEMPS. m"!
LA BARONNE, étOHIlée,
Encore! encore chez moi, monsieur!
LE COMTE, lui remettant Valbum, Voici mon excuse. [Avec ironie. ) 11 y aurait (le la cruauté à séparer l'artiste de son œuvre.
LA BARONNE, marcMnt avec agitation et colère. C'est une raison comme une autre... meilleure même qu'une autre. Je comprends votre empressement à me le rapporter.
LE COMTE, continuant.
D'ailleurs, le ciel s'est mis delà partie. Il est impossible de mettre en ce moment un honnête homme dehors... et, malgré ma précaution de me ph\cer sous un arbre, j'ai été inondé.
LA BARONNE
Cela a calmé votre emportement?
LE COMTE
Tout à fait! .. Oui; je suis très-calme et décidé à l'être toujours.
LA BARONNE, à part.
Il s'amende. [Haut.) Alors les douches sont nécessaires à votre santé.
Neraillezpas, je vous prie... Parlons tranquillement. D'après le refus que vous m'avez fait tantôt...
LA BARONNE
Quel refus?
LE COMTE
Celui de prétendre à vôtre tHain... j'ai pl^ilsfi qù'ën
304 APRÈS L'ORâGE VIENT LE BiLk\} TEMPS.
ma qualité de voisin de campagne, nous ferions mieux, si toutefois cela vous convenait, de nous en tenir à l'amitié.
LA BARONNE
Une amitié de campagne... Soit. Cela me distraira. Mais je veux dicter mes conditions.
Art. r'. M. deSurvilIe ne me questionnera plus.
Art. IL II acceptera tout sans rien exiger.
Art. III. 11 me laissera tout à fait libre. Oh! je tiens à cela surtout. Ces trois points une fois posés, nous essayerons volontiers d'être les meilleurs amis du monde.
LE COMTE
Vous avez énormément d'esprit, baronne.
L\ BARONNE
Vous n'en avez pas moins, monsieur. C'est donc convenu ; nous voilà amis intimes? Et, comme entre amis on ne se gène pas, je vous quitte.
Mais, madame, il ne fait pas un temps de promenade.
LA B.yiONNE.
Il s'agit d'un service, d'une affaire qui ne souffre aucun retard.
LE COMTE
Pour une personne bien chère, sans doute?
LA BARONNE
J'arrête votre question an nom de l'article I*; discrétion absolue, — c'est signé.
APRÈS L*ORAGE VIENT I.E BEAU TEMPS. a>5
LE COMTE
Et je fais honneur à ma signature ! Pourtant. . .
LA BARONNE
Eh bien ! je vais chez le préfet pour solliciter. Étesvous content?
LE COMTE
Solliciter par un temps pareil ! . . . 11 faut que la cause soit bien désespérée ou qu'elle vous tienne fort à cœur.
LA BARONNE. t
Croire sur parole, article II.
LE COMTE
Si votre assistance est réclamée au nom d'une affection plus ancienne que la mienne, je me résigne et je crois, madame.
Alors je vais écrire mon plaidoyer?
LE COMTE
Y pensez- vous?
LA BARONNE
Vous préférez que j'y aille? à la bonne heure.
LE COMTE
Pas davantage.
LA BARONNE
Ah çàl expliquez-vous et tâchez d'être clair dans vos exigences. Que me permettez- vous, d'écrireou de sortir?
LE COMTE
Ni l'un ni l'autre.
LA BARONNE
C'est trop fort I Vous déchirez le traité, vous me di-
ÎU) \pnf> LUltAGE VIKM LE BliiAU TEMI'b.
ic£ lr |Niurquoi. Elle est jolie, votre amitié de canipa- 1:11e!... Mais c eâl de la tyraunic, de l'autocratie, et je n'eiiteiids pa:» enchaîner ma liberté. {Elle sonne.)'
LE COMTE
Mais, madame, daignez ra'écouter jusqu'à la Un.
LA BAKoei.'^K. s'impatientant .
Allez, monsieur, je vous écoute.